Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de

Hollande, vol. 427.

XIV.

RÉSOLUTIONS DE L. H. P. LES SEIGNEURS ÉTATS-GÉNÉRAUX DES PROVINCES-UNIES

DES PAYS-BAS.

20 septembre 1738.

Ayant été délibéré par résomption sur deux lettres du consul

Lesbergen[879], du 21 janvier et 11 février de cette année, écrites

de Naples à L. H. P. comme aussi sur une troisième lettre du même

consul du 31 mai dernier et aussi arrivée depuis, et ayant été pris

en considération que L. H. P. ne se sont jamais mêlées des affaires

et des entreprises des Corses contre la république de Gênes, et au

contraire que par leurs résolutions du 5 juillet et 15 septembre

1736, elles ont mandé aux collèges des amirautés respectives

d'avoir attention qu'aucune munition ou autres outils de guerre ne

partissent d'ici pour la Corse, il a été trouvé bon et arrêté qu'il

sera mandé audit Consul que L. H. P. ne sauraient approuver qu'il

se soit donné tant de mouvement au sujet du navire le _Jeune

Rombout_, capitaine Antoine Bevers et autres de même nature et que

lui, consul, fera bien de ne plus se mêler de cette affaire ou

autres semblables, que précisément autant qu'il sera nécessaire

pour la protection des navires des Provinces-Unies qui n'auront

point contrevenu aux précédentes résolutions de L. H. P. du 5

juillet et 15 septembre 1736.

Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de

Hollande, vol. 429.

[879] Valembergh.

XV.

DÉPÊCHE DE PUISIEUX A AMELOT.

Naples, 11 novembre 1738.

........ Cet aventurier [Théodore] fréta au mois d'avril dernier

trois vaisseaux à Amsterdam. Divers négociants de cette ville

abusés par ses promesses firent une société entre eux pour lui

fournir des munitions de guerre. Il s'engagea, de son côté, à payer

à Malaga et à Alicante (où l'on convint qu'il relâcherait avant

d'aller en Corse) la valeur desdites munitions. Les négociants,

pour sûreté du traité, firent choix d'un capitaine sûr et

expérimenté, auquel ils confièrent le commandement des trois

navires. Le capitaine, en conséquence de ses instructions, relâcha

dans sa route à Malaga, puis à Alicante. Le baron de Neuhoff

n'ayant pu remplir dans aucun de ces deux ports les engagements

portés dans sa convention, tâcha de persuader au capitaine de

continuer son voyage, l'assurant qu'il ne serait pas plus tôt

abordé en Corse que ces insulaires lui enverraient de terre des

denrées, en retour des marchandises qu'il y débarquerait. Le

capitaine, sur cette espérance, continua sa route. Arrivé en Corse,

il débarqua quelques munitions, mais ne voyant rien venir en

retour, et s'apercevant, d'ailleurs, que les rebelles montraient

peu d'empressement pour leur nouveau souverain, il fit cesser le

débarquement et ayant tenu conseil avec son équipage sur le parti

qu'il avait à prendre, il se détermina enfin, trompé une seconde

fois par les promesses de cet aventurier, à faire voile vers ce

port avec ses trois navires, où il a été arrêté cinq jours après

son arrivée et mis en prison à la réquisition du consul de

Hollande, qui ne veut pas l'en laisser sortir qu'il n'ait consenti

de retourner en Corse. (_En chiffres_). Instruit de tout ceci par

quelques matelots hollandais, j'avais fait dire adroitement à ce

capitaine que je lui conseillais de signer tout ce que l'on

exigerait de lui dans la prison, et que lorsqu'il serait à la mer,

il pourrait prendre, s'il le voulait, la route de quelqu'un de nos

ports, conseil qu'il aurait peut-être été à portée d'exécuter si M.

l'envoyé de Gênes, qui n'a pas encore toute la prudence d'un

ministre consommé, n'avait tenu indiscrètement quelques discours,

qui ont mis le consul de Hollande et Théodore en méfiance contre le

capitaine.

Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de

Naples, vol. 36.

XVI.

NOTE SUR LES CORRESPONDANTS DE THÉODORE.

Janvier 1740.

Direction des lettres que Théodore écrit à Rome, savoir:

Il se sert quelquefois de l'adresse de Mme Marie-Constance

Cavalieri, religieuse au couvent des Saints-Dominique et Sixte.

