Edition _primaria_, due aux soins de Philippe Béroald, qui

la dédie à Galéas Bentivoglio, protonotaire apostolique, en

reconnaissance de ce que ce prélat lui a fourni les _Mss._

1 vol. in-fol. en 2 parties, dont la première contient 106

feuillets, et la deuxième 65; sans autre titre que l'index

suivant, la rubrique précédente de l'imprimeur se trouvant à

la fin de la 2e partie; immédiatement avant, 1° la Lettre de

Bartolomée Bianchini à Mino Roscio, sénateur; 2° la Vie de

Codrus, par le même; 3° les Sept poésies laudatives de Virgile

Portus; 4° la Lettre laudative du savant Jean Pin, de Toulouse

au savant Jean Mourolet, de Tours; 5° une Épigramme du même et

son Epitaphe de Codrus; toutes pièces latines qui terminent

le volume. Voici l'index qui sert de titre à notre première

édition, laquelle est fort rare et renferme exactement les

mêmes choses que la seconde, de Venise 1506; la troisième,

de Paris, Jean Petit, 1515, in-4; et la quatrième, de Bâle,

1540, in-4; sauf que cette dernière offre, en plus, une table

générale des matières, ainsi que le dit M. Brunet.

(1500-1502.)

_In hoc vol. hæc continentur._

ORATIONES seu sermones, ut ipse appellabat (15)

EPISTOLÆ (10)

SILVÆ (22)

SATYRÆ ( 2)

ECLOGA ( 1)

EPIGRAMMATA (97)

Hyacinthe, cordonnier, dit Bélair, dit Saint-Hyacinthe, dit le

chevalier de Thémiseul, auteur du _Chef-d'œuvre d'un Inconnu_, l'un

des hommes qui ont eu le plus d'esprit, a fait, sur l'édition de 1515

(car il n'avait jamais vu la première), une analyse exacte et détaillée

des ouvrages de Codrus Urcæus, principalement des XV discours en

prose qui en sont la partie la plus curieuse et la plus étendue. Cet

excellent morceau, le meilleur, peut-être, de ses mémoires littéraires,

aujourd'hui trop peu lus, servira de base au présent extrait, dont il

nous eût dispensés, si nous n'avions, d'ailleurs, jugé convenable d'y

joindre quelques additions, et de parler de plusieurs notes autographes

de Bernard de la Monnoye, dont notre exemplaire de l'édition de 1502

est enrichi.

_Le premier discours de Codrus_ est donc, ainsi que l'expose fort

nettement Thémiseul, une revue satirique des divers états et des

diverses conditions de la vie, dans laquelle le professeur se plaît

à montrer la vanité de l'esprit humain, pour conclure que tout ce

qu'ont dit et fait les hommes, dans tous les temps, n'est que fables,

_fabulæ_. Il s'y moque des dialecticiens qui enseignent qu'une syllabe

mange un fromage, parce qu'un rat mange un fromage, et qu'un rat

est une syllabe. Il se moque des médecins, des femmes mariées, des

politiques, des prédicateurs, des théologiens même comme des autres,

d'une façon très claire et très hardie, et finit par dire que tout

est fable dans la philosophie, hormis le principe d'aimer Dieu par

dessus toute chose, et son prochain comme soi-même. Au sujet des vaines

disputes des philosophes, sur la nature de l'ame, nous remarquerons

ces sages paroles: «_Quid autem sit anima nondum inter philosophos

convenit, nec unquam fortasse conveniet. O divina sapientia! ô Deus

immortalis! hoc non est hominis, sed tuum officium. Hæ partes tuæ sunt

quid anima patefacere mortalibus!_ Les philosophes ne s'accordent pas

et ne s'accorderont peut-être jamais sur la nature de l'ame. O divine

sagesse! ô Dieu immortel! ceci n'est point du ressort de l'homme, mais

du tien! c'est à toi de révéler aux mortels ce que c'est que l'ame

humaine.»

_La deuxième oraison_ est un discours d'ouverture pour un cours sur

Homère et Lucain, où l'orateur se perd en éloges de la rhétorique, dont

il ne laisse pas pourtant de se moquer aussi (car il est très moqueur),

par la mention qu'il fait du fameux procès entre un écolier d'Athènes

et son maître, au sujet du salaire promis, que le premier refusait en

s'obstinant à ne point plaider, et que le second réclamait; l'un et

l'autre s'appuyant sur cette clause du contrat: _Je vous paierai tant,

lorsque j'aurai gagné ma première cause_; procès qui fournit à M. de La

Harpe, dans son _Cours de Littérature_, une occasion de plus de prouver

excellemment la lumière, en réfutant un sophisme ridicule.

