répond. Comment, dit Pasquin, vivent les évangéliques?--Ils s'appellent
tous frères et sœurs.--Est-il vrai qu'ils se marient tous?--Ils ont
chascun une femme en public, et, en secret, en peut avoir, qu'il en
prenne.--Comment sont habillés les prédicans?--Comme des avocats, sauf
le bonnet carré.--Jeûnent-ils, prient-ils?--Nani, nani; non plus que
chiens. Ils disent que Jésus-Christ a satisfait pour eulx. Ils vont
à pied, faisant les pauvres et les bons frères mitous.--Quoi! leurs
gros paillards, Calvin, Farel et Viret aussi vont à pied?--Nani,
nani.--Dis-moi donc comment vit le vénérable Calvin?--Il a tenu, en son
logis, durant cinq ans, une nonnain d'Albigeois à deux escus par mois
pour lui faire son lit. Au cinquième an, la nonnain se voyant grosse
de quatre mois, fallut que M. de Rocayrols, jadis chanoine d'Alby et
son favori, vînt à Genève l'épouser, sur peine d'être accusé comme
luthérien, par Calvin, en son pays. Calvin accompagna la nonnain à
Lausanne, déguisé en coureur de poste, et la noce se fit en l'église de
Viret, en présence de Vailler, pendant que Calvin était allé prescher
à Neufchastel, en l'église de Farel. Madame la nonnain a fait un beau
fils peu après à M. de Rocayrols, et le compère a été maître Raymond,
prédicant à Genève, compagnon de Calvin en tous butins.--Ah! la bonne
truie! Mais dis-moi maintenant, Passevent, de la Charbonnière et de la
bourse des pauvres de Genève?--La Charbonnière est une belle nonnain
de Milhau en Rouergue, enlevée par un nommé Charbonnier. Quand le
couple fut arrivé à Genève, Calvin voulut en faire son profit, disant
à la poure fille qu'il fallût quitter son Charbonnier pour entrer
dans le sein de l'Eglise; ce que voyant le Charbonnier, s'enfuit à
Lausanne avec sa nonnain, où ils sont encore.--O quel paillard de
leur Eglise est cet enragé de Calvin! et je pensois que leurs sermons
les instruict à bien vivre.--Leurs sermons ne leur servent si non
d'appeler le pape antechrist, et les cardinaux cuisiniers, et les rois
tyrans, d'instruire le peuple à vivre en toute liberté, et distribuent
la bourse des pauvres à leurs parens, donnant bien trois carolus par
sepmaine aux pauvres, c'est tout.--Dis-moi, je te prie, qui sont ceux
qui fondent telle bourse?--Ils envoyent par tous costés de chrestienté
leurs espions et semeurs d'hérésie chargés de livres contre la messe,
et font la levée chez les poures abusez et desrobent les églises,
puis reviennent par après à Genève, où ils sont tant plus festoyés et
caressés par Calvin, Farel et Viret, que plus ils sont chargés.--Ils
ont donc tous les biens d'église où les peuples les escoutent?--Tu es
bien deceu: non, ce sont les seigneurs qui ont le mieux happé ces biens
et les arrentent au plus enchérissant, dont Calvin est bien fasché,
disant que ces brigands de seigneurs sont cause qu'ils ne sont estimés
du peuple au regard des prélatz de la papisterie, pour ce qu'ils n'ont
plus les biens d'église.--Comment sont leurs églises?--Les édifices
s'en vont petit à petit au bas, et ne leur chault des bastimens non
plus que des estables, disant que l'église de Dieu sont les fidèles;
et tout bastiment leur est bon.--Récite-moy, sans plus dilayer, la
vie du vénérable Viret en son église de Lausanne et des professeurs
de son université en théologie, et aux langues hébraïque, grecque
et latine.--Voicy en premier leur catalogue, puis, après, leur vie.
