XCVI

Paris, le 17 novembre 1765.

Je n'entends rien à vos reproches; je vous proteste, mon amie, que,

malgré l'agréable mais énorme besogne que je m'étais engagé à finir

en quinze jours, je ne me suis jamais refusé le plaisir de vous

écrire un petit mot aux jours accoutumés. Comptez mes feuilletons, et

vous en trouverez quatre; et puis une longue et volumineuse lettre à

l'ordinaire, toute pleine de mes radoteries et de celles de mes amis.

Après mon examen de conscience fait, et m'être bien dit à moi-même que

vous m'êtes aussi chère que le premier jour, je vais continuer.

Je vous ai raconté, je crois, comme quoi M. Le Gendre et M. Gaschon

s'étaient trouvés chez moi dans la même matinée. M. Gaschon ne s'assit

point; le froid de mon âtre le fit sauver. M. Le Gendre ayant beaucoup

d'affaires, et peu de temps à rester à Paris, nous sortîmes ensemble;

il me conduisit à la porte des Tuileries; chemin faisant, il me dit

qu'il était très-occupé à chercher un reste de bail. Le lendemain

il m'apprit, par un petit billet, qu'il en avait trouvé un sur le

Palais-Royal, où il comptait vous rassembler toutes, en attendant que

la rue Sainte-Arme devînt habitable. Il ajoutait que M. Duval avait sa

procuration à cet effet. Avec tout cela, je gagerais presque que cet

arrangement n'aura pas lieu, soit par des difficultés imprévues qui

surviendront, soit par une bonne et ferme résolution de madame

votre mère à ne pas faire trois déménagements. Son projet était de me

mener dîner chez M. Duval, mais c'était jour de synagogue; Grimm était

venu de la Briche pour conférer avec moi sur la manière dont il userait

de mes papiers; d'ailleurs il n'était guère possible de faire durer

plus longtemps une éclipse qu'on ne cessait de lui reprocher. Ce fut

ce jour-là que nous allâmes en corps entendre le Pantalone[172]. La

Baronne nous prit, Grimm, M. de Sevelinges et moi, dans son carrosse;

les autres suivirent en fiacre. Grimm lui fit quelques compliments sur

la conquête de l'abbé Coyer. Il est vrai qu'elle avait été exposée

pendant toute la soirée à sa galanterie, qu'elle appelait du miel de

Narbonne gâté.

Dussé-je causer à Mlle Mélanie les regrets les plus offensants pour

vous toutes, je ne puis m'empêcher de vous dire que je ne crois pas

que la musique m'ait jamais procuré une pareille ivresse. Imaginez un

instrument immense pour la variété des tons, qui a toutes sortes de

caractères, des petits sons faibles et fugitifs comme le luth lorsqu'il

est pincé avec la dernière délicatesse; des basses les plus fortes

et les plus harmonieuses, et une tête de musicien meublée de chants

propres à toutes sortes d'affections d'âme, tantôt grands, nobles et

majestueux, un moment après doux, pathétiques et tendres, faisant

succéder avec un art incompréhensible la délicatesse à la force, la

gaieté à la mélancolie, le sauvage, l'extraordinaire à la simplicité,

à la finesse, à la grâce, à tous les caractères rendus aussi piquants

qu'ils peuvent l'être par leur contraste subit. Je ne sais comment

cet homme réussissait à lier tant d'idées disparates; mais il est

certain qu'elles étaient liées, et que vingt fois, en l'écoutant, cette

histoire ou ce conte du musicien de l'antiquité qui faisait passer à

discrétion ses auditeurs de la fureur à la joie, et de la joie à la

fureur, me revint à l'esprit et me parut croyable. Je vous jure, mon

amie, que je n'exagère point quand je vous dis que je me suis senti

frémir et changer de visage; que j'ai vu les visages des autres changer

comme le mien, et que je n'aurais pas douté qu'ils n'eussent éprouvé

le même frémissement quand ils ne l'auraient pas avoué. Ajoutez à cela

la main la plus légère, l'exécution la plus brillante et la plus

précieuse, l'harmonie la plus pure et la plus sévère, et de la part de

cet Osbruck une âme douce et sensible, une tête chaude, enthousiaste,

qui s'allume, qui se perd, qui s'oublie si parfaitement qu'à la fin

d'un morceau il a l'air effaré d'un homme qui revient d'un rêve. Si

cet homme n'était pas né robuste, son instrument et son talent le

tueraient. Oh! pour le coup je suis sûr qu'avec des cordes de boyau et

de soie, des sons, et deux petits bâtons, on peut faire de nous tout ce

qu'on veut.

