Maud est partie. Moi aussi, je pars. Je ne veux pas revoir Guisane; en
ce moment, du moins... Ce sentiment était si fort que, dès hier soir,
j’ai annoncé à maman que j’allais retrouver ma belle-mère, ainsi qu’il
était convenu. Comme je le redoutais, elle a très mal pris cette
décision au sujet de laquelle je ne l’avais pas consultée. Le départ
prochain de Bernard la rend très irritable. Et puis, pour elle, malgré
ma qualité de femme, surtout depuis que la guerre m’a ramenée sous son
toit, je suis toujours la «petite» qui a besoin d’être dirigée et doit
obéir à ce qu’elle a jugé bon. Pauvre chère maman, elle pense ainsi
faire pour le mieux, dans mon intérêt. Mais que de fois, mon Dieu, le
joug de cette affection un peu autoritaire m’a paru lourd!
D’ordinaire, grâce à mon désintéressement de la vie, je me prêtais à
tout ce qu’elle voulait de moi.
Cette fois, c’est impossible, après ce que Maud m’a dit. J’ai la terreur
de _le_ revoir. Heureusement, il a écrit à Bernard qu’il prolongeait un
peu son séjour à Morgat. Quand il reviendra, je serai partie.
Ah! je voudrais être déjà dans la maison de Max, près de sa mère, pour
me bien sentir toute à lui, autant que jadis...