_Le troisième discours_ est une véritable apothéose d'Homère, terminée

par cette hyperbole: «Si vous consultez bien votre Homère, vous

posséderez tous les arts, toutes les sciences; et vous étancherez votre

soif dans une source inépuisable; sinon, vous ne saurez rien, vous

n'apprendrez rien, et vous serez comme Tantale au milieu des eaux.»

Madame Dacier s'est fait de belles querelles, au sujet d'Homère, pour

bien moins.

Le _quatrième discours_, dans lequel Codrus examine s'il faut qu'un

homme sensé se marie, quel choix il doit faire et à quel âge, comment

il doit nourrir et élever ses enfans, sert à faire connaître le

caractère cynique et téméraire de l'auteur, autant que les mœurs

corrompues de Bologne; car la pudeur n'y est pas ménagée. On peut

considérer cette singulière leçon publique comme un plaidoyer pour et

contre le mariage. Thémiseul en rapporte certains passages des plus

licencieux avec complaisance et malice.

Le _cinquième discours_ est tout à la louange d'Aristote et de la

philosophie. Codrus, rappelant la belle définition que donne Platon de

la philosophie, qu'il appelle _la méditation de la mort_, l'explique, à

notre avis, avec plus de subtilité que de raison, quand il prétend que

Platon n'entend point ici la mort naturelle, mais la mort des passions;

il est vrai que ce n'est pas la peine d'assembler un auditoire choisi

pour lui dire les choses simplement: les gens du monde laissent le

bon-sens au peuple. Il est pourtant certain que Platon entendait ici

la mort naturelle; ce qui n'empêche pas que le premier fruit de la

méditation de la mort naturelle ne soit de tuer les passions.

Au _sixième discours_, Codrus prend l'occasion de se défendre contre

ses détracteurs, qui l'accusent, les uns d'être ignorant, les autres

d'aimer les beaux garçons; du reste, il y contredit son précédent

discours; car, des opinions mobiles et contraires des philosophes, il

infère que la philosophie n'est rien qu'un mensonge à mille faces,

proposition par où nous l'avons vu débuter. Ce triste aveu est suivi

de deux récits que Thémiseul ose à peine indiquer, tant ils sont

obscènes; il n'avait pas été si réservé plus haut. Nous le serons moins

que lui, pour cette fois seulement, ne pouvant trouver une plus belle

occasion de montrer ce qu'étaient alors, en Italie, les maîtres et les

disciples, _Eruditissimi viri et auditores benevolentissimi_, ainsi

que les appelle Codrus; et nous rapporterons, en latin, l'une de ces

histoires, qui fera rire les amateurs de _la belle latinité_ sans les

corrompre autrement que n'ont fait tels passages d'Horace et telles

épigrammes de Martial: «_Quædam rustici uxor volens maritum amandare

ut sacerdotem ruralem quem amabat intromitteret, veniente vespera

bovem e stabulo dissolvit et in pascua longinqua relegavit: maritoque

ut bovem quæreret persuasit. Quod dum ille exequeret, interea bonus

adulter bis aut ter rustici uxorem subegit et re patrata discessit.

Rediens rusticus bove reperto adhæsit uxori et inter feminium tetigit,

repperitque irroratum. Admiratus rogavit uxorem:_ cur hoc rorat? _et

illa respondit:_ amisso de bove plorat. _Rusticus ille fatuus credidit

et subinde cum in feminio intrasset, sensit latiorem, et rogans uxorem

de causâ, illa respondit:_ Ridet de bove reperto.»

Le _septième discours_ traite des beautés de la langue grecque.

