M. Dupleix de Mezy est appelé à le remplacer[114].

[114] Novembre 1816.

Les sommes déposées, sous le titre d’articles d’argent, qui circulaient

de bureau à bureau pour être remises dans les mêmes espèces aux

destinataires, sont expédiées directement à Paris. Cette amélioration

remédiait en partie à un mode reconnu vicieux, dès l’origine, par

l’inconvénient qu’il entraînait de tenter la cupidité des malfaiteurs.

Ces paiemens sont effectuées avec les recettes ordinaires du produit des

postes, ou, en cas d’insuffisance, par le moyen des fonds de subvention,

c’est-à-dire des sommes que les directeurs sont autorisés à toucher chez

les receveurs du trésor.

Des bateaux à vapeur font le transport des dépêches et des voyageurs de

Calais à Douvres. Ils sont, comme les anciens paquebots, pour le compte

de l’administration des postes, et sous la surveillance du directeur des

postes de Calais.

Les administrateurs des postes sont supprimés. Un conseil, auquel on

attribue les mêmes pouvoirs, les remplace. Il est composé de trois

membres qui sont: MM. Gouin, Boulenger et Molière la Boulaye, chefs de

divisions aux Postes. Il ne leur est point accordé de supplément de

traitement. Celui du directeur-général est réduit à 60,000 fr.

Les réglemens sur les franchises et contre-seings, que de nombreuses

circulaires avaient modifiés au point d’en rendre l’usage nuisible aux

produits des postes, sont rétablis, par une ordonnance royale, sur des

basses plus conformes à l’administration actuelle du royaume.

Les relais, dont l’exploitation à part coûtait annuellement 800,000 fr.,

sont réunis aux postes. On supprime les inspecteurs chargés de ce

service, connus anciennement sous la dénomination de visiteurs des

relais, et les inspecteurs de la poste aux lettres exercent ces

nouvelles fonctions. Leur nombre, par suite de cette réduction, est de

trente[115]; ils ont chacun, à quelques exceptions près, trois

départemens dans leurs divisions.

[115] Les attributions des inspecteurs des postes, déjà si importantes

par elles-mêmes, ont été étendues par là indistinctement à toutes

les parties du service. On ne pourrait aujourd’hui, sans danger,

apporter de suppression dans le nombre de ces agens, interposés

entre l’administration supérieure et ses subordonnés pour exercer

une surveillance de tous les jours, de tous les instans. La

perfection actuelle du travail nécessiterait même qu’on l’augmentât

pour le rendre égal à celui des départemens. L’action des

inspecteurs, devenue alors plus directe, serait par conséquent plus

rapide, et agirait avec plus d’efficacité sur une étendue réduite à

un rayon dont ils pourraient atteindre les extrémités dans un court

espace de tems. Ils n’auraient plus de raisons légitimes pour

ajourner indéfiniment des déplacemens toujours utiles et souvent

urgens. A la tournée annuelle, à laquelle ils sont tenus, se

joindraient les vérifications extraordinaires propres à rectifier, à

l’instant même, des erreurs qui peuvent se reproduire quelquefois

pendant tout le cours d’une année.

L’administration centrale imprime un mouvement continu et réciproque

à cette multitude de bureaux répandus sur toute la France; mais les

inspecteurs le dirigent et rétablissent sans cesse l’harmonie que

tant de causes accidentelles détruisent constamment. Si quelque

désordre s’y introduisait, et que l’on fût privé de ce moyen

puissant de répression, que d’inconvéniens prendraient un caractère

de gravité avant que le mal fût connu et qu’il eût été possible d’y

apporter un remède, peut-être inutile, par suite de tant de retards?

Mais l’inspecteur, sentinelle avancée, est là, toujours prêt à se

porter sur tous les points où sa présence l’exige, pour constater la

situation des caisses, suivre le travail des bureaux, examiner la

tenue des écritures et la régularité des opérations. Les

instructions sont-elles mal interprétées, il en éclaircit le sens,

il décide les questions douteuses, intervient dans les plaintes et

les contestations du public, dont il repousse ou accueille les

réclamations; justifie les employés que l’on taxe d’exigeance

lorsqu’ils opposent leurs devoirs à des prétentions souvent injustes

et toujours exagérées. Cette intervention donne un caractère plus

légal à des mesures qui paraissent arbitraires, rassure des intérêts

froissés en apparence, et conserve à l’administration et à ses agens

la plus noble de leurs prérogatives, la confiance. L’inspecteur ne

borne pas là sa surveillance: il doit s’étudier à connaître les

améliorations continuelles à introduire, soit dans la multiplicité

des communications, les changemens, la suppression d’anciennes

correspondances que le tems a rendues inutiles ou surabondantes, ou

l’établissement de nouvelles nécessitées par l’activité du commerce

ou les progrès de l’industrie locale; soit enfin dans l’entretien et

la réparation des routes, dont aucun fonctionnaire public ne peut

mieux que lui apprécier l’état, ni donner de renseignemens plus

positifs pour conserver avec avantage un moyen si puissant de

prospérité.

