4 septembre.

Une nouvelle imprévue.

En arrivant à l’hôtel, pour le déjeuner, Guisane nous a annoncé qu’il

était appelé par un camarade blessé, à Brest, ou dans les environs, je

n’ai pas bien entendu, et qu’il nous quittait pour quelques jours.

En effet, à deux heures, il est parti par le courrier, après avoir pris

congé de nous tous ensemble, groupés devant le _Kelenn_. Il m’a baisé la

main, comme à mère, comme à Maud, avec un souriant:

--Adieu, madame. A bientôt, j’espère.

Que ce brillant officier, au masque si ferme qu’aisément on l’eût trouvé

dur, était donc différent du Guisane qui, hier soir, me réconfortait

avec tant de chaude compassion... De le voir ainsi, quel regret m’a

saisie de m’être un instant trahie devant lui!... Heureusement, tantôt,

j’ai été distante à souhait...

Donc, il est parti.

Est-ce la dispersion qui commence? Maud doit nous laisser dans deux

jours pour Morgat où ses amis la réclament. Morgat, c’est tout près de

Brest...

Le congé de Bernard marche à grands pas, hélas! vers sa fin, ce qui rend

maman très nerveuse, assombrit père et semble mettre une gravité pensive

dans les yeux de Christiane quand ils causent ensemble...

Bernard aussi est songeur et je le comprends. Car il hésite entre son

ardent désir de demander Christiane, la crainte de la perdre par son

silence et le scrupule de l’amener à s’engager pour un avenir tellement

incertain.

Moi, j’ai ce matin, une nouvelle lettre de ma pauvre belle-mère, dans

laquelle se trahit le besoin qu’elle a de ma présence; de celle des

enfants, plus encore...

Je devrais partir, sans plus tarder, pour l’aller retrouver, comme il

était entendu... Et je voudrais tant rester ici encore un peu...

Le Feu sous la Cendre · 第 46 / 59 题