MADEMOISELLE DE CHALAIS A MADEMOISELLE PAULET.

Sablé, 28 juin 1647.

Mademoiselle,

J'ai vu, par la réponse que vous a faite Mlle de Scudéry, la bonté avec

laquelle vous lui avez écrit pour moi. Cette obligation, avec tant

d'autres que je vous ai, touchent mon cœur si sensiblement que je n'ai

point de paroles pour vous le pouvoir exprimer, mais seulement pour vous

dire que je suis à vous absolument, que je vous estime et vous honore

plus que personne du monde ne sauroit faire, et qu'enfin, je m'estimerois

heureuse si je pouvois quelque jour vous témoigner, par mes très-humbles

services, le désir que j'ai de vous en rendre. En vérité, ce me seroit la

plus grande joie que je puisse recevoir. Au reste, Mademoiselle, j'écris

à Mlle de Scudéry; je vous supplie d'avoir encore la bonté de lui vouloir

confirmer tout ce que je lui dis. Je pense que vous me faites bien cette

grâce de me croire et de ne douter en aucune façon de la sincérité de mes

intentions. Je vous conjure encore de travailler et d'employer vos amis

pour le dessein que vous avez eu pour cette excellente personne, et de

croire que j'aurois une extrême joie si vous y pouviez réussir. En

vérité, je n'en aurois pas tant pour moi-même. Je lui souhaite ce

bonheur-là de toute la force de mon cœur, et je voudrois de la même

sorte que cette autre personne qui a tant de bonté pour moi[523] n'eût

jamais pensé à cela. J'y renonce très-volontiers, et je porte tous mes

désirs pour notre amie; et vous, Mademoiselle, je vous conjure encore une

fois d'y employer vos amis et vos soins. Pour moi, je suis dans une

solitude[524] où je goûte de telle sorte le repos, que si je n'avois pas

une extrême affection pour Mme la marquise de Sablé, et si je ne lui

étois pas aussi obligée que je suis, j'aurois grande peine à songer à mon

retour. Je m'y porte beaucoup mieux qu'à Paris; jugez quel charme, et

s'il y a quelque chose dans la fortune qui vaille le bien de la santé. Je

vous renvoie la lettre de Mlle de Scudéry, qui est admirable; je vous en

rends mille très-humbles grâces, et vous supplie de croire que personne

n'est avec plus de passion que moi,

Mademoiselle,

Votre très-humble et très-obéissante servante.

[523] Vraisemblablement Mme de Sablé. (V. C.)

[524] A Sablé. (V. C.)

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 181 / 411 题