Sans date.
Quand je fis de l'amour une image parfaite,
Des vulgaires amours j'espérai la défaite;
Mais malgré cet espoir nous voyons mille cœurs
Se laisser conquérir par d'indignes vainqueurs,
Qui, méprisant bientôt ce qu'ils ont pris sans gloire,
Courent incessamment de victoire en victoire,
Et se lassant enfin d'être trop tôt aimés,
Se moquent des Chloris dont ils furent charmés.
Mais puisque votre cœur, fille charmante et sage,
Est par mon assistance échappé du naufrage,
Et que des mers d'amour ne craignant plus les flots
Il est libre et jouit d'un glorieux repos,
Je ne me repens pas d'avoir fait la peinture
De cette passion et si noble et si pure,
Qui sait unir les cœurs sans blesser la raison;
Car l'amour héroïque est un contre-poison.
Si l'on devoit un prix dans la superbe Rome
A quiconque pourroit en sauver un seul homme;
Que ne devez-vous pas à cet heureux tableau
Où ma main a tracé ce qu'Amour a de beau,
Par l'opposition des amours passagères,
Des amours d'intérêt, des amours mensongères,
Des sentiments grossiers et de leurs faux appas!
Vous avez su franchir un si dangereux pas.
Je vous demande donc pour prix de mon ouvrage
Ce cœur, ce même cœur échappé du naufrage;
Ne le refusez pas à ma tendre amitié,
Qui vaut mieux que l'amour de plus de la moitié.