Les postes au Japon sont appelées _sinka_; elles sont placées
quelquefois à un mille de distance l’une de l’autre, et souvent à quatre
milles. Tout ce qui peut convenir à la commodité et à l’agrément se
trouve réuni à ces stations, où l’on remarque toujours des cours
spacieuses pour les chevaux. Le prix de tout ce qu’on peut se procurer à
ces postes est réglé par tout l’empire. Il règne dans ces tarifs un
grand esprit du justice. Les distances, l’état des chemins et le prix
des vivres et des fourrages, contribuent à les modifier suivant les
localités. Les ponts, dans cet empire, sont magnifiques; les chemins
unis et plantés comme nos promenades en Europe. Ils sont divisés en
milles géométriques, qui commencent au pont de Jedo, placé, croit-on, au
centre de l’empire. Les milles sont marqués par des buttes élevées l’une
vis-à-vis de l’autre, au sommet desquelles on plante des arbres. Chaque
canton est distingué par un pilier qui indique le nom du seigneur dont
il dépend et les limites qui le circonscrivent. On a coutume de porter,
lorsqu’on voyage, un éventail sur lequel les routes sont marquées, ainsi
que les distances des lieux, le prix des postes, celui des vivres et des
hôtelleries. Cette idée est ingénieuse, surtout dans un pays où la
chaleur du climat rend par là l’usage de l’éventail aussi agréable
qu’utile.
Chaque station a un certain nombre de messagers chargés de porter, à la
plus voisine, les lettres, les édits, les déclarations; enfin tout ce
qui intéresse le service de l’empereur. Ces dépêches sont renfermées
dans une boîte ou coffre verni de noir, sur lequel on voit les armes du
prince, et que les messagers portent sur leurs épaules, au moyen d’un
bâton auquel elles sont fixées. On a toujours soin de faire marcher deux
courriers ensemble, en cas d’accident. Ils portent une cloche à la main
et l’agitent de tems en tems, afin d’avertir de leur approche. Cette
précaution a pour but de prévenir tous les obstacles qui pourraient
s’opposer à leur marche. Les voyageurs, à ce signal, s’arrêtent ou
changent la direction de leur route. L’empereur même se soumettrait à
cette loi, s’il se trouvait sur leur passage et qu’il pût les retarder
dans leur course.