Le 4.e bail[70] des Postes s’élève à 2,820,000 fr. Cette augmentation
provient des adjudications faites partiellement, et de la ferme des
messageries étrangères qu’avait possédées le marquis de Louvois.
[70] 1695.
M. Arnaud de Pompone, ministre secrétaire d’état, remplace, en 1698, M.
le Pelletier.
Le 5.e bail des Postes est au même prix que le précédent.
En 1699, M. de Colbert, marquis de Torcy[71], secrétaire d’état au
département de la guerre, est nommé surintendant-général des Postes. Il
devait en conserver pendant long-tems la direction; aussi reçurent-elles
sous lui de nombreuses améliorations. Il continuait le systême de M. de
Louvois; il faisait plus, il le consolidait, en se montrant digne
d’occuper une place aussi importante.
[71] Commandeur et grand trésorier des ordres. C’est de lui dont parle
Duclos, lorsqu’il rapporte la réponse pleine de fermeté qui fut
faite à lord Stairs, ambassadeur d’Angleterre à la cour de France.
_Le Roi (Louis XIV), dit-il, refusa de donner audience à ce dernier
et le renvoya, pour les affaires, au marquis de Torcy, dont Stairs_
reçut une leçon assez vive.
_Croyant pouvoir abuser du caractère doux et poli du ministre, il
s’échappa un jour devant lui en propos sur le Roi. Torcy lui dit
froidement: M. l’ambassadeur, tant que vos insolences n’ont regardé
que moi, je les ai passées pour le bien de la paix; mais si jamais
en me parlant vous vous écartez du respect qui est dû au roi, je
vous ferai jeter par les fenêtres. Stairs se tut, et de ce moment
fut plus réservé._
Le parlement enregistra l’édit pour la surintendance des Postes, en
faveur du marquis de Torcy, et celle des bâtimens en faveur du duc
d’Antin, qui avait succédé à Mansard, surintendant-général des bâtimens,
en qualité de directeur général. L’enregistrement souffrit beaucoup de
difficultés, parce que l’édit de suppression portait qu’elles ne
pourraient être rétablies; les _gages_ qui étaient attachés à chacune
montaient à près de 50,000 fr.
Nous avons indiqué, suivant leur ordre de création, toutes les parties
qui entrent dans l’organisation des Postes. L’affranchissement des
lettres, c’est-à-dire la liberté et souvent l’obligation d’en acquitter
le port d’avance, existait depuis long-tems, et même avait été toujours
en usage pour certains lieux. Cette mesure n’était pas uniforme. Il en
résultait un préjudice notable pour les négocians dont les avantages
réciproques ne pouvaient être balancés en ce cas. Les députés du
commerce firent, en 1701, des représentations au roi, qui, en les
conciliant avec les intérêts du fermier général des Postes, supprima
l’affranchissement pour les lettres qui y étaient assujetties dans le
royaume, et ordonna que les lettres et paquets seraient taxés d’après le
dernier tarif. Cette mesure ne s’étendit pas à celles destinées pour
l’étranger.
Le 6.e bail[72], fait pour 3 ans, est de 3,200,000 fr.
[72] 1703.
Les anciens tarifs furent supprimés, comme n’étant plus dans la
proportion des frais qu’exigeaient les améliorations nouvellement
introduites dans le service, tant à cause des distances, que du poids de
l’once qui était égale à six lettres, lorsqu’on ne l’avait réglé que sur
le pied de trois. Celui qu’on établit en 1703 parut plus conforme aux
intérêts des postes, et portait, entr’autres articles, que les lettres
et paquets seraient payés suivant le poids des villes où existaient les
bureaux, et que les distances[73] des lieux seraient comptées d’après le
nombre des postes établies sur les routes que devaient suivre les
courriers: la franchise n’avait pas reçu d’extension.
[73] Au côté gauche de la façade de Notre-Dame, est un poteau
triangulaire qui indique le point central d’où l’on commence à
compter les distances sur les différentes routes qui aboutissent à
Paris.
Le droit à percevoir sur les articles d’argent et les valeurs cotées
n’était pas réglé sur une base fixe; il fut porté à un sou pour livre,
taux auquel il est resté jusqu’à ce jour.
Le prix des chaises de poste, de Paris à Versailles, est fixé par les
réglemens à 7 liv. 10 sous.
L’usage de voyager en poste par les voitures dites berlines, inventées
par Philippe Chieze, premier architecte de Fréderick Guillaume, électeur
de Brandebourg, fut défendu. La pesanteur de ces lourdes voitures avait
démonté la plus grande partie des relais. Cette sage mesure suspendit
l’effet d’un mal que le tems et de grandes précautions pouvaient seuls
réparer.
Le 7.e bail[74] a lieu pour 3 millions.
[74] 1709.
Le 8.e bail[75], quatre ans après, est porté à 3,800,000 fr.
[75] 1713.
L’état florissant auquel les postes étaient parvenues pendant le siècle
de Louis XIV, laissait peu de changemens à y introduire sous celui de
son successeur. Quoique cette époque, où l’on mit en vigueur beaucoup de
mesures réglementaires, ne paraisse pas si féconde en améliorations, le
comte d’Argenson, ministre et secrétaire d’état au département de la
guerre, grand-maître et surintendant-général des postes et relais, ne
contribua pas peu à les soutenir avec le même éclat que sous ses
prédecesseurs. Il défend, par un arrêté, de donner des chevaux aux
courriers pour les lieux où le Roi fixe sa résidence: il est à remarquer
que, par la dénomination de courrier, on entend tout voyageur qui se
sert de la poste.
L’Université de Paris avait joui de tout tems, par un privilége
particulier, du droit de messageries et de poste; le Roi, en le lui
retirant, en 1719, lui accorda pour indemnité le 28.e du bail général
des postes, montant à 120,000 fr.: cette somme était destinée à subvenir
aux frais de l’instruction que l’Université faisait gratuitement.
Tant que les postes ne furent pas établies de manière à satisfaire tous
les besoins, il était naturel de tolérer un moyen qui favorisait à la
fois l’intérêt de l’Université et celui de la société. Mais il eût été
impolitique de laisser subsister plus long-tems une entreprise de cette
nature, en opposition avec le service de l’état. Il est évident que,
dans ce cas, toute concurrence en entraverait la marche et en
compromettrait même l’existence. Le Roi fit donc une chose utile, en
ôtant ce privilége à l’Université, et un acte de justice, en
l’indemnisant de la perte qu’il lui faisait éprouver. Etait-il
convenable, d’ailleurs, qu’un corps, destiné à propager le goût des
sciences et des belles-lettres, continuât une exploitation si peu en
rapport avec ses attributions et son indépendance. Si l’Université
s’était soutenue long-tems par ce moyen, il était de la dignité des
successeurs de Charlemagne et de François I.er de la protéger et d’être
leur seul appui à l’avenir.
Le 9.e bail est renouvelé, en 1721, pour 3,446,743 liv.
On remet en vigueur les ordonnances sur les passeports.
Le 10.e bail est porté, en 1729, à 3,946,042.
Le 11.e ne subit pas d’augmentation en 1735.
Une ordonnance règle le service des courriers, leur marche sur les
routes, et les droits et frais à leur charge.
Comme il arrivait souvent que les voyageurs prétendaient être servis aux
relais avant les courriers et les messageries, et que, pour y parvenir,
ils employaient la ruse et quelquefois la force, il fut ordonné aux
maîtres de poste de ne céder à aucune menace, et on leur renouvela
l’assurance d’une protection spéciale contre toutes les prétentions qui
pourraient s’élever à l’avenir à cet égard.
Le 12.e bail, en 1738, fut fait en régie pour le compte du Roi, dans
l’intention d’avoir une connaissance exacte des produits des postes et
messageries. Des lettres patentes augmentèrent ce bail de 1500 fr.,
parce qu’on réunit aux postes le privilége qu’avait le prince de
Lorraine, de fournir des litières dans toute l’étendue du royaume,
excepté le Languedoc et la Bretagne, dont il se réserva la jouissance.
Le 13.e bail est passé pour six années, à Carlier, en 1739, moyennant la
somme de 4,521,400 fr.
La première poste, à la sortie des villes de Paris, Lyon, Versailles et
Brest, est considérée comme poste royale et doublée par ce motif.
Les maîtres de poste, en 1740, sont autorisés à ne conduire aux relais
étrangers qu’en se faisant payer d’avance et sur le pied de monnaie
étrangère. Ils sont également autorisés, plus tard, à fournir des
chevaux pour les routes de traverse, au prix qu’il leur conviendra
d’exiger, sans pouvoir y être contraints dans aucun cas.
Le 14.e bail, de la durée de 10 années, est renouvelé en 1744, au même
prix que le précédent.
Pour remédiera l’inconvénient des lettres mal adressées, il fut réglé,
en 1749, que toutes celles qui ne pourraient pas parvenir à leur
destination, seraient renvoyées au bout de trois mois dans les villes
d’où elles étaient parties, afin que ceux qui les auraient écrites n’en
recevant pas de nouvelles fussent à portée de réclamer celles qu’ils
auraient intérêt de retirer ou pussent leur donner une meilleure
adresse.
