Frédéric Masson, _Joséphine, impératrice et reine_, p. 282.
APPENDICES.
I
NOTE SUR LE COLONEL FRÉDÉRIC, QUI PÉTENDAIT ÊTRE LE FILS DE THÉODORE DE
NEUHOFF.
On voyait à Londres, au milieu du XVIIIe siècle, un individu connu sous
le nom de colonel Frédéric, qui s'affublait du titre de prince de
Caprera et qui prétendait être le fils de Théodore de Neuhoff. La
société anglaise le choyait beaucoup; il était reçu dans le meilleur
monde. En 1764, il paraissait avoir de trente-cinq à trente-six ans,
d'après un voyageur français qui le rencontra, le dimanche 7 octobre,
chez lord Fitz-Herbert à Richmond. Sa physionomie était avenante et ses
manières distinguées. Il s'exprimait assez bien en français[871].
[871] Élie de Beaumont, _Un voyageur français en Angleterre en
1764_, dans la _Revue Britannique_, octobre 1895.
M. Percy Fitzgerald, dans son livre _King Theodore of Corsica_, a
consacré le dernier chapitre à ce personnage. Il retrace sa vie
aventureuse et le considère réellement comme le fils de Théodore.
Le colonel Frédéric entourait sa naissance de mystère. Il disait
seulement qu'il était né en 1725. Il n'était donc pas le fils de
l'épouse légitime de Théodore, lady Sarsfield, morte à Paris en 1720.
D'après M. Fitzgerald, Frédéric aurait épousé une des demoiselles
d'honneur de Marie-Thérèse. De cette union seraient nés un fils et une
fille. Le fils aurait été tué, jeune encore, pendant la guerre
d'Amérique. La fille, qui s'était mariée, aurait eu à son tour trois
filles, fort jolies personnes, disait-on.
Le colonel Frédéric vécut à Londres pendant plus de quarante ans. Il
était très intrigant. Il proposa au duc de Newcastle toute une série de
plans relatifs à une descente en Corse. Journellement on le voyait au
Foreign-Office, où il essayait de faire agréer ses combinaisons. Pour ce
débarrasser de ses importunités, le gouvernement anglais lui faisait
donner de temps en temps un peu d'argent. Selon M. Fitzgerald, on trouve
au British Museum un grand nombre de lettres et de mémoires ayant trait
aux propositions et aux réclamations de cet aventurier.
Très besogneux, harcelé par ses créanciers, il se tua d'un coup de
pistolet, le mercredi 1er février 1796, auprès de la grille de
Westminster.
Voilà, en quelques mots, les faits principaux de la vie du colonel
Frédéric. Mon intention n'est pas de retracer toutes les intrigues de
cet individu. On les trouve en détail dans le livre de M. Fitzgerald. Je
me contenterai d'indiquer quelques-unes des raisons qui permettent de
déclarer que Frédéric n'était pas le fils de Théodore de Neuhoff. Je
terminerai en donnant, d'après des documents tirés des archives d'État
de Gênes, la véritable identité du personnage; documents que l'historien
anglais n'a pas connus.
Dans son livre: _Mémoires pour servir à l'histoire de la Corse_, imprimé
à Londres, en 1768, pour S. Hooper, libraire dans le Strand,--ouvrage
qui a servi pour établir la plupart des biographies de Théodore publiées
de nos jours--le colonel Frédéric commet plusieurs erreurs, qu'il
n'aurait pas faites s'il eût été le fils du baron de Neuhoff.
D'après lui, Théodore aurait été élu roi de Corse et de Capraia, ce qui
est faux. L'acte d'élection, dont une copie existe dans les archives du
Ministère des affaires étrangères, n'indique que la qualité de roi de
Corse. Théodore lui-même, que sa sotte vanité poussait à se donner les
titres les plus ronflants, ne prit, en aucune circonstance, celui de roi
de Capraia.
A propos du couronnement, dans le couvent d'Alesani, précédé de la
publication d'une constitution approuvée par le souverain et par les
principaux chefs corses, j'ai déjà eu l'occasion de faire remarquer que
si le baron de Neuhoff avait eu réellement un fils, il n'aurait pas
manqué d'en faire mention et de le faire proclamer prince héréditaire.
Les insulaires n'auraient pu élever aucune objection, le principe
d'hérédité étant formellement admis dans la constitution comme la base
de la nouvelle royauté. Frédéric eût-il été un enfant naturel que
Théodore se fût empressé de le reconnaître à défaut de fils légitime.
