a tout au point de vue de la sincérité des actes et de la loyauté que
mademoiselle Céleste n’a cessé d’apporter dans les déclarations qu’elle
a faites devant la justice.
Nous en avons la ferme conviction, cette correspondance sera le salut
de sa cause.
La Cour a les lettres sous les yeux, elle en a bien pénétré le sens.
Elle rapprochera les sentiments exprimés des faits et des actes, elle
acquerra la preuve irréfragable que le récit que nous avons présenté
est vrai et sincère.
Au lieu de s’attacher aux minutes comme le fait M. B..., elle
appréciera avec élévation.
Nous en dirons autant de la lettre à laquelle se rattache le nom de M.
T. de ***.
Nous avons beau lire et relire cette lettre, nous n’y voyons rien dont
on puisse tirer argument contre mademoiselle Céleste.
Le but de la lettre est de prier M. T. de *** de racheter les objets
personnels à son frère. La seule allusion faite au procès n’exprime que
l’inquiétude bien naturelle chez une femme engagée pour la première
fois dans un procès d’où dépend toute sa fortune.
Cette lettre, au surplus, a reçu de M. T. de *** lui-même, sur le sens
dans lequel on voulait l’interpréter, un démenti dont les adversaires
ont dû comprendre la portée.
Vous prétendez, messieurs, avoir été autorisés à la produire; mais il
est constant aujourd’hui que vous ne la possédez que par l’effet d’une
surprise, et que, loin de vous avoir encouragés, M. T. de *** repousse
non-seulement le sens que vous lui donnez, mais l’usage que vous en
faites.
Nous croyons avoir répondu à toutes les objections des adversaires, et
il nous paraît inutile d’insister davantage.
Pourquoi aurions-nous dans les arguments de M. B... plus de confiance
qu’il ne paraît en avoir lui-même?
En relisant les dernières lignes du Mémoire, nous trouvons les
prémisses bien pompeuses et la conclusion bien modeste.
Après avoir crié bien haut que la preuve de la fraude est faite, on
se résume à demander une enquête pour tâcher de courir après quelques
indices.
C’est toujours le même système.
On a commencé par dire: Si nous pouvions avoir les papiers explorés au
Poinsonnet, on y trouverait le démenti des actes. On a eu ces papiers
en première instance, et on n’y a rien trouvé.
On s’est rejeté alors sur la correspondance. On a dit et répété: Si
nous pouvions avoir la correspondance, elle nous donnerait gain de
cause. Cette correspondance, pour vous ôter tout prétexte, nous vous
l’avons livrée; vous n’y avez trouvé que la preuve des bons sentiments
de mademoiselle Céleste.
Maintenant on a l’air de soupirer après une enquête; si elle avait
lieu, elle tournerait certainement à la confusion des adversaires.
La Cour a donc encore plus de raisons pour confirmer le jugement du
tribunal de Châteauroux que le tribunal de Châteauroux n’en avait pour
le rendre.
Mademoiselle Céleste a fait sa confession dans ce procès.
M. B..., lui, n’a rien confessé. Si quelques actes de sa vie ont été
révélés à la justice, ils n’ont été connus que bien malgré lui et par
la lecture de pièces et documents judiciaires.
S’il n’a pas fait sa confession, en revanche il a fait beaucoup de
morale.
Mais un tel langage n’a aucune valeur de sa part; M. B... est
évidemment trop intéressé.
Où aboutirait d’ailleurs cette morale dans le procès? Elle arriverait,
sous le prétexte que M. de *** peut avoir déboursé quelque argent sur
les travaux du Poinsonnet, à dépouiller mademoiselle Céleste de tout ce
qui lui appartient, de tout ce qui appartient à sa famille.
Enoncer un pareil résultat, c’est le rendre moralement impossible.
TRIBUNAL DE COMMERCE.
Note pour mademoiselle Céleste, contre M. B... et MM. Crémieux,
Guillemot, Legris.
