Les postes sont très-bien servies au Canada, surtout de Québec à
Montréal; et, pour rendre praticables, en hiver, les routes si
généralement belles dans les autres saisons, on y plante des perches,
lorsque la neige commence à tomber, afin d’en conserver la direction:
dès qu’elles ont pris assez de consistance pour être favorables au
traînage, les communications reprennent avec plus d’activité et on fait,
par ce moyen, 15 à 20 milles par heure. Les traîneaux, les berlines et
les carrioles servent l’hiver: l’été, on voyage en calèche. Ces voitures
contiennent trois personnes et sont traînées le plus ordinairement par
un seul cheval.
Dépendant autrefois de l’Angleterre, les Etats-Unis ont dû en recevoir
les institutions. Les postes aussi n’ont rien changé à l’organisation
qu’elles lui doivent. Elles sont toujours remarquables par leur
activité, qui ne peut que se conserver et même s’accroître par la
prospérité vers laquelle ces contrées tendent de plus en plus. On y
compte aujourd’hui plus de six mille bureaux de poste, qui font parvenir
les lettres avec une étonnante célérité. Les courriers parcourent
1,500,000 milles de routes de plus qu’ils ne faisaient il y a cinq ans;
malgré tant d’améliorations, les recettes, cette année, égalent les
dépenses. Les communications sont favorisées par la beauté des
routes[203], les canaux et les ponts suspendus sur des chaînes de
fer[204]. Combien les voitures publiques ont dû se multiplier dans un
pays où l’on voyage si fréquemment. Les fiacres y sont devenus
très-communs. Il y a 15 ans on n’en comptait pas 25 à Philadelphie, il
s’en trouve aujourd’hui plus de 600; les chevaux, généralement
très-beaux et très-robustes, sont dressés à aller l’amble et font cinq
milles par heure et 15 lieues par jour. Il est à remarquer que les
postillons ne manquent jamais de s’arrêter, après avoir parcouru 4
milles, pour faire abreuver leurs chevaux. Ces haltes fréquentes, dont
ils profitent eux-mêmes pour leur compte, très-désagréables en hiver
pour les voyageurs, ont un but d’utilité pour les chevaux, auxquels
elles redonnent une nouvelle vigueur. Il serait impossible d’en agir
autrement, vu la rapidité avec laquelle on leur fait parcourir la
distance qui se trouve entre chaque relais. Du reste, les routes sont
généralement commodes.
[203] On s’occupe, aux Etats-Unis, du projet d’une grande route qui
doit aller de Washington à Mexico pendant 3300 milles [1100]. Le
gouvernement mexicain doit coopérer à cette dépense.
[204] Il n’en existait que 8 en 1820, et on en compte aujourd’hui plus
de 40.
On cite parmi les hommes remarquables qui ont dirigé les postes de
l’Amérique septentrionale, le célèbre Benjamin Franklin[205]. Il fut
d’abord directeur des postes de la Pensylvanie, et il s’acquitta si bien
de cet honorable emploi, que le gouvernement le nomma, en 1753, à celui
plus important et plus lucratif de directeur-général des postes de
l’Amérique.
[205] Il occupait encore cette place, en 1766, lorsqu’il parut à la
chambre des communes de Londres, au sujet de la révocation de
l’accise du timbre.
Jamais contrées ne furent plus favorablement partagées pour jouir
pleinement de l’avantage de la navigation par le moyen des bâtimens à
vapeur. On sait combien les beaux fleuves qui les traversent sont
convenables à ces entreprises maritimes, et combien la correspondance a
acquis de célérité et de régularité depuis cette découverte. En 1787,
Fitch parvint à naviguer sur la Delaware, avec une assez grande vîtesse,
mais à l’aide d’un mécanisme trop peu solide pour être employé avec un
succès soutenu. C’est à Robert Fulton que les Etats-Unis doivent le
précieux avantage d’avoir donné l’exemple de cette navigation aussi
utile que merveilleuse. Le premier bateau que cet ingénieur a construit
en Amérique, fit, en 1807, le trajet d’Albanie à New-Yorck (57 lieues)
en 32 heures, et revint en 30 heures. Depuis ce tems, l’usage des
bateaux à vapeur s’est répandu avec une étonnante rapidité. M.
Marestier, déjà cité, estime qu’il y en a plus de 60 sur le Mississipi,
40 au moins sur le Canal de l’île longue, le Hudson, etc., outre ceux du
fleuve Saint-Laurent et des grands lacs au nord des Etats-Unis.
Autrefois, le trajet de la Nouvelle-Orléans à Louisville, qui est de 150
lieues de poste en suivant le cours des rivières, ne durait pas moins de
trois mois; aujourd’hui, quelques bateaux de la Nouvelle-Orléans se
rendent en 14 jours jusqu’à Cincinnati, c’est-à-dire 54 lieues plus haut
que Louisville. A la Louisiane, ces bateaux[206] font la navigation du
fleuve et des rivières qui y affluent et jaugent 40 ou 50 tonneaux. Ou
en voit même de 900 tonneaux, qui portent un nombre considérable de
passagers.
[206] On en compte sur une seule rivière plus de 100 et plus de 50
dans un seul port. Ils jaugent ensemble plus de 14 mille tonneaux.
Nul doute que dans dix ans on ne parvienne à communiquer aux grands lacs
du nord-ouest, à la mer Atlantique, de là à l’Isthme de Panama, et
peut-être à travers cet Isthme, à la Chine et à la Nouvelle-Hollande,
par le moyen de ces bâtimens; ils servent actuellement aux voyages de
New-Yorck à Pensacola, à la Nouvelle-Orléans et à la Havane. On y trouve
les commodités, les avantages et les agrémens, des voitures et des
hôtelleries les meilleures de l’Europe.
On remarque encore chez les esquimaux de la baie de Baffin l’usage des
attelages de chiens aux traîneaux.