À notre retour nous trouvâmes Suard tout seul devant le feu, enfoncé

dans la plus profonde mélancolie. Il était resté, et vous en devinez

la raison de reste. Vingt fois le petit salon où nous étions retentit

d'exclamations; nous n'avions pas la force de causer en revenant;

seulement de temps en temps, nous nous écriions encore: «Ma foi,

cela était beau! Quel instrument! quelle musique! quel homme!» comme

au retour d'une tragédie où l'âme violemment agitée conserve encore

l'impression qu'elle a reçue; revenus chez le Baron, nous restâmes

tous assis sans mot dire; nos âmes n'étaient pas remises des secousses

qu'elles avaient éprouvées, et nous ne pouvions ni penser ni parler.

Voilà l'effet, selon Grimm, que les arts doivent produire, ou ne pas

s'en mêler.

Je crains bien que le goût que j'ai pris pour la solitude ne soit plus

durable que je ne croyais. J'ai passé le vendredi, le samedi les deux

fêtes et le mardi sans sortir de la robe de chambre. J'ai lu, j'ai

rêvé, j'ai écrit, j'ai nigaudé en famille; c'est un plaisir que j'ai

trouvé fort doux. Aujourd'hui mercredi je suis sorti pour aller chez M.

Dumont chercher l'ouvrage dont il s'était chargé pour moi. J'en suis

satisfait. Au sortir de là, ne sachant que devenir, je me suis fait

conduire chez un galant homme que je ne vous nommerai pas, parce que je

vais vous conter son histoire. Belle matière à causerie pour les vordes.

Une femme de votre connaissance, jeune tout à fait, mais tout à fait

douce, honnête, aimable, c'est du moins ainsi que vous m'en avez parlé

toutes, car pour moi je ne la connais presque point, est exposée par

son état à se trouver sans cesse à côté d'un homme à peu près de son

âge, froid de caractère, mais rempli de qualités très-estimables; de la

sagesse, du jugement, de l'esprit, des connaissances, de l'équité, de

la sensibilité même; c'était son ami, son confident, son conseil

et son consolateur; car cette femme avait des peines domestiques. Il

est arrivé à cet homme ce qui arrivera infailliblement à tout homme

qui se chargera du soin indiscret et périlleux d'écouter la peine

d'une femme jeune, aimable, et d'essuyer ses larmes; il en versera

d'abord de commisération; puis il en versera d'autres qu'on laissera

couler sans les essuyer, et qu'on essuiera. On essuya les siennes.