Mademoiselle Céleste demande la permission au tribunal de mettre sous
ses yeux un résumé très-succinct des moyens qu’elle oppose à la demande
de M. B..., et à celle des créanciers qui ont cru devoir intervenir
dans le procès, à la suite de M. B...
Cette discussion très-rapide comporte tout naturellement l’examen des
deux moyens de forme et de la question du fond.
§ 1er.
_Fin de non-recevoir._
_Non-recevabilité de la tierce opposition._
1º M. B...
M. B... est non recevable à former tierce opposition au jugement obtenu
par mademoiselle Céleste contre M. de ***.
En effet, au moment où l’obligation de mademoiselle Céleste a pris
naissance, M. B... n’avait _aucun droit_. Le titre qui a donné lieu au
jugement de mademoiselle Céleste contre M. de *** est du 15 avril 1851.
Or, quel est le titre présenté par M. B...?
C’est une obligation de 46,000 francs en date du 19 juillet 1851.
M. B... a essayé d’établir une confusion: il a prétendu que les
fournitures, causes de cette obligation, remontaient à une époque
antérieure à 1850.
Cette affirmation est démentie par tous les faits de la cause.
D’abord, l’obligation du 19 juillet 1851 a été précédée d’une autre
obligation de 45,000 francs, en date du 18 mai 1850, souscrite par
M. de ***, au bénéfice de M. D..., prédécesseur, associé, et plus
tard prête-nom de M. B... Cette première obligation porte, au bas de
l’obligation même: _pour solde de tout compte_.
Cette obligation venait elle-même postérieurement à un jugement du
tribunal de commerce de la Seine, pour une somme de 15,879 francs 30
cent., auquel jugement M. de *** a acquiescé le 26 janvier 1849.
Il est donc certain, par cette première raison, que les causes de
l’obligation du 19 juillet 1851 sont postérieures à 1850.
Nous apportons une nouvelle preuve, c’est une facture signée de M.
B..., en date du 13 mars 1851, et portant: _pour solde de tout compte_,
facture remise au Tribunal.
Nous apportons enfin une troisième raison: c’est que l’obligation de
1851 se compose en grande partie, jusqu’à concurrence de trente et
quelque mille francs, d’un transport de créance La Châ... et Liév...,
que M. de *** avait garanti. Les reçus de M. B... portant la date de
1851 sont au dossier.
Est-il besoin de rappeler que M. B... est en ce moment en instance
devant la cour impériale de Paris sur la validité de son titre, dont
la base se trouve encore dans des fournitures, et dans une garantie
obtenue de la bonne foi de M. de ***?
Voici un extrait de l’obligation B..., en date du 19 juillet 1851.
A été extrait littéralement ce qui suit:
M. de *** déclare, sous les peines de droit, qu’il est célibataire, et
qu’il n’a jamais été tuteur, curateur ou comptable de deniers publics;
Que les immeubles ci-dessus hypothéqués ne sont grevés d’aucun
privilége, mais qu’ils sont grevés par hypothèque conventionnelle:
1. De la somme de 150,000 francs, due, etc.
2.
3.
4.
5.
6.
Et par hypothèque judiciaire:
1. de la somme de 40,000 fr. due à mademoiselle Céleste, en vertu d’un
jugement rendu par le tribunal de commerce de la Seine, dans le courant
du mois d’avril dernier;
2. Et de 2,000 fr. dus, etc.
Dans une pareille situation, M. B... n’a pu prendre lui-même au
sérieux le procès qu’il nous faisait. Il marchait de déception en
déception; après avoir plaidé longtemps sous le nom de D..., payé
dans l’ordre sous le nom de D..., dont les aveux trop naïfs avaient
compromis le succès de tant de poursuites, M. B... s’était décidé à
agir par lui-même. Mais voilà que son titre même constitue une fin de
non-recevoir contre l’action qu’il a intentée.
