peu près les circonstances de ce qui s'est passé à cet égard.
Mardi dernier, 7 courant, il fut enfin élargi de la prison civile
dans le temps que le public s'y attendait le moins et que ses
ennemis publiaient qu'il n'en sortirait jamais. On peut même dire
qu'il est sorti par la belle porte. Les créanciers, après avoir
fait beaucoup les mauvais, ont été obligés de se contenter de ce
que l'on appelle une caution juratoire de la part du baron de
Neuhoff, c'est-à-dire qu'il a promis sous serment de les payer
aussitôt qu'il serait en état et que pour cet effet, il a élu
domicile à Amsterdam, où l'on portera les citations de tous les
créanciers des pays étrangers qui auront quelque chose à prétendre
sur lui. Pour ceux qu'il a en ce pays-ci, on s'est accommodé avec
eux d'autant plus facilement que l'arrêt ou prise de corps qu'ils
avaient obtenu du grand-officier contre lui, n'était pas dans les
formes requises, soit parce qu'ils n'avaient point de sentence des
échevins qui les y autorisât, soit parce que les dettes du sieur de
Neuhoff n'étaient point d'une nature à comporter la prise de corps,
et qu'il ne les a jamais niées ni refusé de les payer, mais qu'il a
seulement demandé du temps et la liberté pour pouvoir agir.
Plusieurs personnes, en ce pays-ci, se sont donné de grands
mouvements pour le tirer du mauvais pas où il s'était engagé mal à
propos. M. le comte de Golowkin[877] a passé huit jours dans cette
ville, et a eu plusieurs conférences particulières avec M. Dedieu,
échevin président et qui a été ci-devant ministre de Leurs Hautes
Puissances auprès de la Czarine. Ces Messieurs ont beaucoup
contribué à son élargissement, lorsqu'il a été conduit de la
chambre particulière où il était prisonnier dans celle des
échevins. Il a comparu dans celle-ci avec le chapeau, l'épée, la
canne et les gants. Il s'est tenu debout et Mrs les Échevins en ont
fait de même, ce qui est peut-être sans exemple dans ce pays-ci. Il
est vrai aussi qu'on n'y avait apparemment jamais vu un cas de
cette espèce.
[877] Ministre de Russie en Hollande.
De là, le baron a trouvé, à la porte la moins fréquentée de la maison de
ville, un carrosse dans lequel il est monté et est allé descendre dans
une maison de confiance, où ceux qui ont agi pour lui ont été le voir.
Depuis trois jours, il a changé de demeure et personne ne sait où il est
actuellement. Plusieurs le croient parti et je suis de leur avis.
Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
Hollande, vol. 423.
VII.
COPIE D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM COMMUNIQUÉE AVEC LA DÉPÊCHE DE FÉNELON A
AMELOT, DU 29 OCTOBRE.
23 octobre 1737.
La présente est pour avoir l'honneur de vous dire qu'il est arrivé
ici avant-hier un envoyé du seigneur Théodore, lequel a fait le
voyage avec lui jusqu'à l'île de Corse, où ils sont arrivés le 29
du mois passé. Ce député n'y a demeuré qu'un jour et est venu en
poste, puisqu'il n'a été que vingt-et-un jours en chemin. L'ayant
questionné sur plusieurs circonstances, j'ai remarqué, au travers
de la réserve qui lui est sans doute recommandée, qu'il est chargé
de plusieurs commissions pour M. Dedieu, ainsi que pour
quelques-unes de nos principales bourses, où je l'ai trouvé en
conférence. Il doit, s'il le peut, faire recrue de garçons
boulangers et autres gens de métier. Les retours en denrées ne
doivent pas s'attendre sitôt, n'y ayant aucun navire dans ce port,
mais que ce serait dès qu'on en pourrait trouver. Le seigneur
Théodore n'a écrit aucune lettre par la difficulté de passer avec,
à cause du rigoureux examen qu'il faut subir. Il paraît que les
secours de la France n'inquiètent nullement ce chef de parti et
qu'il attend son événement de pied ferme, suivant le rapport qui
m'en a été fait.
Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
Hollande, vol. 424.
VIII.
DÉPÊCHE DE FÉNELON A AMELOT.
La Haye, 29 octobre 1737.