Cette passion a duré pendant deux ans. Après ce court intervalle,

sans infidélité, sans mécontentement, sans aucune de ces raisons qui

amènent communément la tiédeur et le dégoût, le sentiment tendre et

passionné a dégénéré, de la part de l'homme seulement, en une amitié

très-vraie et un attachement solide dont on a reçu et dont on reçoit

en toutes circonstances les témoignages les moins équivoques. Mais il

n'y a plus, plus d'amour. On se voit toujours, mais c'est comme un

frère qui vient voir une sœur qui lui est chère. La femme n'a pas vu

ce changement sans en éprouver la douleur la plus profonde. L'ami, le

confident, le conseil, le consolateur qui lui restait, la soulageait

de la perte de l'amour. Elle en était là lorsqu'un autre homme,

qui était à mille lieues de soupçonner qu'elle eût jamais eu aucun

engagement, simplement attiré par la jeunesse, l'esprit, la douceur,

les charmes, les talents de la personne, et peut-être un peu encouragé

par son indifférence pour son époux, qui certainement ne mérite pas

mieux, s'est mis sur les rangs; c'est l'homme avec lequel j'ai dîné

aujourd'hui. Il a de l'esprit, des connaissances, de la jeunesse, de

la figure; c'est, sans aucune exception, l'enfant le plus sage que

je connaisse. Il a trente ans; il n'a point encore eu de passion,

et je ne crois pas qu'il ait connu de femmes, quoiqu'il ait le cœur

très-sensible et la tête très-chaude. C'est une affaire de timidité,

d'éducation et de circonstances. Il rend des assiduités; il fait tout

ce qu'un honnête homme peut se permettre pour plaire; il se tait, mais

toute sa personne et toute sa conduite parlaient si clairement que

deux personnes l'entendirent à la fois; et voici ce qui lui arrive

dans un même jour. Il va le matin faire sa cour à celle qu'il aime.

D'abord la conversation est vague; puis elle l'est moins, puis elle

devient plus intéressante; et l'intérêt allant toujours croissant il

vint un moment où, sans être ni fou, ni un étourdi, ni un impertinent,

mon jeune homme se crut autorisé à se jeter à genoux, à prendre

une main, à la baiser, à avouer qu'il ressentait la première passion

qu'il eût ressentie de sa vie, et la plus violente qu'aucun homme eût

peut-être connue. Cette femme, loin de retirer sa main, que mon jeune

homme dévorait, le relève doucement, le fait asseoir devant elle, et

lui montre un visage tout baigné de pleurs. Jugez quelle impression

fit ce visage, où l'on voyait la douleur dans toute sa violence, sans

le moindre vestige ni de colère, ni de surprise, ni de mépris, ni

d'indifférence!

«Madame, lui dit mon jeune homme, vous pleurez?--Oui, je

pleure.--Qu'avez-vous? Aurais-je eu le malheur de vous déplaire, de

vous affliger?--De me déplaire! non; de m'affliger! oui. J'ai fait tout

ce que j'ai pu pour éloigner ce moment; croyez qu'il y a longtemps

que je vois que vous m'aimez, et que je vois arriver votre peine à la

mienne. Vous m'aimez?--Si je vous aime!--Eh bien! je crois que je vous

aime aussi: mais de quoi peut vous servir cet aveu, après celui qui me

reste à vous faire! Vous allez connaître du moins jusqu'à quel point

je vous estime; une femme fait rarement une confidence telle que celle

que je vais vous faire; il est plus rare encore que ce soit à un homme

de votre âge. Mais je vous connais, et je vous connais bien.» Ensuite

elle lui raconte toute son histoire; et tandis que mon jeune homme,

plus surpris, plus affligé que je ne saurais vous dire, cherchait ce

qu'il avait à lui répondre, elle ajouta: «Ce qui me désespère, c'est

l'incertitude de ce cœur; vous y êtes, j'en suis sûre; mais je ne suis

pas sûre que l'autre en soit exclu. C'est un embarras; une obscurité,

une nuit, un labyrinthe où je me perds. Ce cœur est depuis un temps

une énigme que je ne saurais expliquer. Il y a des moments où je

voudrais être morte.» Et puis voilà des larmes qui se mettent à couler

en abondance, une femme que ses sanglots étouffent et qui dit: «Que

deviendrais-je, que deviendriez-vous, si je vous écoutais, et qu'après

vous avoir écouté, cet homme allât reprendre ses premiers sentiments

et les faire renaître en moi? Je suis enchantée de vous connaître; je

voudrais ne vous avoir jamais connu; vous ne pouvez ni vous approcher

d'une autre, ni vous approcher de moi, sans me causer une peine

mortelle. J'ai souhaité cent fois que vous vous attachiez ailleurs;

mais c'était le souhait de ma raison, et le serrement subit de mon

cœur ne m'apprenait que trop qu'il désavouait ce souhait. Je suis

folle; je ne me conçois pas; ce que je sais, c'est que je mourrais

plutôt mille fois que de rien faire, tant que ce cruel état durera,

qui puisse compromettre le bonheur d'un homme.» Je suivrai cette

conversation beaucoup plus foin si je voulais, mais vous y suppléerez

dans les vordes. Nos deux amants se séparèrent. Vous remarquerez que la

femme n'avait point nommé l'objet de sa première passion, et que mon

jeune homme aurait été indiscret à le demander.

