[335] Bibliothèque de l'Arsenal. Mss.-B. L. françaises, t. I, p.
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Chapelain avait remercié Mlle Robineau d'oiseaux de Paradis que
lui avait envoyés Mme Aragonnais. Nous avons déjà vu par la lettre
de Mlle de Scudéry au même, du 31 janvier 1645, qu'elle l'accusait
d'une grande partialité pour Mlle Robineau.
Du 25 avril 1653.
Si je pouvois parler en raillant d'une chose aussi sérieuse que celle que
j'ai à démêler avec vous touchant vos oiseaux, je pense que je vous
dirois, que, tout éloquent que vous êtes, vous auriez besoin que l'on
vous mît en cage pour vous apprendre à parler. Mais comme je prends
beaucoup de part au ressentiment de Mme Aragonnais, et que je suis même
indirectement intéressée en l'injustice que vous lui faites, il faut que
je vous dise plus sérieusement et plus véritablement, que si vous étiez
aussi injuste en la distribution de vos louanges, que vous l'avez été
depuis deux jours en celle de vos remercîmens, vous blâmeriez sans doute
tout ce qui mérite d'être loué, et vous loueriez tout ce qui mérite
d'être blâmé. En effet, Monsieur, vous remerciez Mlle Robineau comme si
elle vous avoit envoyé des oiseaux de Paradis; il n'y a pas un mot dans
la lettre que vous lui avez écrite qui n'ait un sens galant et passionné;
il n'y a pas une syllabe pour Mme Aragonnais. Cependant, c'est elle que
vous avez priée de vous faire avoir des oiseaux; c'est elle qui a obligé
M. de Grandmare de prendre la peine de vous en chercher; c'est elle qui
en a pris tous les soins; c'est elle qui vous les a envoyés par un
laquais qu'il y a très-longtemps qui la sert, qui a été cent fois chez
vous de sa part, dont vous savez même le nom, et qui n'avoit pas changé
de livrée le jour qu'il vous porta vos oiseaux.
Au reste, si le nom des deux personnes dont il s'agit se ressembloit
seulement autant que celui de Mme de Chauvry et de Mme de Givry, on
pourroit dire que vous vous seriez trompé au nom de la personne qui vous
envoyoit les oiseaux, soit en l'entendant de la bouche du laquais, soit
en l'écrivant sur la lettre. Mais Aragonnais et Robineau ne rimeront
jamais ensemble, et toutefois, sans qu'on en puisse presque dire la
raison, vous confondez les deux personnes qui portent ces noms, fort
injustement, en donnant tout à l'une, et rien à l'autre, en une occasion
où Mme Aragonnais toute seule devoit avoir reçu tous vos remercîments,
puisqu'il est vrai que Mlle Robineau n'a autre part en cette affaire,
sinon qu'elle a douté si vous voudriez une cage dorée; de sorte que si
vous n'aviez pas été étrangement préoccupé, au lieu de la remercier comme
vous avez fait, vous vous seriez plaint de ce qu'elle ne vous croyoit pas
assez magnifique, et vous auriez rendu à Mme Aragonnais mille marques de
reconnoissance de l'obligeant empressement qu'elle a eu pour vous faire
avoir ce que vous avez souhaité. Mais, à dire les choses comme elles
sont, votre cœur n'étant pas plus en liberté que vos oiseaux, il ne faut
pas trouver si étrange tout ce que vous faites à l'avantage de Mlle
Robineau, quelque injuste qu'il soit. Je ne laisse pourtant pas de me
plaindre, comme vous me le reprochez malicieusement, de ce que vous avez
fait en cette rencontre, parce que je comprends bien que, puisque vous
faites cette injustice à Mme Aragonnais, vous m'en pourrez bien faire
d'autres. Cependant, si vous voulez réparer cette faute, il faut que vous
juriez solennellement, en présence de M. Conrart, que, tant que le
printemps durera, vous vous souviendrez tous les matins de Mme
Aragonnais, dès que vos oiseaux commenceront à chanter, et que vous ne
vous souviendrez point alors de Mlle Robineau, quelque charmante qu'elle
soit, et quelque plaisir que vous ayez de vous en souvenir; car, si vous
ne le faites, Mme Aragonnais se souviendra toute sa vie de votre
injustice, et je m'en souviendrai aussi toujours, pour en craindre encore
une plus grande de vous pour ce qui me regarde, que pour ce qui la
touche. Pensez-y donc très-sérieusement. Et pour finir cette lettre par
un proverbe de mon pays, croyez bien fortement que tout ce que je vous
dis «ne sont pas des moineaux.»