Pierre Viret et Jacques Vailler, prescheurs ou minimes; le Beato
Conte, jadis prescheur, et maintenant médecin et seigneur du Meyx, en
Savoye; Jean Rubite, lecteur de la Bible; Merlin, lecteur en hébreu;
Thadée Bèze, lecteur en grec; Eustace, lecteur ez arts et maistre des
Douze; Mathurin Cordier, principal du collége des enfans; Arnaud de
Chastelnaudary, diacre ordinaire; François Villaris, diacre pour les
pestilenciez; Barthélemy Causse, ministre de Lucerne, près Payerne;
Claude, jadis curé d'Yman, et Ores, ministre de Grant Court, près
Payerne; et trois honorables, savoir: Achats Albiac, jadis moine, et
aujourd'hui se fait nommer seigneur du Plexis; Dominicle Boulardet,
brodeur; et Grant Jean Flamen, de Toulon. Viret est un fils d'Orbe en
Savoye qui, le mois d'août passé, 1654, a renoncé la messe et abattu un
couvent de bonnes religieuses de Sainte-Clère. Iceluy a pris pour femme
une veuve chargée de trois petits enfans, qu'il a fait sa famille avec
ses joyaux, et cent francs qu'il a détenus. C'est le plus beau diseur
et bavard de la bande. Vailler a esté prestre et maistre d'escole à
Briançon, et Ores ministre à Lausanne; il a pris pour paillarde une
vieille midrouille dont il a un enfant de quinze ans qu'il enrichit,
acquiérant des biens de tous costés, mesmement en la ville d'Aubonne,
et s'occupe de son avoir plus que du sermon, semblant mieulx badin
que prescheur... Le Beato Conte estoit secrétaire du duc de Savoye,
qui s'enfouit en Allemagne, faisant le médecin après avoir enlevé la
demoiselle d'un gentilhomme du duc, et l'avoir engrossée. Calvin,
Farel et Viret l'ont reçeu, et reçoivent tous bandits. Beato Conte,
ayant visé puis après que la veuve de M. de Meyx en Savoye, près
Lausanne, estoit mieulx son faict, a donné une médecine purgative à
sa damoyselle, qui lui purgea l'ame du corps, et ensuite épousa la
veuve, et se fait appeler seigneur du Meyx. Il est timide et couard,
et vient en cachette à Lausanne, comme dit Jean Flamen, son maistre
d'hostel, et, dans peu, son gendre... Jean Rubite est un prestre de
village en Faucigny, lequel a pris pour femme une publique de Berne,
et vit en bon janin... Thadée Bèze, Bourguignon, est tenu à Calvin,
qui l'a marié avecques la belle Candide, et l'a fait lecteur en grec
à Lausanne. C'est le second des évangéliques. Il estoit prieur à
Longjumeau. Il connut la belle Candide, à Paris, dans un bordeau nommé
_Huleu_, et vint à Genève, où Calvin maria ce seigneur _de osculo_
avec sa vieille midrouille. Merlin, lecteur en hébreu, est le fils
d'un pauvre marchand failli de Valence en Dauphiné, et ne sçait quatre
paroles de latin, etc., etc., etc. Iceux évangélicques ne se soucient
du tout du baptesme, baptisant quand cela se trouve, mais sans affaire;
et mariant uniment, le fiancé menant sa fiancée au temple, les hommes
deux à deux en avant, les femmes derrière; et le ministre leur dit
qu'ils sont mariés, et puis s'en retournent chascun disner s'il en a;
et enterrent les morts ainsi: les portant dans la fosse, les hommes
devant, les femmes derrière, sans faire nulle prière qui serait, selon
eux, papisterie et idolâtrerie.--Je vois bien qu'une telle génération
serpentine ira bientôt en ruine, moyennant l'ayde de Dieu auquel
j'espère.--Notre debvoir, Pasquin, est, comme tu dis, de prier qu'il
lui plaise donner la paix aux princes, afin que, par tel ordre, on
puisse mettre à feu et à sang telle secte de bannis et pleins de tous
vices à l'honneur de Dieu et son Eglise. Amen.
