CHAPITRE IV.

LES GRANDS TRAITS DU RELIEF TERRESTRE

ET LE DESSIN GÉOGRAPHIQUE.

L'inspection d'un globe terrestre suggère de diviser la surface de notre

planète en deux parties: l'une recouverte d'eau et plus voisine du

centre que le géoïde ou surface moyenne des mers, l'autre émergée et

plus éloignée de ce même centre.

Ces deux parties sont, à tous les points de vue, bien loin d'être

équivalentes. Non seulement les océans l'emportent par l'étendue, mais

leur profondeur moyenne, 4000m environ, surpasse de beaucoup l'altitude

moyenne des terres émergées, altitude qui ne dépasse pas 700m. Si le

niveau des océans s'abaissait de 2300m, on obtiendrait ce que les

géographes appellent la _surface d'équidéformation_; les nouvelles

lignes de rivage opéreraient une répartition plus juste; les terres

émergées formeraient alors la partie du globe que l'on doit considérer

comme saillante et les océans ne recouvriraient plus que la partie

déprimée, de même volume que la première (_Pl. I_).

Il est digne d'attention que le dessin actuel des continents ne serait

pas, dans cette hypothèse, profondément transformé. On verrait l'Asie

s'agrandir par l'Est, en s'annexant les archipels des Kouriles, du

Japon, des Philippines, plus encore au Sud-Est, où elle engloberait les

îles de la Sonde et de l'Australie. L'Europe s'augmenterait au

Nord-Ouest d'une terre nouvelle qui fermerait l'Atlantique au Nord en

réunissant à la Grande-Bretagne l'Islande et le Groenland. On verrait

apparaître dans l'axe de l'Atlantique deux grandes îles longitudinales

jalonnées de foyers volcaniques. Ces changements exceptés, on peut dire

que les grandes masses continentales et les grandes dépressions

océaniques conserveraient à peu près leur importance et leur situation

relatives.

Mais, pas plus dans l'état nouveau que dans l'état actuel, on ne verrait

apparaître l'égalité ou la symétrie entre les deux hémisphères. Il y a

deux fois plus de terres émergées au nord de l'équateur qu'au sud. Leur

importance va toujours croissant, dans l'hémisphère boréal, depuis

l'équateur jusqu'au cercle polaire. Dans l'hémisphère austral elle va en

diminuant de l'équateur jusque vers le cinquantième degré de latitude,

où la mer règne à peu près sans partage. Les terres se montrent de

nouveau dans les hautes latitudes antarctiques et forment une masse

continentale importante autour du pôle Sud, au lieu que le pôle Nord est

occupé par une mer profonde, comme l'a montré l'exploration de Nansen.

Un même parallèle, en général, traverse aussi bien des bassins profonds

que des plateaux élevés. On ne peut donc pas considérer l'altitude comme

étant une fonction de la latitude; il n'y a point accumulation spéciale

des terres vers les pôles ni vers l'équateur et la croûte solide

participe, tout aussi bien que la mer, à l'aplatissement géodésique. On

ne peut pas non plus rattacher simplement l'altitude à la longitude, en

regardant la surface comme formée de fuseaux alternativement soulevés et

déprimés. Toutefois cette représentation serait déjà plus près de la

réalité. Les masses continentales, et plus encore les presqu'îles, ont

tendance à se développer dans le sens Nord-Sud plutôt que dans le sens

Est-Ouest.

Le contraste noté tout à l'heure entre les calottes polaires rentre dans

une loi plus générale. Le relief ne manifeste pas une distribution

symétrique autour d'un centre, mais au contraire une opposition

diamétrale des dépressions aux saillies et _vice versa_. Ainsi le centre

du continent asiatique a pour antipode le centre de l'océan Pacifique.