Le 15.e bail, en 1750, monte à 4,801,500 fr.
La publication du premier dictionnaire des Postes connu, a lieu en 1754.
Il est dédié par M. Guyot, son auteur[76], au comte d’Argenson,
surintendant-général des Postes. Cet ouvrage était d’autant plus utile,
qu’on n’avait encore recueilli, jusqu’à cette époque, aucun document
propre à guider les officiers des Postes dans la direction à donner aux
lettres.
[76] Le même autour, en 1782, en fit paraître un autre en deux
volumes, sous le titre de dictionnaire géographique et universel des
Postes. Il en existe un plus moderne, déjà à sa deuxième édition,
par M. Chaudouet et Lecousturier l’aîné. L’utilité de cet ouvrage
est trop généralement reconnue pour qu’il ait besoin de nos éloges.
Le second de ces auteurs fait paraître annuellement un petit livre
pour le départ des courriers de Paris, qui offre des renseignemens
précieux, et qui devient indispensable pour toute personne qui veut
profiter des avantages de la poste, pour la correspondance
journalière.
L’état des postes en France, qui paraît annuellement, est
exclusivement destiné à tout ce qui est relatif à la poste aux
chevaux. Il convient de le consulter lorsqu’on voyage, par les
indications précises et le réglement qu’il renferme.
M. Gouin, administrateur des Postes, a publié un essai historique
sur les Postes. Personne, mieux que lui, n’était en état de traiter
un pareil sujet. Les services qu’il a rendus à cette administration
dans la longue et honorable carrière qu’il a parcourue, et la noble
et loyale conduite qu’il a tenue au milieu de nos troubles
politiques, l’avaient mis à même de juger sainement tous les
événemens et les variations qui s’y rattachent. L’apparition de son
ouvrage à l’instant où nous achevions le nôtre, commencé depuis
plusieurs années, nous eût imposé l’obligation de le suspendre,
malgré le travail qu’il nous a coûté et les recherches longues et
souvent fastidieuses auxquelles nous nous sommes livré, s’il fût
entré dans le plan de M. Gouin, d’embrasser l’histoire générale des
postes. Mais son essai, plus particulièrement destiné à faire
connaître les améliorations successives survenues dans les produits
des postes, depuis la mise à ferme de ce domaine royal, et
l’avantage des nouvelles mesures introduites pour donner plus
d’activité à ce service, n’ayant pas pour but celui que nous nous
sommes proposé, nous avons dû continuer notre entreprise. Nous lui
devons les renseignemens relatifs au prix des baux, et nous
regrettons que M. Gouin ne se soit pas étendu davantage sur un sujet
qui eût pris sous sa plume un si haut degré d’intérêt.
Tels sont les ouvrages sur les postes parvenus à notre connaissance,
au nombre desquels nous devons comprendre un recueil d’édits, dont
nous avons extrait quelques passages pour motiver nos citations. Il
nous a semblé, d’après cela, que nous ferions une chose utile en
recueillant tous les matériaux possibles, tant sur les moyens de
correspondre dans l’antiquité et chez les peuples modernes, que sur
la manière de voyager, en usage dans toutes les contrées connues: le
motif seul peut faire excuser la difficulté de l’entreprise.
Le 16.e bail des Postes s’élève, en 1756, à 5,001,500 fr.
Les excès auxquels on s’était porté envers les postillons, provoquent
une ordonnance relative aux peines qu’encourront ceux qui se rendront
coupables, à l’avenir, de mauvais traitemens à leur égard.
La déclaration du Roi, du 17 juillet 1759, remet en vigueur tous les
édits rendus sur le service des Postes. On y remarque, entr’autres
articles, ceux concernant les chargemens, les dépôts d’argent, le tarif
pour la perception du port des lettres établi sur des bases nouvelles,
et le réglement sur les relais. L’ordre, la célérité et la sécurité que
la correspondance retire de ces améliorations rangeront cette époque au
nombre de celles auxquelles les Postes sont redevables de quelque
perfectionnement.
L’ardent amour du bien public, qui avait inspiré tant de projets utiles
à M. Charles Humbert Pierron de Chamousset[77], lui fit naître l’idée de
la petite-poste. Le service, devenu de jour en jour plus actif et plus
régulier, et la multiplicité des relations dont Paris était le point
central, exigeaient un mode nouveau et prompt de recevoir et d’expédier
les missives de la capitale. La difficulté de se rencontrer dans une
ville si populeuse, le tems perdu à de vaines recherches, tout faisait
sentir la nécessité d’une mesure qui procurât les moyens d’y
correspondre avec célérité. M. de Chamousset, qui avait mûri cette idée,
fit part de ses vues. On en reconnut les avantages, et le projet d’un
homme de bien fut accueilli favorablement: on fit plus, on le réalisa.
La petite-poste fut organisée, d’après son plan, dans l’intérieur de
Paris, où cent dix-sept facteurs[78] faisaient journellement ce service.
Elle fut d’abord en régie, et on la réunit par la suite à la ferme
générale. Cette organisation, comme toutes les institutions naissantes,
a dû éprouver divers changemens avantageux. Les plus notables ont été
introduits par M. le duc de Doudeauville. Sept distributions ont lieu en
été et six en hiver. Par ce moyen, si l’on observe les heures indiquées
par les affiches, on peut obtenir la réponse et même la réponse de la
réponse aux lettres écrites dans la journée.
[77] Les œuvres de M. de Chamousset, maître des comptes, né à Limoges,
ont été recueillies, en 2 volumes, par l’abbé Cotton de Houssays. On
y distingue des mémoires intéressans sur la poste aux chevaux, les
roulages et les messageries.
[78] Il n’est peut-être pas hors de propos de parler de l’intelligence
et de l’activité de ces agens, tant à Paris que dans les provinces.
Le trait suivant en est une preuve. Un facteur de la grande poste,
nommé Jean Gourget, dit Saint-Jean, gagea qu’il irait, les yeux
bandés, de l’école militaire à la grande poste, rue Plâtrière. Il
passa l’eau à la place Louis XV, dans un bateau qu’il alla chercher
lui-même, sans le secours de la voix ni du batelier. Parvenu aux
galeries du Louvre, il indiqua la sonnette de l’imprimerie royale;
et, dans la rue Froidmanteau, il s’arrêta vis-à-vis un marchand de
vin dont il était connu et demanda à se rafraîchir. Il était suivi
de ceux qui tenaient le pari, et en gagna le prix sans opposition.
Il existait autrefois en Italie, si l’on en croit Audibert[79], une
petite-poste d’un genre différent, qui avait aussi ses messagers d’une
espèce toute particulière et non moins d’activité. C’étaient les
vendeurs de poulets qui portaient les billets doux aux femmes. Ils
glissaient ces billets sous l’aile du plus gros, et la dame, avertie, ne
manquait pas de le prendre, en ne donnant jamais le tems aux argus de se
saisir du courrier innocemment contrebandier. Ce manége ayant été
découvert, le premier messager d’amour qui fut pris, fut puni de
l’estrapade, avec des poulets vivans attachés aux pieds. Telle est
l’origine du nom de poulet donné aux billets doux.
[79] Auteur des curieuses recherches sur l’Italie.
L’établissement de la petite-poste aux lettres, en France, a donné, dans
ces derniers tems (1824), l’idée des petites messageries[80] dans Paris,
pour les effets et les marchandises. Il y a long-tems que plusieurs
capitales de l’Europe participent à cet avantage par le moyen de la
poste aux lettres. Ce nouveau service, quoiqu’organisé sur les mêmes
bases, n’en est aucunement dépendant. Les motifs qui ont rendu l’usage
de la petite-poste si nécessaire, ont sollicité celui des petites
messageries dans le but d’établir un service régulier, célère,
économique et responsable, dont l’objet est de transporter, d’un
quartier de Paris à l’autre, les effets, articles et commissions de
toute espèce; et les marchandises de gros poids déplacées et mises en
circulation par le commerce.
[80] La direction générale est rue de Seine-Saint-Germain, n.º 12,
Hôtel-de-la-Rochefoucauld.
Un nombre suffisant de bureaux de dépôt établis dans les rues et les
places les plus fréquentées, ainsi que les boîtes pour la petite-poste,
reçoivent continuellement, contre des récépissés imprimés et à talons,
tous les paquets et articles, jusqu’au poids de 25 livres qui y sont
remis avec des adresses attachées aux articles.
Les facteurs, dans le cours de leurs tournées, reçoivent aussi, contre
de semblables récépissés, les articles jusqu’à 25 livres pesant, qu’on
leur donne de la main à la main sur leur passage, qu’ils annoncent par
le son d’un cor, comme à Londres les bellman le font par le son d’une
cloche.
Les articles de poids sont recueillis à domicile.
Des voitures attelées, bien couvertes, font trois fois par jour la levée
des dépôts et pareil nombre de distributions. Dans la belle saison, ce
nombre est porté à quatre.
Il y a en même tems un service de _gamionage_ pour le transport des
marchandises de volume et de gros poids.
Chaque article, jusqu’à 25 livres, paie 35 centimes; de 25 à 100, 45
centimes; de 100 à 200, 55 centimes, etc. On a la facilité d’affranchir
les envois.