Il s'en va, se trouvant très à plaindre, mais trouvant celle qu'il

laissait peut-être plus à plaindre que lui; abîmé dans ses pensées,

ne sachant où porter ses pas. Il était à peu près l'heure du dîner;

il entre chez un ami; cet ami l'embrasse, l'accueille et lui dit:

«Vous arrivez on ne saurait plus à propos. Tenez, voilà le billet

que je vous écrivais, pour que vous vinssiez passer le reste de la

journée avec moi. J'ai l'âme pleine d'un souci qui me tourmente depuis

longtemps, et que je me reproche de vous avoir celé. Dînons d'abord.

J'ai fait fermer ma porte; après dîner, nous causerons tout à notre

aise.» En dînant, l'ami s'aperçoit du trouble, de la tristesse, de la

profonde mélancolie de mon jeune homme, son ami. Il lui en fait des

plaisanteries, «Si je ne connaissais, lui dit-il, votre éloignement

pour les femmes, je croirais que vous êtes amant et amant malheureux.»

Le jeune homme lui répond: «Laissons là ma peine; ce n'est rien; cela

se passera peut-être. Sachons votre souci--Mon souci? en deux mots:

je crois m'être aperçu que vous rendiez des assiduités à madame une

telle. Eh bien! mon ami, c'est une femme que j'ai aimée de la passion

la plus forte et la plus tendre, et pour laquelle je conserve et je

conserverai jusqu'au tombeau l'amitié la plus sincère, l'estime, la

vénération, le dévouement le plus complet. Je n'ai plus d'amour, elle

ne l'ignore pas; malgré cela je suis resté libre: je n'ai point pris

de nouvel engagement. C'est la seule femme que je voie, et les soins

que vous lui avez rendus, la manière dont elle les a reçus, m'ont causé

du chagrin. Je me suis demandé cent fois la raison de ce chagrin sans

pouvoir me répondre. Cela n'a pas le sens commun; je me le dis, et tout

en me le disant je sens que mon cœur souffre. Ce n'est pas tout: en

souffrant, j'ai continué de vivre avec elle sur le ton de l'amitié la

plus pure. Je l'ai vue cent fois sans être tenté une seule de la

remettre sur la voie de notre première liaison, quoique je ne visse en

elle aucune répugnance à m'écouter. Si je l'aimais encore d'amour, je

vous dirais: Mon ami, j'aime d'amour madame une telle, et j'espérerais

de votre amitié une conduite conforme à ma tranquillité: mais je ne

saurais vous parler ainsi; car je vous avouerais un sentiment que je ne

sens ni près ni foin d'elle. Si j'étais sûr de ne jamais reprendre de

passion, je me tairais, et, loin de souffrir de la cour que vous lui

faites, je vous féliciterais de votre choix, car il est sûr qu'il ne

serait pas possible d'en faire un meilleur; je me ferais même un devoir

de seconder vos vues. Mais mon âme est une âme à laquelle je n'entends

rien. Lorsque je vous sais avec elle, je ne vais jamais rompre vos

tête-à-tête; mais j'en suis tenté. Lorsque nous mangeons ensemble chez

nos amis, et qu'on vous place à côté d'elle, je suis troublé, et il

faut que dans les premiers moments je me fasse violence pour paraître

gai. Ce n'est pas que je voulusse être à votre place; quand vous n'y

êtes pas, je ne m'y mets point, et je ne me soucie ni d'y être ni qu'un

autre y soit. Vous avez des rivaux, même dangereux; je n'ai jamais fait

la moindre attention ni à ce qu'ils lui disaient, ni à ce qu'elle leur

répondait. Il y a quelque temps, je ne sais ce qu'elle avait à vous

lire, vous me demandâtes la clef de mon cabinet, je vous la donnai;