Que l'on décrive sur un globe terrestre un grand cercle ayant son pôle

dans l'Europe occidentale, on limitera un hémisphère où il y aura

presque égalité entre la terre et la mer, pendant que, pour l'hémisphère

opposé, le rapport correspondant sera seulement 1/8,3. Si l'on considère

les surfaces continentales du premier hémisphère, on trouve que le

vingtième seulement de leur surface a pour antipodes des terres

émergées.

Cette circonstance témoigne, tout aussi bien que l'aplatissement, en

faveur de la fluidité primitive de la Terre. Elle montre que, au moins à

une certaine époque, les pressions ont pu se répartir et se transmettre

à travers toute la masse du Globe avec une certaine liberté. On pourrait

être tenté de voir dans le même fait une infraction au principe posé par

Newton, concernant l'égalité des pressions exercées au centre par

diverses colonnes liquides. Il semble, en effet, que la pesanteur doit

reprendre la même valeur en des points symétriques par rapport au

centre, en sorte que l'équivalence des pressions exige l'égalité des

altitudes. Mais cette conséquence n'est forcée que si l'on suppose la

Terre homogène, et l'inégale densité des matériaux du globe terrestre

peut aisément compenser une différence de longueur, d'ailleurs

relativement faible.

Après l'abaissement fictif que nous avons fait subir au niveau des mers

pour obtenir la surface d'équidéformation, le groupement des terres

émergées rentre plus exactement dans une formule simple. On peut dire

qu'elles se rattachent à trois masses principales, situées dans

l'hémisphère Nord, qui prennent leur plus grande extension vers le 60e

degré de latitude nord, vont en s'amincissant vers le Sud,

disparaissent, et se retrouvent soudées ensemble vers le pôle austral.

Ces trois masses continentales ont respectivement leurs centres dans la

Scandinavie, la Sibérie orientale, la région du lac des Esclaves,

c'est-à-dire qu'elles sont espacées de 120° en longitude. La séparation

admise ici entre l'Europe et la Sibérie orientale semblera peut-être

quelque peu fictive. Elle se justifie par l'existence d'une dépression

qui, tout en n'étant pas occupée par la mer, n'en est pas moins très

marquée et très étendue. D'ailleurs ces trois régions constituent des

plateaux archéens, émergés de longue date et qui ont joui à travers les

périodes géologiques d'une stabilité presque complète.

Les extensions données à l'Europe au Nord-Ouest, à l'Asie au Sud-Est se

justifient non seulement par le relevé des profondeurs marines, mais par

la Géologie historique. La répartition des espèces végétales et animales

dans les îles, la nature des dépôts ramenés par les sondages, montrent

que ces portions de mer peu profondes, rattachées aux continents

actuels, ont été effectivement émergées à une époque où la vie était

déjà répandue à la surface de la Terre.

Il est à remarquer que l'Australie, considérée comme prolongement

péninsulaire de l'Asie, l'Afrique considérée comme annexe du plateau

Scandinave, n'admettent point le même méridien central que la masse

continentale dont on fait dépendre chacune d'elles. L'une et l'autre

sont déviées fortement du côté de l'Est: une différence de même sens et

non moins marquée existe, en longitude, entre l'Amérique du Nord et

l'Amérique du Sud.

La liaison des péninsules australes aux continents est imparfaite et le

rétrécissement des terres émergées, quand on marche du Nord au Sud, ne

se fait pas d'une manière continue. Il existe en effet une zone

transversale de rupture à peu près parallèle à l'équateur et située à

quelque distance au nord de celui-ci.

Le long de cette zone on voit s'enchaîner des bassins approximativement

circulaires, bordés de hautes montagnes ou de cassures récentes. Ce sont

des régions instables, sujettes aux éruptions ou aux tremblements de

terre. On les nomme les _fosses méditerranéennes_, parce que le fossé

qui sépare l'Europe de l'Afrique en fournit les exemples les mieux

caractérisés et les mieux connus. Il faut y joindre les chotts

Sahariens, la Mer Noire, la Mer Morte, la dépression Arabo-Caspienne,

celle du Turkestan chinois, les mers du Mexique et des Antilles.