Ses observations sur les relais ne se réduisent pas aux simples

formalités d’un procès-verbal, servant à constater que le nombre de

chevaux qu’on y entretient est conforme aux réglemens. Il faut qu’il

s’assure s’ils sont appropriés aux besoins des localités; qu’il

encourage les maîtres de poste à d’utiles réformes, et qu’il leur

soumette des vues que l’expérience a confirmées, afin d’attacher aux

relais ce principe conservateur qui fait la sécurité de l’état et

l’avantage du maître de poste. Nous sommes persuadé qu’une émulation

soutenue suffirait pour leur donner ce caractère d’activité durable,

que l’on remarque sur certaines lignes, et qu’on est loin de

retrouver sur tant de points. L’inspecteur qui éclairerait

constamment le maître de poste sur ses propres intérêts, si

intimement liés avec ceux du gouvernement, en lui portant le fruit

de ses lumières et en le guidant avec prudence dans l’exploitation

de cette branche si féconde d’industrie, atteindrait ce but en peu

d’années.

Occupé à faciliter le transport des dépêches, l’inspecteur prévient

encore les obstacles qui pourraient en suspendre la circulation; il

réprime les abus de la fraude. Enfin, rien ne doit échapper à ses

investigations. Sans cesse en activité, il donne à ses rapports ce

haut degré d’utilité et d’exactitude qui ressort de la connaissance

approfondie des lieux et des choses propres à éclairer

l’administration sur ses véritables intérêts, sur la conduite de ses

agens et sur les vœux de la société.

Cette organisation, telle que nous la concevons, loin d’entraîner un

surcroît de dépense, produirait une économie qui pourrait s’élever

successivement à 150,000 fr., décuplerait en outre les recettes de

certains bureaux, donnerait plus d’activité au service, un degré de

confiance de plus au public, et ne nuirait en rien ni aux droits ni

aux avantages acquis des titulaires actuels, puisqu’elle

s’obtiendrait par extinction.

Dans toute amélioration, la première considération à observer, c’est

d’opérer le bien sans secousse, et de ménager, avec délicatesse, des

intérêts qu’on est forcé de froisser, en ne les sacrifiant pas trop

facilement, par un principe plus spécieux que juste, à l’avantage

général.

Il est aisé de se convaincre, par ce faible exposé, de l’immensité

des charges de l’inspecteur, et de la responsabilité morale qui pèse

sur lui. Son travail demande autant de lumières que de conscience.

Juge intègre, il ne peut ni céder aux sollicitations, ni

s’abandonner à ses préventions. La justice est son guide. Le sort

des employés est dans ses mains. Pénétré de l’importance de

fonctions aussi délicates, on sent que l’expérience n’est pas la

moindre qualité qu’on soit en droit d’exiger de lui.

Si la prospérité à laquelle les postes sont parvenues est due en

partie aux inspecteurs, la reconnaissance attachée à leurs services

serait un titre suffisant pour les maintenir, lors même que

l’impérieuse nécessité n’en ferait pas une loi. Cette vérité est

encore consacrée par le tems. Un agent spécial, revêtu de semblables

attributions, tient donc essentiellement à l’ensemble de tout bon

système administratif; et si, par cas fortuit, une seule raison

pouvait être opposée à ce principe conservateur, mille s’élèveraient

en leur faveur pour plaider leur cause et maintenir leurs droits.

Il est accordé à chaque directeur une remise de sept huitièmes pour cent

sur le deuxième net de sa recette, et celle de demi pour cent sur les

articles d’argent acquittés avec les fonds de sa recette, ou par le

moyen de ses ressources particulières. Ils jouissaient déjà de celle de

deux et demi pour cent sur la recette des produits des places des

voyageurs dans les malles-postes.

