CHAPITRE XLI

Le récit du commandeur fit rêver long-temps Valentine; elle ne

l'avait interrompu par aucune réflexion, et n'en fit pas davantage

après l'avoir attentivement écouté, mais elle adressa à M. de

Saint-Albert plusieurs questions sur différents petits événements

qui avaient excité sa surprise, et que l'intimité secrète de

Saint-Jean et de mademoiselle Cécile lui expliqua bientôt. Le prix

des innocents services de mademoiselle Cécile, qui se bornait à dire

à Saint-Jean les projets de sa maîtresse, était tout entier dans

l'espérance d'épouser ce brave garçon, que son maître récompensait

généreusement; et Valentine n'osa pas punir des indiscrétions

qu'elle feignit de regarder comme un excès de confiance amoureuse.

Le commandeur s'apercevant de l'espèce d'abattement où paraissait

être Valentine, s'excusa de l'avoir fatiguée par un aussi long

entretien, et voulut se retirer pour lui laisser prendre quelque

repos; mais elle n'y consentit qu'après lui avoir fait promettre de

cacher au duc de Linarès quelle avait découvert son secret. Il lui

en donna l'assurance: Comptez sur ma parole, lui dit-il: j'y serai

d'autant plus fidèle que je ne saurais vous trahir sans le

désespérer; jugez-en vous-même. En finissant ces mots, le commandeur

remit à Valentine la lettre suivante, et il sortit:

Anatole, Vol. 2 · 第 30 / 37 题