l'_Aiguillon de l'Amour divin_, que Maittaire croit être le
premier livre imprimé en français. On voit un Guillaume Caron,
probablement de la même famille, figurer, de 1481 à 1491, parmi
les imprimeurs de Paris. Remarquons, au sujet de la traduction
du livre de _Saint Bonaventure_, citée ici, que M. Brunet y a
vu la date de 1494. Nous nous en rapportons, pour ces détails,
à ce qui en est.
3°. =PASCAL BONHOMME.= 1476. Un Jehan Bonhomme imprimait aussi à
Paris, de 1486 à 1489. Pascal ou Pasquier Bonhomme est surtout
fameux par son édition des _Grandes Chroniques de France_,
dites _les Chroniques de Saint-Denis_. (_Voir_, à ce sujet, la
note 9.)
4°. =ANTOINE VÉRARD.= 1480-1517. C'est le prince des imprimeurs
en gothique française. Les éditions qu'il a données sont
aujourd'hui toutes d'un grand prix. Quelques uns ont prétendu
qu'Antoine Vérard ne fut qu'un libraire faisant imprimer; mais
qu'est-ce que quelques uns n'ont pas prétendu? Encore une
occasion de s'en rapporter, dans le doute, à ce qui en est.
5°. =JEHAN DU PRÉ, JEHAN BELIN.= 1481-93.
6°. =FRANÇOIS REGNAULT.= 1481-1500-1539. Il imprimait en fort
beau gothique. Nous avons de lui un exemplaire du
_Confessionale Anthonini_, pet. in-12 à deux colonnes et 255
feuillets, plus 5 feuillets de table. _Paris_, 1510, avec
frontispice gravé, figurant le chiffre de l'imprimeur, supporté
par un berger et une bergère, avec cette légende: _En Dieu est
mon espérance_.
7°. =DENYS JANOT.= 1484-1539. Nom célèbre dans les annales de la
presse parisienne, plus par la multiplicité de ses titres que
par leur supériorité. Denys Janot imprimait ordinairement
en gothique. On a de lui plusieurs romans de chevalerie,
tels que le _Méliadus de Leonnoys_, in-fol. de 1532; et, en
société avec Alain Lotrian, le livre de _Sydrah le grand
philosophe, Fontaine de toutes sciences, in-4, à l'enseigne
de l'Ecu de France_. Une de ses meilleures productions est en
lettres rondes, in-8, 1539; c'est la traduction française des
_Triumphes petrarcques_.
8°. =WOLFGAND HOPYL.= 1489-98.
9°. =PHILIPPE PIGOUCHET.= 1484-1512. Homme de grand talent.
Un des chefs-d'œuvre de son officine est le livre de Jehan
Meschinot, intitulé: _les Lunettes des Princes_, in-8,
gothique, 1499, avec son nom, et son chiffre au frontispice,
représentant Adam et Ève.
10°. =GODEFROY MARNEF.= 1491-98. Encore un nom typographique
notable, porté par plusieurs individus de la même famille.
On voit un Enguerrand de Marnef imprimeur en 1517; un Jehan
de Marnef, en 1524; et une Jeanne de Marnef, en 1546, rue
Neuve-Nostre-Dame, à l'enseigne Saint Jean-Baptiste. Cette
dernière imprima _les Trois nouvelles Déesses, Pallas, Juno,
et Vénus_, poème courtisanesque de François Habert, dit le
poète de Berry. Sa devise est: _Nul ne s'y frotte_, devise qui
convient également aux anciennes et aux nouvelles déesses.
11°. =JEHAN TREPPEREL.= 1494-98. Nous possédons, de cet habile
imprimeur, un poème anonyme, intitulé: _le Renoncement
d'Amours_, très nettement imprimé en gothique, avec figures
sur bois, in-8. L'ouvrage est terminé par le chiffre de Jehan
Trepperel, supporté par deux lions, surmonté de l'écu de
France. Le même a donné, entre autres beaux ouvrages, _les deux
Testamens de Villon_, in-8, gothique. 8 juillet 1497.
