A Lyon, par Jean de Tournes, M.D.XLVII. 2 vol. in-8.
(1546--47.)
Ces perles sont le recueil complet des Œuvres poétiques de la belle,
sensible et spirituelle Marguerite de Valois, sœur chérie de François
Ier; plus connue dans le monde littéraire et galant, par les contes
imités de Boccace, dits l'Heptaméron. Cette aimable princesse, née
en 1492, veuve du connétable duc d'Alençon, en 1525, peu après la
catastrophe de Pavie, alla consoler son auguste frère dans sa prison de
Madrid, fut ensuite remariée par lui, en 1527, à Henri d'Albret, roi de
Navarre, et mourut à 57 ans, dans le Bigorre, le 2 décembre 1549, vingt
mois et deux jours après ce frère qu'elle avait tant aimé, avec lequel
elle avait tant de rapports de caractère, de goûts et de sentimens.
Quelque mérite qu'on puisse trouver à ses écrits, il faut convenir que
son plus bel ouvrage fut cette Jeanne d'Albret, mère de notre Henri
IV, à qui la France doit son meilleur roi, et l'humanité, le modèle,
peut-être, de tous les rois. Nous rapporterons ici les différentes
pièces de son trésor poétique, dans l'ordre selon lequel son écuyer,
valet de chambre, Simon Sylvius, dit de la Haye, les a rangées, après
avoir obtenu, pour leur publication, un privilége du parlement de
Bordeaux, signé du président de Pontac, le 29 mars 1546.
1°. LE MIROIR DE L'AME PÉCHERESSE, poème que la Sorbonne censura
d'abord comme contenant des propositions qui se rapprochaient
des sentimens des réformateurs. Il faut bien avoir des yeux
de docteur pour découvrir des propositions mal sonnantes
dans ce petit ouvrage où l'on retrouve sainte Thérèse plutôt
que Calvin; qui respire la pénitence et le plus tendre amour
de Dieu; dans lequel, enfin, la présence réelle n'est pas
seulement professée par ces vers:
«Me consolant par la réception
»De vostre corps très digne et sacré sang;»
mais encore où le sont, en mille endroits, les dogmes enseignés
par l'Église, et qui n'est, à proprement parler, qu'une
paraphrase de divers passages de l'Écriture sainte; témoin ce
qui suit:
... Pareillement espouse me clamez
En ce lieu-là, montrant que vous m'aimez
Et m'appelez par vraie amour jalouse
Vostre colombe aussi et votre espouse.
Parquoy direz par amoureuse foy
Qu'à vous je suis et vous estes à moy.
Vous me nommez amye, espouse et belle;
Si je le suis, vous m'avez faite telle;
Las! vous plaist-il tels noms me départir?
Dignes ils sont de faire un cœur partir,
Mourir, brusler, par amour importable, etc., etc.
Ce ton d'ascétisme passionné continue jusqu'à la fin; certes il
y a loin de là aux emportemens de l'invective luthérienne, aux
sarcasmes de l'ironie calviniste; mais quoi! plutôt que de ne
pas trouver de matière à disputes, les docteurs en verraient
sur le dos d'un antiphonier. Il est bien vrai que Marguerite de
Valois avait, dans l'origine, reçu avec faveur les premières
semences de la réforme; ainsi l'avait fait presque toute la
cour, ainsi la plupart des beaux-esprits du temps. Cette
réforme avait alors de si belles paroles à la bouche, tant
de justes plaintes à former, tant de science et d'esprit, un
style et des discours si clairs, et partant si supérieurs aux
arguties de la scolastique expirante, que beaucoup de gens
de bonne foi, que les chrétiens le plus orthodoxes pouvaient
s'y laisser prendre et qu'un grand nombre y fut pris. La
reine de Navarre goûta donc mieux d'abord Clément Marot que
Schnarholtzius, Théodore de Bèze que l'abbé de Saint-Victor
Lyset, Érasme que Pfeffercorn, André de Hutten que Gratius
Ortuinus, etc. Le beau crime! François Ier lui-même en fut dans
ce temps-là complice; mais, plus tard, quand le monde s'ébranla
au nom de ces pacifiques évangélistes; quand on vit de toutes
parts l'Eglise insultée, ses ministres menacés dans leurs biens
et dans leurs personnes, le glaive tiré jusque sur la tête des
princes et du pontife, et de téméraires novateurs soutenant,
au nom de la raison, d'autres dogmes sacrés, avec des bûchers
et des brigandages, les ames droites et honnêtes, les esprits
sages et prévoyans, pour la plupart, s'arrêtèrent. Marguerite
de Valois, des premières, fut de ce nombre, et dans tout état
de cause, à quelque date de sa vie qu'il faille rapporter son
_Miroir de l'ame pécheresse_, on ne saurait rien voir dans ce
poème que de religieux et d'édifiant.