Pourquoi, dans ce cas, ne vient-il pas immédiatement après le

troisième? observe judicieusement Thémiseul, et pourquoi presque aucun

de ces discours n'est-il à sa place, pas plus le huitième que le

septième? Nous ajouterons que la faute en est à Béroald, et qu'elle est

sans excuse de la part d'un élève chéri de Codrus, qui, ayant suivi

toutes ses leçons, devait en avoir retenu l'enchaînement. Codrus parle

du grec en homme qui n'en perd pas la raison, à l'exemple de beaucoup

de savans de ce temps. Il lui préfère même le latin, qu'il estime

plus plein et plus grave, et pour lequel il se déclare prêt à rompre

la lance au besoin, tout en accordant qu'on doit avoir, pour le grec,

le respect que des enfans ont pour leurs parens; et que cette langue,

ainsi que l'a fort bien dit Quintilien, est la plus douce du monde et

aussi la plus propre à exprimer les choses techniques.

Le _huitième discours_ termine le cours des poètes grecs par une Vie

d'Homère d'une brièveté, d'une nullité peu dignes d'un professeur de

grec.

L'éloge de la Fable en général, d'Ésope, de la Vie pastorale, de

Virgile et de Codrus prend tout le _neuvième discours_.

Le _dixième_ est encore un panégyrique des Lettres grecques.

Le _onzième_ venge le grec de quelques détracteurs, et contient, avec

un second Éloge de la Vie pastorale, une Vie d'Hésiode, dans laquelle

Codrus met ce poète au dessus même d'Homère.

Le _douzième discours_ est un bizarre, cynique, et quelquefois

judicieux éloge du juste-milieu, dans lequel le chapitre de la

génération entraîne l'orateur, selon son penchant, à donner beaucoup de

détails lubriques, et tels, à propos de l'infamie de certains moines,

que nous n'en dirons rien, quoique Thémiseul en parle beaucoup, après

avoir fait, tout à l'heure, la petite bouche.

Dans le _treizième discours_, on voit un panégyrique des arts libéraux

et de l'université de Bologne, laquelle passait, avec raison, pour être

aussi facétieuse que savante; d'où nous est venu le personnage comique

du _Docteur de Bologne_, aussi proverbial qu'Arlequin et Pantalon.

Le _quatorzième discours_ renferme un panégyrique de la vertu, court et

pauvre: la matière n'inspirait pas Codrus.

Enfin, _le quinzième_ est un hommage rendu aux magistrats de Bologne.

Les lettres de Codrus offrent peu d'intérêt, dit Thémiseul, et pourtant

il les analyse avec assez de détail pour dispenser les autres d'en

parler. Quant aux poésies, qu'il juge plus que médiocres, et qu'il

n'examine guère que pour en relever les défauts, à la vérité, avec

autant de goût que de finesse, nous nous permettrons d'être moins

sévères que lui. Par exemple, il n'extrait, de la première pièce à

Jean II Bentivoglio, l'un des braves condottieri de ce temps, qu'un

charmant portrait de ce jeune héros, et s'exprime sur le reste avec

trop de négligence. La pièce entière, qui a 198 vers hexamètres, et

dont l'objet est de célébrer tout ensemble la vaillance, la justice et

l'humanité de Bentivoglio, nous paraît belle d'un bout à l'autre. Les

vers suivans, notamment, ne sont-ils pas de la meilleure école?

Ordine post alii pedites, equitesque sequuntur;

Pars clypeos gestant; hos umbræ lancea longæ

Armat; vos equites ferro pugnatis et arcu.

Interea horrizonis petit ærea machina bombis

Sidera; respondentque tubæ, resonantque propinqui

Montes; et pariter tellus, mare, sidera clamant, etc., etc., etc.

Le dialogue entre Mars et la Paix, qui se disputent Bentivoglio

(Annibal), renferme des beautés véritables, particulièrement la

peinture des maux que tant de guerres entre de petits États avaient

faits à l'Italie. Il y a de la chaleur et du sentiment dans la

complainte de Codrus sur la mort de son jeune disciple Sinibald

Ordolafe. Nous ferons bon marché de l'Eglogue et des deux Satires;

mais, quant aux poésies légères, nous pensons qu'on en peut recueillir

plusieurs que Thémiseul a délaissées, dont quelques unes, il est vrai,

sentent, comme il le dit, le terroir; telle est celle à Glaucus:

Candide, si mecum prandisses, Glauce, volebam, etc., etc.

Enfin la prose burlesque pour la Saint-Martin est fort gaie.