Cela eût été d'autant plus facile au baron que la Constitution parle
uniquement d'_enfants mâles_ dans l'ordre de primogéniture, sans que
cette indication soit précédée du mot légitime. Bien plus, elle laissait
au souverain le droit de choisir son successeur dans le cas où il
n'aurait pas d'héritiers directs.
Théodore, de son côté, avait un intérêt capital à consolider sa couronne
en assurant sa dynastie. Son premier soin, en débarquant en Corse, avant
même d'être solennellement couronné, est d'écrire à sa famille non
seulement pour lui faire part de son _avancement_, mais encore pour
demander que l'un ou l'autre de ses parents, cousin ou neveu, vienne le
retrouver en Corse et l'assister. La place d'un fils, quel qu'il fût,
était là tout indiquée.
Nulle part dans sa correspondance, même avec ses plus intimes
confidents, Théodore ne fait allusion à un fils qu'il aurait eu. Aucun
acte, aucune proclamation émanant de lui n'en fait mention. A maintes
reprises, il parle de ses droits imprescriptibles; il donne à sa royauté
un caractère ineffaçable; il emploie des grands mots pour affirmer que
son devoir est de conserver intacte l'élection des Corses. Habitué à
faire des phrases pour impressionner ou attendrir ceux qu'il voulait
engager dans ses affaires, il n'aurait pas manqué de mettre en avant
l'intérêt sacré de son héritier direct. Il y avait là matière à
éloquence émue, et il ne se serait certes pas privé de faire vibrer
cette corde.
Les lettres autographes de Costa, qui fut le plus fidèle serviteur de
Théodore, existent encore. Le Grand-Chancelier parle à son maître en
confident plutôt qu'en ministre. Là non plus, on ne trouve la moindre
allusion à ce fils.
Frédéric prétend avoir dîné avec le roi Théodore et différents
personnages dans la prison pour dettes. Il portait les insignes de
l'Ordre de la Délivrance. Mais cela ne prouve en rien qu'il fût le fils
de Neuhoff. Ce dernier recevait beaucoup de visiteurs au «Banc du Roi»
et il en décora un grand nombre.
Comment se fait-il que Théodore ayant un fils à Londres, le sachant,
l'ayant vu dans sa prison, n'ait pas cherché à le retrouver? Libéré,
malade, mourant, abandonné par tous, ne sachant que devenir, seul dans
les rues par le froid de décembre, il va demander l'hospitalité à un
ouvrier! L'enfant, si pauvre fût-il, aurait-il refusé à son père de le
secourir dans sa détresse? A ce moment suprême où tous les torts
disparaissent, où rien ne subsiste que la pensée du devoir naturel, il
n'a pas un geste de piété filiale!
Il est certain que Frédéric a connu Théodore dans ses dernières années
et qu'il a eu en mains des papiers concernant la Corse. Neuhoff, pour se
libérer, songeait à faire argent de tout. Il ne lui restait plus que de
vagues documents. A plusieurs reprises, il essaya de les vendre. Dans ce
but, il s'adressait à différentes gens, par l'intermédiaire d'individus
qui paraissaient vouloir entrer dans ses combinaisons.
Il est à remarquer, d'ailleurs, que la légende de la naissance de
Frédéric s'établit après la mort de Théodore.
Deux ans après, en 1758, Celesia, ministre de Gênes à Londres, fut à
même de fournir à son gouvernement quelques renseignements sur les
intrigues de Frédéric et de donner l'identité de celui-ci[872].
[872] Celesia au Sérénissime Collège, Londres, les 10 et 17
octobre 1758: _Ribellione di Corsica_, no 15-3013. Archives
d'État de Gênes, archives secrètes.
C'était un polonais nommé Frédéric Vigliawischi. Il avait une belle
prestance, portait perruque et parlait plusieurs langues. Il habitait
Londres depuis plusieurs années; mais il y avait _très peu de temps_
qu'il se faisait appeler Neuhoff. Il se disait le fils et le successeur
du défunt baron, et déclarait avoir en sa possession les papiers de
celui-ci.
Donc ce n'est qu'après la mort de Théodore que l'aventurier, nommé
Vigliawischi, songe à se faire passer pour le fils du roi de Corse. Il
n'avait plus à craindre de démentis. C'est à cette époque-là, encore,
qu'il noue ses intrigues au sujet de l'île. Il reprenait tout simplement
la suite d'une affaire après décès. C'est plus tard aussi qu'il songe à
écrire des Mémoires.