En cas de perte des articles dont la valeur n’aura pas été déclarée, la
compagnie remboursera 20 francs pour chaque article qu’on ne pourra
représenter; elle répondra de la valeur entière, lorsqu’elle aura été
déclarée, mais alors le prix de transport y sera proportionné.
Il est facile de voir, par cet exposé, le rapport qu’il y a entre les
petites messageries et la petite-poste. Ce rapprochement suffira pour
motiver les raisons qui nous ont fait entrer dans des détails que nous
ne croyons pas sans intérêt pour le lecteur.
En 1761, les postes sont mises en régie pour le compte du roi. On règle
aussi les prix que doivent payer les courriers de cabinets et de
dépêches.
En 1764, le 18.e bail, toujours avec les messageries en litière, monte à
7,113,000 francs.
Malgré l’augmentation successive survenue dans la ferme des postes,
depuis la cession faite par l’université, à raison du 28.e sur les
produits qui en proviendraient, l’indemnité primitive n’avait point subi
de changemens. Ce corps, en 1765, exposa, par une requête au roi, les
droits et les priviléges sur lesquels cette réclamation était si
justement fondée.
Le 19.e bail, renouvelé en 1770 pour neuf ans, s’élève à 7,700,000. Les
fermiers sont tenus de faire un cautionnement. Cet usage, introduit pour
assurer les droits du gouvernement, est devenu depuis une clause
obligatoire de tous les engagemens de ce genre.
L’établissement d’une caisse, destinée au soulagement des courriers, a
lieu en 1772. Elle est formée de la retenue du tiers du prix qui leur
revient par course. Cette idée sage et prévoyante fut inspirée par un
sentiment bien digne d’éloges pour cette classe d’hommes employés à un
service toujours fatigant et souvent périlleux[81].
[81] La vie du courrier est active, pénible même. Il voyage sans cesse
et n’a d’autre habitation que sa voiture: c’est dans cette mobile
machine que s’écoule son existence. Il est partout et ne se fixe
nulle part. A peine a-t-il atteint le terme de sa course, qu’il
retourne aussi rapidement aux lieux qu’il a quittés, pour en
repartir de nouveau avec la même vitesse. Le sommeil l’accable-t-il,
il ne peut s’y livrer, malgré la fatigue qui le provoque. Là, c’est
un relais où il change de chevaux; ici, un bureau de poste où il
remet et reçoit des dépêches. Ces interruptions sont tellement
répétées, que, dans un trajet de cent lieues, par exemple, qui doit
être fait en moins de quarante heures, il trouve souvent dix bureaux
de poste et vingt-cinq relais. Combien de circonstances encore ne
contribuent-elles pas à multiplier ces incidens. Tout ce que la
nature oppose d’obstacles doit être vaincu: il brave l’intempérie
des saisons et les ténèbres de la nuit ne l’arrêtent pas dans sa
marche. Sa prévoyance ne peut être en défaut pour remédier même aux
événemens indépendans de sa volonté.
Sa surveillance tient à sa responsabilité; son activité, à la
célérité de son service; son extrême probité s’explique par la
confiance qu’on lui porte, et la discrétion lui est imposée comme un
devoir. Non-seulement il remet avec un soin scrupuleux les dépêches
qu’il a reçues, il les défend, même au péril de sa vie, s’il est
attaqué. C’est dans ces luttes inégales qu’il montre un courage qui
le fait souvent triompher du nombre et sauver le dépôt sacré, confié
à sa fidélité, par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Que
d’actions éclatantes attesteraient qu’il n’est aucun dévouement dont
il ne soit capable, et que d’exemples prouveraient qu’il n’est aucun
devoir dont il n’observe l’accomplissement avec une religieuse
exactitude.
On devait, par suite de ces vues bienfaisantes, en étendre les avantages
à tous les agens des postes auxquels on fait subir des retenues qui ont
varie, et qui sont fixées aujourd’hui à cinq pour cent du montant des
appointemens.
Ainsi, par l’effet d’un léger sacrifice, l’homme laborieux voit sans
crainte l’avenir qui l’attend au bout d’une carrière longue et
honorable. Si elle ne lui a pas offert des chances de fortune, du moins,
lorsque le tems du repos, souvent pour lui celui des infirmités, est
arrivé, il recueille avec reconnaissance les fruits d’une mesure dictée
par une prévoyance toute paternelle.
La place de surintendant-général des postes, après la mort du marquis de
Torcy (1746), qui avait sous lui un contrôleur-général, avait été donnée
au comte de Voyer d’Argenson, ministre de la guerre.
Le duc de Choiseul, aussi ministre de la guerre, lui succéda. Il avait
également sous lui un intendant-général, dont les attributions étaient
les mêmes que celles de contrôleur-général. Il n’y avait de changement
que dans la dénomination de cet emploi, qui réunissait, par le fait,
toutes les prérogatives attachées aux postes. Il donnait le droit de
travailler seul avec le Roi, et d’entrer chez Sa Majesté à toute heure
du jour ou de la nuit. M. Jannel, qui s’était distingué dans plusieurs
circonstances, occupait cette place sous le duc de Choiseul. Voici comme
Duclos s’exprime à son égard: _M. le Duc_ (c’est ainsi qu’on désignait
le duc de Bourbon, ministre sous le régent), _pleinement rassuré, oublia
que c’était aux conseils de M. Jannel qu’il devait d’avoir prévenu une
sédition par rapport aux grains, et eut honte d’avoir eu et surtout
montré de la peur. Il ne sut pas distinguer un malheur prévenu d’un
malheur imaginaire. Ses affidés lui exagérèrent les sacrifices qu’ils
avaient faits pour obtenir des dédommagemens, et il fit expédier une
lettre de cachet pour le mettre à la Bastille. L’ordre en fut bientôt
révoqué, parce qu’on en sentit l’injustice, et on avertit Jannel d’être
plus discret, au hasard d’être moins utile._
Au commencement du règne de Louis XVI, M. Turgot, ministre d’état
au département des finances, devint, en septembre 1775,
surintendant-général des postes, et refusa les émolumens attachés à
cette place.
Il est à remarquer que jusqu’à lui les ministres de la guerre avaient
été seuls en possession de cette charge; ce qui prouverait, s’il en
était besoin, qu’on la considérait comme tout-à-fait étrangère aux
finances, puisqu’on n’avait jamais songé à l’y rattacher. Mais M.
Turgot, qui méditait de grandes réformes, sans attenter aux prérogatives
des postes, chercha, en les amenant sous son influence, à les rendre
favorables à ses projets. Il les réunit, pour cet effet, aux messageries
royales, par les édits des 7 et 14 août 1775.
En combinant ces deux services, il espérait pouvoir parvenir à faire
transporter les lettres par les messageries, en un seul jour, au moins à
30 lieues à la ronde de Paris, terme où les courriers de la malle les
auraient reçues pour les transmettre sur tous les points du royaume.
L’économie qu’on aurait retirée de cette mesure, et que le ministre
avait particulièrement en vue, ne compensait aucun des graves
inconvéniens qu’elle entraînait. Où elle existait réellement, c’était
dans les avantages que les messageries procureraient de conduire les
fonds avec sûreté, rapidité et sans frais, ou des recettes particulières
au chef-lieu, ou d’une province à l’autre, ou des provinces à Paris, ou
même, enfin, de Paris aux provinces, comme cela se pratique encore
aujourd’hui.
M. Turgot, qui avait conçu de grands projets sur la construction et
l’entretien des routes, qui se rattachent si essentiellement aux postes,
y aurait porté, sans doute, cet esprit d’économie si peu en rapport avec
les ouvrages d’une nation qui veut travailler pour la postérité. Tout en
cédant à cette idée si louable qui le dominait, il favorisait les postes
sur quelques points, en se proposant de faire observer rigoureusement
les distances de quatre lieues entre chaque relais, soit qu’on les eût
négligées, ou qu’elles n’eussent pu être gardées par des considérations
locales difficiles à surmonter dans l’origine. Il devait, en outre,
donner l’inspection des routes aux maîtres de poste intéressés, à leur
entretien. Aux avantages que leur eût procuré le traitement attaché à
cette nouvelle attribution, se seraient joints ceux qui résultaient
nécessairement d’une surveillance qui eût contribué si puissamment à la
prospérité des relais.
Au reste, M. Turgot ne voyait dans la réunion des postes aux messageries
qu’une considération secondaire, celle d’une augmentation de recettes,
ou, plus exactement, une diminution dans les dépenses qu’il évaluait
devoir être, par la suite, de quatre millions.
Quant aux priviléges accordés précédemment pour droits de carrosses, de
diligences et de messageries, le roi, en y rentrant exclusivement, ne
fit qu’user de la faculté qu’il s’était réservée en les concédant. Les
fermiers qui ne pouvaient l’ignorer, quoique traités avec justice dans
tous les réglemens qu’entraînait cette mesure, ne la trouvèrent pas
moins très-rigoureuse, par la privation soudaine d’avantages qu’elle
leur enlevait et à laquelle ils étaient loin de s’attendre. Ils furent,
pour le trésor royal, de 1,500,000 fr. auxquels on porta la ferme des
messageries. Le soin des gouvernemens, dans les changemens qu’amènent
les circonstances pour les rendre favorables à la société, doit être de
les opérer doucement, afin de concilier tous les intérêts.