12°. =JEHAN PETIT.= 1498-1539. Il doit y avoir eu ici succession
de personnes sous les mêmes noms et prénoms.
13°. =SIMON VOSTRE.= 1500. Imprimeur estimé; d'abord libraire
seulement. Il travaillait dans le même temps que Nicolas Wolf
et Nicolas de la Barre. M. Brunet, qui est ici de grande
autorité, a mis en doute que Simon Vostre ait été autre chose
que libraire faisant imprimer. On pourrait écrire des volumes
de controverse sur des questions de cette nature sans les
résoudre complètement. Or l'esprit humain a besoin d'une
pâture. Pour la science des petits faits, il faut se contenter
bien souvent de trouver l'à peu près, et de ne se pas tromper
tout seul.
14°. =GUIDON MERCATOR.= 1502.
15°. =HENRY ESTIENNE Ier.= 1503-20. Ce patriarche de l'imprimerie
française, chef de son illustre famille, naquit à Paris vers
1470. Il y imprimait dès l'an 1503, et y mourut vers 1520. Ses
trois fils, François, Robert et Charles, furent tous imprimeurs
avec ou après lui. François, que nous nommerons François Ier,
ne marqua guère, non plus que Charles, qui mourut en 1564.
Quant à Robert, premier du nom, ce fut un homme supérieur. Né
en 1503, il débuta dans la carrière, en 1527, par l'impression
des Partitions oratoires de Cicéron; puis il fit paraître son
_Thesaurus linguæ latinæ_, tant de fois réimprimé et autant de
fois enrichi, devint imprimeur du roi, son protecteur, en 1539,
et mourut à Genève, en 1559, ayant été comme chassé de France
pour la hardiesse de ses opinions. Robert Ier eut, ainsi que
son père, Henri Ier, trois fils; savoir: 1° Henri IIe, homme
de génie, de haut savoir et d'un courage téméraire, qui, né en
1528, s'en alla mourir à l'hôpital à Lyon, en 1598, laissant un
fils, Paul Estienne, lequel naquit en 1566, et mourut, en 1627,
imprimeur à Genève, avec postérité. On doit à Henri II des
ouvrages qui ne mourront pas, tels que l'inestimable _Thesaurus
linguæ græcæ_, que son prote, Scapula, lui vola en abrégé,
l'_Apologie pour Hérodote_, et divers Traités précieux sur la
langue française; 2° Robert II, né en 1530, mort en 1571, père
de Robert III, imprimeur mort sans enfans en 1629, et de Henri
III, lequel eut un fils, Henri IV, imprimeur jusqu'en 1640;
3° François II, dont on sait peu de choses. Revenons à Paul
Estienne, fils du grand et infortuné Henri II. Il eut un fils,
nommé Antoine, lequel fut imprimeur, et mourut à l'hôpital,
comme son aïeul, sans avoir mérité, comme lui, les persécutions
de l'envie et du fanatisme. Antoine Estienne rendit son souffle
obscur et son beau nom à l'Hôtel-Dieu de Paris, à l'âge de
80 ans, en 1674. On aurait pu graver sur sa tombe ces mots:
_ultimus et minimus_. Tout finit; mais cette grande race des
Estienne, grande par ses travaux, son indépendance d'esprit et
ses malheurs, a bien gagné l'immortalité en faisant jouer ses
presses pendant près de deux siècles. Nulle famille de héros ne
s'est signalée par autant de conquêtes, ni par d'aussi durables.
16°. =BADIUS ASCENSIUS=, ou Josse Bade d'Asc. 1505-32. Les
produits de l'imprimerie, sous ce nom, sont prodigieux en
nombre.
17°. =MICHEL LE NOIR.= 1506. Philippe le Noir, selon l'apparence,
parent de Michel, imprimait, en 1524, _les Regnars traversant
les périlleuses voies des Folles Fiances du monde_, ouvrage
du célèbre Bouchet, et, vers le même temps, ou peu avant,
_le Vergier d'honneur_, d'André de La Vigne et d'Octavien de
Saint-Gelais.