Souvent, il les adresse au comte Fedi, à la Porte du Peuple;

quelquefois au comte Orsini; rarement au docteur Gaffori, qui

demeure à San Gio. Fiorentini. Il s'est servi, en dernier lieu du

banquier Quarantolo, associé du marquis Noués.

Quelquefois aussi les envoie-t-il en droiture aux dames Fonseca,

religieuses au même couvent des Saints-Dominique et Sixte.

Ses correspondants à Rome portent leurs lettres chez le comte Fedi

ou chez le comte Orsini, qui font divers plis selon la qualité des

lettres et les mettent sous quatre enveloppes; la première est pour

le sieur Valentini; la seconde est pour le baron de Stos; la

troisième pour le consul anglais de Venise et la quatrième est pour

le baron Étienne Romberg qui est lui-même.

Ses correspondants de Rome sont: les comtes Fedi et Orsini; les

dames Fonseca; Mailliani, marchand drapier près Saint-Eustache; un

allemand nommé Joseph à Campidolio, qui a été au service de S. A.

de Bavière; le docteur Gaffori; un capucin, faiseur d'or no 64 (?);

un abbé nommé Punciani, ministre de la maison Fonseca à la Minerve

et distributeur du sel; le maître de chambre de M. l'ambassadeur de

Malte, nommé Ludovico Sancty (?), vers la Trinité du Mont.

Celui-ci, à ce que l'on peut conjecturer, n'agit pas par lui-même,

car, non seulement il a aidé le cousin de Théodore d'armes et

d'argent quand il était à Rome, mais encore le neveu du même

ambassadeur lui fit deux visites secrètes et, à son départ pour la

Corse, le maître de chambre l'accompagna jusqu'à Ostia et lui donna

deux signaux pour pouvoir reconnaître ceux qui seraient envoyés de

sa part. Ces signaux consistaient en un petit carré de papier où

son nom est écrit en lettres qui imitent le moule, et un cachet de

cire rouge appliqué au-dessous représentant un cupidon monté sur un

lion. Un nommé Raimondi, chevalier de Saint-Sylvestre et peintre,

est aussi correspondant.

Ceux de Naples sont le consul de Hollande, Valembergh; Mme la

princesse de la Rochette et un officier irlandais nommé Georges,

qui est dans le château Sainte-Magdeleine, du côté des Carmes.

A Livourne, il n'y a plus que l'ancien capitaine du bagne, nommé

Bigani; D. Felice Cervioni et Thomas Santucci d'Alesani.

Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de

Corse, vol. 2.

XVII.

RELATION DE CE QUI S'EST PASSÉ A AJACCIO, LE 2 MARS 1743, ENTRE LE

VAISSEAU DE GUERRE ESPAGNOL, LE _SAINT-ISIDORE_ ET LES VAISSEAUX DE

GUERRE ANGLAIS[880].

Livourne, le 21 mars 1743.

Par la déclaration unanime des matelots du vaisseau du Roi, le

_Saint-Isidore_, on a appris que le 28 février, le secrétaire de

Théodore étant sur une des chaloupes de l'escadre anglaise qui

était à dix milles à la vue d'Ajaccio où elle allait, prit terre à

Ajaccio et alla parler au gouverneur de ladite place pour

reconnaître le camp et les magasins de marine dudit vaisseau le

_Saint-Isidore_, qui étaient à terre, ce qui lui fut accordé

d'abord par lÉdit gouverneur avec l'assistance du capitaine

Giannetti et son frère, officiers allemands au service de la

république et de la garnison d'Ajaccio. Après que cela fut fait, la

chaloupe retourna à l'escadre anglaise, qui vint donner fonds la

nuit du 1er de ce mois sous le canon d'Ajaccio, consistant en deux

vaisseaux de haut bord et une frégate de quarante pièces de canon,

auxquels se joignit le lendemain matin un autre vaisseau de ligne,

laissant vers le midi le vaisseau le _Fulston_ (le _Folkestone_),

avec dessein de prendre ou brûler le vaisseau espagnol. Ce que le

commandant anglais fit connaître, le 2, faisant approcher les deux

vaisseaux à une portée de fusil de celui le _Saint-Isidore_, et

faisant dire à M. le chevalier de Lage que s'il tardait à rendre

son vaisseau, il ne donnerait quartier ni à lui ni à son équipage.

