avait changé de caractère; aux illusions commencèrent à succéder des
appréciations plus froides et plus raisonnables. La famille de M. de
*** voulait le marier. Mademoiselle Céleste n’apportait à ces projets,
dont elle comprenait la nécessité, aucun obstacle. Sa correspondance
l’atteste. Mais ce lien ne pouvait se rompre en un jour. M. de ***
comprenait que la vie commune devenait impossible. Mais il ne pouvait
consentir à laisser s’éloigner de lui la femme qui avait été pendant
trois ans la compagne de sa vie. C’est alors qu’il eut l’idée de
l’engager à acheter un petit domaine, dans le but de se créer ou une
retraite pour l’avenir, ou un revenu avantageux. Se séparant de M. de
***, elle devait reprendre son mobilier, qui allait tout naturellement
trouver sa place au Poinsonnet. On chercha d’abord un emplacement
convenable. Mademoiselle Céleste ne nie pas que M. de *** l’ait dirigée
dans cette recherche; mais elle l’accompagnait toujours, et rien n’a
été fait sans son assentiment. La position du Poinsonnet, à quelques
mètres de la forêt, a paru avantageuse. «Si vous n’habitez pas un
jour ou l’autre par vous-même, lui disait M. de ***, vous trouverez
facilement à louer votre propriété comme rendez-vous de chasse.» Qu’on
ne s’étonne donc pas si le Poinsonnet a reçu une approbation qui
rappelle tous les attributs de la chasse; à l’origine, mademoiselle
Céleste ne comptait occuper que la maison du garde. Elle a cédé à
un entraînement naturel aux personnes qui viennent d’acheter et aux
conseils de M. de ***. Elle a fait venir Lamarche le maçon, et Duly le
charpentier. Elle leur a tracé à la plume, sur un morceau de papier, le
plan du pavillon qu’elle voulait.
Pour mieux marquer l’intention de la rupture projetée entre elle et
M. de ***, elle est revenue à Paris et s’est engagée au théâtre des
Variétés.
M. de *** n’était point brouillé avec mademoiselle Céleste. Il séparait
sa vie de la sienne, mais sans pensée de rupture définitive. Qu’y
avait-il d’extraordinaire à ce qu’il s’occupât de la réalisation d’un
projet qu’il avait inspiré, et dans lequel se trouvait la trace de son
souvenir?
Y a-t-il lieu de s’étonner davantage si M. de *** a fait à ses
frais, avec sa voiture et ses chevaux, le transport du mobilier de
mademoiselle Céleste, comme nous le reprochent si haut MM. D... et B...?
Des mois s’étaient écoulés, le mariage de M. de *** avait manqué. Alors
seulement M. de *** commença à s’apercevoir des embarras d’argent
qui allaient le presser de toutes parts. Il mit sa terre en vente,
et s’ennuyant tout seul dans le Berry, il prolongea ses séjours au
Poinsonnet.
Le tribunal a su, du reste, que si ces messieurs avaient des yeux de
lynx pour apercevoir les traces du passage de M. de *** au Poinsonnet,
ils étaient complétement frappés de cécité devant les robes, les
amazones, les métiers à tapisserie, les ouvrages à la main de
mademoiselle Céleste.
Le reste des propriétés de M. de *** avait été vendu en son absence,
avec des pouvoirs émanés de lui, mais qu’il n’avait pas donnés pour
vendre à si bas prix, ce qui a donné lieu à des réclamations par lui
adressées à M. M..., procureur de la République.
Alors seulement M. de *** a connu, pour la première fois, toute
l’étendue de sa ruine.
Il est retourné au Poinsonnet, a vendu ses chiens à M. M..., ainsi
qu’à deux ou trois autres personnes dont le nom nous échappe, a envoyé
une partie de sa sellerie en payement à Johns, son sellier, a vendu
une voiture et un cheval à M. S..., a donné à son piqueur, qu’il avait
depuis six ans, les chiens trop jeunes pour être vendus, et le petit
sanglier, dont il a été tant question dans ce procès. Il n’a laissé que
ses effets exclusivement personnels, a mis en ordre tous les papiers
et tous les reçus des travaux dont il avait surveillé l’exécution au
Poinsonnet.