On doit à Lowthian Green d'avoir donné un énoncé géométrique embrassant

ces divers faits. Il suffit de considérer les centres des trois masses

continentales de l'hémisphère Nord comme les sommets d'un tétraèdre

régulier inscrit dans la sphère, et dont le quatrième sommet tomberait

au pôle antarctique. Les arêtes et notamment les parties voisines des

sommets, correspondront alors à des régions saillantes, les centres des

faces aux points de plus grande dépression. On peut aussi déplacer les

sommets du tétraèdre de quantités égales sur des droites partant du

centre, de manière à faire grandir le solide en le laissant semblable à

lui-même. Quand son volume sera devenu équivalent à celui de la sphère,

les pointements qui apparaîtront en dehors de la sphère représenteront

approximativement les continents. On reconnaît sans peine qu'ils seront

élargis au Nord, allongés en pointe vers le Sud, que leur développement

sera maximum vers le 60e degré de latitude Nord, pendant que les mers

auront leur plus grande extension d'une part au pôle Nord, de l'autre

vers le 55e degré de latitude australe (_Pl. II_).

L'accord avec les faits est assez remarquable pour engager à la

recherche d'une explication physique. La Terre, dans son ensemble,

montrerait une tendance à se déformer, à partir d'un ellipsoïde de

révolution, pour se rapprocher de l'aspect extérieur d'un tétraèdre

régulier. Or on peut citer des expériences où cette déformation

s'accomplit, pour ainsi dire, spontanément. Un tube cylindrique de

caoutchouc, quand la pression du milieu ambiant augmente, prend une

section triangulaire: un ballon de verre où l'on a fait le vide et que

l'on échauffe à la température de ramollissement du verre se déprime en

quatre points situés à 120 degrés les uns des autres. L'expérience

réussit encore avec un ballon sphérique de caoutchouc que l'on dégonfle

progressivement. Dans ces divers cas la déformation est imposée parce

que le volume de l'enceinte diminue proportionnellement plus vite que la

superficie de l'enveloppe. Il y a lieu de penser que le même conflit

doit se produire dans le refroidissement d'une planète primitivement

fluide et qui s'enveloppe d'une croûte, suivant la conception de

Descartes. La surface de cette enveloppe peu conductrice arrive assez

vite à la température d'équilibre qu'elle doit prendre sous l'influence

des rayons solaires. A partir de ce moment toute la déperdition de

chaleur se fait aux dépens de la masse interne, qui se contracte par

suite plus que l'écorce, et, comme celle-ci n'est pas assez tenace pour

se soutenir sans appui, la conservation de la forme sphérique est

impossible.

Maintenant la déformation a-t-elle comme terme nécessaire un tétraèdre?

On a invoqué, pour le démontrer, soit le principe de la moindre action,

soit le principe de la conservation de l'énergie. On fait valoir que, la

sphère ayant la propriété d'enfermer le plus grand volume possible sous

une surface donnée, le tétraèdre est, parmi les polyèdres réguliers

convexes, celui qui enferme sous une surface donnée le plus petit

volume. Le tétraèdre serait par suite, entre les figures dérivées de la

sphère, celle qui réalise au prix du plus petit changement de surface

une diminution de volume imposée. Mais cette conséquence ne serait

rigoureuse que si le champ des déformations était limité aux figures

convexes, et ni la théorie, ni l'observation ne donnent lieu de croire

qu'il en soit ainsi. Malgré cette incontestable lacune mathématique, le

système de Green est digne d'une grande attention à cause du nombre des

faits qu'il se montre capable de comprendre et d'assimiler. Il la mérite

d'autant mieux que l'auteur a réussi à faire rentrer dans sa théorie les

deux anomalies les plus apparentes que présente, à première vue, le

dessin géographique.