ANTITHÈSE
DES FAICTS DE JÉSUS-CHRIST ET DU PAPE;
Mise en vers françois. (De l'Antithesis de præclaris Christi et
indignis papæ facinoribus, studio Simonis Rosarii. Genevæ,
1557.)
ENSEMBLE
LES TRADITIONS ET DÉCRETS DU PAPE,
OPPOSEZ AUX COMMANDEMENS DE DIEU.
_Item_, la Description de la vraie image de l'Antechrist, avec
la Généalogie, la Nativité et le Baptême magnifique d'iceluy;
le tout augmenté et reuu de nouveau. Imprimé à Rome l'an du
grand Jubilé. (1 vol. pet. in-8, très rare, de 143 pages, fig.
en bois. M.DC.)
(1552-61-78--1600.)
Il est évident que l'original latin de ce terrible libelle, dirigé
contre l'église romaine, est pseudonyme, et que jamais, dans la ville
de Calvin, aucun écrivain ne s'est nommé _Simon du Rosaire_. M. Barbier
ni personne, à notre connaissance, n'a pu, à cet égard, lever le voile
qui couvre la vérité. Le nom du traducteur français n'est pas plus
connu. C'est une petite perte et un grand scandale de moins. Nous nous
bornerons à donner la description de l'édition française de 1600, sous
la forme d'une simple table analytique, les différentes pièces qu'elle
contient n'étant pas susceptibles d'une mention plus étendue, soit
à cause de l'impiété cynique dont ces pièces sont remplies, soit en
raison de leur peu de mérite: les voici donc dans leur ordre.
1°. Après un dixain du traducteur, un avis de l'imprimeur au
lecteur chrétien, et une épître en prose à tous fidèles, on
trouve XVII antithèses doubles, en vers de douze pieds, placées
en regard les unes des autres, de façon que chaque antithèse,
en faveur du Christ, réponde à une autre contre le pape, ainsi
qu'il suit:
ANTITHÈSE VIII.
Non seulement Jésus donne à manger
A sa brebis, ains s'elle est en danger,
Il la retire et se montre soigneux
De la garder du loup caut et hargneux.
ANTITHÈSE VIII.
Les papelards porteurs de rogatons
Rouges museaux avec doubles mentons
Nez bien perlez, yeulx bordez d'escarlatte
Mettent le bien des poures sous leur patte,
etc., etc.
Une petite vignette en bois, placée au dessus de chaque
antithèse, et retraçant un sujet analogue à son contenu, est
surmontée toujours d'un distique, en vers de 8 pieds, qui offre
l'argument de l'antithèse elle-même, laquelle a constamment 70
vers. Exemple:
Dès que Christ vient au monde naistre,
Il nous fait la paix apparaistre.
Dès que le pape est ordonné,
A guerroyer est adonné.
2°. Les commandemens de Dieu opposés à ceux du pape:
Tailler ne te feras image
De quelque chose que ce soit, etc.
Fay-toy dresser à force images,
Car ainsi le veuil-je, et me plaist, etc.
3°. Epilogue.
4°. Description en prose de l'image de l'Antechrist, selon
l'Escripture saincte.
5°. Admonition aux povres aveuglez par l'Antechrist romain.
6°. Le livre de la Généalogie du désolateur Antechrist, fils du
diable.
..... Et Superstition a engendré Hypocrisie le Roy, et
Hypocrisie le Roy a engendré Gain, et Gain a engendré
Purgatoire, et Purgatoire a engendré Fondation des
anniversaires, et Fondation des anniversaires a engendré
Patrimoine de l'Eglise, et Patrimoine de l'Eglise a engendré
Mammon d'iniquité, et Mammon d'iniquité a engendré Abondance,
et Abondance a engendré Saouler, et Saouler a engendré Cruauté,
et Cruauté a engendré....., et Pompe a engendré Ambition, et
Ambition a engendré Simonie et ses frères en la transmigration
de Babylone....., et Mespris de Dieu a engendré Dispense, et
Dispense a engendré Congé de pecher, et Congé de pecher a
engendré Abomination, et Abomination a engendré Confusion, et
Confusion a engendré Travail d'esprit, et Travail d'esprit a
engendré Disputation, matière de chercher vérité par laquelle a
été révélé le désolateur Antechrist.