M. de Lage répondit qu'une telle proposition ne se faisait pas à un

homme comme lui, qu'il savait son devoir, qu'étant capitaine d'un

vaisseau de Sa Majesté Catholique, il devait le défendre, que M. le

commandant anglais pourrait faire ce qu'il voudrait, et que lui

ferait son devoir. En effet, d'abord que la chaloupe de l'officier

anglais fut éloignée du vaisseau le _Saint-Isidore_, M. de Lage fit

décharger toute son artillerie contre les vaisseaux ennemis, entre

lesquels celui du commandant étant le plus exposé, il perdit un de

ses mâts et fut si maltraité dans le côté, qu'il se trouva d'abord

hors d'état de manœuvrer ayant huit pieds d'eau. Le chevalier de

Lage, voyant le bon effet qu'avait produit sa première décharge,

voulait en faire une seconde, mais s'apercevant que les quatre

autres vaisseaux allaient le cribler de coups, et qu'il courrait un

risque évident de sacrifier tout l'équipage et laisser à l'ennemi

la gloire de prendre ou de brûler son vaisseau, il se détermina à

le prévenir, faisant donner feu et ordonnant à l'équipage de se

retirer. Il fut obéi et se sauva lui et son équipage à la nage

laissant le vaisseau en flammes. Il y eut trente hommes de noyés,

entre lesquels neuf espagnols, sans comprendre cinq autres qui

furent tués par le canon, les autres étant des déserteurs allemands

recrutés en Corse. M. de Lage fut obligé de se retirer la nuit avec

son équipage à la montagne, le gouverneur d'Ajaccio lui ayant

refusé de lui donner asile dans la place, ainsi qu'il avait fait de

le défendre par son artillerie, ni de lui permettre de décharger la

sienne à terre. Le commandant anglais fut obligé de rester à

Ajaccio, jusqu'au 6, ayant renvoyé le secrétaire de Théodore qui

fut témoin avec le vaisseau le _Fulston_ de l'action et on fut

détrompé des idées chimériques que Théodore avait données de ses

alliés.

Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de

Gênes, vol. 112.

[880] Cette relation a été faite par le consul d'Espagne à

Livourne, sur la déposition des matelots du vaisseau espagnol et

traduite de l'espagnol.

XVIII.

DÉPÊCHE DU DUC DE NEWCASTLE A GASTALDI, MINISTRE DE LA RÉPUBLIQUE DE

GÊNES A LONDRES.

Whitehall, ce 17me mars 1743.

A Monsieur Gastaldi,

Le Roi m'a ordonné de vous faire savoir, en réponse au mémoire que

vous avez présenté à Sa Majesté, du 25 du mois passé, et à la

lettre que vous m'avez écrite, en date du 19 du courant, que Sa

Majesté n'a aucune connaissance de ce qui y est allégué d'avoir

été fait par les commandants de ses vaisseaux en transportant et

débarquant Théodore Neuhoff dans l'île de Corse; et que si

quelqu'un desdits commandants a tenu une telle conduite, il a agi,

non seulement sans l'ordre du Roi, mais contre les intentions de Sa

Majesté. Le Roi m'a commandé d'envoyer aux seigneurs commissaires

de l'Amirauté copies de votre mémoire et lettres susdites, et de

leur ordonner de s'informer, sans perte de temps, si les

commandants des vaisseaux du Roi dans la Méditerranée, et notamment

les capitaines des vaisseaux dont vous faites mention dans votre

mémoire, ont actuellement fait ce qui leur est imputé; et, en ce

cas-là, par quel ordre ils l'ont fait, afin que Sa Majesté étant

pleinement informée du cas, puisse prendre, à cet égard, les

mesures qu'Elle jugera à propos.

J'ai aussi eu ordre du Roi d'écrire dans le même sens au

vice-amiral Matthews, commandant la flotte de Sa Majesté dans la

mer Méditerranée, et de lui faire savoir au nom de Sa Majesté qu'il

doit veiller que pour l'avenir il n'arrive rien de semblable.

Je dois cependant, Monsieur, à cette occasion vous faire observer

que bien que les officiers du Roi fussent très coupables, en cas

qu'ils eussent agi sans autorité ou contre les ordres de Sa

Majesté, le Roi ne peut pourtant que voir avec regret que la

conduite de la République de Gênes ait été telle envers les

Espagnols, ses ennemis déclarés, qu'elle aurait pu donner un juste

sujet de mécontentement à Sa Majesté et à ses alliés.

Je suis,

Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

NEWCASTLE.

Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Filza 41-2050_.

_Corsica 1743._

XIX.

