L’organisation des postes y a varié souvent depuis l’époque où ces
provinces ont cessé d’être régies par les princes de la maison de Taxis.
En 1807, la Hollande était divisée en cinq arrondissemens. Les cinq
directeurs particuliers qu’on y avait placés, dépendaient d’un
directeur-général des postes, auquel étaient adjoints trois conseillers
et un secrétaire-général. Le tarif de France, qu’on avait adopté pour la
taxe des lettres, y est encore en usage.
Les bâtimens destinés au transport des dépêches, des marchandises et des
voyageurs, se nomment _treckschuyten de Beurtschipen_: ils font quatre
milles à l’heure. Les Hollandais calculent la route de leurs
embarcations, non par le nombre de milles parcourus, mais par celui
d’heures écoulées. Des chevaux les tirent le long des canaux, et sont
conduits par des jeunes gens appelés chasseurs (_hitjagertje_), qui
portent, au lieu d’un cornet de poste, une corne de bœuf pendue à
l’épaule, dont ils se servent, soit pour donner le signal du départ,
soit pour faire lever les ponts qui se trouvent sur les canaux, soit,
enfin, pour avertir les bateaux qui pourraient se trouver sur leur
passage de se tenir sur le côté opposé du canal. Ce moyen rend les
communications de l’intérieur très-faciles. Le gouvernement, aux frais
duquel ces bâtimens sont entretenus, exige qu’ils marchent avec une
ponctualité extraordinaire.
S’il en coûte peu pour voyager de cette manière, il n’en est pas ainsi
des chaises de poste[150].
[150] On paie ordinairement 36 florins pour sept chevaux, depuis Breda
jusqu’à Gorcum, et trois florins et demi par cheval, de Gorcum à
Utreck.
Cette sorte de voiture a la forme d’une calèche couverte et très-courte,
ayant, au lieu de timon, une pièce de bois semblable à une corne ou à un
arc, placée entre les roues de devant, et sur laquelle le conducteur
s’appuie les pieds pour donner à la voiture, par cette pression, la
direction nécessaire dans les chemins plats. Les chevaux ne sont attelés
qu’avec des cordes, et l’on en met souvent trois de front. Si l’on
descend un pont dont la pente est rapide, le voiturier place les pieds
sur la croupe de l’un des chevaux, et retient ainsi la voiture tout le
tems convenable.
Les voitures, dont on fait usage à Amsterdam, sont, ou des carrosses de
louage à 4 roues, ou des cabriolets à deux roues et à deux chevaux, ou,
enfin, des _schleen_, c’est-à-dire des caisses de voitures posées sur un
traîneau et tirées par un cheval.
Le service des postes, qui se fait en grande partie par eau[151], ne
peut que devenir plus régulier par l’établissement des bateaux à
vapeur[152].
[151] Beaucoup de maisons de campagne ont une petite boîte en bois,
placée près des canaux, où l’on jette en passant les lettres et
paquets adressés à ceux qui y résident.
[152] C’est en 1824 que la société des bateaux à vapeur a été
installée à Rotterdam. Peu de tems après, le bateau destiné à la
correspondance, entre Amsterdam et Utreck, a commencé son service.
La distance de l’une de ces villes à l’autre est de huit lieues, et
le trajet se fait, dit-on, en trois heures et demie. Plusieurs
bateaux ont été employés successivement depuis aux communications
intérieures, et à naviguer entre la Hollande et Hambourg. Celui
établi sur le Rhin, s’appelle le Colonais. Il est en fer; sa force
est égale à celle de cent chevaux, sa capacité a celle de 60 à 80
lastes, et sa profondeur dans l’eau est de trois pieds et demi. Il
met 4 ou 5 jours pour se rendre à Cologne. Le Zeew, autre bateau à
vapeur, est destiné pour les relations entre Anvers et Cologne.
Peu de tems après, cette même société tint une assemblée générale
d’actionnaires, et nomma l’administration qui doit régir cette
nouvelle association. Elle a déjà donné beaucoup d’extension à son
entreprise, et augmenté son capital d’un million de florins.