Je joins ici la copie d'une lettre qui a été écrite d'Amsterdam et
qui m'a été confiée. Ce qui est dit de M. Dedieu, qui a été fourni
par la ville d'Amsterdam pour premier commissaire aux conférences
d'Anvers, et pour qui l'agent arrivé de Corse avait une commission,
et bien d'autres particularités qui se peuvent joindre ont
assurément de quoi donner de forts indices que l'Angleterre s'est
intéressée pour procurer les facilités que le baron de Neuhoff a
trouvées, non seulement pour se tirer des mains de ses créanciers
qui l'avaient fait arrêter à Amsterdam, mais encore pour s'y
pourvoir de tout ce qu'il en a tiré en munitions, armes, etc., et
qui ont suivi ou devancé son retour en Corse. L'Angleterre n'aura
pas pris cet intérêt sans vue. (_En chiffres_): Celle de prendre le
contre-pied de nous dans une affaire qu'elle croirait propre à nous
mettre moins bien avec l'Espagne serait remarquable.
Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
Hollande, vol. 424.
IX.
LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DE HOLLANDE A LA RÉPUBLIQUE DE GÊNES.
La Haye, 23 novembre 1737.
Au Sérénissime Duc et aux Très Excellents Seigneurs les Sénateurs
de la Sérénissime République de Gênes.
Sérénissime Duc et Très Excellents Seigneurs,
Pendant que Nous prenons connaissance des plaintes et
représentations, que les ministres de Votre République ont faites
depuis quelque temps de ce que les sujets de la nôtre fourniraient
des armes et autres marchandises de contrebande aux mécontents de
l'île de Corse, et pendant que Nous sommes occupés à délibérer là
dessus, Nous apprenons avec beaucoup de déplaisir par les relations
qui nous viennent de Livourne et d'autres lieux, le tort que
souffrent Nos sujets dans leur navigation et dans leur commerce,
par les insinuations accompagnées des menaces des ministres et
consuls Génois, par lesquelles les marchands sont détournés de
charger dans les navires de Nos sujets, et qui mettent un grand
obstacle à leur libre navigation et commerce, comme il est arrivé
bien particulièrement à l'égard de deux vaisseaux nommés la
_Maria-Jacoba_ et l'_Agatha_, après qu'ils sont entrés dans le port
de Livourne. Votre Sérénité et Vos Excellences comprendront
aisément que Nous ne saurions regarder avec indifférence le grand
préjudice et le tort que Nos sujets trafiquant dans la
Méditerranée, à Livourne et en d'autres endroits, souffrent par ces
insinuations et menaces, et moins encore par les dénonciations des
patrons de quelques barques génoises disant avoir ordre de Votre
Sérénité et Vos Excellences de visiter les vaisseaux de Nos sujets
et de les arrêter, sous prétexte qu'ils seraient destinés pour
l'île de Corse, pour y faire la contrebande avec les mécontents. Ce
préjudice a été particulièrement causé, ainsi que Nous l'apprenons
avec chagrin, aux vaisseaux susdits, la _Maria-Jacoba_ et
l'_Agatha_, dont le premier a été obligé de sortir à vide du port
de Livourne, pour aller charger au Levant, puisque personne à
Livourne n'a voulu lui confier ses effets; et l'autre a été
nécessité de reprendre sa route vers Hambourg, personne aussi,
autant que Nous en sommes instruits, ayant voulu mettre de
marchandises à son bord de peur qu'il serait arrêté et détenu. Nous
ne pouvons considérer ces sortes de vexations que comme tout à fait
ruineuses à la navigation et au commerce de Nos sujets, et comme
contraire à la justice et au droit des gens, suivant lequel il
n'est pas permis d'arrêter, visiter et de persécuter les vaisseaux
d'autrui en pleine mer. Le prétexte dont on s'est servi, comme si
ces deux vaisseaux auraient été destinés pour aller en Corse et
auraient été chargés de contrebande, ne peut être regardé que comme
destitué de tout fondement, car outre que le transport de
contrebande, où il n'y a point des traités ni engagements, est
sujet à bien des explications et de modifications, il se trouve
casuellement, à l'égard de ces deux vaisseaux, que les maîtres n'en
sont nullement coupables et, en tout cas, n'en sont nullement
convaincus. Que pour ce qui regarde le vaisseau la _Maria-Jacoba_,
maître Corneille Roos, il sort entièrement à sa décharge, ce que
Votre Sérénité et Vos Excellences ne peuvent pas ignorer, que le
général de l'Empereur, comte de Wachtendonck, qui commande à
Livourne, après avoir le tout bien examiné, l'a mis en liberté avec
permission de poursuivre son voyage, et que, de plus, le maître de
ce vaisseau n'est point allé en Corse, mais a déchargé ses
marchandises à Livourne et après a poursuivi son voyage vers le
Levant. Qu'à l'égard du deuxième vaisseau, l'_Agatha_, maître
Gustave Berents, quelque grand que soit le bruit qu'on en fasse, il
est certain qu'on ne saurait alléguer, bien moins prouver qu'il
aurait été destiné d'aller en Corse, ou qu'il ait eu à son bord des
effets pour le compte des mécontents de cette île; il paraît au
contraire que ce maître n'a point pris sa course vers l'île de
Corse, mais est entré dans le port de Livourne et que là il a
débarqué les passagers et a déchargé les marchandises qu'il avait
sur son vaisseau, cherchant après cela nouvelle charge pour la
porter à Hambourg.
