n'avaient guère cité qu'en ridicule, tout en convenant de son mérite,
chose passablement contradictoire. Il donne, en effet, beaucoup
de prise au sarcasme, avec ses éternels discours, ses mille et un
épisodes, ses quatre ou cinq cents personnages, parmi lesquels
figurent, Gastepavé, Toutlyfault, Pantagruel, Tastevin, Gobin, Goguelu,
Coridon, Rifflart, l'évêque de la loi d'Arménie, Trouillard, le podesta
des Tyriens, le sergent Corbin, le bourreau plaisant, etc., etc.,
etc.; enfin ses soixante-dix à quatre-vingt mille vers (car il en a au
moins autant, sans toutefois atteindre le nombre de huit cent mille,
comme le dit follement Catherinot, dans ses _Annales typographiques
de Bourges_); mais, malgré tous ces défauts, il est peu généreux et
peu juste de ne chercher qu'à rire d'une composition si ancienne, dans
laquelle brillent tant d'éclairs de vrai talent. Certes, c'est bien ici
le cas d'appliquer la sage maxime que, pour bien juger un ouvrage, il
faut plutôt considérer ses beautés que ses défauts. On n'a seulement
qu'à lire le _Mystère apocalyptique de maistre Louis Choquet_ pour
se convaincre qu'il n'était pas si facile, en 1450, d'égaler celui
des _Actes des Apôtres_. Disons, en finissant, que tous deux sont
généralement écrits en vers de huit pieds; mètre favori de nos vieux
poètes, et peut-être celui de tous qui, fatiguant le moins à la longue,
s'accorde le mieux avec le génie vif des Français.
CONFESSIONALE ANTONINI.
Incipit summula Confessionis utilissima in qua agit quo modo
se habere debeat confessor erga pœnitentem in confessionibus
audiendis, quam edidit reverendissimus vir ac in Christo
Pater, Dominus Frater Anthonius archiepiscopus florentinus,
ordinis fratrum predicatorum.
Impressa Parisiis sumptibus honesti viri Francisci Regnault in
vico Sancti Jacobi morantis ad interlignum divi Claudi. Anno
millesimo quingentesimo decimo, die vero XIX marci. (1 vol.
pet. in-12.)
ENSEMBLE:
CATÉCHISME SUR LE MARIAGE,
POUR LES PERSONNES QUI EMBRASSENT CET ETAT.
Imprimé par l'ordre de monseigneur l'archevêque de Sens
(Jean-Joseph Languet de Gergy), à l'usage de son diocèse,
avec le Catéchisme pour la Confession, la Communion et la
Confirmation. A Sens, chez André Janot, _Au nom de Jésus_.
M.DCC.XXXII. (1 vol. pet. in-12.)
(1450-73--1510 et 1732.)
Ce n'est pas sans raison que nous réunissons, dans cet article, deux
ouvrages que le temps sépare: nous cherchons à comparer, par là, deux
branches de la théologie, que l'on est convenu de désigner par les noms
de théologie morale et de théologie catéchétique. La première de ces
divisions est, pour la science divine, un guide au moins périlleux, la
seconde un appui solide; l'une produit d'ordinaire, pour tout fruit,
chez le maître et chez le disciple, des scrupules, de subtils détours,
et quelquefois la fraude, nommée escobarderie; l'autre des sentimens
purs et généreux; l'une mène aux cas de conscience, l'autre à la
connaissance et à la pratique des devoirs; l'une, enfin, donne les
Bauny, les Sanchez, les Fromageau, les Pontas; l'autre les Bossuet,
les Nicole, les Charency, les Fleury. Il nous serait facile d'étayer
cette proposition par des exemples qui ne laisseraient pas que d'en
égayer le sujet. Entre des milliers d'écrits pénitentiaux, le livre _de
Matrimonio_ nous est ouvert comme à tous, et aussi ceux de Jean Gerson
et de Cayckius, que nous n'osons citer, même en latin. Mais comment se
respecter après avoir introduit la raillerie cynique et le scandale
dans une matière si grave? Il faut laisser de telles gaîtés aux
docteurs polémiques et aux impies: toutefois, de courts développemens
ne paraîtront pas inutiles, et les ouvrages qui nous en fournissent
l'occasion, de quelque manière qu'on les envisage, sortis tous deux de
plumes chastes et sévères, n'offriront point d'aliment à la malignité.