La nécessité d’améliorer le sort des employés des postes a toujours été

reconnue; et les mesures temporaires qu’on a prises à diverses époques

semblent faire espérer qu’en cherchant à parvenir à ce but, on

l’atteindra. Le mode des remises est celui qui a prévalu jusqu’à ce jour

pour les directeurs[116].

[116] Ne pourrait-on admettre des bases plus fixes. L’importance des

produits, celle des localités, serviraient, entr’autres

considérations, à établir la progression convenable pour chaque

direction. D’ailleurs, n’aurait-on pas égard à la responsabilité à

laquelle est soumis l’employé des postes dans un travail de cette

nature, et à l’assiduité si constante qu’il exige et qui devient

telle, qu’elle ne lui laisse aucun jour, aucun moment même dans le

jour dont il puisse disposer. N’est-il pas, en outre, des

obligations sociales auxquelles assujettit naturellement une

administration dont le rang élevé doit être soutenu dignement.

Cependant, nous ne croyons pas qu’on observe à l’égard des agens des

postes la proportion établie pour ceux des autres parties. Par

exemple, le directeur d’un bureau placé dans une ville dont la

population est de 80,000 ames, et celui où elle n’est que de 5000

habitans, qui touchent, le premier, 4000 fr., et le second 1200 fr.,

ont-ils un traitement comparativement égal à celui des autres

fonctionnaires. Une question de cette importance, que nous ne

faisons qu’indiquer, nous semble de nature à donner lieu à d’utiles

réflexions.

Espérons qu’après les résultats importans obtenus par les diverses

améliorations qui ont eu lieu et que nous remarquons encore,

l’administration qui exerce une sollicitude si paternelle sur ses

nombreux agens, remplira le vœu qu’ils forment tous de voir enfin

leur traitement éprouver une augmentation proportionnelle.

Le service du transport des dépêches et des voyageurs a lieu, en 1818,

par le moyen de malles-postes d’une construction élégante et commode.

Cette mesure, tout entière dans l’intérêt des maîtres de poste,

très-coûteuse dans son principe, est provoquée par la diminution

successive des voyageurs, qui préféraient aux malles établies en 1791

les voitures publiques perfectionnées de plus en plus.

Pendant les années 1819, 1820, 1821, les changemens successifs opérés

dans toutes les branches de l’administration y apportent d’heureuses

améliorations. Elles sont tout à la fois dans l’intérêt du trésor,

auquel elles offrent plus de garantie; et, dans celui des comptables,

dont elles tendent encore à accroître la sécurité.

La poste aux lettres, par la nature de ses produits, avait un système de

comptabilité qui n’était nullement en rapport avec celui des

administrations financières. Les directeurs n’arrêtaient leurs comptes

mensuels et d’années, qu’après la réception des dernières dépêches[117]

expédiées par leurs correspondans pendant le cours de la même période

mensuelle, quoiqu’elles ne leur parvinssent le plus ordinairement que

dans les premiers jours qui suivaient le mois auquel elles se

rapportaient. On avait tenté infructueusement divers moyens pour

remplacer ce mode peu conforme aux nouvelles mesures introduites dans

les opérations des postes. Une transition heureuse, longtems cherchée, y

conduisit. Elle consista à substituer tout simplement la date de

réception des envois à celle d’expédition. Alors l’irrégularité

apparente, qu’on ne considérait comme telle que parce qu’elle consistait

dans une exception (conséquence de l’exception que forment elles-mêmes

les postes à l’égard des autres administrations), disparut. Mais

l’ancien mode de comptabilité, très-ingénieux dans son ensemble,

puisqu’il avait lieu par le moyen du contrôle réciproque des états tenus

contradictoirement dans chaque bureau, était également très-satisfaisant

dans ses résultats. Il est vrai de dire que le nouveau, en offrant la

même exactitude, a l’avantage, si c’en est un, de rendre

l’interprétation des écritures plus facile aux personnes étrangères aux

postes ou peu familiarisées avec leur pratique.

[117] On conçoit qu’une dépêche expédiée le 31 du mois d’un bureau

pour un autre éloigné de 100 lieues, ne peut y parvenir que le 2.e

jour du mois suivant (en ne supposant aucune cause de retard), et

qu’on ne pouvait y arrêter aucune écriture avant ce terme.

Il y a loin de cette théorie, que donne la science des chiffres, à ces

connaissances positives qui sont le fruit de l’expérience, qui seule

peut servir de guide au milieu des nombreux détails d’une administration

si compliquée[118].