Les adversaires triomphent de ce qu’une grande partie de ces reçus est
au nom de M. de ***. Qu’y a-t-il de surprenant? M. de *** était sur les
lieux, mademoiselle Céleste était momentanément absente, les ouvriers
et les entrepreneurs lui apportaient des factures ainsi conçues, il ne
prenait pas la peine de les faire rectifier; mais les entrepreneurs qui
avaient été appelés à l’origine des travaux savaient très-bien qu’ils
travaillaient pour le compte de mademoiselle Céleste.
Mademoiselle Céleste, d’ailleurs, ne fait pas difficulté d’en convenir.
La fausseté de sa position, dans le Berry, par suite de ses relations
avec M. de ***, était pour tous les fournisseurs une cause d’embarras.
Elle avait toujours eu la discrétion de ne pas se faire appeler madame
de ***, et craignant de la désobliger en l’appelant _mademoiselle_, les
fournisseurs lui adressaient jusqu’à ses gants au nom de M. de ***.
S’il y avait eu la moindre pensée de fraude, soit de la part de M. de
***, soit de la part de mademoiselle Céleste, on se serait bien gardé
de prendre les reçus au nom de M. de ***, et l’absence même de toutes
précautions à cet égard est la preuve de la sincérité des actes faits
deux ans auparavant.
Une autre preuve non moins forte de la sincérité de ces actes se trouve
dans la correspondance de M. de ***. Nous avons produit dix lettres
de M. de *** qui ne sont pas évidemment écrites pour les besoins de
la cause, et où il reconnaît à chaque ligne ce droit de propriété de
mademoiselle Céleste.
Le tribunal n’oubliera pas d’ailleurs la visite que mademoiselle
Céleste a faite au Poinsonnet, et qui lui a été si amèrement reprochée.
Elle a vu et rangé tous les papiers, tous les reçus dont on se fait
une arme contre elle.--Rien ne lui était plus facile que de les
emporter ou de les détruire. Elle les a scrupuleusement laissés à
leur place, de sorte qu’aujourd’hui nous sommes fondés à dire à nos
adversaires: Toutes ces pièces dont vous faites un si grand étalage
sont sans intérêt, puisque mademoiselle Céleste les a laissées à votre
disposition, ou si elles sont susceptibles de discussion, vous êtes
obligés de vous incliner devant la parole d’un adversaire, qui vous a
donné un tel exemple de loyauté!
Nous devons, au surplus, le rappeler, MM. D... et B... n’ont pas
éprouvé la moindre émulation de générosité.
En dehors même du procès, ils n’ont rien épargné à mademoiselle
Céleste: injures, mauvais procédés, ils ont tout accumulé. Ils ont
fouillé ses papiers, scruté ses correspondances, envahi son domicile en
son absence.
Contre tant d’attaques aussi violentes qu’injustes, mademoiselle
Céleste n’a qu’une force, son bon droit, elle n’a qu’une espérance et
qu’un appui, c’est la protection qu’elle attend avec confiance de la
justice.
Chronique de l’Indre.
23 août 1852.
Une foule immense se pressait mardi dernier, dans la salle d’audience
du tribunal civil de Châteauroux. Deux avocats célèbres, appartenant
l’un et l’autre au barreau de Paris, avaient été annoncés.
Il s’agissait d’un procès suivi par un créancier de M. le comte de ***,
contre mademoiselle C...
On ne saurait exprimer la verve, l’entraînement avec lesquels
l’illustre avocat de mademoiselle C... a abordé successivement les
aspects divers de la cause.
Tout l’auditoire était sous le coup d’une vive émotion.