L’établissement de voitures[82] à 4, 6 ou 8 places, commodes, légères et
bien suspendues, pour partir à jours et heures réglés, fut ordonné sur
toutes les grandes routes du royaume. Un autre arrêt prescrivait la
marche à suivre pour l’administration des diligences et messageries, et
le tarif des ports à payer, soit pour les places dans les diligences,
soit pour le transport des _hardes_, de l’_argent_ et autres _effets_.
[82] M. Turgot ayant changé la forme des voitures, elles furent
appelées turgotines pour cette raison. Loin d’être telles que l’édit
le portait, elles étaient lourdes, incommodes et très-bruyantes.
Le baron d’Ogny, intendant-général des postes, jouissait, comme M.
Jannel, son prédécesseur, des mêmes priviléges. M. de Clugny remplace M.
Turgot dans la surintendance des postes.
Le 20.e bail, pour un an, pendant 1776, monte à 8,790,000. Cette
augmentation est fondée sur la réunion des divers priviléges des
carrosses, coches d’eau et messageries, à la ferme des postes.
Le 21.e bail est en régie pour compte du roi, moyennant 10,400,000 fr.
Les six administrateurs qui en sont chargés fournissent un cautionnement
de 4,800,000.
Une ordonnance du roi, rendue en 1779, augmente la masse des retenues du
produit du livre de poste publié, jusqu’à ce jour, au profit d’un
étranger.
Afin de prévenir la perte des lettres mal adressées, il fut réglé, en
1781, qu’elles seraient renvoyées dans les bureaux dont elles portaient
le timbre, pour faciliter les réclamations. Cette mesure eut lieu en
même-tems pour les lettres refusées faute d’affranchissement. Dans le
premier cas elles devaient séjourner trois mois dans les bureaux, et
quatre mois dans le second.
En 1782, Dom Gauthey, religieux de l’ordre de Citeaux, soumit au
jugement de l’Académie des Sciences un moyen qu’il avait imaginé pour
correspondre au loin par l’emploi de signaux. Le rapport fait par le
marquis de Condorcet et le comte de Milly, annonçait que _ce secret leur
paraissait praticable, ingénieux et nouveau, qu’il ne rappelait aucun
procédé connu et destiné à remplir le même objet; qu’il pouvait
s’étendre jusqu’à la distance de trente lieues, sans stations
intermédiaires et sans préparatifs très-considérables. Quant à la
célérité, qu’il n’y aurait que quelques secondes d’un signe à l’autre;
que ces signes[83] pouvaient répondre du cabinet d’un prince à celui de
ses ministres, et que l’appareil enfin ne serait ni très-cher, ni
très-incommode._
[83] Par des moyens acoustiques qu’on parle de renouveler pour
l’établissement de télégraphes en Angleterre.
Dans la même année, M. Linguet annonça un mémoire dans lequel il
prétendait avoir trouvé le moyen de transmettre les avis avec
promptitude, et celui d’établir un idiome constant et réglé, dont la vue
seule était l’interprète, aussi rapide que docile, supérieur à tous ceux
connus dans cette poste oculaire, qui joignait à la facilité, la sûreté,
la simplicité et l’économie.
Le secret devait être impénétrable pour les agens intermédiaires, aussi
étrangers à ce qui se passerait que les courriers à l’égard des dépêches
qu’ils transportent. Ce n’était qu’aux extrémités que le mot de l’énigme
volante aurait été connu de ceux chargés d’expédier et de recevoir les
avis.
L’auteur du projet proposait d’en faire l’épreuve secrète, de Paris à
Saint-Germain, en 4 minutes.
Vers la fin du XVII.e siècle, _Amontons, fameux mécanicien, avait
inventé_, dit Fontenelle dans le rapport qu’il fut chargé de faire de ce
procédé ingénieux, _un moyen de faire savoir tout ce qu’on voudrait à
une très-grande distance; par exemple, de Paris à Rome, en très-peu de
tems, comme trois ou quatre heures, et même sans que la nouvelle fut
connue dans tout l’espace qui sépare ces deux villes._
Ces théories, qu’on regardait comme des chimères, devaient cependant
conduire, quelques années plus tard, à des découvertes[84] et des
procédés de la plus haute importance. Quelques essais infructueux, ou
qui ont manqué d’encouragemens, ne peuvent ôter le mérite de l’invention
à leurs auteurs.
[84] Dès l’année 1763, M. Cugnot essaya, avec succès, à Paris, de
construire des voitures mises en mouvement par la vapeur.
Le célèbre Aéronaute Blanchard fit, en 1779, devant la famille
royale, l’expérience d’un carrosse de son invention, qui roulait
très-rapidement sans le secours des chevaux. Il se proposait, par la
suite, de perfectionner ces voitures, afin de les rendre propres à
voyager sur les routes. On peut avoir une idée de leur construction
par les détails ci-après. A la portée qu’occupe le brancard ou le
timon, était un aigle les ailes déployées. C’est là qu’étaient
attachées les guides, à l’aide desquelles la personne placée dans la
voiture en dirigeait la marche. Derrière était un homme qui
imprimait à la voiture un mouvement plus ou moins rapide, en
pressant alternativement les deux pieds, ce qui ne lui causait
aucune fatigue, et ce qui n’exigerait, à la rigueur, qu’un relais
d’hommes. Il se tenait debout ou assis, les jambes en partie cachées
dans une sorte de malle ou coffre, où les ressorts paraissaient
établis.
On faisait, presqu’en même tems, sur la Seine, l’essai d’un bateau,
canot ou nacelle, appelé la poste par eau, qui ne mit que quelques
minutes à faire le trajet du Pont-Neuf au Pont-Royal. Ce bateau
avait 18 pieds de longueur sur 6 de largeur; il allait par le moyen
d’une grande roue que tournait un seul homme et qui donnait, par
cette impulsion, le mouvement à d’autres, substituées intérieurement
aux roues ordinaires. L’inventeur, M. de la Rue d’Elbeuf, prétendait
que ce bateau remonterait le courant avec la même vitesse, et se
proposait même de la doubler en établissant sur les grandes roues un
engrenage.
M. Mulotin, horloger à Dieppe, imagina aussi un phare d’une
construction remarquable. Il avait la forme d’une horloge et le
mouvement faisait paraître une masse de lumière de 24 réverbères,
dont la durée était de 3 minutes, et la disparition d’une.
Un autre moyen, de ce genre, avait pour but de donner aux feux un
éclat particulier qui les distinguât de manière à empêcher de les
confondre avec les autres feux.
L’année 1783, le 22.e bail en régie, de 11,600,000 fr., fut confié à six
régisseurs, qui donnèrent un cautionnement de 6 millions. Il leur fut
accordé pour remise, droit de présence, étrennes, frais de bureaux et
secrétaires, 216,000 fr., ce qui faisait 36,000 par an pour chacun.
Outre cela, il leur était alloué le cinquième de tout ce qui excéderait
11,600,000 fr. de produit net, et l’intérêt du cautionnement à cinq pour
cent.
En 1785, le duc de Polignac[85] est nommé directeur-général des postes
aux chevaux, relais et messageries. La place d’intendant-général est
accordée à M. de Veymerange[86].
[85] Marquis de Mancini, brigadier des armées du roi, premier écuyer
de la reine et directeur-général des haras.
Le marquis de Polignac; chevalier des ordres du roi, premier écuyer
de Monseigneur le comte d’Artois, gouverneur du château royal de
Chambord, obtint la survivance de la place de directeur-général de
la poste au chevaux.
[86] Chevalier de Saint-Louis, intendant des armées du roi.
Cette même année, l’uniforme des officiers des postes est réglé par une
ordonnance. Il n’est plus exigé aujourd’hui que pour les employés des
postes militaires, les postillons et les courriers. La couleur en est
bleue pour tous, mais avec des marques distinctives qui varient suivant
les emplois. Les postillons, par exemple, ont des revers rouges, des
boutons fleurdelisés et des galons d’argent: ils portent sur le bras
gauche un écusson aux armes royales. Cet écusson est placé sur la
poitrine des courriers; l’habit de ces derniers, bordé d’un liseré
d’argent, est orné au collet de deux fleurs de lis brodées également en
argent.
Les malles-postes et les messageries royales sont distinguées par les
armoiries de la couronne.
Le 23.e bail, porté à 10,800,000 fr. en 1786 (en 1788 à 12,000,000), est
passé, pour cinq ans, avec M. Poinsignon.
L’année suivante, la poste aux chevaux et les relais sont réunis à la
poste aux lettres, le duc de Polignac, qui en était directeur-général,
ayant donné sa démission. La place d’intendant-général, créée en même
tems, fut supprimée.
L’université conservait encore, en 1789, comme un privilége qu’elle
s’était réservé, des messagers dont les charges étaient à la nomination
des quatre nations qui composent la faculté des arts. Ces charges ne se
vendaient point; il n’en coûtait que les frais de réception, montant
environ à 500 francs. Les messagers étaient appelés aux processions du
recteur, et avaient leur salle d’audience au collége de Louis-le-Grand.