Si les canaux facilitent si utilement les moyens de correspondre, les
routes de la Hollande n’y contribuent pas moins. Elles sont superbes,
plantées de plusieurs rangées d’ormeaux et couvertes de voitures de
toute espèce. Le produit des taxes prélevées aux barrières, qui y sont
établies, sert à les entretenir. La surface plane de la Hollande
contribue beaucoup à leur solidité et à leur propreté. Il n’en est pas
ainsi des chemins vicinaux, à peine praticables dans la plus belle
saison.
On raconte, comme un trait de la simplicité des mœurs des habitans de la
Haye, que, lorsque Louise de Coligny vint épouser le prince Guillaume,
les magistrats de la ville lui envoyèrent un chariot de poste ouvert,
dans lequel elle fit son entrée, croyant sans doute remplacer, par
l’accent du cœur, les vaines solennités d’une froide étiquette.
Ou emploie fréquemment les chiens à traîner des charrettes chargées de
provisions et de marchandises. Les chèvres, attelées à de petites
voitures, transportent aussi de très-lourds fardeaux. On est étonné du
poids que ces animaux font mouvoir, et de la docilité qu’ils montrent
dans un exercice qui semble si peu approprié à leur force et à leur
conformation.
L’affranchissement pour ce royaume est volontaire.
DE LA SUÈDE, DE LA NORWÈGE, DU DANNEMARCK ET DE QUELQUES AUTRES PARTIES
DU NORD.
Dans le Holstein on a un soin extrême des chevaux. Les voituriers et les
cochers sont toujours pourvus de deux couvertures dont ils s’enveloppent
eux-mêmes pendant la route, et dont ils couvrent leurs chevaux lorsqu’on
s’arrête, quoique ce soit la partie de l’Allemagne où on les charge le
moins.
Le péage du Sund est une des branches du revenu du Dannemarck. Il y a
des fanaux établis pour les endroits dangereux; d’autres feux brillent
en divers lieux de la côte pour guider les voyageurs dans les nuits
obscures et orageuses.
Le passage du Belt est d’un demi-mille; on le fait en très-peu de tems.
Il y a dans le grand Belt deux postes télégraphiques, et il est permis
aux voyageurs de s’en servir, pour accélérer leur marche, en faisant
préparer les relais d’avance. Dans ce cas, ils paient 24 schellings lubs
pour chacun des deux inspecteurs. C’est à ce seul usage que s’est réduit
l’emploi de ce genre de télégraphe, qui n’a pu être étendu à cause de
son imperfection.
En Dannemarck, comme en Prusse, les routes sont assez mauvaises; il n’y
a d’autre différence que celle du droit de barrière qui n’y est pas
introduit. Mais les paysans ont à leur charge la réparation des chemins,
des ponts, et doivent fournir des chevaux et des voitures au roi, à ses
ministres ou à ses grands officiers lorsqu’ils voyagent.
Il est accordé, par le réglement, une heure au maître de poste pour
apprêter ses chevaux: on n’attend jamais au-delà. Les postillons sont
très-actifs. Ils ont une feuille qu’ils doivent présenter aux maîtres de
poste, lorsque ceux-ci l’exigent, où l’heure du départ est indiquée
ainsi que les plaintes qu’on a pu porter contr’eux.
Le prix des chevaux[153] varie quelquefois. Il est communément de 16
schellings par mille et par cheval.
[153] Ceux de Seeland sont très-renommés. Dans l’île de Fionie, en
été, on ne paie que 10 shellings par cheval; mais, en hiver, on
donne quelques schellings de plus. Il y a en outre les droits de
barrières de 2 schellings par mille.
Le revenu des postes qui, depuis le roi Frédéric VI, entre dans la
caisse du roi, monte à 200,000 rixdalers et même au-delà.
La poste, en Norwège, est une institution qui ne remonte pas plus haut
que 1783. Les bureaux de poste étaient communément chez les pasteurs,
qui ouvraient les paquets et prenaient les lettres appartenant à leurs
districts: ils en tenaient note sur des registres destinés à cet usage.
Les cabriolets, dans cette partie, sont dans le genre italien et
très-jolis: les femmes les conduisent elles-mêmes avec beaucoup de grâce
et de facilité sur les routes généralement très-belles.