7°. Du Baptême de l'Antechrist, suivi de quatre sonnets.
8°. Description gentille et véritable de l'Idole..., nommée
vulgairement _Jean le Blanc_.
(C'est surtout cette pièce qui doit révolter toutes les
populations catholiques. On conçoit parfaitement toutes les
fureurs de la ligue en lisant de tels écrits, sans pourtant que
ces écrits mêmes justifient de telles fureurs).
9°. Deux épigrammes de Jean le Noir, Jean le Blanc, Jean l'Enfumé
et Jean le Gris.
(Elles ont ceci de remarquable qu'elles manifestent que tous
les points du dogme furent atteints sitôt que la réforme eut
commencé à l'occasion de la discipline.)
................................
Et Jean le Noir, et Jean le Blanc
Jean le Gris et Jean l'Enfumé
................................
Ont tous Jean le Blanc réclamé;
................................
Mais Jean l'Ancien nous a appris
Que nous verrons confondre et choir
Jean l'Enfumé et Jean le Gris,
Et Jean le Blanc et Jean le Noir.
10°. La Vie du pape Hildebrand, dit Grégoire septième, vive
image de l'Antechrist.
(C'est une satire en prose méprisable pour le fond et la forme.)
11°. La Vie de la papesse Jeanne, vive image de la grande
Paillarde romaine.
(On ne peut rien lire de mieux, si l'on veut s'éclairer sur la fable
historique de la papesse Jeanne, que de consulter la dissertation très
bien faite, à ce sujet, qui se voit dans les mémoires de Sallengre.
L'auteur y établit que le successeur de Léon IV, mort en 855, fut
Benoît III, mort en 858, et non point certaine femme, maîtresse d'un
certain moine anglais, laquelle, travestie en homme, fut élue pape,
sous le nom de Jean VIII, et mourut en accouchant sur la place publique
de Rome, en l'an 857, au temps de l'empereur Louis II. Le véritable
Jean VIII fut élu en 872, et mourut en 882. Quelques auteurs ont
prétendu que la faiblesse de ce Jean VIII pour le patriarche Photius,
qu'il rétablit sur son siége à la prière de l'empereur Basile, fut
cause qu'on le traita de papesse, d'où la fable susdite prit naissance.
Mais il est à croire que cette fable a une autre base plus consistante.
C'est du moins ce qu'on peut conjecturer de l'épigramme latine du
savant évêque hongrois Jean Pannonius, lequel vivait dans le XVIe
siècle, épigramme dont le présent volume donne, en finissant, la
traduction suivante.)
Nul ne pouvait jouir des saintes clefs de Rome
Sans monstrer qu'il avait les marques du vray homme.
D'où vient donc qu'à présent ceste espreuve est cessée,
Et qu'on n'a plus besoin de la chaire percée?
C'est pour ce que ceux-là qui ores ces clefs ont,
Par les enfans qu'ils font monstrent bien ce qu'ils sont.
FACÉTIES LATINES.
(1561--1737.)
Ces facéties, bien qu'écrites dans la langue de Virgile et de Cicéron,
sont toutes modernes. Les anciens n'étaient pas aussi plaisans que
nous; du moins, les ouvrages qui nous sont restés d'eux ne nous
donnent-ils pas le droit de les croire tels. Ce n'est pas, certes, un
médiocre sujet de réflexions que de tels jeux d'esprit aient occupé
les loisirs d'un Langio, d'un Scaliger, d'un Juste Lipse, d'un Cardan,
d'un Heinsius, d'un Dupuy, d'un Aldrovande et d'autres personnages de
cette valeur. Un coup d'œil rapide, jeté sur ces productions légères
d'esprits généralement si graves et si solides, ne sera donc ni sans
utilité, ni sans agrément. Nous procéderons, dans notre examen, suivant
la date des publications de nos éditions.