Le dominicain Antonin de Forciglioni, ce vertueux moine que le pontife
Eugène IV éleva au siège archiépiscopal de Florence, en 1446, et qui
signala si courageusement sa charité durant la peste de 1448, est
l'auteur du _Confessionnal_. Le _Catéchisme_ appartient à l'archevêque
de Sens, Languet de Gergy, digne frère du curé de Saint-Sulpice dont le
zèle infatigable pour son église et pour ses pauvres a rendu la mémoire
populaire, prélat exemplaire dans ses mœurs, adversaire obstiné des
jansénistes dans ses écrits, homme docte et judicieux, malgré son
ultramontanisme et sa Vie de Marie Alacoque, dont Voltaire a trop
bien fait son profit. Ce simple énoncé garantit assez qu'on trouvera,
dans nos deux auteurs, ce qu'il faut, avant tout, chercher, dans les
moralistes, l'accord de la conduite, des idées et des sentimens.
C'est une grande chose que la confession auriculaire. On n'attend pas
de nous que, sans mission aucune, nous reproduisions l'inépuisable
controverse à laquelle cette institution a donné lieu depuis saint
Cyprien, dont un passage fameux a servi de texte à des objections et à
des réfutations sans nombre; ou seulement depuis Erasme, qui émit, sur
ce chapitre, dans son livre de l'_Exomologèse_, des opinions hardies,
et Calvin, qui a rudement tranché cette sérieuse matière; ou même, à ne
partir que du savant ministre Jean Daillé, que l'abbé Jacques Boileau a
réfuté paisiblement en 1684, quatorze ans après la mort de Daillé, avec
beaucoup d'érudition aussi, le concile de Latran, en 1295; le concile
de Trente, au XVIe siècle; l'usage universel de l'Église romaine
ont prononcé sans retour. Il est bien établi aujourd'hui, chez tout
catholique orthodoxe, que la confession auriculaire est, pour chacun,
une loi obligatoire d'institution divine. Mais, si la loi n'a pas
changé depuis dix-huit siècles, l'exercice en a souffert de nombreuses
modifications, selon les temps et les lieux. C'est ce qu'on voit dès
l'entrée du Confessional d'Antonin, où ce prélat examine à quelles
règles est soumis le choix des confesseurs pour les ecclésiastiques et
pour les laïcs. On y lit, par exemple, que personne, pas même le roi,
n'a droit de prendre son confesseur hors de son propre prêtre, sans la
permission expresse du pape, sauf huit cas seulement dont le premier
est celui de l'indiscrétion du confesseur. Il en est autrement de nos
jours. Pontas, à l'article _Approbation_, établit vingt-deux cas sur
ce point, et renvoie encore à ses articles absolution, cas réservés,
confesseurs, confession et jubilé! Nous croyons qu'il y a bien d'autres
cas analogues pour l'Espagne, l'Allemagne et l'Italie.
L'article des cas réservés aux évêques et au pape était déjà chargé
du temps d'Antonin: plusieurs casuistes réduisaient ces cas à quatre,
d'autres en admettaient cinq, d'autres beaucoup davantage: quelques
modernes en posent trente-huit, et annoncent n'avoir pas fini. Antonin
pense qu'une grande extension de tels cas ne va qu'à restreindre le
pouvoir sacerdotal. Nous croyons que son opinion n'a point arrêté
les casuistes. Le même ne rend point le pénitent passible de la
distraction ou du sommeil du confesseur, et tient que la confession,
en cas pareil, est bonne, quoiqu'elle n'ait pas été entendue. Nous
croyons que ce sentiment judicieux a subi nombre d'interprétations
et de distinctions de lui à nous. Maintenant, quelle science est
absolument requise dans le confesseur? évidemment celle qui détermine
la nature mortelle ou vénielle des différens péchés. Bien; mais la
classification générale des péchés emporte, même chez Antonin, des
distinctions d'un effrayant détail, auxquelles le temps n'a fait
qu'ajouter. A quels signes reconnaître la contrition et l'attrition?