En Suède, tout paysan est postillon; il n’est pas même un enfant qui ne
soit en état de mener une voiture. La nécessité lui en fait une loi,
puisqu’il n’existe pas de relais, et que, obligé de fournir les chevaux
pour le transport des dépêches et des voyageurs, il est contraint, par
la même raison, de les conduire.
Quand un voyageur arrive à une station de poste, on prévient le paysan
dont le tour est venu de marcher. Celui-ci le conduit à un mille ou deux
milles (3 ou 6 lieues), d’après la distance où il se trouve lui-même de
son habitation. Un autre le remplace; c’est ainsi qu’il parvient à sa
destination. Pour éviter les retards qu’entraînerait naturellement cette
manière de voyager, il est d’usage de se faire précéder 5 ou 6 heures
d’avance par un messager. En prenant cette précaution, on peut parcourir
de grandes distances sur les routes de la Suède, comparables à celles de
l’Angleterre par leur solidité et leur agrément.
Il est peu de pays où l’on voyage à meilleur marché qu’en Suède. Mais,
pour prévenir les inconvéniens causés par les cordes qui servent à
attacher les chevaux, et qui ont besoin d’être renouvelées souvent, il
faut se précautionner de harnois. On n’a pas d’ailleurs le choix des
moyens de transport, puisque le royaume est encore privé de la ressource
des voitures publiques.
Le gouvernement est instruit très-exactement de tout ce qui concerne les
voyageurs, qui sont tenus d’inscrire sur le dagbok, qu’on leur présente
à chaque station, leurs noms, leurs professions, le lieu d’où ils
viennent, celui où ils se rendent, le nombre de chevaux qu’ils prennent,
et les plaintes qu’ils ont à faire du postillon. Ce livre est remis tous
les mois aux gouverneurs de chaque province.
Tous les passages des rivières sont servis, en été, par des bateaux
courriers; en hiver, par des traîneaux et des chevaux. Il y a des
espèces de télégraphes établis pour ces divers services.
Le service de la poste se fait aussi en Suède par deux bateaux à vapeur,
l’un établi entre Christiana et Christiansand, et l’autre entre
Fredericsvaern et l’île de Suland.
En 1796, on augmenta le prix des chevaux. Ils coûtaient 4 schellings: ce
prix fut doublé. Du reste, il varie suivant les lieux[154]. Les chevaux
suédois, quoique petits et maigres, courent avec vîtesse et font un
mille à l’heure.
[154] On paie 16 schellings à Stockholm, et 12 sch. dans quelques
autres villes.
On compte déjà plusieurs bateaux à vapeur[155] dans ce royaume, où de
grands travaux[156], entrepris dernièrement, ont contribué à multiplier
les relations intérieures.
[155] M. Owen vient d’inviter le public à un voyage de plaisir dans
son bateau qui doit se rendre à Saint-Pétersbourg. Il abordera à
Penlenhost et y restera 6 jours pour jouir des fêtes qui s’y
célèbrent tous les ans pour l’impératrice mère. Ce voyage durera
trois semaines. Chaque passager paiera cent écus de banque de Suède;
il pourra demeurer tout le tems du voyage dans le bateau.
[156] Le total des journées pour ces divers ouvrages d’utilité
publique, dont les six septièmes ont été faits par l’armée, s’est
élevé à 7,758,899 journées.
Les chemins établis à travers les Fjalls (montagnes qui séparent la
Suède de la Norwège), les routes, l’une par le Jutland, l’autre par la
province de Daulwand, et la troisième par celle de Wermland, qui
facilitent de nouvelles communications, ont été achevées en 1823; et un
grand pont de bateaux a été jeté sur un bras de mer nommé le Semsund,
situé sur les frontières de la Norwège et de la Suède.
On évalue à peu près à 418,000 francs le revenu que les postes rendent
au roi.
Ce service recevra une grande amélioration, si le projet proposé par M.
Kemner, négociant à Stockholm, et adopté par le gouvernement, d’établir
une petite-poste à l’exemple des principales capitales de l’Europe, se
réalise.
L’affranchissement pour ces états est libre.