[118] Telle est la raison pour laquelle toute suppression d’un agent

spécial devient impossible. Quel que soit le système qu’on adopte à

l’avenir, les opérations des postes seront toujours assez

multipliées pour exiger une surveillance active et continue. La

vérification des caisses n’est qu’une mesure de pure forme, et même

surabondante, puisqu’à l’inconvénient d’être assujettissante pour le

comptable, elle est sans but d’utilité pour l’administration

supérieure qui pourrait connaître la situation journalière de ses

agens par les contrôleurs, par prévision même, si les bordereaux

mensuels ne l’établissaient pas avec une rigoureuse exactitude.

Une organisation qui tendrait à changer la véritable destination des

postes, ne pourrait prévaloir long-tems sans entraîner de funestes

résultats.

On comptera parmi les mesures utiles introduites par M. de Mezy,

l’établissement des malles-postes à 4 places (dont nous avons parlé plus

haut), montées sur ressorts et sur 4 roues, et menées par 4 chevaux.

C’est avec ces malles que s’exécute le service des postes sur les

principales routes du royaume. Le public trouve à la fois les moyens de

voyager avec rapidité et sans fatigue dans ces voitures de nouvelle

construction, qui, sans avoir aucun des inconvéniens des anciennes,

réunissent des avantages inappréciables.

Des réglemens ont fixé l’organisation du service des voyageurs dans les

malles-postes.

Nous empruntons à l’ouvrage de M. Gouin, auquel nous avons déjà eu

recours pour le prix des baux des postes, un des motifs qui ont amené

ces heureux changemens dans la forme des voitures en activité

aujourd’hui.

_Frappé_, dit-il[119], _des inconvéniens toujours renaissans de la

construction vicieuse des malles, en 1791, l’administration des postes,

dont M. de Mezy était directeur-général, s’occupa avec lui, en 1818, du

soin de faire construire d’autres malles: une considération de la plus

haute importance les y engagea: c’était le désir de remplir les

intentions du Roi à cet égard_.

[119] Auteur cité.

_Sa Majesté, à son retour en France, avait aperçu sur la route de Calais

la malle du courrier, et la comparant aux malles-postes d’Angleterre,

elle fut frappée du mauvais goût qui avait présidé à sa construction, et

parut désirer qu’elle fût changée. Ce fut un ordre pour M. de Mezy, qui

s’empressa de faire faire le dessin d’un nouveau modèle de malle, et le

présenta au Roi, qui daigna l’approuver. Lorsque la première malle fut

exécutée, Sa Majesté permit qu’on la lui fît voir à son relais de

Besons, au retour de sa promenade. Sa Majesté en témoigna sa

satisfaction, en ajoutant qu’elle la trouvait de meilleur goût que les

malles anglaises, et surtout plus commode pour les voyageurs. J’étais au

nombre des personnes qui accompagnaient la nouvelle malle, et je fus

l’heureux témoin de ce qui s’est passé à ce sujet._

La retenue proportionnelle sur les appointemens des employés des postes

cesse d’avoir lieu.

M. le duc de Doudeauville, ministre d’Etat, pair de France, succède, en

1822[120], à M. de Mezy, dans la place de directeur-général des postes.

[120] 1.er janvier.

Les attributions de cet emploi sont définies ainsi: Le directeur-général

dirige et surveille, sous les ordres du ministre des finances, toutes

les opérations relatives au service. Il travaille, seul, avec le

ministre des finances. Il correspond, seul, avec les autorités

militaires, administratives et judiciaires.

Il a, seul, le droit de recevoir et d’ouvrir la correspondance. Il

signe, seul, les ordres généraux de service.

Mais le privilége d’être admis à travailler seul avec Sa Majesté, dont

ont joui de toute ancienneté les conseillers grands-maîtres des coureurs

de France, les contrôleurs-généraux, les généraux, les surintendans

et les intendans-généraux des postes, a été conservé aux

directeurs-généraux des postes.

Les places d’inspecteurs-généraux sont supprimées et remplacées par

celles d’administrateurs-généraux, qu’occupent MM. le marquis de

Bouthillier, Gouin et le vicomte de Rancogne.

Le ministre des finances assigne à chacun le travail qu’il doit diriger

sous l’autorité et la surveillance du directeur-général.

Les agens supérieurs des finances sont spécialement chargés de vérifier

la comptabilité et la caisse des directeurs des postes.