1°. Tomus primus et secundus convivalium sermonum utilibus ac
jucundis historiis et sententiis, omni ferè de re, quæ in
sermonem apud amicos dulci in conviviolo incidere potest,
refertus ex optimis et probatissimis auctoribus magno labore,
etc.; collectus, et jam quarto recognitus et auctus Basileæ,
M.D.LXI. (2 vol. in-8.)
Le premier tome de ces propos de table est ici réimprimé pour la
quatrième fois, et pour la première avec addition d'un second tome. En
1566, un troisième tome fut ajouté aux deux premiers, ce qui prouve
que le recueil eut un grand cours, comme il arrive ordinairement aux
livres qui amusent l'esprit sans l'occuper. C'est à Jean Gastius de
Brisack qu'en revient l'honneur s'il en est dû. Il s'est caché d'abord
sous le nom de Jean Peregrinus, on ne sait pourquoi, car son vrai nom
était assez obscur pour ne faire aujourd'hui partie d'aucune biographie
répandue. Dans sa dédicace à Louis Martrophus, de Francfort, il assure
que sa compilation est si bien châtiée, que les évêques et le pape
lui-même n'en sauraient être qu'édifiés; et, là dessus, le voilà,
en vrai religionnaire malin qu'il est, débitant force quolibets,
anecdoctes et bons-mots, contre le pape et les cardinaux, sur les tours
que les femmes jouent à leurs maris ou les maris à leurs femmes, contre
les moines, contre les bénéfices ecclésiastiques, contre l'institut des
béguines du Brabant, contre les confesseurs et la confession, sur un
certain voyage d'Érasme assez cauteleux, contre les mœurs du clergé,
etc., etc. «Fuit mulier, quæ cum recentem jam puerum peperisset,
cæteræque mulieres gratularentur ei, dicerentque (ut fit) puerum
omnius patri similem, interrogavit an etiam rasuram haberet in capite:
designans sacerdotis esse filium, et ita de se adulterium suum notum
fecit.»
Les commères d'une accouchée
La congratulaient à l'envi:
Ah! quel superbe enfant voici!
C'est de son père, dieu merci!
La semblance toute crachée!
A quoi la dame répondit,
D'un ton de voix doux et honnête:
«Il aura donc, sans contredit,
»Un beau rond d'abbé sur la tête.»
Ces anecdotes sont généralement bien contées; mais nous pouvons
garantir que, quelque châtiées que l'auteur les dise, il n'y faut pas
chercher d'édification, et qu'elles ont souvent servi d'aliment à
beaucoup de recueils graveleux plus modernes. Bernard de la Monnoye en
a rimé plusieurs agréablement, soit en latin, soit en français, ainsi
qu'on peut le voir dans la charmante édition qu'il a donnée _du Moyen
de parvenir_.
2°. Dissertationum ludicrarum et amœnitatum scriptores varii,
editio nova et aucta. Lugd.-Batav., apud Franciscum Hegerum,
1644. (1 vol. pet. in-12.)