à quels degrés de défaillance de l'une de ces conditions essentielles
la confession devient-elle nulle? Pour simplifier la solution de ces
questions, Antonin, d'après saint Thomas, exige seize conditions dans
la confession. Il la veut simple, humble, pure, fidèle, fréquente, nue,
discrète, volontaire, retenue, entière, secrète, dolente, accélérée,
courageuse, accusatrice et soumise. Quoi! la confession qui réunirait
toutes ces conditions moins une, qui, par supposition, serait seulement
_lente_ au lieu d'être _accélérée_, par là même deviendrait nulle? cela
n'est pas croyable. Il se peut donc faire que de ces seize conditions
nécessaires, il y en ait une qui soit superflue. Ce n'est pas tout;
l'explication de chacune de ces conditions entraîne les casuistes dans
une foule d'investigations si déliées, qu'elles forment autant de
traités divers, dont la connaissance demande l'esprit le plus attentif
et le plus pénétrant. Ensuite, comment faut-il interroger? Distinctions
sur les circonstances du fait, distinctions par rapport au sexe du
pénitent, à son âge, à sa profession, etc.; distinctions sur la forme
et la portée de l'absolution; lois innombrables touchant le secret de
la confession; que savons-nous? et tout cela ne constitue encore qu'un
sommaire (summula) de ce qui concerne le confesseur dans la confession.
Puis vient le traité des excommunications, puis celui des devoirs et de
leurs contraires. Ici l'espace s'agrandit tellement, que l'œil se perd
à considérer seulement ce qui offert au larcin par violence, autrement
dit _rapine_; et il y a des centaines de points de vue pareils dans la
_Summula_ d'Antonin; et chez Fromageau il y en a bien autrement; et
chez Sanchez il y a trente livres pesant de papier écrit, rien que sur
le mariage. Puis viennent les cas d'absolution _in articulo mortis_,
ensemble tous les cas d'absolution officieuse, avec un nouveau cortége
obligé de distinctions sans fin. Les trois parties du Confessional
d'Antonin sont suivies d'un long traité des restitutions. A ce propos,
l'auteur établit vingt mains rapinantes, lesquelles ayant chacune cinq
doigts, donnent cent modes de rapine, et, par contre, cent modes de
restitution. Mais, en centuplant ces mains, ces doigts, ces rapines et
ces restitutions, on n'a pas encore la millième partie des cas dont se
composerait un livre complet sur la matière exécutée selon la méthode
des casuistes. En bonne foi, si c'est là de la théologie morale,
est-ce bien de la morale? Aussi, dans la pratique, arrive t-il presque
toujours que confesseurs et pénitens, se dégageant, soit par un instant
prudent, soit par une ignorance heureuse, des liens d'une fausse
science, ne sont guère conduits que par cette voix naturelle qu'en
théorie ils sont appelés à dédaigner; c'est à dire que les premiers,
formés à la connaissance d'autrui par l'étude approfondie d'eux-mêmes
et par l'expérience du monde, touchent facilement, sans le secours des
livres, les plaies de l'ame les plus cachées; et que les seconds, sur
le simple appel de leurs souvenirs, dévoilent non moins facilement,
sitôt qu'ils le veulent, ces pénibles secrets qui échappent aux oracles
sybillins. Nous en sommes du moins convaincus; mais si nous savions les
confesseur et les pénitens casuistes, nous en frémirions pour eux.