Cependant, nous avons reçu par M. Hop, Notre envoyé extraordinaire
à la cour de la Grande-Bretagne, une lettre à lui écrite par le
secrétaire Gastaldi, avec la copie d'une prétendue relation de ce
qui se serait passé à cet égard, sans que ni l'une ni l'autre Nous
ait paru satisfactoire. Nous trouvons bien que, par rapport au
vaisseau la _Maria-Jacoba_, on pose en fait que Notre consul à
Livourne, Bouver, aurait été persuadé lui-même que la destination
de ce vaisseau n'aurait pas été bonne et qu'il aurait mis à terre
cinquante morceaux ou pains de plomb et quatre caisses de pierres à
fusil, mais outre que, pour toute preuve, il n'y a que le simple
dire du secrétaire Gastaldi, qui n'en peut rien savoir que par la
simple relation qui lui en a été envoyée, tout cela est détruit en
partie par l'expérience du contraire que le général Wachtendonck en
a fait et par le relâchement du vaisseau qu'il a ordonné, et en
partie parce que ce vaisseau a effectivement mis et laissé à terre
ses marchandises, pour ne rien dire de ce qu'une si petite quantité
de plomb et pierres à fusil ne serait pas assez considérable pour
donner du confort aux Corses, ni pour faire entreprendre à un
maître de vaisseau un voyage aussi périlleux. Quant au vaisseau
l'_Agatha_, maître Gustave Berents, il semble bien qu'il aurait eu
à son bord quelques passagers, une plus grande quantité de poudre,
de mousquets, de canons et pistolets et autres choses, mais qu'il
n'y a pas la moindre preuve qu'avec cette charge il aurait été
destiné en Corse, excepté qu'un seul des passagers en aurait dit
quelque chose. Avec quoi, il est fort à noter, pour la décharge du
maître dudit vaisseau, qu'il paraît par la relation et papiers sus
mentionnés, en premier lieu, que de tous ces passagers et de toute
cette charge rien n'est entré dans ledit vaisseau quand il est
sorti des ports de ces pays, mais que le tout y a été embarqué à
Lisbonne, et, en second lieu, que ce même vaisseau, parti de
Lisbonne, ayant été par une rencontre inopinée conduit à Oran, le
gouverneur espagnol n'a rien trouvé qui fût à la charge du maître
et ainsi l'a laissé en liberté, et, en troisième lieu, que le
maître de ce vaisseau n'a point pris sa route pour aller à l'île de
Corse, mais est allé à Livourne et que là il a mis à terre toute sa
charge, tant passagers que marchandises, laissant le tout à la
disposition des intéressés. Il résulte de ce que nous venons
d'alléguer clairement et évidemment qu'en cas que le maître de ce
vaisseau en ceci se serait laissé séduire, ce qui pourtant ne
paraît point, le mal n'aurait pas eu sa source dans ces pays, mais
à Lisbonne, ce qui encore ne pourrait pas être mis à la charge
dudit maître de vaisseau, tant qu'on ne peut prouver, comme on ne
le prouve point, qu'il aurait été informé d'un mauvais dessein,
étant vrai au contraire qu'on ne peut point imputer à crime à un
maître de vaisseau qu'étant entré dans un port libre, il y prend à
son bord, pour rendre son voyage plus profitable, une augmentation
de sa charge, soit de passagers, soit de marchandises non
défendues. Nous devons ajouter à ceci, qu'ayant fait une due
perquisition du cas du susdit vaisseau l'_Agatha_, Nous avons