C'est en 1623 que parut la première édition de ce livre récréatif;
mais la plus ample, la plus jolie et la meilleure est celle-ci: vingt
et une pièces la composent. Ce sont les éloges de la Goutte, par
Bilibalde Pirkhmer et Jérôme Cardan; l'éloge de la Puce, par Cœlio
Calcagnini, savant de Ferrare, mort en 1479, qui avait pris Cicéron
dans une aversion singulière; l'Art de nager, de Nicolas Wünmann;
l'éloge de la Fourmi, de Philippe Mélanchton, le plus doux, le plus
triste et le plus faible des réformateurs; l'éloge de la Boue, de
Marc-Antoine Majoraggio, le vengeur de Cicéron contre Calcagnini;
l'éloge de l'Oie, de Jules-César Scaliger; l'éloge de l'Ane, par Jean
Passerat, le poète chéri de Henri III; l'éloge de l'Ombre, par Jean
Dousa, le célèbre professeur; la mort d'une Pie, par un anonyme; l'Être
de raison, par Gaspar Barlæus; les Noces péripatéticiennes, du même;
l'Allocution nuptiale, de Marc Zuerus Boxhornius; l'éloge du Pou, par
Daniel Heinsius; la Guerre grammaticale d'André de Salerne; l'éloge de
l'Éléphant, de Juste Lipse; l'éloge de la Fièvre quarte, par Guillaume
Ménopus; l'éloge de la Cécité, de Jacques Gutherius; le Règne de la
Mouche, de François Scribanius; Démocrite ou du Rire, par Henri Dupuy,
professeur à Milan, élève de Juste Lipse; l'éloge de l'Œuf, du même,
et enfin l'éloge du Cygne, par le fameux naturaliste Aldrovande. La
plupart de ces pièces ne sont autre chose que la satire des mœurs
dissolues du temps, sous la forme de contre-vérités; manière plus
froide qu'ingénieuse, même sous la plume du grand Érasme, comme il
apparaît dans l'éloge de la Folie, le chef-d'œuvre du genre.
Ainsi, la Goutte de Pirkhmer, après avoir énuméré les dommages que
portent à la vertu la bonne chère, les voluptés, le culte des sens, se
vante de favoriser l'essor de l'ame en éprouvant le corps par toutes
sortes de tourmens. Ici la censure est bonne, mais la conclusion
mauvaise et la plaisanterie forcée. La Goutte de Cardan n'est ni
meilleure logicienne, ni plus gaie, quand elle prétend être un bien
en raison de ce que tous les biens de ce monde sont accompagnés de
douleur, et quand elle tire vanité de sa noblesse, pour ne s'attaquer
qu'aux riches et aux puissans, de sa force qui se joue de tous les
remèdes, de sa chasteté, par l'impuissance où elle met les gens de
mal faire, de sa nature plus relevée et moins dure que toutes les
autres maladies. La belle chose, en vérité, qu'une Puce! parce que,
selon Calcagnini, dans sa petitesse, elle produit de grands effets,
qu'elle purge le sang de l'homme sans ouvrir les veines, qu'elle saute
avec une légèreté incomparable, qu'elle se loge souvent admirablement
bien, et qu'elle triomphe d'Hercule même. Le dialogue sur l'Art de
nager, de Wünmann, n'a que deux défauts: le premier, c'est d'être
interminable dans ses détails et ses digressions; le deuxième, c'est de
n'enseigner point à nager. On devine assez, sans que nous le disions,
que Mélanchton a voulu ramener les hommes à l'économie, à la prudence,
au travail, par son éloge de la Fourmi; mais, ne lui en déplaise, ce
que la morale, les lois, l'expérience n'ont pu faire, l'exemple de
la fourmi ne le fera pas plus que son panégyrique. Savez-vous ce que
c'est que la Boue, suivant Majoraggio? c'est la chose la plus noble et
la plus nécessaire du monde. Et pourquoi? c'est que la boue a précédé
tous les êtres vivans, et que tout, dans la nature, est formé d'elle.
Là dessus l'auteur se perd en déclamations de philosophie creuse et de
méchante physique. Scaliger a beau s'autoriser des oies du Capitole, il
n'est ni plus heureux, ni plus concluant que ses émules dans l'éloge de
l'Oie. L'éloge de l'Ane, de Passerat, est agréable; mais la peinture
qu'en a faite Buffon est un éloge bien supérieur et bien plus complet.
La déclamation de Dousa, en l'honneur de l'Ombre, n'est rien qu'un jeu
d'esprit puéril et fastidieux. L'Être de raison de Barlæus est une
thèse de métaphysique abstruse où la raison n'a rien à gagner. Mais
c'est assez: où il n'y a rien à retenir, il n'y a rien à extraire,
et qui voudra ou qui pourra rendra bon compte des autres pièces de
ce recueil, telles que l'éloge du Pou, de l'Éléphant et de la Fièvre
quarte.
