Le 6 novembre 1694.
Un grand rhume causé par toutes les inclémences de l'air et accompagné du
chagrin de ne voir pas finir mon affaire du Trésor royal, dont on parlera
encore demain au ministre, m'ont empêchée de vous écrire plus tôt. Mes
amis n'ont pas encore trouvé cet Eusèbe que vous cherchez. Nous verrons
si le public le trouvera, car M. Bosquillon et moi nous avons fait mettre
la question dans le _Journal_ _des Savants_[484]. Nous verrons si
quelqu'un sera plus heureux. Il y a très-peu de nouvelles: on parle
toujours de la paix avec espérance. Les galères hiverneront à Saint-Malo
et à Bordeaux, dont les officiers sont bien fâchés; ils seroient plus
agréablement à Marseille. M. l'évêque d'Agen, autrefois le père Mascaron,
qui est de mes amis depuis plus de quarante ans, prêcha le jour de la
Toussaint à Versailles et charma le Roi et même les courtisans. Je m'y
étois attendue, car c'est le plus éloquent homme du royaume et qui prêche
le plus solidement. Je vous envoie un madrigal que M. Bosquillon a fait
sur ce sermon-là. J'ai fait aussi un impromptu[485], mais on n'y entend
rien si on n'a vu une grande Épître que M. de Bétoulaud a faite à la
louange de cet excellent prélat qui, dans la disette, nourrissoit les
pauvres jusqu'à s'incommoder. Je voudrois bien, Monsieur, vous demander
si vous n'approuviez pas mieux que je fisse des mémoires pour la vie de
l'illustre mort qu'une vie dans les formes. Car les Mémoires permettent
un plus grand détail, et c'est cela qui est très-beau en la vie de M. de
Pellisson. Dites-moi votre avis et me croyez, Monsieur, très-sincèrement,
votre, etc., etc.
[484] Nous n'avons pas trouvé trace de cette question dans le
_Journal des Savants_ de 1694 et de l'année précédente.
[485] Disons ici, une fois pour toutes, que parmi les nombreuses
pièces de circonstance de Mlle de Scudéry ou de ses amis, citées
dans sa Correspondance et que nous avons pu retrouver, celles qui
présentent quelque intérêt ont été reproduites ou indiquées dans
les Poésies.