2°. DISCORD ESTANT EN L'HOMME PAR LA CONTRARIÉTÉ DE L'ESPRIT ET
DE LA CHAIR, ET PAIX PAR VIE SPIRITUELLE. Plus dévotieux que
poétique.
3°. ORAISON DE L'AME FIDÈLE A SON SEIGNEUR DIEU. Elle est
beaucoup trop longue. En général la diffusion est le défaut
de la Marguerite des Marguerites. Cependant le début de son
oraison a de la majesté:
Seigneur duquel le siége sont les cieux,
Le marchepied, la terre et ces bas lieux,
Qui, en tes bras, enclos le firmament,
Qui est toujours nouveau, antique et vieux,
Rien n'est caché au regard de tes yeux;
Au fond du roc tu vois le diamant,
Au fond d'enfer ton juste jugement,
Au fond du ciel ta majesté reluire,
Au fond du cœur le couvert pensement, etc., etc., etc.
Le dernier vers est plein de passion:
«Las! viens Jésus! car je languis d'amours!»
4°. ORAISON DE NOSTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST. On voit que, dans
l'ordonnance de son édition, La Haye a fait passer toutes les
œuvres spirituelles avant toute pièce profane. Cette marche
est probablement contraire en général à l'ordre chronologique.
5°. COMÉDIE DE LA NATIVITÉ DE JÉSUS-CHRIST. Joseph et Marie,
pour obéir à l'ordre d'Hérode, se rendent à Jérusalem. Arrivés
à Bethléem, Marie se sent prise du mal d'enfant. Elle reçoit
l'hospitalité dans une étable. Joseph va chercher à la ville
ce qui est nécessaire. Pendant ce temps-là, Marie, assistée de
Dieu et des anges, accouche d'un fils au milieu d'un concert
céleste de louanges et de bénédictions. Joseph revient, trouve
Marie mère d'un enfant adorable; il l'adore. Viennent trois
bergers et trois bergères qui en font autant. Satan, attiré
par ces adorations et ces cantiques, vient voir de quoi il
s'agit et entre en grande fureur. Il fait de la métaphysique
pour détourner les bergers de leur adoration; mais Dieu paraît,
toujours avec un chœur d'anges, qui fait taire Satan, et la
comédie finit.
6°. COMÉDIE DE L'ADORATION DES TROIS ROIS A JÉSUS-CHRIST. Dieu
le père ouvre la scène: il commande à Philosophie, Tribulation,
Inspiration et Intelligence divine d'aller chercher les trois
rois Balthasar, Melchior et Gaspard pour qu'ils viennent
adorer l'enfant Jésus nouveau-né. Il ordonne aussi à ses
anges d'envoyer aux trois princes une étoile pour les guider.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Les trois rois paraissent,
cherchent l'enfant, sont quelque peu détournés par Hérode qui
cherche aussi l'enfant avec ses docteurs pour le faire mourir;
mais Dieu pare à tout inconvénient. Les trois rois trouvent
celui qu'ils cherchaient et l'adorent pendant que les anges
font chorus. Tout cela est d'une naïveté de diction presque
ridicule. Il y a des choses qu'il faut laisser où elles sont,
de peur de les gâter en les touchant.
7°. COMÉDIE DES INNOCENS. On voit du moins une pensée dramatique
dans cette pièce et même une pensée de génie. Hérode a commandé
le meurtre de tous les enfans nouveau-nés, de peur de laisser
vivre celui que les prophètes ont annoncé comme devant régner
à Jérusalem. Dieu sait bien garantir son fils en le faisant
emporter en Égypte par Joseph _son père putatif et Marie sa
mère immaculée_. Le théâtre se remplit de mères avec leurs
petits enfans. La nourrice du fils d'Hérode, par l'effet d'une
méprise, obéit à la loi commune, ne se doutant, non plus que
personne, de l'objet de cette réunion de tous les petits enfans
de la Judée. Arrivent les soldats conduits par un farouche
capitaine. Le signal est donné de tuer toutes ces innocentes
créatures. Cris, lamentations, supplications des mères. La
nourrice du petit Hérode a beau crier que son nourrisson est
le fils du roi; la soldatesque a commencé, elle n'écoute rien,
et l'enfant d'Hérode est massacré, quand Hérode tout d'un coup
paraît triomphant. La nourrice court à lui et l'informe en
pleurant de la fatale méprise. Alors le monstre entre dans un
furieux désespoir, et Rachel met le comble à sa rage désespérée
en lui apprenant que l'enfant Jésus est sauvé. Cependant les
anges se réjouissent et chantent des cantiques au plus haut des
cieux. Cette comédie est infiniment supérieure aux autres.