Le roi n’ayant pas nommé à la place de surintendant-général des postes,
depuis M. de Clugny, le baron d’Ogny était resté seul chargé de la
direction de cette importante administration, sous le titre
d’intendant-général des courriers, postes, relais et messageries de
France. Les administrateurs étaient MM. de Montregard, de la Reignière,
Richard d’Aubigny, de Richebourg, Gauthier, de Montbreton, Mesnard, de
la Ferté, Delaage, de Vallogué et de Longchamp.
Il avait aussi un conseil des relais, composé de trois
inspecteurs-généraux.
Nous venons d’exposer rapidement, dans tout ce qui précède, les divers
changemens survenus dans les postes depuis leur origine jusqu’en 1789.
Objets, pendant plus de trois siècles d’existence, de la protection
spéciale de nos rois, elles étaient parvenues au point d’être utiles à
la fois au peuple dont elles multipliaient les relations, et à l’état
dont elles augmentaient les revenus. Les recettes des lettres et
paquets, abandonnées pendant près de deux cents ans aux agens des
postes, à titre d’émolumens, devinrent si productives par la suite,
entre les mains des fermiers-généraux, qu’elles avaient atteint un taux
qu’on devait à peine dépasser de nos jours.
Mais les institutions les plus sages, consacrées par le tems et les
besoins des peuples, ne pouvaient survivre au renversement de la
monarchie. C’est sous cette ère fatale, signalée par un crime inouï dans
nos fastes, que nous allons suivre les variations que les postes ont
subies jusqu’au rétablissement de la maison de Bourbon.
Dès 1790, un décret supprime les priviléges des maîtres de poste qui
avaient été créés par Louis XI, et rigoureusement maintenus par ses
successeurs. Une indemnité annuelle, de 30 livres par cheval entretenu
pour le service de la poste, les remplace. Elle ne peut être moindre de
250 fr., ni dépasser 450 fr., quelle que soit l’importance des relais.
Les titres et traitemens de l’intendant-général, ceux de
l’inspecteur-général, les gages des maîtres des courriers, etc., sont
également supprimés.
M. de Richebourg est nommé commissaire du roi près les postes, place qui
répondait à celles de surintendant et d’intendant-général. Il réunit,
dans ses attributions, la poste aux lettres, la poste aux chevaux et les
messageries, quoique séparées pour l’exploitation.
Le serment d’observer la foi due au secret des lettres, est exigé de
tous les agens des postes.
Les fonctions des inspecteurs, visiteurs et officiers du conseil des
postes, sont remplies par deux contrôleurs-généraux, auxquels il est
accordé un traitement de 6000 fr.
Le bail des postes, passé en 1788, avec M. Poinsignon, est maintenu.
Les réformateurs, dans cette désorganisation totale, se voient forcés,
pour ne pas entraver la marche d’un service si important, de conserver
les anciens réglemens et le tarif de 1759. Les arrêts de 1771, 1784 et
1786, subissent seulement quelques changemens relatifs au contre-seing
et au brûlement des lettres inconnues, refusées et non-réclamées.
Les maîtres de poste du royaume demandent la réunion des messageries à
la poste aux chevaux.
Le privilége exclusif des carrosses de place et des voitures des
environs de Paris, accordé à la compagnie Perreau, est résilié.
M. Jean-François Dequeux devient, en 1791, fermier des messageries,
coches et voitures d’eau, par bail de la durée de six ans neuf mois.
Les administrateurs des postes font remise au roi du 5.e des produits
nets qui excèdent les onze millions du bail expiré le 31 décembre.
A cette époque où, sous prétexte du bien public, on ne respectait plus
rien, le désordre était à son comble. L’assemblée nationale[87],
elle-même, parut effrayée des abus qu’entraînait le zèle des corps
administratifs et des municipalités. La correspondance des particuliers
n’était plus à l’abri de la plus infâme des violations; les courriers
qui refusaient de remettre les dépêches, dont ils étaient responsables,
s’exposaient aux mauvais traitemens d’individus livrés à la licence la
plus effrénée; et les directeurs ne pouvaient soustraire, à leurs
criminelles perquisitions, les lettres qu’on osait leur enlever par la
force dans les dépôts sacrés confiés à leur garde. Cependant, par une
concession bien digne de ces tems désastreux, cette même assemblée, en
cherchant à réprimer une telle conduite, crut devoir l’excuser en disant
qu’elle était tolérable dans un moment d’alarme universelle et de péril
imminent.
[87] Elle improuva la conduite de la municipalité de Saint-Aubin, pour
avoir ouvert un paquet à M. d’Ogny, intendant-général des postes, et
plus encore pour avoir ouvert ceux adressés au ministre des affaires
étrangères et au ministre de la cour d’Espagne; et chargea son
président de se retirer de vers le roi, pour le prier de donner des
ordres nécessaires afin que le courrier de ces paquets fût mis en
liberté, et pour que le ministre du roi fût chargé de témoigner à M.
l’ambassadeur d’Espagne les regrets de l’assemblée de l’ouverture de
ses paquets.
Les postes sont administrées, en 1792, par un directoire composé d’un
président et de cinq administrateurs. M. de Richebourg est nommé, à ce
premier emploi, avec un traitement de 20,000 fr. Il leur est assigné à
tous un logement à l’Hôtel-des-Postes[88].
[88] Bâti sur les ruines de l’Hôtel-de-Flandres, qui appartenait, dès
la fin du XIII.e siècle, aux comtes de ce nom. Le roi Charles VII le
donna, en 1487, à Guillaume de la Trimouille. Il fut possédé par
Jean-de-Nogaret, premier duc d’Epernon, favori de Henri III, et
passa ensuite à Berthélemi d’Hervart, contrôleur-général des
finances, qui le fit reconstruire en entier; puis en suite à M.
Fleuriau d’Armenonville, secrétaire-d’état et garde des sceaux. Cet
hôtel portait encore son nom lorsqu’il fut acheté des héritiers du
comte Morville, son fils, pour y placer les bureaux de la poste. Il
fut réparé et distribué à cet effet, et l’on y construisit, du côté
de la rue Coq-Héron, un hôtel pour l’intendant général des postes.
Pour établir les bases du nouveau tarif[89] sur le prix du transport des
lettres et paquets, on fixe un point central dans chacun des 83
départemens, et les distances entr’eux sont calculées d’un point central
à un point central à vol d’oiseau, et à raison de 2283 toises par lieue.
Le quart de l’once détermine le poids de la lettre, dite simple ou non
pesante, dont le port, fixé à quatre sous dans l’intérieur de chaque
département, augmente d’un sou hors de ce département, et jusqu’à vingt
lieues inclusivement. Une progression d’un sou par dix lieues est réglée
jusqu’à cent, et subit quelques modifications au-delà de cette distance.
[89] Celui de 1769 était basé sur la distance réellement parcourue, et
on ne reconnaissait pas de distance au-dessous de 20 lieues.
Le transport des dépêches qui, jusqu’alors, avait eu lieu sur les
grandes routes et sur les petites, à cheval, en brouettes ou voitures
non-suspendues, la plupart découvertes, attelées d’un seul cheval et
conduites par le courrier, devient l’objet d’une mesure générale et
uniforme. Des courriers de poste aux lettres sont établis sur quatorze
routes, dites de première section, et sur vingt-six de deuxième section
en voitures suspendues, couvertes, montées sur deux roues et attelées de
trois chevaux. Le service en est fait par les maîtres de poste, au prix
de 30 sous par cheval et par poste, au lieu de 25 sous auquel il était
précédemment fixé.
Le droit de franchise et de contre-seing des lettres, étendu chaque jour
dans une proposition nuisible à la recette des postes, est limité par un
nouveau réglement.
Il n’est encore rien changé à la remise sur les articles d’argent
déposés, qui, de tout tems, avait été perçue au profit des directeurs
des postes. Ce n’est que plus tard que le trésor s’est attribué cette
recette.
Une instruction générale, sur le service des postes, devenait
indispensable. Elle comprend toutes les bases sur lesquelles repose
cette institution; mais les modifications qui pourraient y être
apportées, seront réglées par des circulaires imprimées.
On abolit le privilége de poste royale ou double, dont jouissaient les
maîtres de poste de Versailles, de Paris, de Lyon et de Brest.
Les emplois des contrôleurs provinciaux des postes, qui avaient échappé
à la réforme totale de ce qui tenait à l’ancienne organisation,
disparaissent à leur tour. On y supplée par des inspecteurs auxquels la
surveillance générale des bureaux de poste et des relais est confiée
dans les départemens.
Les courriers sont élus par les sections de Paris. Les directeurs et les
contrôleurs des postes sont nommés par le peuple. Les fonctions des
premiers comprennent toutes les parties du service. Les directions sont
simples ou composées: dans le premier cas, le directeur suffit à toutes
les opérations; mais, dans le second, l’importance des bureaux nécessite
un nombre d’agens proportionné aux besoins des localités. Alors, il y a
un contrôleur dont les attributions sont en opposition avec celles du
directeur, comme exerçant sur lui une surveillance continue dans
l’intérêt de l’administration.
On exige des directeurs, en 1793, un cautionnement en biens fonds de la
valeur du cinquième du produit net de l’année commune de chaque bureau.