DÉPÊCHE DE LORENZI A AMELOT.

Florence, le 27 avril 1743.

Le baron Théodore est parti de cette ville depuis le 18 pour Pise

et comptait, après s'y être arrêté quelques jours, de se rendre à

Livourne pour s'embarquer sur le même vaisseau de guerre anglais de

quarante pièces de canon, qui l'y avait conduit nommé _Folkestone_,

et commandé par le capitaine Balchen; mais j'ai appris qu'il n'y

est pas encore allé et qu'il est encore en quelque endroit qui

n'est pas éloigné de Florence et que je n'ai pu encore découvrir.

Plusieurs Corses qui s'étaient rassemblés à Livourne de différents

endroits se sont embarqués sur le même vaisseau. M. Matthews dit

n'avoir consenti que Théodore y retournât parce qu'il était venu

dans la Méditerranée sur un vaisseau de guerre de sa nation, et

qu'au reste les lettres de sa cour ne lui en avaient jamais parlé,

mais qu'il y avait dépêché un courrier avec une lettre qu'il avait

reçue de Théodore pour avoir des instructions là-dessus. Le

ministre d'Angleterre à Turin assure aussi que sa cour ne lui a

jamais rien mandé à ce sujet, et elle a gardé le même silence

envers M. Mann, ce qui est assez surprenant, car s'il est vrai que

le roi d'Angleterre n'a jamais eu la moindre part aux affaires de

Théodore, et qu'il aurait fait examiner la conduite des capitaines

dont la même république se plaignait, comme le ministre de M. le

grand-duc à Londres mande à ce gouvernement avoir cette cour-là

répondu au mémoire présenté par le ministre de Gênes à S. M.

Brittanique, il était naturel que ce prince eût donné des ordres au

susdit vice-amiral et eût mandé quelque chose en conséquence à ses

ministres à Florence et à Turin, d'autant plus que M. le marquis

d'Ormea a plusieurs fois questionné ce dernier sur l'intérêt que

paraissait prendre l'Angleterre à l'entreprise de Théodore.

D'ailleurs, puisque la cour de Londres sait l'opinion que le public

a eu lieu de former qu'elle s'intéresse à cette entreprise, et le

tort que cette opinion peut lui faire, il paraissait qu'elle devait

donner une déclaration authentique du contraire, si elle n'y

prenait pas effectivement intérêt. L'on peut à peu près remarquer

la même conduite de la cour de Londres dans celle de Vienne, car

MM. de Breitwitz et de Richecourt assurent, et à l'égard du

premier, j'ai lieu de le croire très certainement, que S. A. R.

leur a demandé uniquement de l'informer de ce qui se passerait à ce

sujet. Il était cependant naturel que si ce prince ne prenait

aucune part à cette entreprise, il eût à la désavouer, au moins à

sesdits ministres, surtout après la conférence que M. de Breitwitz

a eue avec Théodore et l'édit que celui-ci a publié. Cette conduite

de ces deux cours peut faire soupçonner qu'elles attendent quelque

événement pour se déclarer, d'autant plus que le même aventurier

assure toujours que son entreprise a été concertée avec elles et

qu'elles sont convenues de le soutenir. MM. de Richecourt et de

Breitwitz ont assuré à une personne de leur confiance qu'ils ne

l'ont point vu pendant tout le séjour qu'il a fait en cette ville.

Il a dit qu'il y est venu principalement pour pouvoir écrire plus

librement; en effet, il a reçu et écrit pendant son séjour ici une

prodigieuse quantité de lettres.

Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de

Florence, vol. 97.

XX.

LETTRE DU BARON DE NEUHOFF.

Le 11 mai 1744.

J'ai reçu mercredi passé sous votre couvert la lettre du baron de

Salis en date du 22 passé, à laquelle je vous remets, à cachet

volant, la réponse, vous priant, mon très cher Monsieur, de vouloir

la lui inclure dans votre paquet après l'avoir lue. Cette tardance

de lettres de Turin, jointe aux manquances que l'on me fait dans

ces conjonctures, me lève tout repos, d'autant plus que je me

trouve contre le mur et miné par ces perfides émissaires, lesquels

me détournent et me refroidissent un chacun pour le surplus, par

ici, et ayant déjà gagné en Allemagne tous mes amis et

correspondants à me retenir même ce qui est à moi, afin de m'ôter

les moyens à me pouvoir mouvoir; enfin j'abrège.

