[340] Mss Conrart, in-fo, t. V, p. 905.
La comtesse de Maure avait écrit à Mme de Longueville deux lettres
du 9 juin et du.... septembre 1655, où elle se moquait des
prétentions de Mesdames de Bouillon, à propos d'une aventure dans
laquelle figuraient les comtesses de Maure et de Saint-Géran, le
père gardien d'un couvent de Bourbon, etc. (Voy. sur toute cette
histoire, Cousin, _Madame de Sablé_, 1869, p. 299 et suiv.)
Octobre 1655.
Foi de demoiselle, votre lettre est une des plus agréables lettres du
monde. Mais, Madame, n'admirez-vous point qu'à l'exemple de M. de
Bouillon qui disoit: Foi de prince, je n'ai pu m'empêcher de jurer, pour
me donner un titre de noblesse, comme il le faisoit pour s'en donner un
de principauté? Je sens même que j'ai quelque envie de dire que mon
serment est peut-être mieux fondé que le sien. Mais, quoiqu'il en soit,
l'histoire de votre lettre est une plaisante histoire, et la manière dont
vous l'avez écrite est si ingénieuse, et fait si bien voir tous les
personnages de cette aventure, que qui verroit un Tableau du Monde, de
votre main, verroit une chose merveilleuse. Au reste, Madame, ceux qui
s'imaginent qu'il faut du marbre et du jaspe pour faire un très-beau
palais, n'y entendent rien. Du moins, êtes-vous bien plus adroite qu'eux,
puisqu'avec un enchaînement de toutes les folies que la vanité peut faire
dire et penser, vous faites une des plus belles lettres que je vis
jamais. Sincèrement, Madame, je crois la chose comme je la dis, et la
flatterie n'y ajoute rien. Je vous en dirois davantage; mais j'ai
l'imagination si remplie de cette princesse qui se baigne, de celle qui
se couche, de cette dame qui s'assied et se relève, et de ce capucin qui
se fourre là, comme diable à miracle, que je ne puis même penser
sérieusement à ce que je vous écris. Il paroît bien, Madame, que cela est
ainsi, car je vous écris les plus terribles mots du monde; et quand
j'aurois été à la cour de la reine de Suède, je ne dirois guère pis.
Mais, pour finir plus sagement, je vous en demande pardon, et je vous
proteste avec vérité que je suis absolument à vous.