Sans date.
Vous l'avez bien jugé, Mademoiselle, j'étois née avec une belle
disposition à l'amour.
Mais qui pourroit aimer, s'il ne plaît au Destin?
a fort bien dit un poëte de notre pays. Il faut que je vous dise tout
mon secret; j'y suis obligée par reconnoissance, et je vous ai plus
d'obligation que vous ne pensez.
Si mon cœur et sensible et tendre
De l'amour a su se défendre,
Je vous dois ce rare bonheur,
Seule vous en avez l'honneur;
Fille du monde sans pareille,
Fille du siècle la merveille.
Les héros que vous avez faits,
Héros en amour si parfaits,
M'ont fourni du mépris pour les amours vulgaires,
Et dégoûté mon cœur des amours ordinaires.
C'est la vérité pure, vous m'avez donné une si belle idée de l'amour dans
tout ce que vous avez écrit, que je n'en ai rien voulu rabattre. J'ai cru
qu'il falloit aimer ainsi, ou n'aimer pas du tout.
Vos beaux livres m'ont fait connoître
Un amour généreux, pur et sans intérêt,
Et qui l'a vu tel qu'il doit être
Ne peut le souffrir comme il est.
Cela soit dit, Mademoiselle, à la honte de la philosophie morale, je le
sais par expérience,
D'une innocente ardeur la parfaite peinture,
Et l'exemple fameux d'une illustre aventure
Corrigent mieux les jeunes cœurs
Et les penchants de la nature,
Que la science austère et dure
Qui s'applique à régler les mœurs.
On aime tant à parler de soi-même que j'ai commencé par là, quoique je
ne dusse vous parler que de votre merveilleux madrigal, qui est un des
plus beaux que j'aie jamais vus.