_A Mlle de Scudéry, en lui envoyant un anneau d'or, dans lequel
est enchassée une agate antique où le portrait d'Auguste est
gravé en relief._
L'aimable courtisan d'Auguste,
Horace, dont la lyre enchanta les humains,
Portoit au doigt ce petit buste
Du plus grand de tous les Romains.
Pour louer ce maître du monde,
Qui, l'honorant d'un si beau sort,
Lui fit sentir sa main en bienfaits si féconde,
Ce portrait l'inspiroit d'abord.
Mais, Sapho, si jadis cette puissante image
Sut l'échauffer d'un feu si charmant et si doux,
A qui convient si bien qu'à vous
Ce reste de son héritage?
Les Grâces comme à lui, sur cent sujets divers,
Vous ouvrent leur noble carrière,
Et son âme en vos mains passe encor tout entière,
Quand le nom de Louis, sur l'aile de vos vers,
Ainsi qu'en un char de lumière,
Vole aux deux bouts de l'univers.
Que dis-je! Horace même auroit manqué d'haleine,
Et n'auroit pu vous imiter,
S'il eût eu comme vous sur les bords de la Seine
Tant de miracles à chanter.
Qu'auroit-il dit de Mons, de Besançon, de Lille
Et de tant d'ennemis, avec un bras d'Achille,
Repoussés en tant de façons?
Peut-être qu'au milieu de ces riches moissons,
Sa muse impuissante et stérile,
N'auroit pu lui fournir que de trop foibles sons.
Peut-être que l'anneau qui fit couler sa veine
Parmi tant de rayons n'auroit de rien servi,
Et que son œil surpris n'eût soutenu qu'à peine
Les hauts faits qui l'auroient ravi.
Mais Louis d'un regard fait cent fois plus qu'Auguste
N'eût fait avec mille regards,
Sapho, quand votre esprit et si vif et si juste,
Sous des tas de lauriers nous peint ce nouveau Mars.
Pour moi, malgré ma longue absence,
Je crois revoir encor ce Héros de la France,
Quand mon zèle, à mes yeux, retraçant ce vainqueur,
Chaque instant offre à ma mémoire
Le portrait que toute sa gloire
A si bien gravé dans mon cœur.