Comment faire?
M. B... s’est mis en quête pour trouver des alliés. Il a cherché
parmi les créanciers de M. de *** les éléments d’une coalition contre
mademoiselle Céleste.
La plupart de ces créanciers ont refusé de s’associer à cette guerre,
que rien ne justifie. Nous le prouvons par leurs lettres. Trois
seulement y ont consenti. Ce sont MM. Legris, Guillemot, Crémieux.
Voyons si M. B... doit se féliciter de cette diversion judiciaire.
2º M. LEGRIS.
Nous n’avons plus besoin d’en parler. M. Legris s’est désisté de sa
demande, quand il a su ce qu’on voulait faire de son nom.
3º M. GUILLEMOT.
M. Guillemot n’est que le cessionnaire de M. Thomas B..., à qui M. de
*** avait, en 1851, racheté une voiture d’occasion pour une somme de
cinq mille francs. Il a reçu déjà une somme de deux mille francs, à
valoir sur sa créance, dans le courant de 1853. M. Guillemot, si nous
sommes bien informés, n’a poursuivi que parce que M. B... lui a garanti
les frais, et c’est ce que M. d’Orléans, son huissier, serait disposé
à attester, s’il en était besoin. Car M. Guillemot n’a dans le procès
aucun intérêt personnel. Que la créance de mademoiselle Céleste soit ou
ne soit pas payée, il ne viendra pas dans l’ordre en rang utile. Il ne
toucherait rien que ce que M. B... voudrait bien lui donner. Le défaut
d’intérêt est une véritable fin de non-recevoir contre M. Guillemot,
aux termes d’une jurisprudence constante, qui décide que la tierce
opposition, formée par un créancier au jugement rendu en faveur d’un
autre créancier, est non recevable, lorsque la décision attaquée ne
change en rien la position du demandeur vis-à-vis du débiteur commun.
(Arrêt de cassation du 9 juin 1847.)
Voilà donc une intervention qui ne peut servir en rien la cause de M.
B..., puisque M. Guillemot est non recevable, comme M. B... lui-même.
4º M. CRÉMIEUX.
Il n’est pas possible de voir une intervention plus malencontreuse.
Contre M. Crémieux nous n’avons que le choix des fins de non-recevoir.
1º Il est payé dans l’ordre. Dans le cas où, comme il le prétend,
il lui manquerait quelque chose, il ne pourrait l’attribuer qu’à sa
complaisance pour M. B..., qui a surchargé ces procédures de frais
énormes, et discrédité les derniers immeubles vendus.
2º M. Crémieux a connu le jugement de mademoiselle Céleste, ainsi que
l’inscription hypothécaire prise en exécution de ce jugement, puisqu’il
a commencé par accepter une hypothèque, après celle de mademoiselle
Céleste. Il a fait plus, il trouvait sa position tellement bonne et
assurée, que connaissance prise de l’état hypothécaire, il a, par
complaisance et sans y être forcé, fait la gracieuseté de son rang à M.
Blanchard, banquier, à Tours, qui n’a consenti à prêter 16,000 fr. à M.
de *** qu’à cette condition.
3º M. Crémieux enfin, dans l’obligation même qui lui sert de titre, a,
comme M. B..., laissé énoncer la déclaration faite par M. de ***, de
toutes les hypothèques qui le précèdent, et notamment de l’hypothèque
prise au nom de mademoiselle Céleste, pour sûreté d’une créance de
40,000 fr.
--M. de *** déclare sous les peines de droit:
Que ses immeubles sont grevés par hypothèque conventionnelle,
1º.
2º, etc.,
et par hypothèque judiciaire, de la somme de 40,000 fr. due à
mademoiselle Céleste, en vertu d’un jugement rendu par le tribunal de
commerce de la Seine, dans le courant du mois dernier.
Par tous ces motifs, M. Crémieux est non recevable, comme M. B...