8°. COMÉDIE DU DÉSERT. Dieu subvient, dans le désert, aux besoins
de Joseph, de Marie et de l'enfant Jésus, en leur envoyant
_Contemplation, Mémoire et Consolation_, escortées d'anges
en nombre suffisant. Tout se passe en saints discours, fort
ennuyeux, il faut bien le dire: c'est la plus triste comédie de
Marguerite.
9°. LE TRIOMPHE DE L'AGNEAU. C'est la victoire remportée par le
Messie sur le péché originel. L'ouvrage est d'une longueur et
d'une fadeur insupportables.
10°. COMPLAINTE D'UN PRISONNIER. On sent que le Prisonnier n'est
autre que François Ier. La complainte est touchante, mais n'est
pas plus poétique pour cela.
11°. CHANSONS SPIRITUELLES. La première fut composée pendant la
dernière maladie du roi, Marguerite étant malade de son côté.
Elle respire le plus vrai sentiment et une douce piété; elle
s'adresse à Dieu:
Las! celui que vous aimez tant
Est détenu par maladie
Qui rend son peuple mal content,
Et moi envers vous si hardie.
..................................
Puisqu'il vous plaist lui faire boire
Votre calice de douleur,
Donnez à nature victoire
Sur son mal et nostre malheur!
................................
Je regarde de tous costés
Pour voir s'il n'arrive personne,
Priant sans cesse n'en doutez
Dieu, que santé à mon roi donne, etc., etc.
La seconde chanson est faite après la mort du roi:
Las! tant malheureuse je suis
Que mon malheur dire ne puis
Sinon qu'il est sans espérance.
Désespoir est déjà à l'huis
Pour me jeter au fond du puits
Où n'a d'en saillir l'espérance, etc., etc.
Autre Chanson:
Je n'ay plus ni père, ni mère,
Ni sœur, ni frère,
Si non Dieu auquel j'espère, etc., etc.
12°. L'HISTOIRE DES SATYRES ET NYMPHES DE DIANE. Ce petit poème
a de l'agrément. Les faunes et les satyres y courent après
les nymphes de Diane que le son des hautbois a imprudemment
attirées près d'eux. Au moment de les atteindre, ils sont
déçus dans leurs amoureux transports, et voient changer en
saules cette troupe fugitive, à la prière d'une nymphe aimée
de la chaste déesse. Moralité qui enseigne aux jeunes filles à
fuir les plaisirs les plus innocens quand ils leur sont offerts
par des hommes.
13°. ÉPISTRE AU ROI SON FRÈRE, renfermant des vœux et des
prières pour sa prospérité.
14°. AUTRE ÉPISTRE DE LA MESME AU MESME, en lui envoyant un David
pour ses étrennes. David y est proposé au roi comme modèle.
15°. RÉPONSE DU ROI A SA SŒUR, en lui envoyant une saincte
Catherine pour ses étrennes. François Ier y promet assistance à
sa sœur, sans doute au sujet de la Navarre que Charles-Quint
retenait malgré le traité de Noyon de 1519.
16°. AUTRE ÉPISTRE DE LA REINE DE NAVARRE AU ROI, pour le
complimenter du ravitaillement de Landrecy, en 1543; action
brillante pour François qui commandait en personne une armée
opposée à Charles-Quint. La lettre finit par ces vers:
«De tous mes maulx reçeus auparavant
»Je n'en sens plus, car mon roy est vivant.»
17°. ÉPISTRE DE LA REINE DE NAVARRE AU ROI pour le féliciter de
ce que ses sentimens se tournent vers la dévotion.
18°. ÉPISTRE DE LA MÊME AU ROI DE NAVARRE, Henri d'Albret, son
deuxième mari, pendant une maladie qui le retenait au lit.
