[396] Copie Léchaudé d'Anisy.
Le 7 juillet [1684].
Votre lettre m'a surprise fort agréablement, Monsieur, car depuis
longtems l'exactitude des petits soins n'a plus été nécessaire à vous
conserver dans mon cœur la place que votre mérite vous y a acquise. J'ai
donc reçu le témoignage de votre souvenir avec joie, et la plainte que
vous faites au sujet du madrigal, est trop obligeante pour ne satisfaire
pas la curiosité que vous avez de le voir. Je l'envoyai au-devant du roi
qui le reçut des mains de Mme de Maintenon à Roye, deux heures après
avoir reçu la capitulation de Luxembourg[397]; car je l'avois fait dès le
premier bruit qui avoit couru que cette place avoit capitulé; ce qui ne
s'étoit pas trouvé véritable. Je serois bien aise qu'il ne vous déplaise
pas, et qu'il ait l'honneur de plaire à M. de Morangis, que j'honore
toujours beaucoup. Je fis encore une petite bagatelle quand le roi
partit, qui n'a pas déplu au monde; mais cela est trop bagatelle pour
vous l'envoyer. J'aurai dans douze ou quinze jours deux petits volumes à
vous donner. Apprenez-moi ce que j'en dois faire pour les faire parvenir
entre vos mains. Notre cher M. Ménage est toujours très-incommodé; il ne
peut passer de sa chambre dans son cabinet qu'avec des potences. Il
supporte cela avec beaucoup de patience, et se rend encore plus digne de
la compassion de ses amis. Je lui ai envoyé demander votre adresse; je
m'en sers donc, Monsieur, pour vous assurer que sans que vous en preniez
nul soin vous me trouverez toujours la même. La mémoire de notre chère
Mme de Malnoue[398] sert encore à conserver l'amitié que j'ai pour vous,
et il me semble que c'est l'aimer encore que d'aimer ce qu'elle aimoit.
Voilà, Monsieur, les sentiments très-purs de votre très-humble et
très-obéissante servante.
[397] La ville de Luxembourg se rendit au maréchal de Créqui le 4
juin, après 24 jours de tranchée ouverte.
[398] Marie-Éléonore de Rohan, morte le 8 avril 1682.