Nous pouvons leur opposer à tous deux une jurisprudence non méconnue
des adversaires, aux termes de laquelle l’acquiescement au jugement
ou arrêt susceptible de tierce opposition constitue une fin de
non-recevoir. _Ainsi doit être rejetée la tierce opposition incidemment
formée à un jugement qu’on a connu et qu’on a laissé exécuter._ (Arrêt
de Paris du 18 avril 1833.)
Nous avons donc établi, par ce qui précède, que ni M. B..., ni aucun
des créanciers intervenants n’ont le droit de former tierce opposition
au jugement obtenu par mademoiselle Céleste.
Ce jugement subsiste donc avec toute sa force.
§ 2.
_Régularité des lettres de change.--Compétence du tribunal de commerce._
Les adversaires ont essayé de démontrer que les lettres de change
étaient irrégulières, et que mademoiselle Céleste était à Paris
le 5 avril 1850, jour de la souscription des lettres de change à
Châteauroux; qu’elle y était également le jour de l’endossement.
Pour se procurer des pièces, ils ont employé des moyens aussi scabreux
que la razzia du Poinsonnet.
Qu’ont-ils trouvé?
1º Un drame-vaudeville, intitulé _les Deux Anges_, qui a été joué pour
la première fois le 9 avril 1850.
2º Une affiche en date du 12 avril portant le nom de mademoiselle
Céleste.
3º Une facture de pianos en date du 10 avril 1850, et deux billets de
la même date.
Il n’est pas possible de se mystifier soi-même plus complétement.
Le rôle de madame Bompart, dans la pièce des _Deux Anges_, n’a pas été
créé par mademoiselle Céleste. Il l’a été par mademoiselle Lydie.
Nous rapportons pour attester ce fait un certificat du régisseur des
Folies, signé également par le directeur, et une attestation de M. de
Saint-Hilaire, auteur des _Deux Anges_.
Nous rapportons mieux encore; nous rapportons les affiches du 9, du 10
et du 11 avril, où le nom de mademoiselle Céleste ne figure pas, et où
figure celui de mademoiselle Lydie.
Comment se fait-il que les adversaires, qui ont rapporté les affiches
du 12, aient négligé de se procurer les affiches précédentes?
Que devons-nous accuser? Est-ce leur défaut d’attention? Le tribunal en
jugera.
Il n’est pas jusqu’aux notes de l’hôtel de Châteauroux que mademoiselle
Céleste n’ait retrouvées.
Il n’est pas besoin de faire remarquer au tribunal que la facture de
piano et les billets ne signifient exactement rien dans la cause.
La date d’une facture et de billets qui ne sont pas passés dans le
commerce n’a rien d’authentique.
En voici la preuve. Mademoiselle Céleste rapporte un certificat de
M. Moulé, qui atteste que le piano qu’il a livré le 10 lui avait été
commandé quelque temps avant la livraison.
Le prix et le mode de payement étaient donc convenus d’avance.
Où d’ailleurs les adversaires veulent-ils en venir? Le trajet de
Châteauroux à Paris est de sept heures. Est-ce qu’on ne peut pas être
le matin à Châteauroux et l’après-midi à Paris.
Ainsi tombent une à une toutes les objections péniblement échafaudées
contre la régularité des lettres de change.
C’est donc avec raison que le tribunal de commerce, dans son jugement
du 15 avril 1851, a reconnu sa compétence et sanctionné les titres de
mademoiselle Céleste.
Ce jugement, est-il besoin de le faire remarquer, n’a pas été rendu
avec précipitation.
L’assignation a été donnée le 7 avril 1851; puis, suivant la pratique
sage et habituelle du tribunal de commerce, la cause a été continuée du
9 au 15 avril, jour auquel a été rendu le jugement.
Tombe-t-il sous le sens que si mademoiselle Céleste avait voulu
organiser une fraude, elle eût emprunté le nom de sa mère?
