Ah! qu’elle est bien tombée dans le passé, ma douce vie de
Fontainebleau, si paisible...
Pour suivre Max, j’ai repris rang dans la farandole mondaine qui nous
entraîne, sans repos, vers la clôture de notre saison.
Ensuite, vont venir les villégiatures d’été, Deauville, les chasses;
toujours en société nombreuse et trépidante, hélas!
Comme il me hante, ce désir d’une existence autre qui s’est insinué en
moi si impérieusement. Je n’en dis plus rien à Max, toujours très
satisfait de notre sort. Et sans doute, il a raison. Est-ce que je
deviendrais misanthrope?... Pourquoi est-ce que je me replie ainsi sur
moi-même et recommence à vivre _en dedans_, comme au temps où j’étais
jeune fille?...
Il ne faudrait pas cela. Mon devoir, il me semble, pour le présent, du
moins, est d’être telle que Max le souhaite; de le suivre dans le
tourbillon pour qu’il ne m’échappe pas, mon cher, mon brillant époux,
trop adulé par toutes les femmes qui ont l’intuition du pouvoir qu’elles
possèdent sur lui.
Peut-être, après tout, les années passant, il éprouvera aussi la fatigue
du vide où nous nous agitons. Peut-être, aussi, est-ce à moi de
l’amener à désirer _plus_ de la vie...
Mais que ce sera difficile!... Nous avons, je le comprends, maintenant,
des natures tellement différentes... Chaque jour m’en donne une
conscience plus profonde. Et c’est triste!
Ah! je ne veux plus penser à cela! Il me faut, comme Max, être
convaincue que notre vie doit être une charmante et amoureuse aventure.
Rien de plus!