En 1757 et en 1758, il entre en relations avec Pascal Paoli, il cherche
de l'argent, s'abouche avec des commerçants pour avoir des munitions. Il
s'adresse aux hommes d'État anglais, les harcèle de propositions.
Tout cela échoue piteusement, comme avaient sombré les combinaisons de
Théodore.
Celesia avait pu facilement percer à jour ces manœuvres. Il était entré
en rapports avec un certain Anselme Rossi, qui était au service de
Frédéric. Cet individu avait tout dévoilé au ministre de Gênes.
Les intrigues de Frédéric sur la Corse, indiquées dans le livre de M.
Fitzgerald, sont confirmées par les documents de Gênes. Il y a donc lieu
de penser que Rossi a dit la vérité à Celesia.
Mais cela importe peu. Le seul point qu'il convienne de retenir dans les
rapports de Celesia est l'identification du personnage.
En la rapprochant des quelques réflexions que j'ai faites plus haut, il
est permis de déclarer d'une façon définitive que le colonel Frédéric
n'était pas le fils du baron de Neuhoff.
II
NOTE SUR DES PAMPHLETS CONCERNANT LE BARON DE NEUHOFF.
L'aventure du baron de Neuhoff fit éclore différents pamphlets. J'ai
déjà eu l'occasion de signaler, au cours de l'ouvrage, ceux qui furent
lancés à Gênes et qui étaient colportés de main en main. D'autres,
imprimés pour la plupart en Hollande, prirent la forme de brochures ou
de volumes.
En 1737, un pamphlet fut publié, à Leyde, chez Jean-Arn. Langerak. Il
avait treize pages seulement et était intitulé:
PREMIÈRE LETTRE
DE
THÉODORE IER
ROI DE CORSE
A
TOUS LES HÉROS DE SON SIÈCLE
Une vignette, placée en tête, représente, d'un côté, une femme assise,
de l'autre, un homme debout coiffé d'un casque et portant une lance. Ces
deux personnages sont séparés par une arabesque.
Ce pamphlet débute par ces vers:
«Décidons! puisqu'enfin en l'état où je suis,
La mort est au-dessous du sort de mes ennemis:
Un lâche désespoir nous défend d'y survivre;
Mais un cœur immortel nous défend de le suivre.»
Puis, viennent ces mots:
«Entre ces deux extrémités et la nécessité de prendre l'un ou l'autre
parti, héros magnanimes, un courage toujours renaissant doit-il se
signaler par la bassesse héroïque des Romains ou par la férocité commune
aux _Esprits insulaires_ qui n'ont point assez de force pour faire face
constamment aux révolutions chagrines de l'astre qui préside à nos
jours?»
Ensuite, l'auteur fait dire à Théodore qu'il s'en rapportait aux âmes
bien faites pour juger impartialement ses actions. Sa conduite
était-elle bravoure ou témérité? Une entreprise, si hasardeuse fût-elle,
est héroïque quand elle réussit; elle est téméraire quand elle échoue.
«Si tant de travaux entrepris,
Baron, n'ont pas rempli ta haute destinée,
C'est que de ta vertu la fortune étonnée
N'ose pas en fixer le prix.»
«Il est vrai que la mauvaise fortune ne nous semblerait pas si dure, si
elle n'autorisait la désertion de nos amis.»
L'auteur se lance alors dans des considérations philosophiques en tirant
des exemples de la légende et de l'histoire. Ces réflexions ne sont
d'ailleurs ni profondes ni originales.
A la fin de la brochure se trouve cette note:
«Sa Majesté Corsienne a écrit plusieurs autres lettres plus dignes de la
curiosité du public que celle-ci. On nous a promis de nous les
communiquer et nous promettons à ce même public de lui en faire part. Au
reste, ce n'est qu'une traduction, qui ayant été faite à la hâte, ne
rend pas sans doute l'original dans toute sa beauté. Nous remédierons à
ce défaut dans la suite.»
De deux pamphlets hollandais, je me contenterai de signaler les gravures
qui se trouvent en tête des volumes.