Si M. de *** avait voulu faire tort à ses créanciers, n’aurait-il pas
choisi toute autre personne que mademoiselle Céleste pour prête-nom, et
n’aurait-il pas été plus simple à lui de garder son conseil judiciaire
qui, grâce aux complaisances de M. B... et de ses autres fournisseurs,
parfaitement confiants dans sa loyauté, ne gênait en rien M. de ***
pour ses dépenses?
§ 3.
_Le fond du procès._
On n’a cessé, au cours de ces procès, d’accuser mademoiselle Céleste
d’avoir été une des principales causes de la ruine de M. de ***.
C’est une des choses qui lui ont été le plus pénibles, et elle demande
la permission de se servir de la position que les adversaires lui
ont faite, en s’emparant de sa correspondance, pour repousser cette
accusation, dont les échos ont remonté jusqu’à la cour de Bourges.
Nous choisissons au hasard dans les extraits de cette correspondance.
Voici une lettre de 1850, époque à laquelle mademoiselle Céleste était
aux Folies.
«Je viens des Folies, il est dix heures, je trouve une lettre
pour toi, je m’empresse de l’envoyer, car il y a dessus _pressé_.
Je vais la faire mettre à la poste de suite. Du courage, il
faut sortir de là, il y avait trop de choses entre nous pour que
nous pussions être heureux. Il faut que tu penses à ta fortune,
à ton avenir. Je souffre déjà, je t’ai déjà bien regretté depuis
ce matin. Je t’écrirai tant que tu voudras, mais je le sais, tu
touches chaque jour à ta ruine du bout du doigt, il ne faut pas
faire ce plaisir à tous ces gens qui sont jaloux de toi, il faut
démentir ceux qui disent que tu tires à ta fin. Mais tu me verras
toujours. Quand même tu serais marié, je serai ton amie, qui fais
des vœux pour ton bonheur.
»Je t’embrasse,
»CÉLESTE.
»Jeudi, dix heures du soir: j’ai fait des démarches aujourd’hui,
je vais entrer au Palais-Royal.»
Dans une autre lettre, elle écrivait à M. de ***:
«Mieux vaut une petite réalité que de grandes illusions...
»Je serais heureuse, si tu voulais prendre un bon parti, plutôt
que de te laisser aller à la douleur, si, après m’avoir revue, tu
voulais faire un petit voyage, te marier...»
Mademoiselle Céleste n’a jamais cherché à abuser de l’influence qu’elle
avait sur M. de ***. Qu’on en juge.
«Je te l’ai dit, mon bon Robert, je ne suis pas de force à
supporter tes plaintes et tes reproches; l’on ne fait pas son
caractère, je ne puis souffrir l’isolement, ce n’est pas ma
faute; j’en ai peur et tu ne fais rien pour m’y faire prendre
goût. Je débutais hier jeudi, j’avais besoin d’être calme, j’ai
reçu ta lettre le matin et me voilà en pleurs, tu m’accables de
reproches.
»Pourquoi veux-tu que je n’aie pas pour la solitude la peur que
tu as eue du mariage toute ta vie? bien souvent, pourtant, tu
as fait des projets. La destinée est écrite, on ne la conduit
pas, on la suit. Je crois que tu aurais pu faire autre chose de
moi; nous avons pris à rebours. Je t’ai toujours dit: Marie-toi,
je n’aime pas cette vie calme; mais je finis par trouver tes
accusations tellement exagérées, que je fouille ma vie passée
avec toi et que je m’excuse un peu, en pensant que je ne t’ai
jamais menti sur le genre de vie que je préférais. On ne peut
pas toujours ce qu’on veut. Tu as voulu me régénérer, cela
était impossible: c’est aujourd’hui que je serais infâme, si
j’acceptais ce que tu m’as offert, puisque je sens que je ne
pourrais pas remplir des devoirs sacrés.
»J’ai, etc.