trouvé qu'il est sorti de Nos ports, sans qu'il ait eu à son bord
plus de monde que le nécessaire et l'ordinaire et que, quant aux
passagers et aux marchandises à qui on donne le nom des
contrebandes, qu'ils ont été pris à son bord à Lisbonne et que le
maître du vaisseau n'a rien su de leur prétendue destination. Votre
Sérénité et Vos Excellences verront par là que c'est à tort qu'on
forme des soupçons contre Nous et Nos sujets, comme s'ils se
laisseraient induire à donner de l'assistance aux Corses
mécontents. Cette idée erroneuse étant autant moins fondée que
déjà, par Notre résolution du 5 juillet 1736, Nous avons déclaré
que des pareilles entreprises seraient tout à fait contraires à
Notre intention et que Nous étions portés à empêcher, autant qu'il
Nous serait possible, qu'on n'envoyât aucune assistance aux Corses
mécontents d'aucun endroit dépendant de Notre domination, de quoi
aussi Nous avons averti Nos amirautés par Nos résolutions du 15
septembre et 22 octobre de l'an passé 1736. Nous avons bien pris en
considération et délibéré s'il conviendrait de défendre par placard
le transport des marchandises de contrebande en Corse, mais Nous en
avons été détournés par le mauvais usage que les sujets de Votre
République font de Nos résolutions du 5 juillet, 15 septembre et 22
octobre de l'an 1736, et que Nous prévoyons qu'un tel placard ne
produirait aucun autre effet que de colorer les détentions des
vaisseaux de Nos sujets et de les rendre plus fréquentes; au moins
de l'exemple cité du vaisseau l'_Agatha_ résulte cette vérité
qu'un placard de la nature que celui dont Nous venons de parler, ne
saurait être d'aucun effet, tant que les mêmes défenses ne seront
pas faites dans les autres royaumes et États, et tant que les
passagers ou marchandises en d'autres pays auront la faculté de
tromper sous divers prétextes les maîtres des vaisseaux qui sont
ignorants. Nous ne pouvons dissimuler que le procédé à l'égard des
vaisseaux de Nos sujets, Nous est d'autant plus sensible qu'il
paraît qu'on les prend seuls en butte et qu'on laisse passer
d'autres sans y prendre garde.
Quand il plaira à Votre Sérénité et à Vos Excellences de faire les
réflexions nécessaires sur ce que Nous venons de leur exposer, nous
espérons qu'Elles voudront bien donner des ordres précis à Leurs
Ministres et à Leurs sujets partout où il appartient, pour que
soigneusement ils prennent garde de ne faire rien qui puisse
troubler les sujets de Notre république ni leurs vaisseaux, dans le
libre exercice de leur navigation et commerce, afin que Nous ne
soyons pas obligés de délibérer ultérieurement sur la manière de
prévenir ces troubles si préjudiciables au commerce de Nos sujets.
Nous attendons ce remède de l'amitié et de l'équité de Votre
Sérénité et Vos Excellences, et en l'attendant, Nous prions Dieu,
Sérénissime Duc et Très Excellents Seigneurs, de Vous avoir en Sa
sainte et digne garde.
A La Haye, le 23 novembre 1737.
De Votre Sérénité et Vos Excellences Très affectionnés
amis à vous faire service.
LES ÉTATS-GÉNÉRAUX DES PROVINCES UNIES DES PAYS-BAS.
Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Filza 1/2121
(1737-1738)_.
X.
DÉPÊCHE DE PUISIEUX A AMELOT.
Naples, le 7 janvier 1738.
