Le 7 de septembre 1689.
Je réponds un peu tard, Monsieur, à votre lettre du 28, parce que je
voulois la montrer à M. de Pellisson, afin qu'il m'aide à reconnoître la
manière obligeante dont vous agissez pour M. de Bonnecorse. Mais vous
pouvez assurer M. de Moncault[415] et vous assurer vous-même qu'il
sentira vivement tout ce que vous faites l'un et l'autre pour ce
gentilhomme dont le père est son ami et le mien, et que vous trouveriez
très-digne d'être le vôtre si vous le connoissiez. Il a de l'esprit, du
savoir et beaucoup de vertu. Je lui avois écrit afin qu'il rendît office
à l'ambassadeur de Constantinople qui devoit passer à Marseille. Il a
fait cela de si bonne grâce que ce m'est un nouvel engagement de le
protéger en la personne de son fils. Continuez donc, Monsieur, de le
servir auprès de M. de Moncault. Mais comme ce garçon-là n'est pas l'aîné
de la famille, il vaut mieux lui faire donner une lieutenance dans un bon
corps d'infanterie que de le mettre dans la cavalerie où il y a plus de
dépenses à faire.
[415] L'officier sous lequel le fils de Bonnecorse devait servir.
Après cela, je laisse le reste à faire à votre générosité et à celle de
M. de Moncault, dont M. de Pellisson me dit avant-hier encore beaucoup de
bien. J'écris aujourd'hui au cadet de Besançon, ne voulant pas toujours
abuser de votre honnêteté, et j'écris aussi à son père pour lui apprendre
la continuation de vos bontés pour son fils. Je vous assure que ce
garçon-là n'en est pas ingrat, car il m'en écrit comme en ayant le cœur
pénétré. Mayence fait toujours des merveilles, et Brégy ne se dément pas.
Mais les nouvelles d'Irlande ne sont pas bonnes, et l'on ne doute pas que
Londonderry n'ait été secouru. Les cardinaux françois vont en diligence à
Rome pour empêcher, s'ils peuvent, que le conclave ne nous donne un pape
aussi ennemi de la France que le dernier; mais la maison d'Autriche fait
une grande ligue. La flotte angloise n'a pas voulu attendre la nôtre. Il
y a une épitaphe du Pape qui ne le flatte pas, mais vous l'aurez
peut-être reçue. Je suis, Monsieur, avec autant d'estime que de
reconnoissance, votre très-humble et très-obéissante servante.