Mᵉ M..., avec cette parole toujours grave d’un maître du barreau,
s’est constamment attaché à resserrer son procès sur le terrain du
droit, pour mieux le dégager de l’impression produite par la brillante
plaidoirie que l’on venait d’entendre.
Le barreau de Châteauroux a pris sa belle part dans cette lutte
oratoire; Mᵉ Moreau, son bâtonnier, plaidant pour un intérêt analogue à
celui de mademoiselle C..., a résolûment abordé les principes et les a
exposés avec la science et la force de logique qui le distinguent.
C’était une fortune que la rencontre de ces trois hommes de talent, et
la population en conservera longtemps le souvenir.
Si notre réserve nous interdit de rien préjuger d’une cause mise en
délibéré, nous devons constater que le public nombreux qui assistait
aux débats confirmait, en sortant du palais, ce fait avancé par Mᵉ
D..., qu’au lieu d’exciter les prodigalités de M. le comte de ***, sa
cliente s’est toujours efforcée de les combattre.
COUR IMPÉRIALE DE BOURGES.
Note pour mademoiselle C..., contre M. D... saisissant; B...,
intervenant.
§ Ier.
_Question à juger._
MM. D... et B... reconnaissent que mademoiselle Céleste a en sa faveur
le titre et la possession.
Mais ils prétendent que ce titre et cette possession ne sont qu’une
apparence mensongère.
MM. D... et B... sont demandeurs, ils doivent détruire l’efficacité
du titre et de la possession de mademoiselle Céleste, et puisqu’ils
allèguent la fraude, c’est à eux de la prouver.
Remplissent-ils cette double condition?
Mademoiselle Céleste, dont les papiers ont été fouillés par ses
adversaires, avant comme après, et malgré les arrêts de la justice,
n’est-elle pas en droit d’exiger au moins que cette preuve, pour être
admise, ne laisse rien à désirer?
§ II.
_Les fins de non-recevoir._
Avant d’aborder la discussion, MM. D... et B... (page 2 de leur second
mémoire) insinuent que M. Pierre, intervenant, aurait renoncé à la fin
de non-recevoir tirée des articles 2209 et 2210 du code Napoléon.
M. Pierre a si peu renoncé à ce moyen, que Mᵉ Guillot, plaidant pour
lui, a formellement rappelé le principe plus sévère encore, que
l’action révocatoire n’était ouverte qu’au créancier qui ne trouvait
pas dans les autres biens de son débiteur un gage suffisant pour sa
créance. Donc nécessité de discussion préalable des biens que le
débiteur a hypothéqués spécialement ou dont la propriété dans ses mains
n’est contestée par personne.
Ce moyen eût-il été abandonné par M. Pierre, mademoiselle Céleste
aurait le droit de le reprendre et de le soutenir devant la cour,
puisqu’elle a déclaré en première instance qu’elle se rendait commune
la défense de M. Pierre à cet égard.
Dans ce système, n’a-t-elle pas plaidé à Bourges que M. D... était payé
totalement par sa collation dans l’ordre de la Châtre?
Quant à M. B..., le chiffre de sa créance est encore douteux, puisqu’il
y a appel du jugement rendu par le tribunal de la Seine.
Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il reçoit 10,000 francs dans les
ordres, et qu’au moyen de l’opposition qu’il vient de pratiquer entre
les mains de M. de la Châ..., débiteur de M. de ***, par suite du
transport que M. B... lui a fait de sa créance, M. B... se trouve avoir
deux garanties pour une.
N’oublions pas d’ailleurs quel est le caractère du procès. C’est une
action en fraude qui est dirigée contre nous.
Cette action n’appartient ni à M. D..., ni à B...
En effet, deux choses constituent la fraude, _l’intention et le
préjudice_.
D..., payé sur les immeubles dont le prix est distribué à la Châtre, ne
subit aucun _préjudice_ par suite des actes qu’il attaque.