L'un d'eux, imprimé en 1739, est intitulé:
DE
GEKROONDE MOF
OF
THEODORUS OF STELTEN
Le dessin représente Théodore monté sur deux échasses. L'une est tenue
par un gentilhomme; l'autre semble se dérober, car le second
gentilhomme, qui se tient auprès, ouvre les bras comme pour recevoir
Neuhoff. Celui-ci essaye d'attraper une couronne très haut placée et
attachée au sommet par un collier d'ordre fleurdelysé. Au second plan, à
droite, un autre gentilhomme montre la couronne à Théodore. A gauche,
sous un bouquet d'arbres, se trouvent quatre femmes, dont l'une lève les
bras au ciel.
Ce libelle assez volumineux est rédigé en forme de dialogue.
Un autre pamphlet, intitulé:
/*
DE
DWAALENDE MOF
OF VERVOLG
VAN
THEODORUS OF STELTEN
*/
publié en 1740, reproduit une gravure à peu près identique à la
précédente. Mais la couronne est entourée des armes de la Corse et de la
médaille de l'Ordre de la Délivrance. Dans le fond, les quatre femmes
sont remplacées par un vaisseau portant un pavillon avec une croix et
échangeant des coups de canon avec un fort situé à terre.
Au nombre des pamphlets, on peut citer le fragment trouvé dans les
manuscrits de Napoléon et publié par MM. Frédéric Masson et Guido
Biagi[873]. Écrit entre 1786 et 1793, il est peu important. Il se borne
à une lettre imaginaire de Théodore, datée des prisons de Londres, à
milord Walpole et la réponse de celui-ci au baron. Bonaparte montre
là-dedans qu'il concevait déjà une haute idée de la générosité de
l'Angleterre vis-à-vis des malheureux proscrits.
[873] _Napoléon inconnu, papiers inédits (1786-1793)_, 2 vol., t.
I, p. 193-194.
Il y a là un rapprochement curieux à faire avec les sentiments qui
animèrent plus tard l'Empereur en l'amenant à se livrer aux Anglais.
M. Emmanuel Orsini, capitaine d'infanterie, a publié le _Testament
politique de Théodore Ier, roi des Corses_.
Dans la première partie, l'auteur fait faire à Théodore le récit de ses
aventures. Historiquement il n'y a pas lieu de tenir compte de cette
narration. C'est une compilation des ouvrages connus sur le baron de
Neuhoff, compilation à laquelle sont ajoutés quelques détails qui
s'éloignent tout à fait de la vérité. Il me suffira d'en citer un seul.
Théodore raconte qu'au milieu du mois d'avril 1737, il rejoignit son
armée à Corbara en Balagne. Or, à cette date, Neuhoff était arrêté pour
dettes à Amsterdam et mis en prison. On peut juger par là du cas qu'il
faut faire de ce récit.
La seconde partie du _Testament_ comporte des considérations sur les
principes et les maximes de l'art de régner.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
I.
LETTRE DU BARON DE NEUHOFF A M. MARNEAU[874].
26 mars 1736.
Étant plus que persuadé que vous me continuez toujours une part
dans votre cher souvenir, je n'ai pu manquer à vous notifier de ma
main propre ce que vous aurez peut-être déjà appris par les avis
publics, qu'après mille révolutions, persécutions et maladies
mortelles dans mes voyages, non seulement il m'a réussi, avec
l'assistance divine, de me tirer des pièges tendus par mes envieux,
mais de me voir en état de reconnaître mes bienfaiteurs et amis et
d'être et de me voir proclamé Roi et Père de ces fidèles habitants
de cette île et royaume de Corsica, lesquels j'ai cherché
d'assister au péril de ma vie contre le tyrannique gouvernement des
Génois. Comme mes intérêts et avancements vous doivent être chers
par la bonne mémoire que vous conservez, je suis sûr, de feu ma
chère mère, votre épouse, j'ose me flatter que cet établissement
vous sera agréable, vous assurant, Monsieur, que de mon côté, je
n'ambitionne autre que de me trouver en situation à pouvoir vous
témoigner par des marques essentielles la reconnaissance parfaite,
que je vous conserve pour toutes les bontés paternelles que vous
avez eues pour moi; et je m'estimerais heureux si vous vouliez
prendre la résolution de me venir trouver dans ce bon climat avec
ma chère sœur, son mari et toute la famille, vous assurant que je
partagerai avec vous mon sort, lequel ayant un peu de repos à
pouvoir mettre à exécution certains projets, ne peut être que très
avantageux pour moi et pour tous ceux qui m'appartiennent. Mais,
comme encore pour le présent, je ne puis jouir de ce repos
nécessaire, ayant les ennemis à déloger des deux endroits, priez
Dieu pour moi et me continuez votre chère bienveillance.