Dieu a gravé sa loi dans le cœur de tous les hommes, quoi qu'on
dise, et, sans doute, il l'a fait à des degrés proportionnés aux
forces qu'ils ont reçues de lui pour l'observer. Ici ce n'est plus
les théologiens que nous attaquons, mais ces philosophes timides ou
téméraires qui, prodiguant les lueurs vacillantes du doute où ils
devraient faire briller la lumière du jour, tirent un vain honneur
de tout brouiller et de tout confondre, au lieu de simplifier et
d'éclaircir. Pensent-ils être sages, lorsqu'ils échappent à cette
évidence intime, source première de toute certitude, et s'en vont
chercher, aux extrémités de la terre ou dans les tristes asiles des
aliénés, des argumens contre les lois de la conscience? Que nous
font leurs recherches incertaines, suivies de conclusions forcées!
Que nous font les Cafres, les Caraïbes, les Patagons, les infirmes
d'intelligence? «_Si quis piorum manibus locus, si ut, sapientibus
placet, non cum corpore exstinguntur magnæ animæ_;» «Si, pour parler
avec Tacite, quelque asile est réservé aux manes pieux, si, comme il
plaît aux sages de le croire, les grandes ames ne s'éteignent pas avec
le corps,» ce ne sera point de la conscience des sauvages ni de celle
des fous, que vous aurez à répondre, mais de la vôtre. Au surplus, les
faits accidentels ne vous autorisent pas, et les faits réguliers vous
démentent. Généralement se révèle, dans l'homme, le sentiment moral;
il perce à travers les plus grossières enveloppes, et souvent palpite
encore dans les esprits les plus désorganisés. Nous avons connu, dans
notre enfance, un paysan frappé d'imbécillité notoire, un de ces
hommes que le peuple raille et respecte tout ensemble, par une notion
confuse de la vérité. Cet homme, dont l'intellect borné suffisait à
peine à ses besoins physiques, manifestait une perception fort claire
de la divinité comme du devoir. Il mourut, et peu s'en fallut que la
contrée n'invoquât son nom comme celui d'un être chéri du ciel. Or,
si la conscience parle à de tels êtres, que ne dit-elle pas, sur les
obligations sacrées, à ceux que la nature et la société ont favorisés?
Il nous semblerait, en vérité, plus aisé d'indiquer les bornes des
sphères célestes, que la mesure des clartés que la conscience répand
dans le cœur humain. Témoin rigide, vigilant conseiller, elle éclaire
ceux mêmes qui nient sa présence, et toujours assez savant sur la
morale est celui qui la consulte avec sincérité. Quant à réglementer
ce qui ne peut être prévu ni connu, ni apprécié hors de soi, ce ne
sera jamais une entreprise sensée. Posez des millions d'hypothèses,
multipliez à l'infini vos cas réservés ou non, jamais vous n'atteindrez
l'ame qui se dérobe; et celle qui s'offre au Dieu qui lui dit d'aimer
et de pardonner, seule, sans votre formidable appareil, dépassera, de
bien loin, vos prévisions et vos rigueurs.
Que d'avantages n'a pas, sur cette théologie obscure des cas de
conscience, celle qui marque avec une simplicité précise le but ou
nous devons tendre et les écueils qu'il nous faut éviter? Tel est
l'objet de la théologie catéchétique, laquelle nous ramène au livre
de l'archevêque de Sens. Son catéchisme du mariage, qui est suivi
de trois autres sur la confession, la communion et la confirmation,
excita, dit-on, de vives réclamations dans le temps, au point que des
curés, des maîtres d'école, et jusqu'à des religieuses, le rejetèrent.
