L'IMPÉRATRICE FRÉDÉRIC

L'impératrice Frédéric, dont le voyage en France excite une certaine

émotion, est déjà venue plusieurs fois à Paris, depuis les événements de

1870. Ses visites n'ont jamais eu de but politique. Elle ne venait que

pour parcourir les ateliers de nos peintres en renom. On pourrait citer

plus d'un qui a reçu une dame, vêtue de noir, parlant le français avec

un fort accent anglais, et qui n'a su que plus tard que la visiteuse

était l'impératrice Frédéric.

La mère de Guillaume II est, à l'heure qu'il est, âgée de 51 ans; il lui

reste de son origine--elle est fille de la reine Victoria--un air très

anglais qu'on n'a pas été sans lui reprocher jadis en Allemagne. C'est

une femme d'une intelligence absolument supérieure, qui s'occupa

beaucoup de politique avant l'avènement de son fils et avant le règne de

quelques jours de son mari, mais qui emploie maintenant toute son

activité aux arts, qu'elle a toujours beaucoup aimés.

Elle peint avec un talent dépassant de beaucoup celui de peintre amateur

et elle a une véritable compréhension pour tout ce qui touche de loin ou

de près à l'art. On la dit très ambitieuse, on ferait mieux de dire

qu'elle l'a été. Mais la mort de son mari l'empereur Frédéric, qu'elle a

soigné pendant une longue maladie avec un extraordinaire et touchant

dévouement, lui enlève tout espoir de jouer un rôle dans l'histoire de

l'Allemagne.

La princesse Marguerite qui l'accompagne est née en 1872 à Postdam.

L'empereur Guillaume II a, pour la plus jeune de ses soeurs, une très

grande affection. Elle est simple et sans fierté. On dit que son frère

songe à lui faire épouser le czarewitch.

Et quand on verra passer dans nos musées une dame vêtue de noir suivie

d'une jeune fille très simple, on ne croira pas que ces deux

promeneuses, qui ont pour signe particulier d'être indifférentes et de

ressembler à tout le monde, sont l'une veuve et l'autre fille d'empereur.

L'Illustration, No. 2504, 21 février 1891 · 第 21 / 31 题