18°. =BERTHOLD RUMBOLT=, en 1508, exerçait d'abord son art, de
société avec Ulric Gering. Il imprima seul, plus tard, et en
parfaitement beau gothique, divers ouvrages, notamment _le
Romant des trois Pelerinages de la Vie humaine_, poème de
Guilleville, composé au 13e siècle.
19°. =GALYOT DU PRÉ.= 1512. Nicolas du Pré, 1515.--Jehan du
Prat.--1539.--Le nom du Pré figure jusqu'en 1551. Galyot, qui
l'a le plus illustré, est l'imprimeur excellent du _Roman de la
Rose_, de 1529; du _Sage Sydrah_, de 1531, et d'autres ouvrages
curieux, tous en lettres rondes. On recherche à tout prix ses
éditions.
20°. =ÆGIDE (GILLE) GORMONT.= 1513-30. Nicolas Gormont. 1540.
Nous possédons, du premier des deux Gormont, une charmante
édition gothique, très rare, de l'_Amant rendu Cordelier à
l'observance d'amour_, joli poème de Martial d'Auvergne.
21°. =JEHAN BONFONS.= 1518. Nicolas Bonfons. Ces deux imprimeurs
gothiques sont très médiocres; néanmoins, ils sont recherchés
à cause de la rareté de leurs productions, telles que les
éditions du _Grand Kalendrier des Bergiers_, des romans de
_Miles et Amys_, de _Beufves de Hantonnes_, etc.
22°. =ALAIN LOTRIAN.= 1539. Son nom, qui se trouve sur des livres
chers et peu communs, fait la meilleure part de son mérite:
on le voit décorer l'édition, très précieuse, à la date de
1539, du _Mystère de la Vengeance de Titus, et Destruction de
Jérusalem_.
23°. =THOMAS LAISNE.=
24°. =VIDOVE.= 1530. Nous citerons de lui la charmante édition,
en lettres rondes, du _Champion des Dames_, ennuyeux poème de
Martin Franc, pet. in-8, 1530, dont un bel exemplaire se paie
fort aisément aujourd'hui, de 150 à 200 fr.
25°. =LES ANGELIERS.= 1535-88. Famille digne de mémoire,
notamment par sa belle édition du _Mystère des Actes des
Apôtres_, de Simon et Arnould Gréban, et par celle qu'elle a
donnée des _Essais de Michel Montaigne_, du vivant de l'auteur.
26°. =VASCOSAN.= 1536-83. Excellent imprimeur, dont le
chef-d'œuvre est le _Plutarque_ d'Amyot, in-8 et in-fol.
27°. =MAMERT PATISSON.= 1569-99. Vidua Patisson, 1604. Mamert
Patisson fut imprimeur du roi: ses impressions sont fort
belles, notamment celle des _Origines de la Langue française_,
par Fauchet. In-4, 1581.
28°. =MOREL.= 1580-1639. Officine laborieuse, à en juger par le
nombre de ses produits.
29°. =ANTOINE VITRAY, ou VITRÉ.= 1628-58. On connaît sa jolie
Bible, en 8 vol. in-12, de 1652, si recherchée des amateurs.
30°. =SÉBASTIEN CRAMOISY.= 1620-69. André Cramoisy. 1670-97.
Sébastien Cramoisy, digne, par la magnificence de ses types,
d'avoir conduit si long-temps l'imprimerie royale, s'est
particulièrement honoré par les éditions du _Discours sur
l'Histoire universelle_, de Bossuet, in-4, du _Joinville_ de Du
Cange, in-fol., etc., etc. Il mourut en 1669.
31°. =RIGAUT.= 1709. Imprimeur de l'imprimerie royale, qui a
fait tant d'honneur, jusqu'à nos jours, au nom d'Anisson. Sa
belle édition in-8, 1709, des _Sermons de Bourdaloue_, est
encore aujourd'hui celle de cet auteur que l'on estime le plus.