L’envoi des sommes d’argent déposées dans les bureaux de poste, qui,

après avoir eu lieu de bureau à bureau, avait été restreint à Paris

seulement, cesse également d’avoir ce cours; les directeurs restent

chargés de cette recette, et s’en débitent journellement. L’excédant des

produits accrus par cette mesure continue à être versé dans les caisses

des receveurs particuliers des finances.

Il est fait défense aux étrangers et particulièrement aux Anglais

résidant en France, d’expédier leurs lettres par l’intermédiaire de

leurs ambassadeurs. Nous avons déjà remarqué combien un abus de cette

nature avait nui aux recettes des postes.

Une convention est conclue, par la médiation de M. le duc de

Doudeauville, entre les maîtres de poste et les entrepreneurs des

messageries, rue Notre-Dame-des-Victoires, à Paris[121]. Elle a pour

objet de rendre ces derniers exempts du droit de 25 centimes envers les

premiers, à la condition d’employer les chevaux de la poste à la

conduite de leurs voitures.

[121] Un semblable traité n’a pu être encouragé qu’à cause des

avantages qui doivent en résulter pour les maîtres de poste. On a dû

chercher à compenser la privation des priviléges qui leur avaient

été accordés originairement, et qui leur ont été retirés en 1790.

Les exemples passés, et celui plus récent de la perte de trois cents

chevaux occasionnée par le poids des voitures établies en 1791;

l’état des routes; les ressources présumées des maîtres de poste

pour conduire avec un égal succès les nouvelles malles et les

messageries qui en diffèrent, tant par leur pesanteur que par leur

surcharge; la réduction (au moins d’un tiers) des recettes sur les

voyageurs, suite naturelle d’une concurrence tout au désavantage de

l’administration, causée par l’infériorité des prix des messageries;

tout, dis-je enfin, a dû être subordonné à une expérience de plus de

trois siècles, pour assurer à ce nouveau mode d’organisation la

stabilité qui réalisera les espérances tant de fois déçues des

maîtres de poste.

En établissant les malles-postes sur les principales routes du

royaume, M. le duc de Doudeauville s’est proposé, sans doute,

d’étendre le bienfait de cette mesure à toutes celles où le besoin

des relais le commande si impérieusement.

Il est aisé de prévoir les avantages qui en résulteraient pour les

maîtres de poste, dont les chevaux seraient constamment employés à

leur véritable destination, pour le public qui verrait plus de

sécurité dans le transport des dépêches confiées aux seuls agens de

l’administration; enfin, pour les entrepreneurs mêmes de ces

services, qui, séduits par les prix toujours réduits à chaque bail

qu’ils en retirent, cherchent à s’opposer, par ce faible avantage,

aux concurrences qui s’élèvent continuellement. Elles cesseraient

dès l’instant que l’administration userait de son privilége

exclusif, et la ruine d’un grand nombre d’individus, qui ne savent

sur quelle branche d’industrie porter leurs capitaux, serait arrêtée

par l’effet de cette mesure aussi politique que morale.

La guerre entreprise en 1823, pour la délivrance de l’Espagne, exige de

nouveau que le paiement à vue des reconnaissances adressées aux

militaires de terre et de mer soit rétabli.

Elle donne lieu à une instruction réglementaire sur l’organisation des

postes d’armée, dont le service ne pouvait être assujetti aux mêmes

mesures que celui des postes civiles. De tout tems, dans des

circonstances semblables, elles subirent diverses modifications; mais

elles furent toujours maintenues sous la dépendance de l’administration

générale.

Leur composition est réglée d’après les bases suivantes: Un agent

supérieur, sous le titre de commissaire[122], est chargé de les diriger.

Il réside au grand quartier-général, travaille ou correspond seul avec

l’intendant-général, pour tout ce qui concerne le service des postes

militaires. Il a sous ses ordres des inspecteurs, des directeurs, des

contrôleurs, des employés et sous-employés: on comprend sous cette

dénomination les courriers et les postillons.

[122] M. le marquis de Regnon.

Il était facile de prévoir les dépenses[123] que devait occasionner la

création d’un service de cette importance dans un pays où les

libérateurs faisaient eux-mêmes les frais de leurs victoires; elles se

sont élevées à 2,422,167 fr. Les estafettes journalières ont beaucoup

contribué à l’augmentation de ces frais.

[123] L’établissement de la ligne télégraphique de Paris à Bayonne a

coûté 300,000 francs.