Il y a lieu de se demander, en effet, pourquoi les trois masses

continentales allongées suivant un méridien présentent une solution de

continuité, une cassure orientée parallèlement à l'équateur et d'où

vient que, dans chacune de ces arêtes, la partie australe est déviée

vers l'Est par rapport à la moitié Nord.

L'explication, analogue à celle des vents alizés, fait intervenir la

rotation du globe et la force centrifuge. Lorsque les sommets du

tétraèdre situés dans l'hémisphère Nord accusent leur saillie, ils

effectuent autour d'eux une sorte d'aspiration et empruntent des

matériaux au Nord comme au Sud. Mais c'est dans le premier cas que le

changement de vitesse résultant de la variation de latitude est le plus

sensible. Les masses venues du Nord et s'éloignant de l'axe ont une

vitesse acquise trop faible et demeurent en retard sur la rotation de la

Terre.

Inversement, les matériaux appelés de l'équateur vers la protubérance

Sud possèdent à la suite de ce déplacement un excès de vitesse et

prennent l'avance sur la rotation du Globe. Il se produit ainsi sur

chaque arête méridienne du tétraèdre une sorte de torsion, capable de

déterminer la rupture et d'entraîner vers l'Est la partie australe. La

ligne de discontinuité, marquée par le chapelet des fosses

méditerranéennes, est une nouvelle aire de dépression, ajoutée à celle

que constituent déjà les centres des faces du tétraèdre. Si l'on néglige

cet effet de torsion, le diamètre issu de chaque sommet va passer au

centre de la face opposée. La correspondance diamétrale des dépressions

et des saillies, indiquée par l'observation, est aussi une conséquence

de la définition géométrique du polyèdre.

C'est surtout cette concordance qui assure à l'hypothèse tétraédrique

une grande supériorité sur la théorie proposée antérieurement par Élie

de Beaumont pour coordonner géométriquement les principaux traits du

relief terrestre. Cette théorie, après avoir passé par une période de

brillante faveur, n'a plus de partisans aujourd'hui. Nous en dirons

cependant quelques mots, parce qu'elle a son point de départ dans

l'observation de faits bien avérés et qui ne doivent pas être perdus de

vue.

L'idée qu'une loi précise commande la distribution des parties

saillantes et déprimées n'est pas invraisemblable _a priori_. Il n'y a

pas de chaîne de montagnes où l'on ne reconnaisse avec facilité la

répétition fréquente d'un petit nombre d'alignements. Cette circonstance

ne peut être mise en doute, bien qu'elle soit un peu exagérée dans

certaines cartes topographiques, en raison de la propension qu'on

éprouve, dans la description d'un objet compliqué, à simplifier et à

répéter des traits déjà connus. Ce parallélisme est un vestige des

puissants efforts latéraux qui ont suivi la consolidation de l'écorce et

en ont altéré le niveau. La direction dominante d'une chaîne résume

l'effort principal, poussée ou traction, qui lui a donné naissance.

Entre cet effort primitif et les mouvements ultérieurs qui sont venus

superposer leurs effets aux siens, entre les efforts simultanés qui ont

agi dans diverses régions de la Terre, y a-t-il indépendance ou

coordination géométrique? La seconde opinion est plus probable dans

l'hypothèse de la fluidité primitive et d'une écorce relativement mince

et certaines analogies font prévoir que les lignes de moindre

résistance, où se produiront les plissements, fractures ou déchirures,

dessineront les arêtes d'un polyèdre régulier inscrit. C'est ainsi que

des formes polygonales d'une régularité remarquable apparaissent dans la

solidification d'une croûte qui se fendille par retrait. L'expérience en

est souvent faite dans les creusets des métallurgistes. Les colonnades

basaltiques, dont les affleurements dessinent parfois des pavages

hexagonaux presque parfaits, ont pris naissance de cette manière dans le

refroidissement des coulées de lave.