Il y a dans ce port, depuis environ un mois, un bâtiment
hollandais, nommé _Jan Ramboulde_. Il est chargé de munitions de
guerre qu'il a prises en Zélande et qui sont destinées pour la
Corse..... Je fus informé hier que le capitaine de ce bâtiment,
appelé Antoine Bevers, de Flessingue, devait partir incessamment
pour la Corse. Après m'être assuré plus particulièrement de ce
fait, je me déterminai à envoyer prier le consul de Hollande de
passer chez moi. Je lui représentai qu'il devait empêcher lÉdit
bâtiment d'aller porter des secours aux ennemis d'une puissance
avec laquelle les États Généraux n'étaient point en guerre, qu'il
devait, d'ailleurs, savoir l'intérêt que le Roi prenait dans cette
affaire et que j'osais l'assurer que ses maîtres ne
désapprouveraient pas les égards qu'il aurait pour mes
représentations en cette occasion. L'ambiguïté de la réponse de ce
consul m'ayant laissé dans l'incertitude sur le parti qu'il
prendrait, j'ai écrit à M. de Campredon, à Gênes, pour le prévenir
sur le départ de ce bâtiment hollandais. J'en ai aussi dit deux
mots à M. de Montalègre, qui m'a répondu que les munitions de
guerre embarquées sur ce bâtiment n'ayant point été achetées dans
les États de Sa Majesté Sicilienne et que le Roi n'ayant point
déclaré la guerre aux Corses, le roi des Deux-Siciles ne pouvait
prendre sur lui de l'arrêter. Il m'a promis cependant de parler au
consul de Hollande et d'intimider quelques Corses qui sont à la
suite de ce bâtiment. Je ne puis douter que cette cour n'ait
favorisé les Corses dans plusieurs occasions, non dans l'intention
de les entretenir dans la révolte, mais parce qu'à la faveur des
troubles de cette île, les officiers au service de Sa Majesté
Sicilienne ont trouvé de grandes facilités à y faire des recrues.
Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
Naples, vol. 35.
XI.
NOUVEAU CONTRAT ENTRE LE PATRON DU BÂTIMENT ZÉLANDAIS,
_YONG-ROMBOUT_, ET LES MINISTRES DE THÉODORE Ier[878]. TRADUCTION
DE L'ITALIEN.
Naples, 20 janvier 1738.
Nous soussignés, capitaine et pilote du bâtiment, nommé
_Yong-Rombout_, d'une part, et les ministres de Théodore Ier, roi
de Corse, de l'autre, promettons moyennant l'assistance divine,
d'exécuter ponctuellement le contenu des articles suivants, sans
exception aucune, à moins que la nécessité nous force au contraire.
1º Le susdit capitaine Antoine Bevers sera obligé de faire voile
avec son vaisseau et les passagers qui seront dessus, à l'île de
Corse, et, moyennant l'assistance divine, jeter l'ancre à
Porto-Vecchio; mais il devra d'abord prendre langue à Aleria avec
sa chaloupe et y faire les signaux convenus; lÉdit capitaine
s'obligeant, en outre, de faire toutes sortes de diligences et ce
qui dépendra de lui pour y exécuter le débarquement ainsi qu'il est
d'usage en semblables conjectures. Cependant, si ce bâtiment était
attaqué et que malgré tous ses efforts, il ne pût résister et fût
battu ou qu'il lui arrivât quelque autre accident,--ce qu'à Dieu ne
plaise--le patron sera tenu de faire voile vers Malte, ou autre
port plus commode, pour y porter ses passagers, et il laissera les
marchandises où il jugera le plus à propos. Bien entendu que le
capitaine, en semblable cas, ne prendra de résolutions qu'autant
qu'il y sera contraint par la nécessité.
2º Les seigneurs ministres susdits seront tenus de s'embarquer sur
lÉdit vaisseau et d'être fidèles au capitaine pendant le voyage,
dans quelques conjonctures que ce soit, et aider lÉdit capitaine en
lui donnant des marques de leur bienveillance.
3º Les susdits seigneurs ministres seront obligés de fournir vingt
hommes, y compris le pilote qui aura connaissance des ports de la
Corse, lesquels hommes défendront le bâtiment au cas qu'il soit
attaqué, et serviront à la manœuvre, et ces hommes seront
commandés par le seigneur Dominique Rivarola.
4º Lesdits seigneurs ministres fourniront les vivres à ces hommes;
cependant le capitaine aura soin, outre cela, d'en faire encore
pour son voyage.
5º Le seigneur Rivarola et les autres ministres feront leurs
diligences pour que ces vingt hommes soient embarqués au plus tôt,
le bâtiment étant prêt et n'attendant que cela pour lever l'ancre;
et aussitôt qu'ils seront à bord, lÉdit capitaine sera tenu de
faire voile.
6º Le bâtiment étant arrivé en Corse, le seigneur Rivarola et les
autres ministres seront tenus de lui fournir son chargement
conformément au contrat fait en Zélande.
7º A l'arrivée du bâtiment, l'on fera en sorte de débarquer des
canons et d'en dresser une batterie à terre pour défendre lÉdit
vaisseau contre les bâtiments génois qui pourront l'attaquer et
pour faciliter le déchargement de ses marchandises.