mais je trouvai que vous étiez longtemps ensemble: avec cela j'ai été

huit jours sans la voir, et n'ai pas même songé à m'informer de ce dont

il s'agissait entre vous. Le soir, lorsque vous la reconduisiez chez

elle, je n'ai jamais fait la moindre démarche pour savoir si vous y

montiez; cependant j'en ai eu quelque curiosité. Vous ne m'inquiétez

vraiment que quand je vous vois ou vous soupçonne ensemble: en tout

autre moment je n'y pense pas. J'ai passé tout le mois à la campagne.

J'y ai été content, gai, satisfait, et la pensée que peut-être vous

employiez vos journées à lui dire que vous l'aimez, et elle à vous

écouter, ou ne m'est pas venue, ou elle a passé si légèrement que je ne

m'en souviens pas. Si quelqu'un, à mon retour de la campagne, m'avait

rendu de vos moments un compte qui m'eût rassuré sur votre commerce,

il me semble qu'il ne m'aurait pas déplu. Je ne sais ni ce que je

veux, ni ce que je voudrais. Je ne sais ni ce que je suis ni ce que je

serai. Je n'exige rien de vous. Je ne vous fais aucune question;

c'est peut-être que je crains votre sincérité, sans m'en aperçoir.

Je vous explique seulement la situation de mon âme, afin que vous en

usiez, après cela, tout comme il vous plaira. Quoi que vous fassiez,

je n'aurai point à me plaindre de vous, de même que j'espère que, quoi

qu'il m'arrive dans la suite, vous n'aurez point à vous plaindre de

moi; et cependant il pourra très-bien se faire que vous fassiez ma

désolation et que je fesse la vôtre. Je vous demande pour toute chose,

mon ami, d'y regarder, et d'y regarder de près. Vous êtes jeune, mais

vous êtes plus sage qu'on ne l'est communément avec le double de votre

âge et de votre expérience. Vous avez ignoré que j'eusse jamais eu du

goût pour madame une telle; vous ne savez pas même à présent si j'en

ai: et comment le sauriez-vous, puisque je l'ignore moi-même? Ainsi je

n'ai point de reproche à vous faire sur le passé ni sur le présent; et

je déclare que je n'en puis avoir à vous faire sur l'avenir. Mais comme

nous sommes tous deux mauvais juges dans cette affaire, je consens que

vous exposiez votre situation et la mienne à quelque homme de sens qui

peut-être y verra plus clair que nous, et à qui nous pourrons avoir,

elle, vous et moi, l'obligation de notre bonheur.»

Eh bien! chère et tendre amie, que diable voulez-vous que l'on

conseille à des gens dans une aussi étrange position? Au demeurant, je

vous prie de croire qu'il n'y a pas un mot ni à ajouter ni à retrancher

à tout cela: c'est la vérité pure, à l'exception de quelques discours

que j'ai peut-être faits mieux ou moins bien qu'ils n'ont été tenus.

Là-dessus mettez toutes vos têtes en un bonnet, et tâchez de me trouver

un conseil sans inconvénient. Ce qui m'en plaît, c'est que voilà

certainement trois honnêtes créatures, et bien raisonnables. Je ferais

tout aussi bien de continuer à vous écrire; car il est deux heures du

matin, et cette singulière aventure ne me laissera pas dormir.

Vous dormez, vous! Vous ne pensez pas qu'il y a à soixante lieues de

vous un homme qui vous aime, et qui s'entretient avec vous tandis que

tout dort autour de lui. Demain je serai une de vos premières pensées.

Adieu, mon amie; je vous aime comme vous voulez, comme vous méritez

d'être aimée, et c'est pour toujours. Mon respect à toutes vos dames;

un petit mot bien doux, bien doux à notre bien-aimée. Comme tout

cela va vous faire causer! Je voudrais bien être là, seulement pour

vous entendre.

Lettres à Mademoiselle de Volland · 第 115 / 189 题