En 1824, ce service a subi des modifications qui ont été reglées par les

conventions faites, au nom des deux puissances, par le marquis de

Talaru, ambassadeur de France, et le comte Ofalia, premier

secrétaire-d’état, surintendant-général des courriers et postes

d’Espagne et des Indes.

On y remarque, entr’autres articles, que toutes les lettres de service

de l’armée française, qui seront contresignées, seront reçues aux

bureaux ordinaires de poste, et remises franches de port;

Que les estafettes, courriers et voyageurs militaires paieront les

chevaux et autres rétributions de poste sur le même pied que les

courriers espagnols: ils seront, ainsi que les convois militaires,

transports de vivres, équipemens et munitions, exempts des droits de

chaîne établis pour l’entretien des routes;

Que pour la sûreté des communications et de la correspondance, le

gouvernement espagnol fera placer des postes qui seront disposées de

manière à pourvoir au service des escortes, pour les convois,

expéditions d’effets ou approvisionnemens, officiers en mission et

courriers de l’armée française;

Que les employés des postes de l’armée française seront chargés de

l’expédition et de la réception de la correspondance française; le

transport des dépêches closes sera exécuté par les courriers ordinaires

du service espagnol, sur toutes les routes où il n’y aura point de malle

française établie. Il sera ouvert un livret d’émargement pour constater

la remise qui sera faite des dépêches, tant pour le départ que pour

l’arrivée, entre les deux offices français et espagnol;

Enfin, que dans les petites garnisons et cantonnemens où il n’y aurait

pas d’employés de la poste française, la correspondance pour le service

arrivera contresignée, et elle sera remise, franche de port, par le

directeur de la poste civile.

Plus tard, l’armée d’occupation ayant été considérablement réduite, le

service des postes françaises en Espagne a été supprimé. Le transport

des dépêches a lieu par l’entremise des postes espagnoles, et les

payeurs de l’armée française sont chargés de les expédier et de les

recevoir.

M. le comte de Kerespert est nommé administrateur des lignes

télégraphiques.

Une nouvelle instruction pour la poste aux chevaux était devenue

indispensable, tant pour éclairer les maîtres de poste sur leurs

obligations, que les voyageurs sur leurs droits. Les nombreuses

modifications apportées par les circulaires en rendaient

l’interprétation sujette à des contestations sans cesse renaissantes et

auxquelles il était tems de mettre un terme. Tous ces élémens rassemblés

dans un nouvel ordre ne laisseront plus d’incertitude sur l’application

des mesures réglementaires relatives à la poste aux chevaux.

On voit combien les heureuses réformes introduites par M. le marquis

d’Herbouville, continuées avec le même succès par M. de Mezy, ont reçu

de développemens par les soins de M. le duc de Doudeauville[124], sous

la direction duquel l’organisation des Postes a atteint un grand degré

de perfection.

[124] Il est juste de dire aussi qu’il a été parfaitement secondé,

dans ces utiles améliorations, par les lumières, le zèle et

l’expérience de MM. de Bouthillier, Gouin et de Rancogne,

administrateurs des Postes, qui ont concouru de tout leur pouvoir à

en assurer le succès.

Tout prouve que l’administration de M. le marquis de Vaulchier[125],

appelé à succéder à M. le duc de Doudeauville, nommé ministre de la

maison du Roi, dans cette charge aussi élevée qu’importante, ne sera pas

moins remarquable que celle de ses prédécesseurs.

[125] 18 août 1824.

M. Barthe-Labastide remplace, presqu’à la même époque, M. de

Bouthillier, nommé directeur général des eaux-forêts.

On a pu juger, au milieu des variations que les Postes ont subies depuis

leur création, que les bases sur lesquelles elles reposent n’ont pu être

renversées.

D’après l’édit de leur fondation, des relais étaient établis de quatre

lieues en quatre lieues sur les grands chemins, où on entretenait des

chevaux propres à courir le galop pendant leur traite; chaque relais

était dirigé par un maître chargé de conduire ou faire conduire les

courriers porteurs des dépêches et munis d’un ordre du grand-maître,

ainsi que les voyageurs ayant des passeports: tous les courriers

devaient suivre les routes où les relais étaient montés, afin de faire

constater leur activité et leur ponctualité à remettre les paquets qui

leur étaient confiés.

Certes, dans ce peu de mots, il serait impossible de ne pas reconnaître

l’organisation actuelle des postes. Les maîtres ont conservé leur

dénomination primitive, les relais leurs distances, les courriers la

même responsabilité constatée par le port d’aujourd’hui[126].

