L. P.

_Le drame d'Oberammergau_, par Mme Léonie de Bazelaine 1 in-12, 3 fr. 50

(Le Thielleux, 10, rue Cassette).--On se souvient que l'année dernière

durant quatre mois d'été, de mai à septembre, les habitants d'une petite

bourgade perdue dans les montagnes de Bavière, donnèrent au monde un peu

surpris le spectacle d'un drame évoqué du moyen-âge, ni plus ni moins

qu'un mystère, le drame de la Passion. On s'y rendit de toutes parts, et

les étrangers affluèrent dans la montagne. L'un logeait chez Caïphe, et

l'autre chez Pilate; tel autre chez Jésus-Christ lui-même. Car les

acteurs étaient tous gens du village, ce qui ne les empêcha pas de jouer

fort bien leur rôle, ayant, à défaut de science scénique, la conviction

et la foi. Maintenant, comment se fait-il que l'on représente, en l'an

de peu de grâce 1890, des mystères à Oberammergau? C'est, parait-il,

l'accomplissement d'un voeu fait en 1633 (!) par les habitants pour

conjurer la peste, et depuis cette époque, tous les dix ans, se joue

dans le petit bourg des montagnes le drame de la Passion. Les obstacles

ne manquent guère aux représentations; elles attirent plus ou moins de

monde, ont plus ou moins de succès. Celles de 1890 ont eu la bonne

fortune d'attirer l'attention de la presse. Aussi marqueront-elles dans

les annales d'Oberammergau, et c'est une heureuse idée qu'a eue Mme de

Bazelaine d'en fixer, dans un petit livre, le souvenir très intéressant.

L'_Art gothique_, par M. Louis Gonse, 1 vol. gr. in-4° de 488 p. orné de

284 gravures dans le texte et de 28 planches hors texte, eaux-fortes et

pl. en couleurs. Prix, rel. artist. 100 fr. (Librairies-Imprimeries

réunies).--Et d'abord, qu'est-ce que l'art gothique? Il est clair que

les Goths, qui s'éteignent au sixième siècle de notre ère, ne sont pour

rien dans l'éclosion d'un art apparu six cents ans plus tard: l'art

gothique est l'art qui prit naissance dans l'île de France, autour de

Paris, au commencement du douzième siècle, et qui poursuivit son

développement jusqu'à la fin du quinzième; l'Art gothique, c'est l'art

français. Voilà longtemps que les travaux des Viollet-Le-Duc, des Vitet,

des Mérimée, des Quicherat, ont prouvé jusqu'à l'évidence cette vérité

que la critique d'Outre-Manche et d'Outre-Rhin ne conteste plus; mais,

depuis trop longtemps aussi, ces faits acquis à la gloire de notre pays

et que tout Français devrait avoir à coeur de connaître sont demeurés

enfermés dans le domaine de la science, et l'on rencontre encore nombre

de personnes chez lesquelles ce mot de gothique évoque la poétique

fiction des hautes forêts de la Germanie donnant naissance aux nefs

élancées de nos cathédrales. Le travail de M. L. Gonse, par l'éclat de

sa publication, par la clarté de son exposé et l'attrait de ses

gravures, aura pour résultat de faire sortir ces vérités du cercle

restreint de l'archéologie pour les répandre dans ce public nombreux

d'amateurs et de gens du monde qui se laissent volontiers instruire,

pourvu que la science se présente sous des dehors aimables. Si donc ce

n'est pas à l'archéologie que le magnifique in-quarto de M. L. Gonse

fournit une assise nouvelle, c'est à l'art national, à l'art français,

en quoi le mérite n'est pas moindre, car il ne suffit pas de trouver la

vérité, il faut la faire connaître, et ce sont les ouvrages de ce genre

qui font fonction de la répandre, sinon de la vulgariser.

Dans la _Bibliothèque des dames_ (Librairie des Bibliophiles), les _Deux

Perles_, la charmante nouvelle de Mme Paul Lacroix, qui parut pour la

première fois, en 1854, dans le _Pays_, sous le nom du Bibliophile

Jacob. Le Bibliophile n'entendait pas en faire tort longtemps à l'auteur

véritable, et c'est avec une préface de Paul Lacroix qu'elle fut éditée

par la suite. Une ravissante eau-forte de Lalauze accompagne cette

édition.

[Illustration: NOS GRAVURES]

L'Illustration, No. 2504, 21 février 1891 · 第 20 / 31 题