Dans la Turquie d’Europe, en Valachie et en Moldavie, les voitures le
plus en usage parmi les personnes riches, sont les calèches allemandes,
qu’on fait venir à grands frais de Vienne.
La manière de voyager dans ces contrées est tellement expéditive, que
celle d’aucune autre nation ne peut lui être comparée. L’organisation
des postes y est assez bonne: ceci ne doit s’entendre que des chevaux,
car, pour le reste, il n’y a rien de pire. Au lieu de chaises on ne
trouve que des chariots incommodes auxquels on attèle avec des cordes
quatre chevaux guidés par un postillon, lesquels partent au grand galop,
et ne s’arrêtent ni ne ralentissent le pas qu’à la poste suivante;
quelque tems avant d’y arriver, le postillon s’annonce par les
claquemens de son fouet, et aussitôt un nouveau chariot, conduit par
d’autres chevaux, se trouve prêt et ne cause aucun retard aux voyageurs.
Les préposés pour l’entretien des routes se nomment _sermiens_: celle de
Vienne à Constantinople est bien ferrée.
Les maîtres de poste fournissent les chevaux et les hommes assujettis à
cette corvée qui leur tient lieu d’impôt. On trouve souvent un pandour à
la tête des relais. Lorsque le maître de poste ne peut fournir les
chevaux nécessaires à la course, les habitans sont tenus d’y suppléer à
leurs frais, car on a, dans la Moldavie, la barbare coutume de
s’emparer, pour le service public, de tout ce qui se rencontre, bœufs,
chariots, chevaux, etc., sans rien payer. On les enlève aux paysans dans
les villages, aux voyageurs sur les grands chemins, aux étrangers même
qui se trouvent sur la route, et on ne les leur rend que lorsqu’on n’en
a plus besoin, en supposant que les voitures ne soient pas brisées et
les chevaux crevés de fatigue.
Sous la dénomination commune de tartares, sans distinction d’origine, on
comprend les courriers de ces contrées, où le service de la poste aux
lettres se fait assez régulièrement. Celui de la poste aux chevaux cesse
à Andrinople. On ne peut continuer sa route jusqu’à Constantinople,
qu’au moyen de marchés particuliers avec les propriétaires de chevaux;
ce qui devient arbitraire et coûteux. Les courriers sont ordinairement
accompagnés de janissaires. Les postes ne se comptent plus aussi par
milles, mais par la distance de chemin qu’un chameau peut parcourir en
une heure.
A Constantinople, on loue un bateau comme ailleurs on louerait une
voiture. Ces embarcations élégantes, ornées de sculpture et de dorures,
sont conduites avec une adresse remarquable par les matelots turcs.
L’affranchissement est de rigueur pour tous ces lieux.