Soyez assuré je serai pour toujours tout à vous sans aucune
réserve.
Le Baron DE NEUHOFF,
élu Roi de Corsica avec mon nom: _Teodoro il primo_.
P. S.--Faites-moi savoir en réponse à celle-ci si vous ou M. de la
Grange pourriez vous rendre à Paris pour remettre au Roi mon
instance à m'honorer de son royal appui dans mon nouvel
établissement, et, en ce cas, j'enverrais une personne accréditée
pour connaître ses intentions. J'aurais besoin de deux vaisseaux de
guerre que je payerais par mois pour serrer le port de Bastia,
capitale du royaume, pendant que par terre je saurai bien vite
obliger les Génois de me la remettre. Servez-moi de bon père en
cette affaire et ne perdez de temps pour employer vos amis à y
parvenir. Il serait en mon pouvoir de satisfaire à bien des frais
et dépenses, mais les pertes souffertes et les frais exorbitants
que j'ai eus, m'ont mis, pour le présent, en arrière, et n'ai-je le
repos nécessaire pour refaire ce qui pourrait me mettre à l'abri
d'avoir besoin de secours. Je dois envoyer des sommes considérables
à Tunis, en Afrique, pour mes munitions de guerre et le rachat des
esclaves corses, que je suis convenu en personne, mais comme
inconnu, de racheter, et ai le bonheur d'induire cette Régence à
une paix de vingt années avec le royaume de Corse. Ne m'abandonnez
pas, et assistez-moi de vos bons conseils; donnez-moi de vos
nouvelles au plus tôt, et l'un ou l'autre rendez-vous à Paris pour
solliciter mes vues.
Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Francia_, mazzo 45.
Anni 1734-37.
[874] Le lieu d'où elle a été écrite n'a pas été marqué.
II.
LETTRE ÉCRITE DE METZ PAR M. MARNEAU A M. LE C...
26 avril 1736.
Monsieur,
Vous avez connu M. de Trévoux, mais je ne pense pas que vous ayez
entendu parler du baron de Neuhoff, son frère, tous deux enfants du
premier lit de feu ma femme. Ce jeune homme, après être sorti de
page de Madame, entra dans le régiment de Navarre, qu'il quitta
pour entrer dans celui de Courcillon, où il a servi jusqu'à la paix
de Baden, et passa ensuite au service de M. l'Électeur de Bavière;
ayant eu quelques affaires dans ce pays-là, il alla en Espagne, où
il épousa une fille d'honneur de la Reine régnante, et fut fait
colonel d'infanterie. Soit dégoût, soit envie de courir le monde,
il quitta l'Espagne, laissa sa femme à Paris, où elle est morte; et
depuis cinq ou six ans, je n'ai plus entendu parler de lui jusqu'à
ce moment que je viens de recevoir cette lettre dont j'ai l'honneur
de vous adresser copie, par laquelle il me fait part qu'il a été
proclamé roi de Corse.
Quoique je lui connaisse de l'esprit, du savoir, et très intrigant,
parlant même une infinité de langues, je ne donne point dans une
pareille vision, et je ne saurais croire qu'un étranger, sans
secours de lui-même, ni d'ailleurs, ait été en état de se former un
pareil établissement.
Je ne regarde donc ce prétendu roi que comme un aventurier, qui n'a
rien à perdre et qui n'écoute que sa témérité. Que cette nouvelle
cependant soit vraie ou fausse, je crois être obligé de vous en
faire part pour en faire usage à la cour, si vous croyez que cet
événement puisse être de quelque utilité à l'État; en tout cas,
l'avis n'interrompra que pour un moment vos occupations sérieuses
pour vous faire rire d'une scène aussi comique que celle de penser
qu'il peut y avoir un jour un roi, frère de ma fille; et vous
pensez bien que ma famille et moi ne sommes pas tentés d'aller
chercher des espérances de fortune sous un trône aussi chancelant.
Je m'en tiendrai à l'ambition que j'ai toujours eue de vous prouver
mon zèle et l'attachement respectueux avec lequel j'ai l'honneur
d'être, Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
MARNEAU.
Archives d'État de Gênes, archives secrètes: _Francia_, mazzo 45.
Anni 1734-37.
III.
DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE[875] AU ROI DE SARDAIGNE.
La Haye, le 12 juin 1736.