La raison en est difficile à comprendre. S'il eût ressemblé à certain
examen de conscience moderne usité dans le diocèse d'Amiens, ce serait
tout le contraire; mais notre archevêque était encore plus modeste que
casuiste. Ses quatre catéchismes ont toute sorte de mérites évidens:
ils sont clairs, ils sont courts, substantiels, et d'une pureté qui ne
prête à aucun mauvais sens. Le premier, qui touchait un sujet délicat,
nous a particulièrement frappés. Onze brèves instructions seulement
le composent et embrassent toute la matière, depuis la définition
du mariage en général, et de l'union chrétienne en particulier, les
empêchemens de toute nature, tant sacrés que civils, et les formes
cérémoniales, jusqu'aux devoirs des époux, soit entre eux, soit à
l'égard de leurs enfans et de leurs inférieurs, soit enfin dans les
cas malheureux de viduité. Nous n'y avons trouvé à redire qu'une seule
réponse à une question indiscrète; la voici: «N'y a-t-il pas d'autres
avis à donner aux nouveaux mariés le jour de leurs noces?»--«Il y en a,
sans doute, surtout pour ce qui regarde l'usage du mariage; mais il est
plus à propos que chacun les prenne auparavant de son confesseur.»
Il nous a paru que ce dont il s'agit ne regardait pas d'avance les
confesseurs, et que l'abus seulement pouvait les concerner. Certains
avis seront toujours mieux placés dans la bouche des parens que dans
celle d'un prêtre. Nous ne reprendrons point, d'ailleurs, la simplicité
un peu rustique de quelques passages, tels que celui où il est
conseillé aux femmes _de ne point prêcher leurs maris quand ils ont du
vin_. Les catéchismes sont faits pour tous les rangs sociaux, et l'avis
est excellent. On peut le traduire ainsi dans le style du beau monde:
_Ne prêchez vos maris que lorsqu'ils pourront vous comprendre_.
LE LIVRE DE TAILLEVENT,
GRAND CUISINIER DE FRANCE,
Contenant l'art et science d'appareiller viandes; à sçavoir:
Bouilly, Rousty, Poisson de mer et d'eau douce; Sauces, Epices,
etc. A Lyon, chez Pierre Rigaud, en rue Mercière, au coing de
rue Ferrandière, M.DC.IIII.
SUIVI DU
LIVRE DE HONNESTE VOLUPTÉ,
Contenant la manière d'habiller toute sorte de viandes,
etc., etc., avec un Mémoire pour faire escriteau pour un
banquet: extrait de plusieurs forts experts, et le tout reveu
nouuellement, contenant cinq chapitres (petit texte). A Lyon,
pour Pierre Rigaud, 1602. Deux parties en 1 vol. in-16.
FESTIN JOYEUX,
OU
LA CUISINE EN MUSIQUE,
En vers libres. 2 parties en 1 vol. in-12, avec la musique. A
Paris, chez Lesclapart, rue Saint-André-des-Arcs, vis à vis la
rue Pavée. _A l'Espérance couronnée._ 1738.
(1460--1602--1604--1738.)
Le viandier, pour appareiller toutes manières de viandes _que
Taillevent gueux du roy nostre sire, fist_, et dont la première
édition, imprimée in-4, gothique, paraît à M. Brunet l'avoir été à
Vienne, en Dauphiné, par Pierre Schenck, vers 1490, ne peut être d'une
composition antérieure à l'an 1455, puisque, dans la réimpression
fidèle que nous en avons de Lyon, 1604, se trouve le menu du _chapelet_
(service) faict au Boys-sur-Mer, le XVIe jour de juin mil quatre cent
cinquante-cinq, pour monseigneur du Maine. Dans ce _chapelet_ figurait
une forêt de plumes blanches couvertes de violettes, d'où partait
une montagne étagée de pâtés et de tours pleines de lapins, avec
couronnement de bouquets, et les armes dudit seigneur, ainsi que celles
de mademoiselle de Chasteaubriant. Dans chaque pâté gissaient, au sein
d'une farce de graisse, de girofle et de veau haché, un chevreau, un
oison, trois chapons, six poulailles, six pigeons, et un lapereau. Les
hérons, les hérissons, les cochons de lait, l'esturgeon cuit au persil