«Sera de cœur un Te Deum chanté,
Le suppliant à vous et nous donner
Grace et santé pour plus n'abandonner
Celle qui veult, mesmes en paradis,
Estre avec vous, et plus ne vous en dis.»
19°. LES QUATRE DAMES ET LES QUATRE GENTILSHOMMES. La première
dame est aimée et ne veut pas aimer à cause des tourmens dont
l'amour est cause. Elle cherche à éloigner son amant, mais ses
exhortations sont annulées par ces trois derniers vers qui sont
bien jolis:
Or n'esperez de me voir désormais;
Car, pour la fin, je vous jure et promets
Qu'autre que vous je n'aimerai jamais.
La deuxième dame aime un trompeur; elle se lamente; toutefois
elle forme le dessein de mourir plutôt que de renoncer à sa
passion. La troisième dame, toute fidèle, cherche à guérir
son jaloux amant de ses soupçons, et lui tient des discours,
à cette fin, les plus tendres et les plus délicats du monde.
La pièce est charmante et fort bien écrite pour le temps. La
quatrième dame se répand en pleurs et gémissemens au sujet de
l'abandon d'un perfide inconstant. Il y a trop de ressemblance
entre ce quatrième cas et le deuxième. Passons aux quatre
gentilshommes. Le premier, à force de respecter sa dame et de
n'oser lui déclarer ses feux, s'en va mourir consumé. Enfin, au
moment de mourir, il se déclare, le pauvre gentilhomme; mais il
est bien tard. Le deuxième gentilhomme, favorisé de sa dame,
en est si follement joyeux qu'il ne se peut tenir de conter
son bonheur à sa belle avec toutes circonstances d'elle bien
connues. S'il ne le conte pas à d'autres, il n'y a point de
mal. Troisième gentilhomme. C'est un martyr qui trépasse des
rigueurs de sa dame et veut au moins lui faire pitié avant son
trépassement. Son cas est en effet pitoyable. Le quatrième et
dernier gentilhomme fait à sa dame une déclaration d'amour en
bonne et due forme; il en espère peu en ce monde vu la grande
vertu _d'icelle dame_, mais il se rabat sur l'idée de la tenir
embrassée en paradis. Voilà un amoureux qui sait attendre; Dieu
veuille que tout lui vienne à point.
20°. LA COMÉDIE. _Deux Filles, deux Mariées, la Vieille, le
Vieillard et les quatre Hommes._ La scène s'ouvre par un
dialogue entre deux Filles rieuses. La première parle contre
l'amour, qui, dit-elle, rend esclave. La deuxième est d'un
avis contraire et soutient que la liberté sans amour n'est
bonne à rien. La dispute continue sur ce ton sans s'échauffer
ni échauffer personne. Paraissent, à l'autre coin du théâtre,
deux Mariées pleureuses: l'une se plaint d'être maltraitée de
son mari; l'autre se dit plus malheureuse, étant jalouse avec
sujet de l'être. Les deux couples s'abordent et se questionnent
les uns les autres sur leurs rires et leurs doléances. Survient
fort à point, pour juger, une Vieille qui a résisté à l'amour
durant vingt ans, puis qui l'a servi vingt ans, après quoi elle
a pleuré soixante ans son ami qu'elle a perdu. La Vieille a
donc cent ans de compte fait et de l'expérience à proportion.
Aussi la première Mariée, en la voyant, s'écrie-t-elle:
«Voilà une dame authentique!
»Quel habit! quel port! quel visage!»
La deuxième Mariée répond:
«Hélas! ma sœur, qu'elle est antique!»
Et les deux Filles de s'écrier à leur tour:
«Voilà une dame authentique!»
La consultation se fait: disons en résumé que la Vieille
conseille à la première Mariée de se consoler des boutades
de son mari avec un bel oiseau, sans dire quel oiseau; à la
jalouse de prendre son infidèle comme il vient et quand il
vient; vu qu'un infidèle est fort, et qu'un mari fort vaut
mieux qu'un mari mort. A l'égard des deux Filles, la Vieille
prophétise, à celle qui paraît sans souci, qu'elle aimera trop,
et à celle qui a plaidé pour l'amour, qu'elle se repentira de
sa trop grande facilité. Personne jusqu'ici n'est content des
discours de la Vieille, mais sitôt qu'à l'arrivée des quatre
Hommes elle conseille aux quatre femmes de danser avec eux,
tout le monde devient content; la danse commence et la comédie
finit; comédie, non, mais causerie souvent très spirituelle.