B..., créancier postérieur au 13 août 1850, ne peut imputer à M. de ***
_l’intention_ de nuire à ses droits.
B..., embarrassé par la date de son titre, qui est de juillet 1851,
prétend en vain que les causes de cette seconde obligation sont
antérieures, au moins pour partie, à l’acquisition du Poinsonnet. Cela
ne pourrait être vrai que pour une portion extrêmement minime, par deux
raisons: la première, c’est que cette obligation comprend le prix du
transport de 39,000 fr. sur M. de la Châ..., transport qui n’a eu lieu
qu’en juin 1851. La seconde, c’est que la première obligation D... et
B... étant du 10 mai 1850, les fournitures faites dans l’intervalle
sont nécessairement très-importantes.
Ajoutons que dans tous les cas cette portion est déjà couverte par les
10,000 francs que M. B... touche dans les ordres.
Pour échapper à des moyens aussi décisifs, l’adversaire a été obligé de
se retrancher derrière la théorie de la simulation absolue, qui a le
double inconvénient de venir tard dans la cause et d’être en désaccord
avec tous les faits, tous les actes et toutes les circonstances du
procès.
Au point de vue moral, il serait par trop fort que M. B... pût attaquer
des droits acquis et des actes authentiques, pour la sauvegarde de
créances dont l’origine est si peu digne d’intérêt et qui seraient
encore moins excusables si M. de *** était à cette époque ruiné, comme
le prétendent MM. D... et B...
§ III.
_Objet du procès._
Le procès a un double objet: le mobilier du Poinsonnet, le pavillon du
Poinsonnet.
§ IV.
_Mobilier._
Mademoiselle Céleste adresse aux adversaires les questions suivantes:
Est-il constaté qu’elle ait fait transporter en Berry son mobilier de
la place de la Madeleine?
Est-il constaté qu’elle ait déboursé les frais de ce transport?
Oui, car elle rapporte au dossier la quittance de la poste aux
chevaux: le fait n’a même pas été contesté.
Ne produit-elle pas des factures s’appliquant à ce mobilier?--Oui,
incontestablement. Il y en a même qu’elle a fait enregistrer dès le
lendemain de la saisie, aux droits de 200 francs environ, pour mettre
sa demande à l’abri de toutes fins de non-recevoir, en énonçant
régulièrement, au moins pour partie, les preuves de sa propriété. On
comprend du reste, par l’énormité de cette dépense, qu’elle n’ait pas
pu faire enregistrer toutes les factures.
Il est facile de reconnaître l’application de ces factures, qui
remontent aux années 1844, 1845, 1846, 1847, toutes années antérieures
aux relations de M. de *** avec mademoiselle Céleste; elle ne doit donc
pas ce mobilier aux libéralités de M. de ***.
B... a pris communication de ces factures. Il est allé chez les
marchands, comme le prouvent plusieurs lettres que nous avons
représentées, et il n’a rien articulé à l’encontre des pièces produites.
Cependant il veut faire vendre le tout!
Bien différente a été la conduite de mademoiselle Céleste. N’est-il
pas constaté que, par ses conclusions signifiées en première instance,
elle a reconnu et distingué, parmi les objets mobiliers qui lui
appartiennent, ceux qui avaient été déposés chez elle par M. de ***, et
qu’elle a demandé acte de sa reconnaissance à cet égard.
Oui, tel était le but du voyage, voyage nécessaire, qu’elle a fait
au Poinsonnet, parce qu’en tout elle voulait agir avec loyauté.
C’est par ce motif qu’elle a marqué de numéros les objets qui ne lui
appartenaient pas.
En résumé, M. B..., qui devait prouver contre mademoiselle Céleste, ne
rapporte aucune justification.
Mademoiselle Céleste, qui n’avait aucunes preuves à faire, les rapporte
toutes.
§ V.
_Acquisition et construction du Poinsonnet._
Mademoiselle Céleste procédera de même que pour le mobilier.