[126] Feuille signée par les agens des Postes, qui indique le nombre

des dépêches que le courrier reçoit pour les remettre sur les divers

points de la route qu’il doit parcourir.

Que restait-il à faire pour étendre les bienfaits de cette institution

toute politique? Il ne fallait qu’établir les relais suivant les

localités, et multiplier le nombre des bureaux de poste à mesure que les

relations augmentaient. Les progrès furent si rapides, qu’en moins de

deux siècles on comptait plus de mille relais occupés par des maîtres de

Poste, qui entretenaient des chevaux pour le service public des dépêches

et des voyageurs qu’ils conduisaient en voitures; neuf cents bureaux, où

le travail des lettres dirigées avec ordre sur tous les points de la

France se faisait, sous la surveillance d’inspecteurs, par des

directeurs, des contrôleurs, des commis, des facteurs et des

distributeurs. Tout était déjà si bien ordonné, que des cartes

géographiques indiquaient la position des bureaux sur lesquels les

lettres devaient être acheminées; que des tarifs en fixaient la taxe, et

que la marche des courriers n’éprouvait aucun retard, même dans la

saison la plus rigoureuse de l’année.

Quels changemens remarque-t-on aujourd’hui? Une augmentation dans les

relais, qu’on peut porter à 1463; dans le nombre des bureaux de

poste[127], qui est de 1371, non compris les distributions; un

accroissement dans les produits; une activité aussi merveilleuse dans le

travail, mais facilitée par des moyens plus perfectionnés. Quelques

variations dans les dénominations attachées aux emplois supérieurs,

auxquels les mêmes attributions étaient dévolues, constatent-elles une

création? Ces légères modifications ne peuvent en avoir le caractère.

Mais tout ce qui tient à l’organisation des Postes se reproduit ici

comme il y a plus d’un siècle. Les surintendans généraux et leurs

conseils sont remplacés par les directeurs généraux et les

administrateurs; les inspecteurs remplissent les mêmes fonctions; les

directeurs chargés des mêmes opérations, ont la même responsabilité; les

contrôleurs exercent encore la même surveillance sur ce travail auquel

les commis participent comme par le passé; les facteurs, les

distributeurs portent et remettent les missives de la même manière; les

courriers employés au transport des dépêches sont toujours responsables

de celles qu’ils reçoivent; les maîtres de Poste fournissent

exclusivement des chevaux au terme des réglemens; et les postillons

conduisent, comme dans l’origine, les voitures, ou accompagnent les

voyageurs qui courent à cheval.

[127] Il était de 1541; mais ce nombre a été réduit depuis plusieurs

années.

Le mouvement journalier et continu qui a lieu entre Paris et les

provinces, peut donner une idée du travail et des opérations des Postes.

Le nombre des lettres taxées, qui circulent annuellement par la Poste,

est de 60 millions; celles expédiées en franchise peuvent être portées à

pareil nombre; ce qui forme un total de 120 millions de lettres ou

paquets transportés par la Poste.

La petite Poste perçoit annuellement, à Paris seulement, quatre millions

et demi environ[128], à peu près le sixième des produits que rendent les

Postes. Le maximum des recettes a lieu en janvier, et le minimum, en

septembre. On jette tous les jours dans les boîtes de la capitale 25 ou

30 mille lettres, dont 8 ou 10 mille pour la petite-poste, et 35 mille

feuilles périodiques ou prospectus. On met en rebut, chaque année, près

de 144,000 paquets pour Paris seulement.

[128] 1815, 3,802,343.

1816, 4,179,507.

1817, 4,269,074.

1818, 4,376,267.

1819, 4,375,300.

1820, 4,353,025.

Les registres, états et autres imprimés[129] destinés spécialement aux

opérations, soit journalières, soit mensuelles, sont multipliés à

l’infini. Les réglemens, les circulaires, les ordonnances, modifiés sans

cesse par de nouvelles instructions, sont aussi très-nombreux; et,

malgré tous ces détails, le travail doit être d’une célérité extrême et

d’une exactitude rigoureuse dans les calculs.

[129] Ceux qui sont employés pour toutes les opérations relatives aux

Postes, s’élèvent à plus de 1200.