21°. FARCE DE TROP, PROU, PEU ET MOINS. Trop et Prou, après
s'être annoncés au public en style énigmatique, se rencontrent,
s'abordent, se confient leurs chagrins et voyagent ensemble.
Ils voient venir à eux Peu et Moins qui sont d'une gaîté folle.
Le dialogue s'établit entre eux, dialogue des plus plats, où
l'on aperçoit que l'auteur veut montrer que pauvreté passe
richesse. Cela est aisé à dire aux rois et reines.
22°. LA COCHE (LA VOITURE). Le poète ou la poète (car nous
pouvons bien dire _la poète_ au lieu _du poète_, puisque
Marguerite dit _la coche_ au lieu _du coche_), la poète donc
avise trois charmantes dames dans une belle prairie, lesquelles
menaient un moult grand deuil et contestaient entre elles à
qui avait le pire sort et le plus d'honneur. Voici les termes
du débat: La première dame souffre de n'être pas aimée de son
amant autant qu'elle l'aime. La deuxième dame ne veut pas
satisfaire son amant de peur d'être éloignée de ses deux amies,
et ce combat entre l'amour et l'amitié la tue. La troisième
dame serait heureuse avec son amant adorable et adoré, mais
elle souffre tant des douleurs de la première et de la seconde
dame, que son propre bonheur s'en évanouit. Là dessus, la
poète, interpellée de déclarer laquelle des trois dames mène le
pire deuil avec le plus d'honneur, se récuse, et l'on convient
d'en référer au roi François Ier, non pas sans doute en son
conseil d'État, mais en sa cour d'amours. Voilà nos dolentes
embarquées dans _la coche_ pour aller trouver Sa Majesté. Le
poème finit avant que le roi soit informé. A défaut de décision
royale, nous décidons que, des trois dolentes, la première est
la seule malheureuse, et que les deux autres sont deux sottes.
L'ouvrage est orné de jolies vignettes en bois.
23°. L'UMBRE. Ingénieux et plein de passion. Marguerite, se
comparant à l'ombre et son ami au corps, représente la plus
intime et la plus parfaite union amoureuse.
24°. LA MORT ET LA RÉSURRECTION D'AMOUR. Galanterie trop
alambiquée.
25°. CHANSONS.
26°. ADIEUX DES DAMES DE LA REINE DE NAVARRE À LA PRINCESSE
SA FILLE. On y voit en vers les adieux de mesdames de Grammont
d'Artigaloube, de la Benestaye, de Clermont, du Breuil, de
Saint-Pather, de la reine, de la sénéchale et de la petite
Françoise.
27°. DEUX ÉNIGMES indéchiffrables.
LE TRESPAS,
OBSÈQUES ET ENTERREMENT
De très hault, très puissant et très magnanime François, par la
grâce de Dieu, roy de France, très chrestien, premier de ce
nom, prince clément, père des arts et sciences. Ensemble
les deux Sermons funèbres prononcez esdites obséques, l'ung
à Nostre Dame de Paris, l'aultre à Saint-Denis, en France.
De l'imprimerie de Robert Estienne, imprimeur du roy, par
commandement et privilége dudit seigneur. 1 vol. in-8 de 106
pages.
(1547.)
Du Verdier dit que cet opuscule est de Pierre Chastel ou du Châtel,
évêque de Mâcon, dont Baluze a écrit la vie en latin, et le même qui
fit l'oraison funèbre de François Ier. Pierre Chastel ne fut pas
seulement éloquent et savant; il se signala par une douceur et une
charité remarquables dans ces temps de violence en matière de religion.
On ne peut oublier qu'il sauva une première fois, du bûcher, le
malheureux Étienne Dolet, en récitant la parabole de l'enfant prodigue.
Le Gallia christiana donne sur ce digne prélat les détails suivans: Il
s'était élevé par son mérite, avait été fait évêque de Tulle en 1539,
fut appelé au siége de Mâcon en 1544, siége qu'il occupa jusqu'en 1552.
François Ier, qui aimait passionnément l'entretien des hommes lettrés,
l'avait approché de sa personne en qualité de lecteur, d'aumônier et
de bibliothécaire, et le recevait journellement à sa table. Il devint
grand-aumônier, sous Henri II, en 1548, après la mort de Philippe de
Cossé, évêque de Coutances. Nous pensons qu'on le suivra avec intérêt
dans l'analyse que nous donnons de son récit et de ses deux discours
funèbres.