»CÉLESTE.»
Mademoiselle Céleste conseillait à M. de *** de diminuer son luxe et
elle savait elle-même réduire ses dépenses et s’imposer des privations.
«Il faut que tes intérêts soient les miens, c’est-à-dire que
tu me permettes de te gronder quelquefois et de te donner des
conseils. Si tu m’avais écoutée, les deux années de privations
seraient finies et nous serions à notre aise. Enfin c’est à faire
au lieu d’être fait; donne des ordres en partant, que l’on fasse
vendre tes chevaux à tout prix, cela coûte à nourrir. Je ne suis
pas moins raisonnable que toi, je vendrai le mien à la première
occasion.»
Dans cet ordre d’idées, nous ne pouvons résister au désir d’imprimer
une dernière lettre, qui dénote combien mademoiselle Céleste avait à
cœur de faire prendre une bonne résolution à M. de ***, et comment
elle repoussait les reproches que celui-ci, souvent, dans son humeur
injuste, lui adressait.
Pour faire éclater la vérité aux yeux du tribunal, mademoiselle
Céleste n’a pas reculé devant ce que ces souvenirs ont de cruel et ces
révélations intimes d’affligeant pour une femme.
Abordons maintenant une autre série de preuves. Les passages des
lettres que nous allons citer désormais convaincront le tribunal de
la réalité des prêts que mademoiselle Céleste a faits à M. de ***,
pour l’empêcher d’emprunter à des taux usuraires, et de la délicatesse
qu’elle mettait pour les lui faire accepter, sachant bien que M.
de ***, quoique souvent très-pressé d’argent, n’aurait rien voulu
recevoir, s’il avait pu deviner les sources d’une partie des fonds dont
mademoiselle Céleste disposait.
Les extraits que nous allons donner étant nombreux, et se rapportant à
la même démonstration, nous les classerons par numéros qui représentent
chacun un fragment de lettre.
1.
Tout s’arrangera avec du temps, ne t’inquiète pas des 2,000 fr.
de la fin du mois. Tu les auras, mon grand-père me les prêterait,
s’il y avait besoin. J’emporterai les 15,000 fr. de samedi avec
moi, pour que tu puisses donner de petits à-comptes.
2.
Enfin, l’on m’avait prêté de l’argent, madame de Seine: mon
grand-père a payé et les a donnés à maman, c’est à elle que je
dois, c’est-à-dire que je suis quitte.
3.
Quand j’aurai mes 40,000 fr., il faudra bien les replacer. Si tu
trouves quelque entreprise, tu sais que tu peux disposer de mon
argent.
4.
Je pourrai encore faire 3,000 fr. au Mont-de-Piété; écris-moi de
suite si cela pourra te tirer d’embarras pour quelques jours, je
te les enverrai de suite en mettant mes boucles d’émeraude en
gage.
5.
J’ai reçu en réponse à ma lettre de sottises la lettre que je
vous envoie, et le même soir j’ai reçu 4,000 fr.
6.
Ecris-moi pour quel chiffre Thomas te poursuit, je tâcherai
d’arranger cela, puisque c’est le plus pressé.
M. B... est venu voir où tout cela en était. Je ne l’ai pas reçu,
je lui ai fait dire que je ne savais rien.
7.
Ne t’inquiète pas de moi: je n’ai besoin de rien; j’ai un billet
des gens qui m’ont acheté mon hôtel. Je l’escompterai, cela me
fera aller quelque temps.
8.
Si tu vends, _nous aurons mes 40,000 fr._ Si nous ne les avons
pas, eh bien, je chercherai quelques ressources dans mes effets.
J’aurai toujours assez avec ce que me doit Charles C...; ainsi,
cet argent, s’il rentre, est à toi, du moins la moitié: je
n’en veux pas, disposes-en comme tu le voudras. Informe-toi si
quelqu’un veut prendre 20,000 fr. d’hypothèque à ma place. Cela
t’aidera un peu, ne me refuse pas.