........ Répondant à l'article qui regarde la république de Gênes,
j'aurai l'honneur de Lui dire que m'étant informé, pour satisfaire
à Ses ordres, de deux des principaux députés des États, si elle
avait fait ici quelque démarche pour obtenir des défenses aux
bâtiments hollandais d'aborder en Corse et à tous les sujets de
cette république de donner aux révoltés aucune sorte de secours,
ils m'ont assuré n'avoir point encore ouï parler de pareille
chose; ils se sont de plus engagés, aussitôt qu'on ferait là-dessus
la moindre demande, de m'en informer et de me prévenir de la
résolution qui se pourrait prendre en conséquence. La conversation
étant par là naturellement tombée sur l'état où se trouve la Corse,
ils m'ont marqué être fort étonnés de la dépense considérable que
faisait le nouveau chef des révoltés[876], que cela leur faisait
juger qu'il devait être soutenu sans doute par quelque puissance
considérable et que leurs soupçons à cet égard ne pouvaient tomber
que sur l'Espagne; mais que de quelque façon que l'affaire tournât,
le peu de relations que leur commerce avait avec cette île la lui
rendait si indifférente qu'assurément ils ne chercheraient pas à
s'en mêler. Je me serais prévalu de cette occasion pour voir M. le
Pensionnaire, s'il ne s'était trouvé à la campagne.
Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33.
[875] Ministre de Sardaigne en Hollande.
[876] Il s'agit de Théodore de Neuhoff.
IV.
DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE AU ROI DE SARDAIGNE.
La Haye, 7 mai 1737.
........ Les affaires du baron de Neuhoff ne sont pas encore en
fort bon état; elles ont été au point de se terminer par les soins
et les efforts généreux de plusieurs personnes qui s'étaient
intéressées pour lui; mais outre les créanciers avec lesquels l'on
avait convenu, il s'en est présenté deux autres pour sept à huit
mille florins, qui ont tout rompu et ont été cause qu'il a été
traduit aux prisons publiques de la ville, attendu que la dépense
trop considérable qu'il faisait à l'auberge le mettait toujours
plus hors d'état de satisfaire ses dettes. Cette affaire a d'abord
un peu ralenti le zèle de ceux qui voulaient lui faire faveur; mais
la chose s'est pourtant un peu raccommodée et l'on travaille encore
fortement à le tirer d'embarras, ce que le magistrat de la ville
favorise aussi par les raisons que j'en ai dit. Il est bien certain
que quelques efforts que puisse faire la république de Gênes, l'on
ne lui livrera jamais. Les magistrats n'oseraient l'entreprendre;
le peuple d'Amsterdam, qui veut que leur ville soit, à tout égard,
un pays de liberté, ne le souffrirait absolument pas. Il est
actuellement malade et avec une grosse fièvre qui fait craindre
pour sa vie.
Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33.
V.
DÉPÊCHE DU COMTE BORRÉ DE LA CHAVANNE AU ROI DE SARDAIGNE.
La Haye, 14 mai 1737.
........ Le baron de Neuhoff a finalement été mis en liberté, il y
a aujourd'hui huit jours, ainsi que je l'avais annoncé. Il lui a
fallu faire pour cela une cession de biens en présence des
bourgmestres et de tous ses créanciers, à qui il a authentiquement
déclaré n'en posséder aucun et d'être totalement hors d'état de les
satisfaire, s'obligeant pourtant de les payer aussitôt qu'il en
aurait les moyens. L'on a adouci, autant qu'il a été possible, la
rigueur de cet acte et de cette déclaration qu'il a faite l'épée au
côté, debout, dans une contenance décente et Mrs les bourgmestres,
par égard pour lui, ne se sont point assis contre l'usage
ordinaire. L'on lui a fait dire de sortir incessamment des États de
la république. Quelqu'un m'a cependant assuré qu'il était dans
cette ville et s'y tenait caché. Depuis qu'il a été élargi, un
nouveau créancier de Paris s'est encore présenté pour la somme de
quatre-vingt mille livres de France. Il est certain que la crainte
que l'on a eue que la république de Gênes ne le demandât, est ce
qui a le plus contribué à le tirer d'embarras.
Archives d'État de Turin: _Mazzo Olanda_. Lettere ministri. Mazzo 33.
VI.
EXTRAIT D'UNE LETTRE D'AMSTERDAM COMMUNIQUÉE PAR DE LA VILLE A AMELOT,
LE 14 MAI.
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12 mai 1737.