Si par ce courrier j'ai la satisfaction de recevoir de vos chères

nouvelles, jeudi j'aurai celle de vous faire réponse et suis sans

réserve tout à vous.

Ma dernière est du 6 avec la lettre d'Olmeta touchant le prince

Rakoczy, lequel à ce que j'ai appris hier d'un Corse venu de Rome,

a, depuis deux années, la promesse de France et d'Espagne d'avoir

en Corse son refuge avec le caractère de général, et que ceci est

notoire à tous les partisans d'Espagne en Corse. A moments,

j'attends des nouvelles de là; mais tous mes frais et soins seront

tous inutiles, si l'on ne m'assiste sans perte de temps, car, pour

être sûr, ils veulent proclamer Don Philippe, si je tarde à

marcher; ils sont soutenus en cela à Gênes même. Si cette affaire

se fait et qu'ils y débarquent quelque monde, comme ils le font

assurer dans le pays, qui les en chassera? Aucune puissance est en

état de le faire, les peuples étant variés, ce qu'ils seront

certainement si l'on ne me met en état d'y pouvoir aller pour

anéantir ces vues-là.

Je ne comprends plus ce silence de vos seigneurs de Londres,

desquels je ne vois aucune réponse; d'autres amis d'Hanovre et de

La Haye m'assurent de l'appui promis; entre temps, par ici, l'on

fait le sourd et l'on m'abandonne; enfin l'on ne fait aucun cas de

moi par reconnaissance de mes sincères sentiments d'honneur ou

opérations réelles de fidélité et d'un attachement parfait, ce qui

m'est bien sensible et m'en ronge l'âme. J'espère que vous aurez eu

la bonté de parler à M. le général baron de Breitwitz touchant ce

peu de Corses, qui sont dans ces deux compagnies corses suivant le

contenu de ma dernière. S'il y a de la résolution, il y a moyen

encore d'anéantir les vues des ennemis en faisant un débarquement

de sept à huit mille hommes de mes gens, pour faire une diversion,

en laissant ces Anglais dans les ports de Corse et même dans le

golfe de la Spezzia, et employer mes gens contre l'ennemi même;

mais il me faut trois vaisseaux, avec ordre précis de m'obéir. Si

puis, l'on continue en Italie être sourd, je dois m'efforcer à

faire pour l'avenir le muet, et me retirer du tout, laissant le

champ libre à tous mes ennemis. Ci-jointe une liste des Corses

dispersés en Italie[881], dont j'ai eu tous les soins, et puis

avancer, selon la promesse des officiers, qui les commandent, de me

les voir joindre au premier ordre que j'enverrai signé de ma main,

et suis très assuré qu'aucun ne restera en arrière quand il s'agira

d'être à mes ordres et moi à leur tête.

Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe

straniere_, mazzo 2.

[881] J'ai donné cette liste en note p. 303.

XXI.

LETTRE DU BARON DE NEUHOFF.

Le 14 mai 1744.

Je reçois votre chère lettre du 9 avec celles que vous me renvoyez.

Touchant puis au congé des Corses, comme je vous ai parlé dans mes

précédentes de le procurer de M. le général baron de Breitwitz, il

n'a pas besoin d'ordre pour cela, parce que quand ils demandent

leur congé, il leur est accordé toujours, selon la teneur de mon

offerte faite à Vienne du temps du baron de Wachtendonck; mais à

présent, que je ne veux avoir aucune liaison avec leur capitaine et

que je les demande pour être employés pour le service commun, je

cherche la licence du général pour pouvoir puis en faire rapport à

la cour, laquelle sera charmée certainement que je les emploie au

service du roi de Sardaigne. Mais ces résolutions finales tardent

bien de Turin; ils croyent et attendent là mon arrivée, ou du

moins, un de ma part; mais à ma sensible confusion et mortel

chagrin, je me vois hors d'état de pouvoir me mouvoir, ne trouvant

pas ni d'amis, ni d'ennemis, avec le gage en main, l'avance

nécessaire et dois me voir enfin périr avec mes polices de change

endossées toutes à mon ordre argent comptant partout; mais par ici

ne sachant de qui me fier, et d'autres étant sourds et charmés de

me plonger davantage, m'entretiennent en espérance et puis, en

fait, ils me manquent; enfin la maxime est, en certaines affaires,

très mauvaise de donner du temps au temps; mais à moi il me

convient de m'y soumettre et d'avaler ces pilules.