Les chevaux de poste sont payés, par les voyageurs et les courriers
extraordinaires, à raison de 40 sous par cheval et par poste, et 15 sous
de guide au postillon.
Le bail des messageries est résilié.
On réunit la poste aux lettres, les messageries et la poste aux chevaux,
sous une seule et même administration, spécialement chargée de la
surveillance et du maintien de l’exécution des trois services. Elle est
composée de neuf administrateurs[90] élus par la convention, sur la
présentation du directoire exécutif. Ces nominations n’ont lieu que pour
3 ans.
[90] Entr’autres MM. Baudin, Catherine, Caboche, Rouvière, Legendre,
Mouret, Ruteau.
Nous avons vu dans tous les tems divers moyens, plus ou moins ingénieux,
de communiquer au loin, par des signaux, des phrases convenues. Ces
procédés, tentés par les anciens, renouvelés par les modernes, n’avaient
pas eu assez de succès pour être adoptés; des pavillons, hissés au
sommet de mâts très-élevés, servaient, seulement sur nos côtes, à
signaler ce qui pouvait intéresser le service maritime. On y a substitué
depuis une machine mobile, sous le nom de cémaphore[91], destinée au
même usage.
[91] Porte signe.
Les Anglais ont cherché, avec succès, à varier ces signaux. Le duc
d’Yorck a acquis une grande célébrité en les perfectionnant. Dom
Gauthey, Linguet, Amontons, semblent plus particulièrement avoir
approché de la solution d’un problême tant de fois proposé; mais aucune
expérience notable n’était venue à l’appui de leur théorie. La question
restait donc à résoudre, lorsque Claude Chappe, né à Brûlon, en 1763,
fit connaître son importante découverte du télégraphe[92]. On prétend
que, dès 1791, cet habile physicien fut conduit à ce résultat par suite
d’un amusement. Le désir de communiquer par signes avec quelques amis
qui résidaient à la campagne, à plusieurs lieues de lui, l’engagea dans
des recherches tellement satisfaisantes, qu’il crut devoir, en 1792,
soumettre son projet à l’assemblée législative, en lui présentant sa
machine à signaux[93]. L’établissement[94] d’une ligne télégraphique fut
ordonné un an après et signala une victoire[95]. La convention reçut la
nouvelle de ce succès au commencement d’une de ses séances, rendit un
décret qui déclarait que Condé[96] changeait de nom, et le télégraphe
annonça, pendant cette même séance, que le décret était déjà parvenu à
sa destination, et que déjà aussi il circulait dans l’armée.
[92] J’écris au loin.
[93] M. Chappe fut nommé ingénieur des télégraphes avec les
appointemens de lieutenant du génie.
[94] De Bruxelles à Paris, le télégraphe pouvait transmettre les avis
en 25 minutes. Il fut décidé que le comité d’instruction publique
nommerait deux commissaires pour suivre les opérations, et qu’il
serait alloué 6000 fr. pour les frais de cet essai. Plus tard
[1797], MM. Breguet et Betencourt soumirent un projet de télégraphe.
Les Anglais, qui ont une espèce de signaux de ce genre, les avaient
déjà établis sur leurs côtes, d’où ils répondaient tous à Londres.
[_Moniteur_.]
[95] La prise de Condé.
[96] On l’appela _Nord-Libre_.
Ce résultat ne laissa rien à désirer sur l’utilité d’un procédé si
merveilleux. Il serait même difficile de décrire la sensation que
produisit, non-seulement en France, mais par toute l’Europe, la
découverte d’une machine dont les formes sont visibles, les mouvemens
simples et faciles, qui peut être transportée et placée partout, qui
résiste aux plus grandes tempêtes, donne assez de signaux primitifs pour
faire de ces signes une application exacte aux idées, qui les transmet
dans tous les lieux et à quelque distance que ce soit.
_Elle n’exige qu’un signe par idée et jamais plus de deux; ce qui est
très-remarquable_, dit le rapport décennal (1810), _comme ayant donné
naissance à une langue nouvelle, simple et exacte, qui rend l’expression
d’une phrase par un seul signe_.
La poste télégraphique, qui se compose de toutes les lignes qui, partant
de Paris[97], vont aboutir aux points extrêmes du royaume, est dirigée
par trois administrateurs qui sont: MM. le comte de Keresperts, Chappe
Chaumont et Chappe d’Arcis. Il y a un directeur et un inspecteur à
chaque point principal, et des employés à chaque station pour exécuter,
sans les comprendre, tous les mouvemens ordonnés d’une direction à
l’autre.
[97] L’administration des télégraphes est rue de l’Université. Paris
compte cinq télégraphes: l’un à l’hôtel de l’administration, l’autre
au ministère de la marine, un troisième à l’église des Saints-Pères,
les deux derniers sur les tours de Saint-Sulpice. Les nouvelles de
Calais arrivent à Paris, en trois minutes, par 27 télégraphes; de
Lille, en deux minutes, par 22 télégraphes; de Strasbourg, en 6
minutes, par 46 télégraphes; et de Brest, en 8 minutes, par 80
télégraphes.
Les télégraphes dépendans de la direction de Saint-Malo, par exemple,
sont au nombre de sept[98] du côté de Paris, et de trois[99] du côté de
Brest. De l’instant où se fait le dernier signal à Saint-Malo, jusqu’à
l’arrivée de la réponse de Paris, il s’écoule 14 ou 15 minutes.
[98] Saint-Medon, Mondoc, la Masse, le Mont-Saint-Michel, Avranches,
la Bruyère, la Rivière, la Tournerie, les Hébreux, la
Chapelle-Riche, Landigère.
[99] Tertre-Guérin, Saint-Caast, Villeneuve.
On sait jusqu’à quel point on a multiplié les lignes télégraphiques, et
avec quelle facilité on applique ce moyen suivant les lieux et les
circonstances. A toute heure, à toute minute, des points les plus
importans du royaume, on peut transmettre à la capitale et en recevoir
instantanément les avis les plus intéressans.
La ligne télégraphique[100] de Paris à Lille fut établie en 1794.
[100] Elle fut prolongée jusqu’à Dunkerque en 1799. A cette époque,
des travaux semblables eurent lieu sur Strasbourg et Huningue, Brest
et Saint-Brieux. En 1803, on communiqua, par ce moyen avec
Bruxelles; avec Boulogne, Flessingue et Anvers, en 1809; et, un an
plus tard, avec Amsterdam. En 1805 Milan correspondait avec Paris
par le télégraphe. Cette ligne fut étendue, vers 1810, sur Venise et
Mantoue. L’année de la restauration, Lyon fut en relation avec
Toulon. La guerre d’Espagne, arrivée en 1823, nécessita
l’établissement d’une ligne de télégraphes de Paris à Bayonne.
[_Moniteur_.]
Le port[101] des lettres est augmenté et porté, en 1795, pour celles
dites simples, ne pesant pas un quart d’once, à cinq sous dans
l’intérieur du même département; extérieurement jusqu’à 20 lieues, à six
sous; et, pour les autres distances, dans une progression réglée par le
tarif.
[101] Plus tard, la taxe des lettres, dans toute l’étendue de la
France, réglée sur les distances, est réduite à 4 sortes; savoir:
dix sous pour une distance de cinquante lieues, à compter du point
de départ; quinze sous à cent lieues, vingt sous à cent cinquante,
vingt-cinq sous pour toute distance au-delà de 150 lieues.
Le port des lettres, pour l’intérieur des villes, est fixé à trois sous.
Une administration générale[102], composée de douze membres, est établie
pour remplacer les trois agences supprimées de la poste aux lettres, de
la poste aux chevaux, des messageries. Elle nécessite la création d’une
place de caissier-général des postes.
[102] MM. Caboche, Rouvière, Gauthier, Déaddé, Baudin, Boulanger,
Joliveau, Sompron, Tirlemont, Vernissy, Rose et Catherine
Saint-Georges.
Les tarifs de la poste aux lettres et de la poste aux chevaux éprouvent
des changemens provoqués par la dépréciation du papier-monnaie. On paie
pour la lettre simple, par exemple, jusques et compris 50 lieues, deux
livres dix sous. Chaque maître de poste reçoit cent cinquante livres en
assignats par poste et par cheval, et chaque postillon cinquante francs.
La taxe[103] des lettres varie encore en 1796.
[103] Les lettres du poids de demi-once ne paient que trois décimes
dans la distance de cinquante lieues et au-dessous; cinq décimes
jusqu’à cent; sept décimes jusqu’à cent cinquante; et neuf décimes
au-dessus de cent cinquante lieues de distance.
_Afin_, dit le Conseil des Cinq Cents dans son arrêté, _d’encourager la
libre communication des pensées entre les citoyens, et d’augmenter les
revenus publics_, le prix des journaux présentés à l’affranchissement ne
sera que de quatre centimes par feuilles, et celui des livres brochés de
cinq centimes.
Le tarif[104] du port des lettres subit encore des modifications: il
rappelle plusieurs articles de celui de 1759.
[104] Le prix de la lettre dite simple, au-dessous de demi-once, est
de deux décimes dans l’intérieur du même département; d’un
département à un département, de vingt-cinq centimes.