Les notes latines de Bernard de la Monnoye, d'une écriture très fine

et parfaitement nette, sont au nombre de trente-trois, distribuées

ainsi qu'il suit: vingt-neuf dans les discours de la première partie,

et quatre dans les poésies de la deuxième. Elles sont presque toutes

grammaticales et corrigent tantôt des erreurs de mots ou de noms

commises par l'auteur, tantôt des fautes de l'imprimeur; quelquefois

ce sont de simples dates rétablies, redressées ou ajoutées. Au dessous

du premier index, la Monnoye a écrit son anagramme: _A Delio nomen_,

et une ligne où il annonce que le livre des Fables de Codrus est

perdu. Ne s'est-il pas en partie retrouvé dans les Fables nouvellement

découvertes qu'on nous a données comme de Phèdre? A propos de Galéas

Bentivoglio, la troisième note apprend, d'après Hughellus _sur les

archevêques de Bologne_, que ce Galéas, qui occupa le siége de cette

ville, en 1511, après la mort du cardinal Alidosio, fut, dans la

suite, interdit et dépouillé de ses dignités par Jules II, et qu'il

alla mourir misérablement avec les siens. Quatrième note: Codrus avait

écrit: _feminæ filant_. La Monnoye corrige ainsi: _nent_; et il ajoute:

«Vox barbara qua usus Ordericus Vitalis, usus et Poggius in fabulis,

quin et Hortensius Landus in fortianis quæstionibus, quod mirum.» La

11e note rectifie un passage de Palæphat mal cité par Codrus: «Temere

id reris Codre; nil enim tale apud Palæphatem.» 21e note; au lieu de

_duos opposuit incudes_, «lege _duas_ sed Codro scriptori non admodum

exacto, solecismus facile potuit excidere.» 31e note; au sujet de la

pièce: _Olim cum juvenis fui_, etc., où Codrus déplore l'isolement dans

lequel la vieillesse le plonge, lisez en marge: «mirum de senectute

queri Codrum qui 54 annos non excessit.»

Avant la lettre que Jean Pin écrit à Maurolet, en l'honneur de Codrus,

la Monnoye rapporte: 1° d'après l'Épître dédicatoire de l'Horace de

1519, que François Asulan Andrea, beau-père d'Alde Manuce, adressa à

ce même Jean Pin, alors ambassadeur de François Ier à Venise, que ce

personnage avait été fait conseiller au parlement de Toulouse par Louis

XII; 2° d'après les lettres de Pietro Alciono au chancelier Duprat, que

Jean Pin fut très savant dans les lettres grecques et latines, et qu'il

traduisit en latin, après les avoir mis en meilleur ordre, les dix

livres des histoires romaines de Dion, depuis le duumvirat d'Auguste

et d'Antoine, après l'expulsion de Lépide jusqu'à la mort de Néron.

Ces témoignages honorables, à la mémoire de Jean Pin, toujours de la

main de la Monnoye, sont précédés de la copie également autographe de

l'épigramme suivante de Gilbert Ducherius, adressée à Jean Pin, membre

du parlement de Toulouse, évêque de Rieux (Rivensis).

Adria te Franci tractare negotia regni

Sæpe olim vidit, vidit et insubria

Post exantlatos nullo non orbe labores

Ut res obtigerat maxima quæque tibi:

Ordo senatorum, centumque viralis honestas

Albo te inscripsit, Pine diserte, suo.

Inde tuæ demum ut virtuti accessio major

Fiat, Revensi præsul in urbe sedes.

Si quicquam superest, quo possis altius ire,

Virtuti haud deerunt numina sancta tuæ.

Maintenant relevons, avec et sans Thémiseul, quelques détails de la

vie de Codrus, par Bianchini, qui avait été l'élève et l'intime ami

de ce professeur. Antoine Urcæus, surnommé Codrus, naquit à Herberia,

petite ville du territoire de Reggio, le 15 août 1446, un peu avant

le jour. Son aïeul, fils d'un potier du Brescian, fut le premier de

sa famille qui s'établit à Herberia. Sa mère mourut en couche, ce

qu'il rappelle d'une manière touchante dans son premier discours, en

la nommant _Mater dulcissima_. Il fut de bonne heure, et pendant 14

ans, professeur de belles-lettres à Forli; puis il vint professer à

l'université de Bologne le grec, le latin et la rhétorique, et mourut

dans ces fonctions, à Bologne, en 1500, au monastère de Saint-Sauveur,

où il avait voulu être transporté. On voit qu'il avait alors 54 ans.