Maintenant quel polyèdre régulier convient-il d'associer à la sphère

pour expliquer les principaux traits du relief terrestre? Élie de

Beaumont a donné la préférence au dodécaèdre, dont les faces sont des

pentagones. Le motif de ce choix est la faculté que l'on possède, en

prolongeant par des grands cercles les arêtes ou les diagonales des

faces, de constituer à la surface de la sphère un réseau très riche,

doué de propriétés géométriques nombreuses. Mais cette richesse même, en

rendant trop facile l'établissement de coïncidences approchées avec les

chaînes de montagnes terrestres, enlève à ces coïncidences beaucoup de

leur prix. Il est rationnel évidemment d'attacher une importance

particulière soit aux arêtes mêmes du dodécaèdre, soit aux lignes qui en

dérivent le plus directement. Élie de Beaumont met à part quinze grands

cercles, qu'il appelle _cercles primitifs_, et qui peuvent être associés

trois à trois, de manière à former des triangles trirectangles,

admettant chacun comme pôle un sommet du dodécaèdre. Le mode

d'orientation adopté par lui consiste à faire tomber l'intersection de

deux cercles primitifs rectangulaires sur le mont Etna, et à faire

pivoter le système jusqu'à ce qu'un autre cercle primitif vienne

s'aligner sur la Cordillère des Andes. Mais les coïncidences obtenues de

cette manière ne sont pas assez précises pour entraîner la conviction et

les chaînes de montagnes ainsi rattachées à des lignes homologues n'ont,

d'après l'histoire géologique, aucun titre à être considérées comme

contemporaines. Enfin, objection plus grave, le dodécaèdre pentagonal

est une figure centrée. A chaque sommet correspond comme antipode un

autre sommet, au centre de chaque face le centre d'une autre face. Si

donc le Globe terrestre était construit sur ce plan, il devrait arriver

qu'à une partie saillante correspondrait une autre partie en relief

diamétralement opposée. C'est le contraire qu'on observe dans presque

tous les cas. Il faut donc plutôt chercher la formule de coordination du

côté des solides réguliers qui, comme le tétraèdre, réalisent

l'association inverse. Pour ces diverses raisons on a cessé d'attribuer

au dodécaèdre pentagonal aucune signification concrète, et la discussion

est circonscrite entre les partisans du tétraèdre de Green et ceux qui

refusent de voir dans l'ensemble du relief terrestre aucune

manifestation de symétrie.

On ne peut nier cependant que les crêtes des montagnes, les lignes de

rivage formées par voie de cassure, les axes des fosses océaniques

allongées, ne manifestent une préférence pour certaines orientations.

Élie de Beaumont, en dressant la liste des angles de position par

rapport au méridien pour les chaînes de montagnes les mieux étudiées,

trouvait des chiffres groupés en très grand nombre autour de certaines

valeurs particulières. Plus tard, J. Dana a établi par de nombreux

exemples la prédominance de deux alignements: l'un du Sud-Ouest au

Nord-Est, l'autre du Nord-Ouest au Sud-Est. Au premier se rattachent la

côte asiatique orientale, l'axe de la Nouvelle-Zélande, la chaîne des

Alleghanys, l'axe de l'Atlantique Nord, l'axe de l'Atlantique Sud, les

monts Scandinaves. On peut faire rentrer dans le second le grand axe du

Pacifique, les montagnes Rocheuses, la côte du Pérou, le chenal de

l'Atlantique moyen, divers groupes d'îles du Pacifique. Si ces

alignements étaient visibles dans toutes les parties du Globe, sa

surface pourrait être assimilée à un échiquier de cases rhomboïdales

obliques sur le méridien et séparées par des lignes de relief ou de

rupture. Mais il faut se rappeler que beaucoup de chaînes montagneuses,

dont l'existence passée est attestée par la discordance ou le plissement

des couches, ont actuellement disparu, ensevelies par la mer ou nivelées

par l'érosion. Ces causes de ruine ont été relativement peu actives sur

notre satellite, et il en résulte que la disposition en échiquier est

plus aisément reconnaissable sur le globe lunaire que sur le nôtre.