N’est-il pas constant que le prix de l’hôtel Cléry est en rapport avec
le prix de l’acquisition de la location du Poinsonnet?
N’est-il pas constant que mademoiselle Céleste a envoyé de Paris divers
objets qui sont entrés dans la construction du Poinsonnet, tels que les
cheminées de marbre, poêle, treillis en fer qui sont dans le parterre,
corbeille en fil de fer, volière, etc.?
Toutes les factures à son nom sont au dossier.
La correspondance ne justifie-t-elle pas qu’à diverses reprises et
pendant la durée des travaux, mademoiselle Céleste a envoyé de l’argent
à Châteauroux?
Ne représentons-nous pas les quittances des ouvriers, payés par suite
de l’emprunt Pierre, pour lequel mademoiselle Céleste a donné une
procuration datée de Paris, où elle était retenue par son service
au théâtre, cette procuration enregistrée, légalisée avant toutes
poursuites?
Tous les ouvriers qui restent à payer ne comptent-ils pas sur
mademoiselle Céleste pour leur payement? Ce n’est pas là une feinte,
un moyen d’intéresser la justice; mademoiselle Céleste a énoncé
formellement cet engagement dans la lettre publiée par ses adversaires;
elle l’a pris en effet, elle l’exécutera, la justice reconnaissant son
droit. C’était son obligation, puisque les ouvriers travaillaient en
réalité pour elle.
Mademoiselle Céleste ne conteste pas que beaucoup des mémoires des
travaux du Poinsonnet sont au nom de M. de ***, cela a été expliqué par
nous dans la note de première instance, nous n’avons pas besoin d’y
revenir.
Elle ne disconvient pas non plus que M. de *** ait voulu lui faire
quelques cadeaux pour aider à la construction du pavillon.
M. de *** n’était pas ruiné alors, M. de *** se croyait, et avec
raison, au-dessus de ses affaires: il avait bien le droit de faire
des libéralités de bien peu d’importance quand on les compare à sa
situation. Le ministère public a semblé reconnaître qu’à ce moment M.
de *** aurait pu, d’un trait de plume, faire à mademoiselle Céleste
cadeau du pavillon tout construit; ce qu’il pouvait faire pour le
tout, comment n’aurait-il pas pu le réaliser pour des payements sans
importance?
Ces libéralités, d’ailleurs, n’ont jamais existé qu’en projet.
Mademoiselle Céleste a été obligée de payer avec ses ressources
personnelles, et ce qui n’est pas payé, c’est elle qui le doit.
Le compte du Poinsonnet n’est pas difficile à faire:
Mademoiselle Céleste a commencé par
payer au vendeur 6,000 fr.
Elle a emprunté de M. Pierre 6,000
Ses lettres prouvent qu’elle a envoyé de
Paris 5,000
Ses lettres, confirmées par les factures à
l’appui, prouvent encore qu’elle a envoyé:
cheminées, treillages et poële,
etc., le tout pour une somme de 3,500
Il est dû à Châteauroux pour le Poinsonnet
une somme d’environ 12,000
--------
Cela donne en total 32,500
C’est, à quelques centaines de francs près, le prix de revient du
Poinsonnet.
Les adversaires se sont bien gardés d’annoncer des chiffres précis à la
cour, ils ne parlent que par 30 ou 60,000 fr., mais si on leur demande
des détails ils n’en fournissent aucun.
Ils ont pris nos pièces, ils les ont même envoyées à Paris, sans
qu’elles fussent revêtues d’aucun visa. Mademoiselle Céleste avait
protesté par acte signifié contre de tels abus, et avait même demandé
que les pièces fussent retirées du procès. C’est le motif pour lequel
elle n’avait pas exploré plus tôt ce qu’elles contenaient.
Si la construction du Poinsonnet avait été la propriété de M. de ***,
comment n’aurait-il pas pris les bois nécessaires à cette construction
sur les dépendances de la terre de ***.