Bayle s'est donc trompé quand, sur la foi de Spizelius, _De felice

litterato_, et de Léandre Albert _dans sa description de l'Italie_,

il a fait mourir Codrus à 76 ans, en 1516. Valérien de Bellune s'est

également trompé en disant, dans son curieux ouvrage _De infelicitate

litteratorum_, que notre professeur mourut assassiné cruellement par

des brigands d'une faction ennemie (_ab adversæ factionis latronibus

fœdissimè trucidatus_); car il mourut d'un asthme, après un excès de

table. Le christianisme de Codrus avait toujours été suspect durant

sa vie, sinon dans ses actes extérieurs, au moins dans ses pensées,

ses paroles intimes et sa conduite privée; mais il donna, en mourant,

de grands signes de religion et de repentir mêlé de terreur et de

vanité, se recommandant à Dieu et à la Vierge, et plaignant le monde

savant de ne l'avoir plus. On l'accusa de pédérastie, et quoi qu'en

dise Bianchini avec indignation, ce n'est pas sans sujet, si l'on s'en

réfère à ses épigrammes à Glaucus, surtout à celles qui commencent

par ces mots: _Huic ego jam volui_, etc., _dum fui impubes_, etc.,

_inter formosos juvenes_, etc., etc. Il était violent, châtiait parfois

avec barbarie ses écoliers, qu'il excellait, néanmoins à instruire

et à s'attacher. Son surnom de Codrus lui vint de ce que le prince

de Forli, s'étant un jour recommandé à lui, sur la voie publique, il

répondit: _Mes affaires vont bien, Jupiter se recommande à Codrus_

(_Jupiter Codro se commendat_). Il eut d'illustres disciples, tels que

Palmari, Volta, Paleoti, Albergoti, Bianchini et le jeune Béroald;

comme aussi d'illustres amis, entre lesquels on distingue les princes

de Forli et de Ferrare, ceux de Bologne, les Bentivoglio, Politien,

Buti, Alde Manuce, Tiberti, Garzoni, Guarini, Ripa, Lambertini, les

deux Roscio, Foscarini; la plupart savans, dont quelques uns avaient

été ses maîtres. Galéas Bentivoglio le fit peindre par Francia. Rien

de plus laid que sa figure, à en juger par la gravure que Thémiseul en

donne, laquelle est de Blesweyck. Il y ressemble, en laid, au fameux

violon moderne Paganini. Bayle, selon Thémiseul, a trop vanté et trop

plaint Codrus, en avançant qu'il fut un des plus savans et des plus

malheureux auteurs de son siècle; car Politien, Béroald, Ficin, Pic de

la Mirandole furent plus savans que lui, dont le savoir était confus et

la mémoire mauvaise; qui lisait presque toujours ses leçons; et, d'un

autre côté, il fut plus heureux qu'il ne devait s'attendre à l'être, vu

ses hardiesses et ses mauvaises mœurs. Son mérite spécial fut d'être

bon latiniste. Le service qu'il rendit à Plaute, en rétablissant son

_Aulularia_, fait honneur aux deux. Bayle encore n'aurait pas dû dire

qu'après l'incendie de ses papiers, Codrus s'alla cacher dans les

forêts pour y mener une vie sauvage, tandis qu'il ne fit que s'aller

coucher, pour une nuit, hors de Forli, sur un fumier; vomissant des

imprécations contre la Vierge, à laquelle il signifia, en bon latin,

qu'il voulait aller en enfer, et qu'elle s'en tînt pour avertie au

jour de sa mort; ce dont nous avons vu qu'il se repentit bien quand le

grand jour fut arrivé. Montesquieu, dont le valet de chambre brûla, par

mégarde, la _Vie de Louis XI_, ne fit pas tant de bruit pour une perte

bien plus grande, sans doute, que celle du livre intitulé _Pastor_,

qu'avait composé Codrus, et qui fut brûlé par sa propre négligence:

aussi Montesquieu n'eut-il pas de pardons à demander à la Vierge en

mourant. Codrus ne fut peut-être sublime qu'une fois; mais certainement

il le fut dans l'épitaphe qu'il voulut faire graver sur son tombeau,

laquelle consiste dans ces seuls mots: _Codrus eram_. Mais en voilà

bien assez sur le docteur de Bologne. En résumé, Codrus fut un très bel

esprit, plein de notions variées plus que profondes, érudit plutôt que

réellement savant. Une multitude de faits et de textes surchargeaient

sa tête et s'y confondaient, pour en sortir avec agrément et vivacité,

mais sans méthode, sans but précis, et, par conséquent, sans autre

résultat (du moins dans ses discours publics) que d'amuser ses

auditeurs et de faire parler de lui.

