Sans compter ses ouvrages en prose, madame Desbordes-Valmore a publié
des idylles, des élégies, des romances, des contes d'enfants, des
espèces de fables, des poésies diverses, etc.
Mieux inspirée, en général, par l'amitié et l'amour maternel et filial
que par l'amour proprement dit, madame Desbordes-Valmore a exprimé assez
heureusement ces sentiments dans les pièces de vers intitulées _les Deux
Amitiés, Une Mère, le Petit Arthur de Bretagne à la Tour de Rouen, le
Rêve de mon Enfant._ Une petite élégie surtout, qu'elle a dédiée à ses
enfant, mérite d'être citée, parce qu'elle reflète l'âme de la mère de
famille sage, calme, résignée au malheur, et toute dévouée à sa douce
mission de mère.
Si madame Desbordes-Valmore consentait à se renfermer toujours dans la
sphère modeste des émotions qui reposent le coeur, nous n'aurions guère
que des éloges à donner à son talent; lorsque, par exemple, elle chante
auprès d'un berceau quoique naïve et douce chanson pour endormir
l'enfant qui vient de lui sourire, sa voix a des accents de tendresse
émue qui pénètrent l'âme. On aime à suivre les intéressantes causeries
dans lesquelles elle essaie l'intelligence des enfants; on s'associe à
ses joies d'amie, à ses sentiments de piété filiale, à ses espérances de
mère, et l'on se laisse aller à rêver avec elle toute une vie de bonheur
calme et de simples devoirs, faciles comme des plaisirs, au coin du
foyer domestique.
Mais quand madame Desbordes-Valmore aborde la peinture des passions
dangereuses pour la paix de l'âme, les courants de cette atmosphère
orageuse troublent son style et entraînent l'auteur à de regrettables
écarts d'imagination. Alors on se prend à chercher la fille, la mère,
l'amie qui savait si bien vous initier un instant avant aux joies des
saintes affections, qui prêtait un langage si aimable à la morale de la
vie chrétienne, et l'on a besoin de relire ces douces et consolantes
homélies, pour se persuader qu'on n'est pas le jouet d'un rêve.
En parcourant les ouvrages de madame Desbordes-Valmore, on voit qu'elle
a contracté l'habitude de vivre dans l'intimité des muses tristes. Elle
tourne plus volontiers un regard de mélancolique regret vers le passé
qu'un regard d'espérance vers l'avenir. Quand elle sourit, son sourire
est brode de tristesse, et il ne faut pas beaucoup d'attention pour
remarquer sur ses joues, à défaut de larmes coulant encore, des traces
de larmes mal effacées. Son parti pris de la vie n'est guère que de
la résignation, et chaque victoire qu'elle remporte sur les aspirations
refoulées de sa nature ardente et rêveuse atteste les fatigues de la
lutte par laquelle elle a été achetée. Cette habitude de l'âme donne au
style et à la pensée de madame Desbordes-Valmore une teinte de
mélancolie qui n'est pas sans grâce, un caractère de faiblesse qui ne
messied pas à une femme; une chaleur vivifiante s'épanche du coeur du
poète sur ses écrit, car madame Desbordes-Valmore est véritablement
poète par le coeur; mais elle pourrait améliorer beaucoup son style, en
s'étudiant à donner un tour plus sobre à l'expression de sa délicate
sensibilité.