Au lieu d'étudier la disposition en plan des lignes de relief, on peut

se demander si quelque loi générale ne se dégage pas de l'examen des

coupes verticales.

On est généralement porté à regarder les continents comme des

intumescences convexes, les mers comme des cuvettes concaves. L'ensemble

des nivellements et des sondages modernes montre que cette manière de

voir est fort éloignée de la vérité. Le fond des bassins océaniques est

habituellement convexe. Non seulement il participe à la courbure

générale du Globe, mais il a sa courbure propre, qui est, au moins dans

un sens, encore plus marquée. De la sorte, les parties les plus creuses,

appelées _fosses océaniques_, sont rejetées près des bords et forment

des vallées allongées parallèles aux lignes de rivage.

Les continents offrent exactement la disposition inverse, ou du moins

ils l'ont présentée au moment où ils ont émergé, avant que l'érosion

n'ait eu le temps de modifier leur structure. Leur partie centrale est

une cuvette ou un assemblage de cuvettes, et les chaînes de montagnes

suivent les côtes. Les fleuves nés dans l'intérieur sont obligés, pour

rejoindre la mer, de faire brèche à travers une barrière plus ou moins

élevée. Les coupes de l'Afrique australe, de l'Amérique boréale suivant

des parallèles ressemblent à celles d'une assiette renversée suivant un

diamètre. Si l'on veut définir la montagne comme étant le squelette du

continent, on doit considérer ce squelette comme extérieur, à la façon

de la coquille d'un crustacé.

Cette structure a été plus ou moins, à l'origine, celle de tous les

continents. Depuis, elle est devenue moins nette dans beaucoup de cas,

l'érosion ayant affaibli ou rasé la ceinture de montagnes et accru par

sédimentation le domaine de la frange ou bordure externe. Des

communications de plus en plus larges se sont établies entre les bassins

intérieurs et les mers voisines. Il reste cependant en Asie, en Afrique,

dans l'Amérique du Nord, des régions étendues sans écoulement aucun vers

l'Océan.

Partout les points de grande altitude sont plus voisins de la mer que du

centre du continent, et tendent à s'aligner, comme les fosses

sous-marines, parallèlement au rivage. L'ensemble de ces faits se résume

dans une loi que M. de Lapparent énonce ainsi: «Au moment où une grande

ligne de relief se constitue sur le Globe, elle forme le rivage d'une

dépression océanique ou lacustre sous laquelle elle s'enfonce par son

versant le plus incliné et, en général, l'importance de la chaîne à

laquelle elle donne naissance est en rapport avec celle de la dépression

qu'elle côtoie.»

La dissymétrie des versants est une loi générale. Le versant le plus

rapide, faisant face à la plus grande dépression, est en moyenne deux

fois plus incliné que l'autre. On arrive au fond des fosses océaniques

par une pente rapide quand on vient de la terre, par une pente douce

quand on vient du large. Dans les contrées couvertes de plissements en

échelons, l'altitude va croissant d'une ride à l'autre du côté où elles

présentent toutes l'inclinaison la plus forte. Mais cette structure est

sujette à être modifiée par l'érosion. La dernière ride, la plus haute

et la plus exposée aux vents humides, est vouée à une ruine plus

prompte. Les cours d'eau y font brèche en reculant leurs sources, et la

ligne de partage des eaux se trouve fréquemment reportée en arrière des

sommets les plus élevés.

La manière dont la glace et les eaux pluviales interviennent pour

transformer le relief terrestre nous est connue par l'observation

quotidienne. Elle fait l'objet de Chapitres importants dans les Traités

de Géologie et de Géographie physique. Nous ne ferons qu'effleurer cette

question, malgré l'intérêt toujours actuel qu'elle présente, parce

qu'elle nous écarterait de notre objet principal, qui est d'éclairer par

l'étude de la Terre celle des autres corps célestes.

La terre et la lune: forme extérieure et structure interne · 第 9 / 54 题