Lors même que les allégations des adversaires seraient aussi vraies
qu’elles ont été prouvées fausses quant aux coupes des bois, il est
bien évident que M. de ***, qui ne craint pas, dans le système des
adversaires, de déshonorer sa propriété, eût bien trouvé, en abattant
quelques arbres de bordures, le bois nécessaire à la construction d’un
pavillon de 15 mètres de long sur 11 mètres de large.
Les factures de Lemerle sont produites par les adversaires au milieu
des pièces qui ont été remises par le séquestre.
Donc pour le terrain nous pouvons, comme pour le mobilier, dire que MM.
D... et B... n’ont rien prouvé, et que mademoiselle Céleste, qui n’a
rien à prouver, a rapporté toutes les pièces désirables.
§ VI.
_Présomptions de simulation invoquées par les adversaires._
PREMIÈRE PRÉSOMPTION.
_Situation de fortune de M. de ***._
Où donc eût été l’intérêt de faire des actes simulés au préjudice de
ses créanciers pour un homme qui avait la conviction que sa fortune
dépassait deux fois son passif, et qui, au moment de la vente de ses
biens, croyait encore que, tous ses créanciers étant payés, il lui
restait 150 ou 200,000 francs.
Vous méconnaissez aussi les enseignements de cette correspondance que
vous avez arrachée au secret qui lui était destiné. Relisez, et vous
verrez que, quand M. de *** s’aperçoit enfin de sa ruine, son désespoir
éclate, et qu’au lieu de se ménager une retraite pour y vieillir, il ne
pense qu’à se faire soldat en Afrique ou mineur en Australie.
C’est alors que, par un sentiment de délicatesse qui a touché le cœur
de la cour, mademoiselle Céleste lui offre, dans les termes les plus
affectueux, les ressources dont sa famille et elle peuvent disposer.
C’est alors qu’elle lui dit dans une lettre: «_Garde mes 40,000 fr.,
tu peux t’en servir pour tenter la fortune, je n’en ai pas besoin
maintenant; si tu me les rendais, il me faudrait bien les replacer._»
Si ce ne sont pas les termes mêmes de la lettre que nous n’avons pas
sous les yeux, c’en est certainement le sens.
Cette idée de prête-nom est vraiment incroyable, et elle ne pouvait
germer que dans l’esprit de M. B...
DEUXIÈME PRÉSOMPTION.
M. B... met sous ce paragraphe l’analyse des nombreux procès qu’il crée
de tous côtés.
Il s’étourdit du bruit qu’il fait lui-même.
Pourquoi tant de tapage?
Apprécions à notre tour le caractère et les motifs de cette guerre si
acharnée qu’il a déclarée à mademoiselle Céleste.
Est-il inscrit sur le Poinsonnet? Non, sa créance résulte d’une
obligation avec affectation spéciale sur les terres de M. de ***.
Rêve-t-il donc quelque marc le franc avec les créanciers
chirographaires dont il a fixé le chiffre à 300,000 fr.?
Nous lui faisons la même question quant au mobilier.
Ce serait bien désintéressé de sa part, et nous avons quelque peine à
croire au désintéressement de M. B...
La violation du domicile de mademoiselle Céleste, l’exploration
illégale de ses papiers et de ceux de M. de ***, exécutée par M. B...
en personne, n’avaient-elles pas un but caché? Voulait-on priver M. de
*** des papiers qui lui étaient nécessaires pour discuter le chiffre
des créances D... dans le procès de Paris.
Espérait-on se procurer des armes pour attaquer la créance Céleste?
La cour ne perdra pas de vue quelles inimitiés pouvait nourrir contre
mademoiselle Céleste un homme à l’égard duquel elle s’était crue
autorisée à se servir, dans sa correspondance, d’expressions que nous
n’avons pas cru devoir répéter en plaidant, d’un homme à l’influence
duquel elle cherchait à soustraire M. de ***.
