Il y a des chemins si étroits et si difficiles dans le royaume de
Boutan, qu’on y trouve à peine la place du pied. Les précipices que l’on
voit à droite et à gauche rendent les voyages très-dangereux. Une
coutume singulière et bizarre a lieu dans ces contrées montagneuses; ce
sont les femmes qu’on assujettit à la cruelle corvée de porter les
voyageurs, au-devant desquels elles viennent à cet effet avec des boucs
pour le transport des bagages.
Le coussin sur lequel les voyageurs se placent, et qui sert de siége,
est retenu par des courroies fixées aux épaules. Ces femmes sont
disposées par relais de distance en distance, et se reposent ainsi d’un
service aussi abject que pénible. Elles ne gagnent qu’une roupie en cinq
jours. On donne le même prix pour un bouc, quelle idée peut-on concevoir
d’un peuple qui s’avilit à ce point. Heureusement qu’un usage aussi
révoltant ne s’est point reproduit ailleurs. N’est-ce pas déjà trop de
ce triste exemple?