[416] Copie de Léchaudé d'Anisy.
[1689.]
Je suis fort aise, Monseigneur, que vous m'ayez fait l'honneur de vous
souvenir de moi, sans vous souvenir de mon ignorance; car peut-être, si
vous vous en étiez souvenu, ne m'eussiez-vous pas donné votre excellent
ouvrage[417]. Je voudrois bien cependant que vous m'eussiez aussi envoyé
quelque habile traducteur, afin de ne perdre rien d'un livre qui n'est
pas favorable à certaines machines cartésiennes, contre lesquelles je me
suis déclarée hautement il y a longtemps, sans employer pourtant contre
le philosophe, que mon chien, ma guenon et mon perroquet. Mais comme il y
a certaines choses qu'on entend plus facilement que les autres, j'ai fort
bien entendu les louanges que vous donnez à M. de Montausier dans votre
préface, et quelques autres petits endroits dont je n'oserois parler en
détail de peur de m'égarer. Le philosophe que vous attaquez si vivement a
une nièce[418] que j'aime beaucoup et qui a infiniment de mérite; mais
elle entend raillerie sur la philosophie de son oncle, comme vous le
verrez par un madrigal qu'elle m'envoya au commencement d'avril,
lorsqu'elle sut que la pauvre fauvette étoit revenue dans mon petit bois,
suivant sa coutume.
Quand la plus belle des fauvettes
Je vis revenir où vous êtes,
Ah! m'écriai-je alors avec étonnement,
N'en déplaise à mon oncle, elle a du jugement.
[417] C'est le livre que Huet publia en latin contre la
philosophie de Descartes, et qui fut imprimé pour la première
fois en 1689.
[418] Catherine Descartes, nièce du célèbre philosophe, est morte
à Rennes vers 1706. Elle avait beaucoup d'esprit et de savoir, et
écrivait facilement en vers et en prose. Mlle de Scudéry
l'appelait _Cartésie_ et l'aimait beaucoup, comme le témoignent
les lettres qu'elle lui adressait et auxquelles celle-ci
répondit. Voyez-les ci-après.
Après cela j'ose vous supplier de recevoir un petit madrigal[419] .... et
que vous me croyiez toujours votre, etc., etc.
[419] Ce madrigal est celui qu'elle fit pour le duc de Bourgogne
faisant l'exercice avec les mousquetaires devant le Roi. Voy. aux
Poésies.