Qu’on juge, par cet exposé d’un pareil service, de l’ordre, du soin, de

la scrupuleuse attention des agens des Postes à classer, taxer et

diriger ces innombrables missives, afin de leur faire suivre la seule

direction convenable pour éviter le moindre retard dans la réception; de

l’intelligence nécessaire pour interpréter le code si étendu qui leur

sert de guide dans ces opérations aussi délicates que rapides. Nous ne

parlerons point des états et des pièces qui servent à établir une

comptabilité de cette nature, et qui leur rendent la science des

chiffres si familière. Il y a dans tout cela plus qu’une simple

manipulation de lettres, et moins que de la routine.

L’accroissement du produit des Postes a été prompt dans l’espace d’un

siècle; mais on n’y remarque plus d’amélioration dans les époques

suivantes. La comparaison des trois périodes des Postes, qui embrassent

le tems où elles sont devenues profitables aux revenus du Roi, fera

naître les réflexions de l’observateur.

En 1663, la ferme des Postes rapporte, pour la

première fois 1,200,000 fr.

En 1788, 12,000,000

En 1825, _régies pour le compte du Roi_ 12,690,000[130].

[130] Les produits bruts des postes ont été, en 1823, de 25,350,000

fr., et sont portés, par prévision, à la même somme pour 1825. La

dépense est de 12,660,000 fr.; la taxe fictive des paquets qui

circulent en franchise, peut être portée à 18,000,000.

La progression de la première à la deuxième offre une amélioration

sensible, et dans l’organisation et dans les produits; mais aucune

différence notable ne paraît exister de la deuxième à la troisième,

malgré les innovations qu’on a introduites dans les Postes, la

surveillance qu’on exerce sur toutes les parties qui les composent, le

système de comptabilité opposé à la gestion des fermiers-généraux,

enfin, l’augmentation du port des lettres qu’on peut évaluer à moitié.

Si l’on voulait en chercher la cause, on la trouverait peut-être dans

les moyens de correspondre qui n’ont pas multiplié les relations en les

rendant plus fréquentes; dans les frais pour faire parvenir les lettres

sur les points les plus reculés du royaume, soit trois fois la semaine,

soit même tous les jours, et avec une accélération telle, qu’elles

mettent à peine 40 heures pour parcourir une distance de 100 lieues et

être remises aux destinataires; dans la facilité de voyager plus

promptement et à bas prix, ce qui a porté la plupart des négocians et

des fabricans à expédier des commis qui entretiennent ainsi les liaisons

ou en forment de nouvelles. Cette facilité de se transporter rapidement

d’un lieu à un autre est si remarquable, qu’où l’on mettait autrefois

dix jours, il ne faut plus aujourd’hui que soixante-dix heures. Il en

est de même des distances qui n’étaient parcourues qu’en trois jours et

qui le sont actuellement en douze heures. Il y a, comme on le voit,

économie de tems et de dépense, et par conséquent, diminution de

correspondance. Ne doit-on pas aussi conclure de là que le transport

frauduleux des lettres et paquets n’ait pris encore de l’extension par

la fréquence des occasions moins coûteuses que la Poste.

Mais la principale raison, n’en doutons nullement, est dans l’état

actuel de la société dont les postes ont étendu successivement les

relations, satisfait les besoins, multiplié les ressorts, et établi, par

un concours réciproque et régulier, ce mouvement nécessaire à sa

conservation. Tant que ce but n’a pas été atteint, les avantages

qu’elles lui procuraient ont dû être en proportion de la perfection vers

laquelle tendait cet établissement. Il y semble parvenu, et on ne doit

pas raisonnablement espérer de voir les produits des postes subir

d’augmentation notable.

Ce qui appartient essentiellement à notre époque, c’est l’ordre

introduit dans les recettes et les dépenses par des hommes habiles qui

ont perfectionné les nouveaux systèmes de comptabilité; c’est cet

ensemble de tant de rouages et d’opérations portées à l’infini et

ramenées, avec un art surprenant, au point central d’où tout émane; ce

sont, enfin, ces bases larges sur lesquelles repose une administration

tellement importante que rien ne peut en entraver la marche rapide et

régulière, ni en suspendre, sans danger pour la société, le mouvement

continu.

Cette institution, n’en doutons point, reprendra toute son influence

primitive sous un Roi qui, à l’exemple de ses prédécesseurs, est si

digne de la faire fleurir dans l’intérêt de la morale publique; et les

postes, enfin, seront moins considérées par leurs produits que par leurs

rapports politiques et sociaux.

Des postes en général, et particulièrement en France · 第 13 / 45 题