et au vinaigre, avec du gingembre par dessus, les sangliers simulés en
crème frite, les darioles, les prunes confites en eau rose, les épices,
les figues, le vin, le claire et l'hypocras, tout y abondait. Je vois
à la suite un banquet plus modeste; c'est celui de monseigneur de
Foix. Des poussins au sucre, de la crème d'amandes froide, des cailles
au sucre, des dauphins de crème, des oranges frites; par-ci par là
quelques épaules de chevreaux farcies, et quelques pâtés de levreaux;
c'est tout. Le banquet de monseigneur de la Marche se relève: c'est
d'abord du brouet de cannelle, de la venaison à clou; puis des paons,
des cygnes et des perdrix au sucre; puis des chapons farcis de crème,
des aigles, des poires à l'hypocras et de la gelée de cresson. Quant au
banquet de monseigneur d'Estampes, ce n'est guère la peine d'en parler,
si l'on en excepte les poules aux herbes, les paons au scélereau
(sans doute céleri), et les levreaux au vinaigre rosat. Il y a,
d'ailleurs, de quoi se perdre dans la multitude de recettes que donne
le vieux Taillevent: je n'en citerai qu'une pour se procurer des œufs
à la broche: Faites deux trous opposés à chaque coque de vos œufs;
videz ces coques; battez bien ce qui en sort avec de la sauge, de la
marjolaine, du pouliot, de la menthe hachés bien menu; faites frire le
mélange au beurre; saupoudrez-le, puis après, de gingembre, de safran
et de sucre; remplissez alors vos coques de cette farce: embrochez une
douzaine de ces coques ainsi remplies; faites rôtir à petit feu; ce
fait, vous aurez des œufs rôtis qui ressembleront toujours plus à des
œufs que les grives grasses de Pétrone cuites dans des œufs de plâtre.
Le _Livre des Honnestes voluptés_ est encore plus splendide que celui
de Taillevent: aussi paraît-il plus moderne. J'y trouve un menu ou
écriteau de 180 mets divers, et la table générale en présente 378.
On voit que, dès le temps de notre Charles VII le Victorieux, nous
pouvions rivaliser avec Cœlius Apicius touchant _les obsones et
condimens_.
Maintenant, franchissons près de trois siècles, et suivons M. le Bas à
son festin joyeux. M. le Bas, anonyme ou pseudonyme, n'importe, dédie
sa cuisine en vers et en musique aux dames de la cour. Son ouvrage,
divisé en deux parties, est bien conçu: la première renferme le plan
d'un repas de quatorze couverts servi de trois services à treize, sans
le dessert; et la seconde offre, dans un ambigu, une suite de plusieurs
centaines de mets choisis, ou la variété le dispute à la richesse;
mais, ce qu'il y a de merveilleux, c'est qu'ici, descriptions,
préceptes, conseils, narrations, tout est en vers chantans. Ainsi, pour
des perdreaux à l'espagnole, M. le Bas chantera, sur l'air: _petits
oiseaux, rassurez-vous_:
Du vin, de l'huile et du citron,
Coriandre, la rocambole,
Dans ce ragoût à l'espagnole,
Le tout ensemble sera bon, etc., etc., etc.
Pour le coulis d'écrevisse, chantez sur l'air: _petits moutons, qui
dans la plaine_:
Les écrevisses étant pilées,
Mitonnez-les dans du bouillon;
Joignez-y du pain qui soit bon;
Que toutes soient passées, etc., etc., etc.
_Le Festin joyeux_ est imprimé avec permission de monseigneur le
chancelier de France. Les connaisseurs accorderont le privilége à
la gastronomie de M. Berchoux et à la _Physiologie du Goût_ de M.
Brillat-Savarin.
LA PRENOSTICATION
DES HOMMES ET FEMMES;
De leurs Nativitez et Influences selon les douze Signes
de l'An: et que chascun pourra facilement cognoistre les
diversitez ou bonnes fortunes. 1 vol. pet. in-4, gothique, _s.
d._ (1480 environ) ni nom d'imprimeur, ni chiffres; contenant
huit feuillets, avec des signatures de A.IIII., fig. en bois
représentant d'abord le Pronostiqueur assis, puis les XII
signes zodiacaux.