«Le dernier jour de mars MDXLVII, ledict seigneur estant au chasteau
de Rambouillet, aggravé de longue maladie qui se termina en flux de
ventre, après avoir parlé à Monseigneur le Dauphin, son filz unique,
et l'avoir instruict des affaires du royaume, luy avoir recommandé ses
bons serviteurs et officiers, s'estre très dévotement accusé et quasi
publiquement confessé de ses faultes et délicts, demandé et reçu tous
ses derniers sacremens comme prince très chrestien qu'il estoit de
nom et de faict: entre une et deux heures après-midi, rendit l'ame à
Dieu. Le corps duquel demoura, pour ledict jour, en son lit ordinaire,
jusques au lendemain vendredi matin qu'il fut délivré à ses médecins
et chirurgiens pour estre ouvert et vuidé ainsi que l'on a coustume
de faire en tel cas, etc., etc.» Le corps fut ensuite porté dans
l'abbaye de Haulte-Bruyère, près Rambouillet, où il fut gardé jusqu'au
11 avril, puis transféré à Saint-Cloud, dans la maison de l'évêque de
Paris (alors le cardinal du Bellay), où on le mit sur le lit de parade
en grande pompe. L'effigie du roi défunt était dressée dans une salle
voisine et les repas lui étaient servis par les grands officiers et
officiers simples, chaque jour, comme si le monarque eût été vivant.
Après onze jours, le corps fut mis dans la bière, et le grand deuil
commença. La chapelle ardente dura jusqu'au 21 mai, jour où le corps
fut amené à Nostre-Dame-des-Champs pour l'office solennel du cardinal
de Meudon. Ce premier convoi fut très pompeux. On y voyait quarante
archevêques ou évêques, les cardinaux de Ferrare, de Chastillon,
d'Amboise, d'Annebault, d'Armagnac, de Meudon, de Lenoncourt, du
Bellay, de Givry et de Tournon, ainsi que les princes du grand deuil,
MM. d'Enghien, de Vendôme, de Montpensier, de Longueville et le
marquis de Maine (Mayenne). Le 23 mai, dimanche, les obsèques furent
criées dans Paris en grand cortége des officiers et magistrats de la
ville, et le second convoi se rendit à Nostre-Dame-de-Paris, où il y
eut office célébré par le cardinal du Bellay, et oraison funèbre de
l'évêque de Mâcon. Dans ce convoi figurèrent les ambassadeurs du pape,
de l'empereur, de l'Angleterre, de l'Écosse, de Venise, de Ferrare et
de Mantoue, chacun d'eux conduit par un prélat à cheval. Le 24 mai,
troisième convoi, de Nostre-Dame de Paris à l'abbaye de Saint-Denys.
On marcha à pied jusqu'à Saint-Ladre, puis on monta à cheval _jusqu'à
la croix qui penche vers Saint-Denys_; et là, le cardinal du Bellay
remit le corps au cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Denis. Même office
que la veille, et l'évêque de Mâcon y acheva l'oraison funèbre, après
quoi les cérémonies usitées pour l'enterrement terminèrent ces tristes
solennités. M. de Sédan apporta, dans le caveau, l'enseigne de la garde
des Suisses; M. de Chauvigny, celle des cent archers de la garde; M.
le Sénéchal d'Agenois, celle d'autres cent archers de la garde; M. de
Nançay, celle d'autres cent archers de la garde, répondant aux trois
compagnies des gardes du corps françaises des rois Bourbons; M. de
Lorges, celle des cent Écossais de la garde; M. de Canaples, celle
des cent gentilshommes de la garde; et M. de Boisy, celle d'autres
cent gentilshommes de la garde, dont chacun de ces seigneurs avait la
charge. Enfin l'amiral cria: _Le roi est mort_, cri répété trois fois
par le héraut d'armes. Il cria ensuite: _Vive le roi Henri, deuxième de
ce nom_, cri encore trois fois répété, puis la bannière de France fut
relevée par l'amiral, ainsi que les enseignes par les seigneurs qui en
avaient la charge, et l'on se sépara. N'omettons pas que les obsèques
des deux fils de François Ier, morts avant lui, se firent en même temps
que les siennes.