A M. L'ABBÉ BOISOT.

Le 23 mars 1691.

Je vous envoie ma réponse à votre aimable amie, Monsieur, et je vous prie

de lui rendre témoignage que j'ai reçu sa lettre fort tard, afin qu'elle

ne m'accuse pas d'un défaut que je n'ai point; car je suis fort exacte à

répondre aux personnes que j'estime. Je vous envoie ma lettre ouverte,

afin que vous voyiez qu'elle avoit tort de me craindre et que vous lui

persuadiez qu'on peut m'aimer sans injustice. M. de Bonnecorse aura été

fâché de ne vous trouver pas; car je sais par M. son père qu'il a

beaucoup de reconnoissance des obligations qu'il vous a. Je crois qu'il

aura reçu une lettre de recommandation de M. le comte Devaux pour son

colonel, qui ne lui sera pas inutile, car il est son parent et son ami.

La plupart de nos jeunes princes partirent avant-hier. M. le duc de

Chartres partira cette semaine, mais il ne paroît pas que M. le Dauphin

doive aller. Le secours pour l'Irlande est parti de Brest. Il n'y avoit

encore à Rome nulle apparence de Pape le 24 du passé, et l'on croit que

le conclave traînera. Le duc de Savoie est en un état déplorable; mais

son imprudence le rend indigne de compassion. Sa femme et sa maîtresse

sont françoises et il passe pour constant que la dernière l'a engagé avec

le prince d'Orange, dont on ne sait nulles nouvelles...... M. de

Pellisson est à Versailles, à peu près comme à l'ordinaire pour sa santé,

et je suis toujours également, Monsieur, votre, etc., etc.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 90 / 411 题