(1480.)
L'auteur français de ce petit écrit, précurseur de Nostradamus, nous
apprend, dans son Prologue, 1° _qu'il l'a translaté de mot en mot_ du
latin; 2° que pour tirer son horoscope, il faut considérer le mois
dans lequel on est né, plus le signe du soleil auquel ce mois se
rapporte; 3° que le signe du bélier est le premier; 4° que l'autorité
des jugemens sur la destinée des hommes rendus par les signes zodiacaux
est attestée par Ptolomée, _astrologue très expert_. Venant ensuite
à l'application de ses principes, il établit que l'homme, né de la
mi-mars à la mi-avril, sous le Bélier, ne sera ni riche ni pauvre;
qu'il sera menteur, colère, courageux, grand fornicateur, et vivra 60
ans, _selon nature, s'il échappe aux maladies et aux accidens_; que
la femme née sous les mêmes conditions sera pareillement colère et
menteuse, et qu'elle vivra 40 ans. L'auteur ne dit rien de la chasteté
de cette femme, ce qui doit être pris en bonne part pour sa destinée.
De la mi-avril à la mi-mai, sous le Taureau, l'homme sera riche par
femme, et ingrat, et vivra 85 ans et 3 mois; la femme sera laborieuse,
affectueuse, heureuse en ses desseins, et vivra 76 ans, _toujours selon
nature_, bien entendu, et si elle échappe aux accidens. De la mi-mai à
la mi-juin, sous les Gémeaux, l'homme est destiné à une vie publique
et raisonnable, qu'il poussera jusqu'à 110 ans; voilà qui va bien; mais
il sera mordu d'un chien et tourmenté dans l'eau, voilà le correctif.
Remarquons ici que, sous nombre de signes, on doit être mordu d'un
chien et tourmenté dans l'eau. Quant à la femme née sous le Taureau,
elle sera pieuse et vivra 70 ans; mais, pour assurer sa vertu, on devra
la marier de bonne heure, etc., etc. L'auteur du présent recueil ne
poussera pas plus loin cette analyse, pour ne point gâter le métier
de pronostiqueur; on doit laisser à chacun ses chalands. Ce n'est pas
qu'il soit en doute de la science; il est trop intéressé à y croire
pour en douter, puisque étant né de la mi-juillet à la mi-août, sous le
Lion, il doit être beau, riche et arrogant; et c'est là de quoi réussir
dans le monde.
DIVINI ELOQUII
Preconis celeberrimi fratris Oliverii Maillardi ordin. minor.
professoris: sermones dominicales: una cu aliquib' aliis
sermonib' valde utilib' Jehan Petit. (_Paris_, s. d., 1 vol.
in-8 de 115 feuillets, gothique. _Rare._)
ENSEMBLE:
NOUUM DIVERSORUM.
Sermonū opus hactenus nō impressum. reuerendi patris
Oliuerii Maillardi. quod merito supplementum priorū
sermonū iādudum impressorum poterit nuncupari cujus
operis contentorum ordo sequitur pagina sequenti. Venūdatur
Parisii in vico sācti Jacobi ad intersignṵ Lilii. in
domo Johannis Parvi. (Sans date. 2 vol. in-8 de 176 et 152
feuillets, gothique. _Rare._)
ENSEMBLE:
SERMON DE F. OLIVIER MAILLARD,
PRESCHÉ A BRUGES EN 1500,
Et aultres pièces du même auteur, avec une notice par M. Jehan
Labouderie, président de la Société des Bibliophiles français.
_Paris_, C. Farcy, imprimeur, rue de la Tabletterie, n. 19.
1826. (1 vol. in-8 de 62 pages, papier vélin, tiré à très petit
nombre.)
ENSEMBLE:
SERMONS
DE FRÈRE MICHEL MENOT SUR LA MADELEINE,
ET L'ENFANT PRODIGUE,