3°. Hippolytus Redivivus, id est remedium contemnendi sexum
muliebrem; auctore S. I. E. D. V. M. W. A. S. anno M.DC.XLIV.
(1 vol. pet. in-12.)
L'auteur de cette satire contre le sexe ôte tout crédit à ses paroles,
dès son avertissement, lorsqu'il confesse à son lecteur que, s'il
déteste les femmes en théorie, il les adore dans la pratique. Ainsi
font d'ordinaire les misogynes: ils veulent des mères, des épouses,
des filles, des maîtresses, des sœurs, et ne veulent point de femmes;
voilà ce qui s'appelle philosopher! Mais quels reproches Hippolyte
Rédivif fait-il aux femmes? D'abord le nom d'Ève, en syriaque, signifie
serpent; donc la femme est un serpent. Mégère, Alecton et Tisiphone
sont trois femmes qui ont conçu, nourri, élevé la femme; et puis la
belle Hélène et la guerre de Troie; et puis cette concubine qui causa
la ruine des tribus de Benjamin; et Médée, et Briséis. D'ailleurs les
femmes sont frappées d'une incapacité intellectuelle visible. La fourbe
leur est naturelle et comme essentielle. Elles babillent à étonner
les pies. Elles vivent d'inconstance. Elles manquent de patience, de
prudence et de force. Ce que vous voulez elles ne le veulent point, et
veulent aussitôt ce que point ne voulez. On leur accorde de la pudeur;
mais cette pudeur n'est que de l'adresse: si c'était une vertu, la
chasteté suivrait, ce qui n'est pas. Curieuses? on sait à quel point
elles le sont. Vaines et orgueilleuses? le luxe de leurs parures
témoigne assez ce qui en est. Elles ne savent rien, et s'il en est de
savantes, celles-là font regretter les ignorantes. Bref, on ne doit
point se marier si l'on veut vivre en paix.
4°. Democritus ridens, sive Campus recreationum honestarum,
cum exorcismo melancoliæ. Amstelodami, apud Jodocum Jansonium,
M.DC.XLIX. (1 vol. pet in-12.)
C'est une belle chose que d'exorciser la tristesse; mais la chasser est
plus beau encore et plus difficile. Langio n'en aura pas l'honneur,
quelque mérite qu'ait d'ailleurs son Démocrite en belle humeur, qui fut
réimprimé en 1655. Ce petit livre est un magasin d'historiettes vraies
ou fausses, de bons-mots et de joyeuseté, un de ces greniers à sel où
les conteurs de société trouvent à se fournir sans beaucoup de frais.
Charles-Quint, causant, avec le cardinal de Granvelle, de
l'hérésie germanique, la comparait à une balle qu'on n'a pas
plutôt renvoyée à terre, qu'elle ressaute pour retomber et vous
échapper de nouveau.
Jules II avait coutume de dire que la science, dans un homme
obscur, est de l'argent, de l'or chez les grands, et du diamant
chez les princes.
Un alchimiste demandait à Léon X le prix de son secret de faire
de l'or. Le pontife lui fit donner une bourse vide pour la
remplir.
Le roi Sébastien de Portugal étant défait sans retour
par le roi de Mauritanie, Christophe Favora, l'un de ses
généraux, s'écriait, dans son désespoir: «Quel secours nous
reste-t-il?»--«Le secours céleste, si nous en sommes dignes!» lui
répondit le roi.
Celui qui ne sait rien sait assez s'il sait se taire.
Le temps est le père de la vérité.
Toute crainte est servitude.
5°. Matthæus Delio, de arte jocandi Libri quatuor, de lustitudine
studentica, de osculis Dissertatio historica philologica,
accedunt et alii Tractatus lectu jucundi, etc. Amstelodami,
apud Joannem Pauli, 1737. (1 vol. pet. in-12.)