Dans son ardeur à tout incriminer, M. B... a prétendu que mademoiselle
Céleste avait produit à l’ordre pour une créance de 20,000 fr.
Rien de plus inexact.
Mademoiselle Céleste ne figure pas à l’acte; le notaire a fait accepter
l’obligation par son clerc. Elle n’a pas produit à l’ordre. En énonçant
ce fait devant la cour, mademoiselle Céleste a dit la vérité.
L’insistance que vous mettez ne peut servir qu’à une chose, c’est à
donner une nouvelle preuve qu’à cette époque M. de *** ne se croyait
pas ruiné. Nous aimons à en trouver l’aveu dans votre bouche.
TROISIÈME PRÉSOMPTION.
On crie à l’invraisemblance parce que mademoiselle Céleste aurait songé
à se créer pour elle-même, au Poinsonnet, une petite propriété avec
l’idée de louer la locature et le chenil, comme rendez-vous de chasse.
Qu’y a-t-il d’inadmissible dans cette idée qui lui avait été donnée par
M. de ***, par M. le comte de T... et M. le comte de B...
La demande de location qui lui est faite par diverses personnes,
demande dont elle justifie par des lettres envoyées à la cour, prouve
assez que cette idée n’était pas aussi extraordinaire, aussi dénuée de
sens que M. B... se plaît à le dire.
Au nombre des personnes qui ont écrit, nous pouvons citer M. H.,
notaire à Châteauroux.
QUATRIÈME ET CINQUIÈME PRÉSOMPTIONS.
Il aurait été de bon goût de la part de M. B... de ne pas insister sur
les ressources que mademoiselle Céleste a pu posséder en dehors de son
théâtre et des économies de sa famille.
Ainsi que nous le disions dans notre première note, quand on veut
insulter mademoiselle Céleste, on lui oppose sa fortune; quand on veut
la dépouiller on lui objecte sa misère.
Nous avons charitablement averti M. B... de la contradiction dans
laquelle il était tombé. Son habile avocat est venu à son secours.
Il a imaginé une théorie intermédiaire qui consiste à plaisanter
mademoiselle Céleste sur l’administration de sa fortune.
Trêve de généralités.
Que veulent les adversaires? Forcer une dernière fois mademoiselle
Céleste à une discussion pénible. Elle en aura le courage pour éclairer
la justice, elle a justifié d’un titre de rente tout à fait étranger à
M. de ***.
On a répondu que si elle l’avait eu, elle l’aurait encore. Nous
ne comprenons pas cette persistance des adversaires, nous avons
positivement offert de prouver que la rente avait été vendue par elle
le jour de l’achat de l’hôtel Cléry, et nous avons nommé l’agent de
change qui a fait la négociation.
Devant l’audace d’un nouveau démenti, nous produisons les deux
bordereaux.
Il serait aisé à mademoiselle Céleste de faire d’autres justifications
et de souffler sur le fragile château de cartes dont se composent les
hypothèses échafaudées par M. B..., si elle n’était pas arrêtée par des
scrupules que la Cour comprendra, et si elle ne reculait pas à l’idée
de prononcer des noms qui ne doivent pas figurer au procès.
Si une chose nous a surpris dans le mémoire de M. B..., c’est de le
voir invoquer la correspondance entre mademoiselle Céleste et M. de
***, comme contenant la preuve de la fraude qu’il allègue.
Le laconisme avec lequel il en parle prouve du reste qu’il ne se croit
pas bien assuré sur ce terrain.
Jamais, peut-être, on n’a vu un pareil abus du droit dans les fastes
judiciaires et à la suite une pareille déconvenue.
Voici un plaideur qui arrive, par tous les moyens imaginables, à se
procurer les papiers les plus secrets, les correspondances les plus
intimes de ses adversaires.
La défense qui lui est opposée n’a plus rien de libre ni de spontané;
elle n’a plus le choix de ses armes. Tout est mis à jour, tout est
révélé.