Le contre-amiral Pallu de la Barrière, qui vient de mourir à Lorient où
il s'était retiré depuis sa mise à la retraite, était un marin de grand
mérite et un littérateur distingué. On sait que le cumul n'est point
rare dans le corps si remarquable qui est représenté à l'Académie
française par l'amiral Jurien de la Gravière.
Né à Saintes en 1828. M. Pallu de la Barrière était enseigne de vaisseau
en 1850, lieutenant de vaisseau en 1868. Il était capitaine de frégate
au moment de la guerre, il servit à terre avec le grade de général de
brigade au titre auxiliaire et commanda la réserve de l'armée de l'Est.
Ce n'était point sa première campagne, car on l'avait déjà vu en Crimée,
en Chine et en Cochinchine, vaillant et intrépide au feu. Lorsque notre
malheureuse armée de l'Est dut, après la marche offensive et victorieuse
des ennemis, opérer sa retraite en Suisse, Pallu de la Barrière couvrit
les opérations avec le petit corps qu'il commandait et, en se dirigeant
vers le Sud, échappa à la nécessité de déposer les armes. Le combat de
la Cluse, qui restera comme un de ses titres de gloire, fut une
sanglante rencontre d'infanterie qui coûta aux deux partis la vie d'une
quarantaine d'officiers et d'un millier d'hommes.
A la paix, le général de brigade Pallu de la Barrière redevint capitaine
de frégate: il fut nommé capitaine de vaisseau en 1873. Sept ans après,
il était élevé à la dignité de commandeur de la Légion d'honneur, et
cette étape si honorable l'aida à attendre, le grade de contre-amiral
qui lui lut décerne en 1887, peu avant sa retraite; entre temps, en
1883, il avait été envoyé en Nouvelle-Calédonie comme gouverneur.
Le contre-amiral Pallu de la Barrière a publié sous le pseudonyme de
Constantin d'intéressantes études de la vie maritime ou des récits des
expéditions auxquelles il a pris part; citons: _Six mois à Eupatoria_
(1857); _les Gens de mer_ (1860); _Relations de l'expédition de Chine_
en 1860 et de l'_Expédition de Cochinchine_ en 1861. Il a collaboré à la
_Revue des Deux-Mondes_.
Dans ses dernières années, le contre-amiral souffrait d'une maladie de
coeur, sa santé était délicate: en Cochinchine, il avait été assez
gravement blessé de deux coups de lance à l'attaque de Ki-Kioa à la
suite de laquelle Saigon fut bloqué en 1861. C'est à cette occasion
qu'il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur.