MADAME ÉLISE VOÏART.

Madame Élise Voïart, née Petit-Pain, ne fut pas, dans son enfance, un de

ces petits prodiges dont les parents tirent vanité et qu'on montre comme

des animaux savants; sa mère, femme d'un commerçant de Nancy, lui donna

l'éducation qui sied à une jeune fille, c'est-à-dire qu'elle lui inspira

le sentiment du devoir, et lui fit contracter l'habitude des soins

domestiques qui sont dans les attributions naturelles de la femme. Plus

tard, quand mademoiselle Petit-Pain dut songer à se créer des ressources

personnelles, elle partit pour Paris, recommandée par M. d'Osmond,

évêque de Nancy, à l'impératrice Joséphine, qui lui fit une pension, en

attendant qu'elle pût se placer comme _dame_ à la maison d'Économie,

qu'on organisait alors. Mais mademoiselle Petit-Pain était destinée à un

autre avenir: A vingt ans, elle épousa un ancien administrateur des

vivres, M. Voïart, veuf et père de deux enfants, dont l'un, mademoiselle

Amable Voïart, devait être un jour madame Tastu.

Retirée à Choisy-le-Roi dès la première année de son mariage, madame

Voïart consacra son temps à l'éducation de sa tille adoptive et à

l'étude de la littérature, vers laquelle elle se sentait entraînée par

un goût très-vif. C'était une vocation bien réelle, sans aucun mélange

d'ambition ni de gloriole, car la jeune femme se refusa longtemps

d'abord à publier ses essais littéraires; et lorsque enfin elle dut

céder aux sollicitations devenues trop instantes des rares personnes qui

avaient pu apprécier son talent si modeste, elle chercha dans l'anonymat

une sorte de refuge contre la publicité dont ses premières productions

allaient courir les chances.

On doit à madame Voïart, entre autres choses _La Vierge d'Arduène_,

tradition gauloise; _les Lettres sur les toilette des femme: des Essais

sur la Danse antique: la Femme ou les Six Amours_, ouvrage distingué, en

1828, par l'Académie, comme utile aux moeurs, et couronné d'un prix

Montyon; plusieurs traditions lorraines, publiées en deux volumes, sous

les titres de; _Or, devinez, le Boisseau de Perles, le Poisson d'Avril;_

des traductions assez, nombreuses d'ouvrages anglais et allemands, sans

parler de sa collaboration à divers recueils, journaux et revues, tels

que _les Cent et Un, les Heures du Soir,_ etc.

Le talent de madame Voïart n'est pas toujours égal, tant s'en faut:

parfois ses historiettes manquent d'invention, d'intérêt, son style est

diffus, sans couleur; mais d'autres fois aussi elle raconte avec grâce,

clarté et mouvement. Ce que nous aimons surtout dans sa manière, c'est

la simplicité, la retenue, la décence d'allure, et l'absence absolue de

cette choquante prétention qui gâte les ouvrages de plusieurs de nos

dames écrivains. Par malheur, madame Voïart est trop insoucieuse des

lois de la grammaire, et même, faut-il le dire? de l'orthographe et de

la ponctuation. Cette négligence est poussée si loin, dans les

traditions lorraines, par exemple, que l'ouvrage en devient presque

inintelligible. Nous engageons madame Voïart à surveiller plus

attentivement à l'avenir le travail de ses compositeurs, car il est

impossible d'imputer à une personne qui a l'habitude de tenir une plume

des fautes si fréquentes, des bévues aussi grossières.

L'Illustration, No. 0069, 22 Juin 1844 · 第 13 / 20 题