9.
Morel n’offre que 1,000 fr. du dockart; si tu veux le garder, je
lui vendrai ma petite voiture 1,400 fr.; garde ta voiture si tu y
tiens le moins du monde, ne te gêne pas.
10.
Quant à cet entremetteur de mariages, de qui même tu m’envoies
les injures, je ne le connais pas. Que veut-il? Que lui ai-je
fait? N’es-tu pas allé à Lyon? N’est-ce pas pour cela que je suis
entrée au théâtre?
--Sitôt que tu voulais te marier, je rentrais au théâtre.
Je vais tout vendre sans regret: je suis contente même de me
défaire de toutes ces choses qui m’ont coûté tant de larmes. Je
prendrai un petit appartement rue Vivienne et une bonne; nous
dépenserons peu. _Tu tâcheras de faire valoir ton argent et le
mien_; cela t’occupera et dans quelque temps nous partirons pour
toujours.
_J’aurais été si heureuse que tu prisses une femme qui te donnât
la fortune et le bonheur._
_Tu sais bien que je ne t’ai jamais rien demandé. T’ai-je jamais
mis à contribution?_
_Je vais envoyer mes émeraudes en gage; je les retirerai quand
j’aurai mon argent._
11.
Je crois que c’est un grand malheur que tu n’aies pas vendu hier,
car nous voilà dans une crise qui menace d’être assez longue. Ne
crois pas, mon bon Lionel, que si je m’inquiète de cette vente,
ce soit à cause de moi. Non, je te l’ai dit, cet argent est à
toi. Je veux que tu t’en serves, s’il rentre, pour tenter quelque
chose. Je te l’ai dit aussi, tu ne peux pas partir, tu mourrais
là-bas. Je ne veux pas que tu partes dans cet affreux pays.
12.
_Ma mère va me faire prêter quelque cents francs._
Je suis allée voir M. Thiébaut, c’est un brave homme que j’ai
toujours trouvé quand j’ai eu besoin de lui.
13.
Comment vas-tu faire pour Thomas B...? Tu sais ce que je t’ai
dit, si cela peut suffire. _Je puis encore faire 3,000 fr._, ne
te gêne pas. Cela me fera plaisir de te rendre un peu du bien que
tu m’as fait.
14.
Quel parti vas-tu prendre? C’est bien effrayant une vente
judiciaire. _Je puis t’envoyer deux ou trois mille francs[2]._
[2] Voir dans le dossier d’autres preuves, notamment un cadeau
de 20,000 fr. et la vente de la rente d’Espagne.
Interrogeons aux mêmes époques la correspondance de M. de ***, et nous
y trouverons la preuve des mêmes faits.
1.
Espères-tu réussir pour ton bureau? Réfléchis bien, tu es
peut-être encore bien jeune, et, _en plaçant bien ton argent_ et
attendant un peu plus tard, peut-être retrouveras-tu une aussi
belle occasion. Je ne t’envoie pas encore aujourd’hui tes 1,200
francs.
Je t’envoie 200 fr., dont 100 fr. que je te dois et 100 fr. que
je t’ai promis. Je t’enverrai les 1,000 fr. d’ici à deux ou trois
jours.
2
Je vous envoie 1,000 fr. à valoir sur les 3,000 fr. que je vous
dois. C’est le seul argent que j’ai pu ramasser; d’ici la fin du
mois, j’espère m’acquitter des 2,000 fr. restant.
3
Rien ne m’est rentré encore. J’attends de l’argent ces jours-ci,
et mes bois doivent se vendre vers le 2 décembre. Je suis pour
le moment sans le sou. Je serai à Paris vers le 5 ou le 6 du
mois prochain, et alors je régulariserai toutes tes affaires _et
nous aviserons ensemble à faire un bon placement de ton argent_
(commencement de 1850).