C'est là, du reste, tout le fruit qu'on doit attendre communément

de ces réunions fastueuses, instituées, dit-on, pour nourrir les

contemporains des graves enseignemens de l'histoire et des pures

inspirations du goût littéraire. Sans doute apparaissent quelquefois,

dans ses chaires illustres, d'inespérés phénomènes qui nous démentent

noblement ici, et que, loin de méconnaître, nous admirons autant que

personne au monde; mais, pour un de ces êtres privilégiés, pour un

orateur brillant, chaste, solide et fécond tel que Quintilien dans

Rome, tel que M. Villemain ou ses émules dans Paris, que de sophistes

prétentieux, que de rhéteurs vides et bouffis il faut entendre an

milieu d'applaudissemens déréglés! Généralement, on ne devrait prêcher

en public que la religion et la morale, science première, dont le but

est l'ordre social même, et le champ, la conscience universelle: quant

aux lettres, quant à l'histoire et à la philosophie, tant d'apparat

nuit plus qu'il ne sert à leur propagation; les hommes faits ne s'y

avanceront que par le travail silencieux et réfléchi de cabinet,

les jeunes élèves, que par le régime sévère, constant et régulier

du collége; et non dans des assemblées théâtrales, où les maîtres,

intéressés à s'ouvrir des voies nouvelles, renversent de front ou de

côté tout ce qui se rencontre devant eux, ou l'auditoire adulé ne

demande qu'à se créer de nouvelles idoles. Aussi ne voyons-nous jamais

plus briller ces assemblées consacrées au triomphe des lettres qu'à des

époques où l'art et le goût ne sont déjà plus: c'est comme le festin

des enterremens. _Requiescant._

MORALITÉ TRÈS SINGULIÈRE

ET TRÈS BONNE

DES BLASPHÉMATEURS DU NOM DE DIEU;

Où sont contenus plusieurs exemples et enseignemens à l'encontre

des maulx qui procedent a cause des grans Juremens et

Blasphèmes qui se commettent de jour en jour, et aussi que

la coustume n'en vaut riens, et qu'ils finent et fineront

très mal s'ils ne s'en abstiennent.--Et est la dicte Moralité

à dix-sept personnaiges dont les noms s'ensuyvent ci-après,

premièrement: Dieu, le Crucifix, Marie, Séraphin, Chérubin,

l'Église, la Mort, Guerre, Famine, le Blasphémateur, le

Négateur, l'Injuriateur, Briette, le fils de L'Injuriateur,

Satan, Béhémoth, Lucifer. (Gothique, sans date, mais de 1531 à

1540; 52 feuillets en 13 cahiers.) A Paris, par Pierre Sergent.

Avant 1820, on ne connaissait, de ce curieux monument de notre

ancien théâtre, dit un de nos plus distingués bibliophiles,

qu'un seul exemplaire imprimé, qui fut acheté cinq sous, en

1793, sur le pont de Rouen, par un curé de Normandie, et vendu

800 francs, en 1818, à la bibliothèque royale. La Société des

bibliophiles français le fit réimprimer, en 1820, par M. Firmin

Didot, sous la direction du savant que nous venons de désigner

pour l'insérer dans le tome 1er de ses _Mélanges_. Vers 1830,

un amateur éclairé a fait exécuter en _facsimilé_ une nouvelle

réimpression de cette moralité dont nous allons donner une

analyse succincte, le peu de mots qu'en ont dits les frères

Parfait ne nous paraissant pas devoir suffire. Il n'est pas

inutile de mentionner ici que les _Mélanges des Bibliophiles

français_, n'étant tirés qu'à 25 exempl., et la réimpression de

cette moralité, en _facsimilé_, ne l'étant qu'à un très petit

nombre, l'ouvrage est encore aujourd'hui peu commun.

(1502-31-40--1820.)

Analectabiblion, Tome 1 (of 2) ou extraits critiques de diveres livres rares, oubliés ou peu connus · 第 22 / 43 段