8º Les autres munitions seront aussi débarquées sans aucun retard.
L'on devra embarquer, en même temps, à proportion, les marchandises
qui seront prises en échange de ces munitions et l'on continuera de
cette manière jusqu'à l'entier déchargement des unes et au total
embarquement des autres.
9º Nous promettons d'adhérer exactement aux points ci-dessus et de
les observer constamment et fidèlement autant que nous le pourrons
pour l'avantage, comme il est dit, du roi Théodore.
En foi de quoi signé, fait à bord dudit bâtiment, le 20 janvier
1738.
Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
Gênes, vol. 101.
[878] En marge: «Ceci n'est qu'un projet qui a été communiqué à
M. de Grimaldi, lequel n'a pu encore parvenir à être exactement
informé si ce contrat a été effectivement signé.
XII.
/#
CONTRAT DE NOLISSEMENT DE BATIMENT FAIT A FLESSINGUE PAR LES
REPRÉSENTANTS DU ROI THÉODORE. TRADUCTION DE L'ITALIEN.
[1738.]
Nous soussignés, en vertu des pouvoirs de Sa Majesté Théodore Ier, roi
de Corse, reconnaissons avoir nolisé des sieurs Splenter, Van Doorn et
Abraham Louxissen, le vaisseau nommé _Yong-Rombout_ de dix-huit canons
de 3l et quatre _bossen_ avec vingt-quatre _koppen_, commandé par le
capitaine Antoine Bevers, moyennant la somme de seize cents florins de
Hollande par mois en lui assurant quatre mois fixes et plus, voulant le
payer à proportion du temps à commencer du jour que lÉdit vaisseau sera
entièrement chargé, et ce pour faire un voyage en Corse et sur la route
où devra se faire le déchargement. Et au cas que le noliseur voulût
aller à Lisbonne, ou dans quelque autre port libre, il lui sera permis à
condition qu'il n'y restera que quatorze jours et pourra ensuite charger
en retour de l'huile, de la cire, des cuirs et autres marchandises, sans
que lÉdit vaisseau soit obligé à d'autres voyages, et encore moins de
faire aucun transport, contre quelque nation du monde que ce soit. Il
lui sera libre au contraire de retourner sans aucun retard à Flessingue,
pour y décharger les marchandises qu'il aura embarquées, indépendamment
desquelles le fret convenu sera payé aux propriétaires dudit bâtiment.
Il est convenu particulièrement que ni le pilote ni le capitaine ne
pourront charger aucune marchandise pour leur compte, sous peine de
confiscation au profit du roi; et au cas que quelques passagers
s'embarquent sur ce bâtiment et mangent et logent dans la chambre du
capitaine, ils payeront un florin de Hollande par jour, et les autres
passagers sept sols de Hollande seulement, sans qu'on puisse exiger rien
de plus pour leur passage. En foi de quoi, nous soussignés obligeons nos
corps et nos biens, nous soumettant aux lois de la justice et aux
ordonnances du pays.
_Signé_: VALENTINO TADEI, FRANCESCO DE AGATA,
SPLENTER, VAN DOORN et ABRAHAM LOUXISSEN.
Archives du Ministère des affaires étrangères: Correspondance de
Gênes, vol. 101.
XIII.
LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. SAINT-MARTIN. COPIE COMMUNIQUÉE
AVEC LA DÉPÊCHE DU DUC DE SAINT-AIGNAN, AMBASSADEUR DE FRANCE A
ROME, DU 18 OCTOBRE 1738.
16 mai 1738.
La part que je vois, Monsieur, que vous prenez à ce qui me regarde
et les offres obligeantes de service que vous me faîtes par une
lettre du 29 du passé, me sont des plus sensibles et agréables. En
revanche, je vous offre de vous rendre tous les bons offices qui
dépendent de moi et si vous continuez dans la résolution de vous
attacher à moi et de m'accompagner dans mon retour, vous pouvez,
sans perdre de temps, vous rendre à Middelbourg, en Zélande, chez
le sieur Joh. Dicler Schuler, marchand dans ladite ville, lequel
vous dirigera à me venir trouver; même si vous me pourriez procurer
quelque bon officier d'artillerie, ou autre, il peut hardiment
venir, que je le recevrai et pourvoirai à toute satisfaction, et
comptez que ni vous ni d'autres n'auront jamais lieu de se
reprocher de s'être attachés à moi et que je suis sincèrement
Votre bon ami.