Si M. l'amiral Matthews est bien informé, il secondera en tout mes

vues et me donnera la main à faire la diversion mentionnée et de

châtier ces Génois promoteurs de toutes les démarches des

Gallispans contre votre nation et de la personne sacrée de Sa

Majesté Britannique même; mes fidèles et sincères remontrances se

vérifient journalièrement de plus en plus. Dès l'année passée, tout

se pouvait prévenir; mais que ne cause la présomption et le mépris

dans ce monde!

Le dénommé Maurice-Léopold Kartz, dépêché de Rakoczy, est à

Livourne présentement, protégé de M. de Selva, et doit passer en

Corse. Enfin j'espère qu'avec ce courrier vous recevrez quelque

réponse de Turin pour moi, laquelle j'attends avec la dernière des

impatiences. Avertissez, je vous prie, à Londres qu'un tel

chevalier Champigny, l'envoyé de l'Électeur de Cologne, est un

espion payé depuis sept années de la France; il l'était même,

contre moi, payé des Génois; mais à mon arrivée à Cologne, le dit

Champigny jugea à propos de se sauver de Bonn de la cour de

l'Électeur de Cologne, pour n'être traité par moi et les miens

comme il le méritait. Avec sûreté, vous le pouvez dénoncer de ma

part et j'en écrirai, l'ordinaire prochain, à mes amis à Bonn et

Hanovre, afin qu'ils le fassent savoir à l'Électeur de ma part,

comme de ma surprise d'employer un semblable sujet. Si M. l'amiral

voulait s'entendre avec moi de bonne foi, nous ferions plus dans un

mois pour l'avantage commun, qu'il n'a fait depuis deux années avec

les avis de ses consuls tous jacobites sous-main et qui l'informent

très mal. Je vous salue de tout mon cœur, et suis sans réserve

tout à vous.

En ce moment je reçois votre chère lettre du 12, avec l'incluse du

baron de Salis. Jugez, mon cher Monsieur, de mon embarras mortel à

ne pouvoir me rendre à Turin ni y envoyer quelqu'un, n'ayant aucun

à la main capable pour finir de traiter cette affaire; celui que

j'ai désigné n'est pas encore retourné de Corse, où je l'ai envoyé

par la voie de Civita-Vecchia avec un petit secours, et pour

assister à la consulte générale tenue, et quand il retournera, il

sera toujours obligé à une petite quarantaine. J'ai, de plus, la

mortification aujourd'hui de recevoir, par trois différentes

lettres, une belle excuse sur ma demande d'une avance de cent

sequins. Je ne sais enfin où donner de la tête dans ces quartiers

et me trouve manquant, subsistant avec l'argent qui me reste à

engager. Si M. l'Anglais m'avait fait le plaisir trois mois passés,

j'aurais été alors à Turin, et le tout serait frayé et la troupe

serait assemblée; enfin je me ronge ici l'âme et me crève de

chagrin.

Si vous écrivez à Turin et à M. l'amiral, faites-leur part du

contenu de la lettre de M. de Salis et assurez pour sûr que s'il me

conduit en Corse, nous chargerons dans les huit jours six à huit

mille hommes pour les transporter au golfe de la Spezzia, me

faisant fort de m'en rendre maître sans perte d'un homme. M.

l'amiral puis y pourra mettre garnison anglaise, et moi j'agirai

puis, et le reste de mes gens, au grand bénéfice commun et aux

dépens de l'ennemi même. Vous voyez là ce que j'ai déjà écrit au

baron de Salis et à Milord Carteret, et mes amis à Londres en sont

bien subornés.

Si vous croyez que M. l'Anglais à votre instance se laisse

persuader à me faire l'avance de cent sequins, faites-le, je vous

prie, et soyez sûr que de Turin j'en remettrai ponctuellement le

remboursement, y ayant de bons amis, mais ma présence y est

nécessaire.

L'on m'écrit de Rome que cinquante-trois autres Corses déserteurs

de Naples y sont arrivés pour me joindre. Excusez ce brouillon, je

vous prie. Je suis si accablé de chagrin et de confusion de me voir

ainsi, qu'à peine sais-je écrire.

Archives d'État de Turin: _Materie militari_. _Levata truppe

straniere_, mazzo 2.

XXII.

TRADUCTION D'UNE LETTRE DE M. MANN A M. DE VILLETTES.

Florence, 30 mai 1744.

Monsieur,

Théodore de Neuhoff, Roi de Corse · 第 35 / 38 段