Les lettres adressées aux militaires sous les drapeaux, par une
exception bien entendue, ne paient que quinze centimes, quelles que
soient les distances.
La facilité accordée aux particuliers de pouvoir charger leurs lettres
et paquets, à la condition d’en payer le double du port ordinaire,
imposait l’obligation à l’administration responsable de fixer
l’indemnité due en cas de perte des lettres: elle était précédemment de
trois cents francs, et se trouve réduite à cinquante.
Un nouveau décret supprime, en 1797, le droit de franchise des lettres
par contre-seing. Il est accordé une indemnité de 68 mille francs par
mois au conseil des Anciens et à celui des Cinq-Cents pour remplacer ce
privilége.
Une société anonyme est formée, à Paris[105], pour l’entreprise générale
des messageries.
[105] Rue Notre-Dame-des-Victoires.
Les frais d’administration des postes pour la présente année s’élèvent à
neuf millions, dans lesquels la taxe d’entretien des routes figure pour
600,000 fr.
Le décret qui ordonne l’établissement des postes dans les colonies,
porte que le produit de la ferme des bacs des passages des rivières et
des postes, sera versé au trésor public de chaque colonie.
Les fonctions du commissaire du directoire exécutif, près
l’administration des postes, sont déterminées, en 1798, par des
instructions.
Les nouveaux arrêtés sur le transport frauduleux des lettres
reproduisent les anciens réglemens. Ce n’est pas la première fois
qu’après avoir tout détruit on se voit forcé d’édifier sur les bases
anciennes.
Il était tems qu’un établissement aussi utile que celui de la poste aux
chevaux fût authentiquement reconnu par une loi dans toute l’étendue de
la France. Il est suivi, en 1799, d’un réglement sur ce service.
La poste aux lettres, par suite de l’annulation du bail, est administrée
par une régie intéressée, à laquelle il est accordé huit millions pour
les dépenses d’exploitation. Les cinq membres qui la composent sont MM.
Anson, Forié, Auguié, Sieyes et Bernard, près desquels M.r La Forêt est
placé comme commissaire du gouvernement.
M. Duvidal est nommé inspecteur général près l’administration des
postes, au lieu des deux substituts du commissaire du gouvernement, qui
avaient été précédemment établis.
Les lettres sont taxées[106] en francs et en décimes, et il ne doit être
fait usage que des nouveaux poids.
[106] A cette époque, une lettre de Lyon coûtait onze sous; de
Grenoble, 12, et de Bayonne et Marseille, 13.
La taxe[107] des lettres est fixée en raison des distances à parcourir
par la voie la plus courte, d’après les services des postes aux lettres
existans.
[107] Pour la lettre dite simple, au-dessous du poids de 7 grammes
jusqu’à la distance de 100 kilomètres inclusivement, deux décimes,
etc.
Les administrateurs jouissent enfin, en 1800, du privilége de nommer à
tous les emplois: les inspecteurs ne peuvent être choisis que parmi les
employés des postes et sur la présentation du commissaire.
Le ministre des finances arrête tous les états de dépense.
Les abus qui s’introduisent de nouveau dans le transport frauduleux des
lettres, provoquent encore, en 1801, la mise en vigueur des anciens
réglemens.
On est forcé, après tant d’essais infructueux, de rentrer dans la voie
régulière dont on n’aurait pas dû s’écarter; la licence était réprimée;
et on sentait, en 1802, le besoin de ramener l’ordre dans une partie
d’où il semblait être banni par les changemens successifs qu’on y avait
opérés dans l’espace de quelques années.
Nous remarquons aussi que c’est de cette époque que la poste aux lettres
semble avoir été dans une dépendance plus directe du ministère des
finances.
Le poids des lettres est modifié: elles ne sont plus considérées comme
simples lorsqu’elles pèsent 6 grammes, et la progression relative est
établie par des tarifs.
M. Benezet remplace M. Duvidal dans la place d’inspecteur général près
l’administration des postes.
On sait qu’il existait dans toutes les villes, et particulièrement dans
les ports de mer, des établissemens sous la dénomination de petite-poste
destinés aux correspondances locales et à celles d’outre-mer. Le public
y déposait ses lettres, et elles étaient expédiées avec soin par chaque
bâtiment partant. Les capitaines à leur retour transmettaient par la
même voie celles qu’ils rapportaient des colonies.
Cette poste maritime, si active et si utile avant les jours orageux de
notre révolution, devait nécessairement rentrer dans les attributions
d’une administration qui seule pouvait exploiter un service de cette
nature avec la sécurité réclamée par la société. Il ne s’agissait pour
cela que d’user exclusivement du privilége dont on ne pouvait contester
la légitimité à une institution toute royale, et d’en régulariser
l’organisation. On rappela de nouveau la défense faite de tout tems aux
personnes étrangères aux postes de s’immiscer dans le transport des
lettres et paquets; et on obligea les capitaines de faire connaître aux
directeurs des postes, dans les ports où leurs bâtimens seraient en
chargement, au moins un mois à l’avance, l’époque présumée de leur
départ, afin de ne pouvoir appareiller que munis d’un certificat de cet
agent, qui constatât qu’ils avaient reçu les malles destinées pour les
lieux où ils déclaraient devoir se rendre. Les mêmes formalités exigées
au retour ont suffi pour donner depuis plus de garantie à cette nouvelle
branche de correspondance. Divers articles ont réglé l’indemnité
accordée aux capitaines qui déposent leurs dépêches aux bureaux de
poste, et le port, toujours perçu d’avance, auquel le public est
assujetti. On sent que la régularité et l’accélération d’un pareil
service dépendent de l’activité du commerce d’une nation. Elles sont
telles, en ce moment pour la France, que les relations des colonies avec
la métropole n’éprouvent pas la moindre interruption; et il arrive
fréquemment que des distances[108] de plus de 2400 lieues sont franchies
en moins de trois mois.
[108] Une des traversées les plus remarquables est celle de la frégate
française la Méduse qui s’est rendue de France aux Indes en 86
jours.
La correspondance par mer n’était cependant pas nouvelle. Elle avait eu
lieu de tout tems avec l’Angleterre, par le moyen de paquebots[109]
destinés à transporter les dépêches. Les communications avec les
diverses îles de la Méditerranée et de la Manche ne pouvaient être
entretenues que d’après ce mode.
[109] En anglais packet boot qui signifie bateau à paquets. Chacune
des deux nations faisait le transport de ses dépêches. L’Angleterre,
par la suite, en fut chargée exclusivement; mais Louis XVI rétablit
le mode de transport comme dans l’origine.
Lorsque nous avons parlé d’un bateau mécanique, appelé poste par eau,
nous ne prévoyions pas qu’on verrait plus tard des bâtimens, mis en
mouvement par le feu, refouler le courant de nos fleuves les plus
rapides, et multiplier les communications avec une régularité
surprenante.
Un bateau à vapeur fait le service de Douvres à Calais. Les entreprises
de ce genre se répandent chaque jour, soit pour le transport des
voyageurs, soit pour celui des marchandises sur la Garonne, la Loire, la
Charente, l’Adour, la Gironde et la Seine. On a établi sur le canal des
Deux Mers, des bateaux à vapeur à une seule roue derrière substitués aux
bateaux de poste, qui feront le trajet de Toulouse à Agde en moins de 36
heures. Un service de transport pour les marchandises rendra
régulièrement celles-ci, partant de Toulouse pour Beaucaire en moins de
six jours. On organise également un service de ce genre de Lyon à
Beaucaire. Bientôt on communiquera aussi à nos possessions d’outre-mer
par ce moyen rapide et ingénieux. Le bateau à vapeur de l’état, la
Caroline, primitivement le Galibi, est destiné à naviguer de Cayenne à
Lamana.
L’Angleterre s’attribue en vain l’honneur de cette découverte, _parce
qu’un nommé Jonathas Hulls_, dit M. Marestier, auteur d’un mémoire sur
les bateaux à vapeur, _prit, en 1736, un brevet pour l’application de ce
moteur à la remorque des vaisseaux. Il paraît que rien n’était préparé
pour un essai, et que l’inventeur et l’invention tombèrent dans l’oubli.
Les droits des Français, à la même découverte, sont plus authentiques;
ce sont des ouvrages imprimés, des essais encore défectueux, mais qui
mettaient sur la voie et qui promettaient déjà quelques succès_.
James Watt en Angleterre, et Robert Fulton[110] aux Etats-Unis, ont les
premiers perfectionné ce procédé. Mais la supériorité, dont l’Angleterre
est si fière de nos jours, est encore due à un ingénieur français, M.
Brunel.
[110] En 1803, Fulton, qui se trouvait à Paris, construisit et fit
manœuvrer sur la Seine un bateau qui remonta la rivière avec une
vitesse de plus de cinq quarts de lieue par heure.
L’affranchissement des lettres et paquets, pour les pays conquis, est
réglé, en 1803, par divers arrêtés.
Les produits de l’administration des postes, jusqu’à la concurrence de
10 millions, seront versés directement à la caisse d’amortissement pour
être employés aux opérations dont cette caisse est chargée, et
l’excédant au trésor public.
M. Lavalette est nommé commissaire du gouvernement près les postes,
place que MM. La Forêt et Gaudin avaient remplie avant lui.
