Le récit du commandeur fit rêver long-temps Valentine; elle ne
l'avait interrompu par aucune réflexion, et n'en fit pas davantage
après l'avoir attentivement écouté, mais elle adressa à M. de
Saint-Albert plusieurs questions sur différents petits événements
qui avaient excité sa surprise, et que l'intimité secrète de
Saint-Jean et de mademoiselle Cécile lui expliqua bientôt. Le prix
des innocents services de mademoiselle Cécile, qui se bornait à dire
à Saint-Jean les projets de sa maîtresse, était tout entier dans
l'espérance d'épouser ce brave garçon, que son maître récompensait
généreusement; et Valentine n'osa pas punir des indiscrétions
qu'elle feignit de regarder comme un excès de confiance amoureuse.
Le commandeur s'apercevant de l'espèce d'abattement où paraissait
être Valentine, s'excusa de l'avoir fatiguée par un aussi long
entretien, et voulut se retirer pour lui laisser prendre quelque
repos; mais elle n'y consentit qu'après lui avoir fait promettre de
cacher au duc de Linarès quelle avait découvert son secret. Il lui
en donna l'assurance: Comptez sur ma parole, lui dit-il: j'y serai
d'autant plus fidèle que je ne saurais vous trahir sans le
désespérer; jugez-en vous-même. En finissant ces mots, le commandeur
remit à Valentine la lettre suivante, et il sortit: