SAPHO AU MAGE DE SIDON.

De Paris, le 21 octobre 1658[355].

[355] Mss Conrart, in-fo, t. IX, p. 863.

Votre cœur n'a point de tendresse,

Si vous étiez jaloux vous seriez envieux;

Quand on aime bien sa maîtresse,

On ne veut point qu'on lui parle des yeux.

Il vous est aisé de juger, Monsieur le Mage, que Mlle Sapho a vu votre

apostille en vers, dans une de vos lettres à Théodamas, et qu'elle a fort

bien connu que votre jalousie n'est qu'un jeu de votre esprit; car si

elle étoit effective, vous n'eussiez pas parlé comme cela. Allez, allez,

vendez vos coquilles à d'autres qu'à ceux qui viennent du

Mont-Saint-Michel. On se connoît ici aussi bien en jalousie qu'en lieu du

monde, et l'on n'en prendra jamais de fausse pour de véritable. Parlez

donc mieux une autre fois, si vous voulez être cru. Et pour vous

apprendre à parler comme il faut pour persuader ceux à qui l'on parle, je

vous assure, Monsieur, qu'il m'ennuie fort d'être si longtemps sans avoir

de vos nouvelles; que nous avons parlé très-souvent de vous, Théodamas et

moi; que nous vous avons souhaité cent fois dans l'allée des Soupirs, et

que si vous ne m'aimez pas toujours ardemment, vous êtes plus coupable

que vous ne pouvez vous l'imaginer. Au reste, j'ai prié M. Conrart de

faire dire à M. Cavalier que j'ai la 4e partie de _Clélie_ à vous

envoyer, et je vous dis à vous-même que je suis au désespoir de n'être

point votre sœur, pour aller du moins passer tous les hivers avec vous,

non pas pour m'aller chauffer à vos tisons, mais à votre soleil.

Cependant, comme il n'y a pas apparence que cela puisse être, il se faut

contenter de vous dire de loin que je suis absolument à vous.

Mademoiselle de Scudéry, sa vie et sa correspondance, avec un choix de ses poésies · 第 57 / 411 题