L’uniforme des postillons et autres employés des relais, se distingue
par une broderie ou galons or et argent, suivant les grades: la veste
bleue, la culotte chamois et les boutons blancs sont exigés pour tous.
Une loi règle les époques de l’ouverture et du brûlement des rebuts,
ainsi que du dépôt, au trésor public, des objets de valeur[111].
[111] Par la loi du 7 nivose, an 10, les uns seront ouverts de suite
et les autres au bout de six mois, un an et même deux ans. Tous
seront brûlés de suite, s’ils sont sans intérêt. Les délais de garde
pour les objets importans, à dater du mois de leur mise à la poste,
n’excéderont pas cinq ans. On transmettra, à cette époque, au trésor
royal, ceux qui auront de la valeur.
Le produit des postes, en 1804, est évalué 10 millions.
Les postes, jusqu’à cette époque sous la surveillance d’un commissaire
du gouvernement, prennent une forme nouvelle par la suppression de cette
place et la création de celle de directeur-général, dont les
attributions, plus étendues, rappellent davantage l’ancienne
organisation du service des postes. C’est à M. Lavalette que cette
importante direction est confiée.
Les priviléges accordés aux maîtres de poste n’avaient eu d’autre but
que de maintenir un établissement tant de fois compromis par des mesures
inconsidérées. On est forcé de reconnaître la légitimité de ces droits,
si anciens, en cherchant enfin à opposer des entraves aux entreprises
multipliées qui s’élèvent de toutes parts. C’est encore d’après
l’expérience qu’il est décidé, en 1805, que tout entrepreneur de
voitures publiques et de messageries, qui ne se servira pas des chevaux
de la poste, sera tenu de payer, par poste et par cheval, à chacune de
ses voitures, vingt-cinq centimes au maître du relais dont il
n’emploiera pas les chevaux.
Il paraît un réglement sur les relais.
Les routes sur lesquelles les maîtres de poste sont chargés du transport
des malles, tant à l’aller qu’au retour, sont déterminées par un décret.
En 1806, il est établi une nouvelle progression pour la taxe des lettres
et paquets, calculée par tableaux qui remplacent l’ancien tarif,
intitulé Copie de Nomenclature Matrice.
Après les désordres introduits par suite des événemens politiques, il
n’est peut-être pas indifférent de faire remarquer la décision
ministérielle qui attribue, en 1807, la franchise aux mandemens que
nosseigneurs les archevêques et évêques adressent aux ecclésiastiques de
leurs diocèses.
Il est défendu, en 1808, d’admettre dans les malles aucun voyageur, s’il
ne s’est conformé au décret qui change le papier fabriqué spécialement
pour les passeports.
Les divers changemens survenus dans l’organisation des postes
nécessitent de nouveaux réglemens qui donnent lieu à la rédaction de la
deuxième instruction générale sur ce service[112].
[112] Après une nouvelle période de seize ans, une troisième
instruction deviendrait d’une grande utilité pour suppléer à
l’interprétation des nombreuses circulaires qui ont modifié la
deuxième. La stabilité qui semble attachée aux mesures récemment
adoptées dans toutes les parties du système administratif des
postes, ne laisserait plus la moindre incertitude sur l’application
de tant d’élémens épars.
La société anonyme, formée à Paris, rue Notre-Dame-des-Victoires, pour
l’entreprise des messageries, est autorisée, en 1809, à continuer
d’exister jusqu’au 31 décembre 1840. Cet établissement est spécialement
chargé du transport des fonds du gouvernement.
Les articles d’argent, jusqu’à la concurrence de cinquante francs, sont
payés à vue aux militaires et autres personnes attachées aux armées.
Il est accordé des remises aux directeurs sur leurs versemens d’espèces
dans les caisses des receveurs du trésor, et la permission, en outre, de
les faire en traites à deux usances.
L’affranchissement des lettres simples destinées aux militaires de tous
grades sous les drapeaux, porté, jusqu’à ce jour, à quinze centimes, est
élevé, en 1810, à vingt-cinq centimes, et n’a lieu seulement que pour
celles adressées aux sous-officiers et soldats.
Aucun livre imprimé à l’étranger ne peut entrer en France sans la
permission du directeur-général de la librairie et de l’imprimerie.
Le tarif subit de nouvelles modifications.
La correspondance entre la France et la colonie de Batavia, est établie
régulièrement deux fois par mois.
Toute relation avec l’Angleterre est suspendue en 1811, et le brûlement
des lettres est ordonné, tant pour celles qui en proviennent, que pour
celles qu’on y expédie.
Quelques mois plus tard, cette interdiction fut levée avec restriction.
Cette facilité dura peu, et toute communication fut encore suspendue.
L’année 1812 n’offre rien de remarquable sur les postes. En 1813, on
établit un service régulier de postes françaises en Turquie.
L’invasion du territoire français, par les puissances alliées de
l’Europe, en 1814, nécessite la suspension des correspondances avec les
pays conquis, et provoque des dispositions relatives à l’évacuation des
bureaux de poste à leur approche.
M. de Bourienne, ancien conseiller-d’état, succède à M. Lavalette dans
la place de directeur-général des postes.
Il règne une grande confusion dans cette administration. Les employés
qui avaient été forcés de suspendre leurs fonctions, sont prévenus de
les reprendre.
Toutes les lettres restées au rebut depuis trois ans, par suite des
événemens, sont expédiées pour leur destination. Le service ne souffre
pas d’interruption pendant l’invasion de la France. Le baron de Saken,
gouverneur-militaire de Paris, assure, au nom des puissances alliées,
une protection spéciale aux relais et aux bureaux de poste.
Tels sont les actes qui préparent le retour de l’autorité légitime en
France.
Les relations interrompues avec les diverses nations reprennent peu à
peu leur ancienne activité.
M. de Bourienne, nommé directeur-général des postes sous le gouvernement
provisoire, est remplacé par M. le comte Ferrand, ministre-d’état. C’est
la première nomination faite aux postes depuis le rétablissement de la
maison de Bourbon.
M. le comte de la Prunarède est nommé adjoint aux inspecteurs des postes
et relais.
Le paiement des reconnaissances à vue, aux militaires, n’a plus lieu.
Quelques mesures réglementaires signalent, en 1815, la courte
administration de M. le comte Ferrand. Une catastrophe inouïe devait
ramener M. Lavalette à la tête des postes, en même tems que le trône de
nos rois était usurpé une seconde fois.
Cet interrègne de cent jours jette une nouvelle confusion dans les
postes. Mais, au retour de l’ordre, M. le comte Beugnot,
ministre-d’état, appelé à leur tête, s’exprime ainsi:
_C’est dans son sein_ (du souverain légitime) _qu’il faudrait se
réfugier quand la providence n’y aurait pas placé le cœur d’un père_. Il
parle ensuite de l’ancienne sagesse, de la probité, et surtout de
l’attachement au roi qui a signalé de tout tems l’administration des
postes. _Cet établissement_, ajoute-t-il, _dont la France a l’honneur
d’avoir donné l’exemple au reste de l’Europe, est tout royal. C’est à la
protection spéciale de nos souverains qu’il est redevable des
développemens et de l’espèce de perfection qu’il semble avoir obtenue_.
Tels sont les principes rassurans que professent les hommes d’état
chargés de diriger une des branches les plus importantes de
l’administration publique sous le règne doux et paternel des Bourbons.
Les Directeurs adressaient, à la caisse générale des postes à Paris, les
fonds provenant de leurs recettes: ce mode est remplacé par celui des
versemens de ces produits aux caisses des receveurs particuliers du
trésor.
Sur la fin de 1815[113], M. le marquis d’Herbouville, pair de France,
est élevé à la place de directeur-général des postes. Il se montre
pénétré de l’importance de l’administration qu’il est appelé à diriger,
en cherchant à l’entourer d’une grande considération.
[113] Octobre.
Il avait beaucoup à réformer après les désordres causés par deux
invasions si rapprochées; et son premier soin est de régulariser toutes
les mesures temporaires, nécessitées par des circonstances si
impérieuses.
Il établit, en 1816, une division de comptabilité centrale, chargée de
décrire, d’une manière précise, la situation de tous les agens de
l’administration sur toutes les parties du service, et de pouvoir la
faire connaître tous les jours, ainsi que celle de l’administration
elle-même.
C’est à ses soins prévoyans qu’on doit le maintien de la caisse des
pensions, qui avait éprouvé un déficit considérable par suite des
désordres passés. Il y parvient au moyen d’une augmentation sur la
retenue des appointemens, qui, de 3 francs 50 centimes, devait être
portée temporairement à 5 pour cent, taux auquel elle est encore perçue
aujourd’hui.
Si l’établissement de la caisse des pensions fut un bienfait, cette
mesure conservatrice inspirera une reconnaissance égale à celle attachée
à sa création.
Le cautionnement en immeubles, fourni jusqu’à ce jour par les directeurs
des postes, est exigé en numéraire.
Les résultats que M. le marquis d’Herbouville se promettait d’atteindre
par la marche juste, ferme, et indépendante qu’il suivait avec
persévérance, ne devaient pas avoir lieu sous son administration.