32°. =COUSTELLIER.= 1723-45. Justement estimé, surtout par sa
jolie Collection des _Vieux poètes français_, in-12, et par ses
charmantes éditions in-12 de plusieurs classiques latins, tels
que le _Virgile_, le _Lucrèce_, etc.
33°. =BARBOU.= 1757, etc. Sa Collection in-12 des Classiques
latins, qui fait suite aux impressions de ce genre qu'a données
Coustellier, son _Malherbe_, avec les notes de Saint-Marc,
in-8, et d'autres productions aussi nettes que correctes lui
ont acquis une réputation méritée.
34°. =LOUIS CELLOT.= 1768-71. Nous lui devons, parmi beaucoup de
bonnes éditions, le _Racine_ in-8 de Luneau de Boisgermain, et
la traduction du _Térence_, de Le Monnier.
35°. =DIDOT.= 1743-1834. Ce grand nom typographique est, avec le
nom d'Estienne, celui qui honore le plus l'imprimerie
française. Depuis 1743, qu'on le voit paraître, au plus tard,
avec un éclat modeste, dans les traductions in-12 de la Vie
et des ouvrages de Cicéron, ainsi que dans nombre d'autres
excellens ouvrages, jusqu'à nos jours; il n'a cessé de figurer
dans les plus belles, les plus correctes et les plus utiles
productions de la presse, à commencer par les magnifiques
Collections de nos classiques dites _du Dauphin_, et à finir
par la superbe réimpression du _Thesaurus linguæ græcæ_ de
Henri Estienne. Mais, ce qui met le comble à la gloire de cette
famille, c'est qu'à l'exemple de celle des Estienne, elle joint
le triple mérite de la science, des talens littéraires et des
vertus civiques à celui de la perfection dans son art. Les
Didot auront un jour leur histoire.
36°. =CRAPELET.= 1822-34. A étendu, avec autant de goût que de
bonheur et de savoir, le luxe des nouvelles éditions grand in-8
de nos classiques, à une suite de réimpressions des principaux
monumens anciens de notre langue. Sa Collection, sur papier de
Hollande, est et ne cessera d'être un de nos premiers titres
typographiques.
Il serait aisé, peut-être même juste, surtout par rapport aux travaux
du temps présent, d'étendre la précédente liste, de mentionner, par
exemple, cet estimable Delatour, qui a si bien imprimé le _Cicéron_ de
l'abbé d'Olivet, les Panckoucke, les Prault, les Cussac, les Michaud,
les Rignoux, les Le Normant, et d'autres encore; mais nous n'avons
pas prétendu dresser le catalogue complet de nos grands imprimeurs de
Paris, tant s'en faut. Un tel travail exigerait plus de développement
que nous n'en pouvons donner ici. C'est assez; laissons à d'autres le
soin de compléter le catalogue de Lottin, qui s'arrête en 1789.
FRAGMENS DE L'EXPLICATION ALLÉGORIQUE DU CANTIQUE DES CANTIQUES,
Par un Poète du XIIIe siècle, publiés d'après le manuscrit,
par CH.-J. RICHELET (et tirés à 15 exempl. seulement, tous sur
grand in-8, pap. vélin rose, 19 pages). A Paris, chez Achille
Desauges. 1826.
(1000 ans avant J.-C.; et de notre ère, 1250-1550-1826.)
Que Salomon soit l'auteur des trois livres consacrés sous son nom
dans l'Ancien-Testament, savoir: du livre _Des Proverbes_ (en hébreu,
Mislé), de l'_Ecclésiaste_ (Koheleth), et du _Cantique des Cantiques_
(Sir hasirm), cela n'a jamais fait une question pour les vrais érudits,
ni chez les rabbins, ni chez les docteurs latins; mais la controverse
s'est engagée sur le fond de ces antiques monumens du génie biblique,
particulièrement sur l'objet du dernier; et elle a même été fort vive,
fort amère, et, parfois, fort nue. Tandis que de graves commentateurs,
à remonter jusqu'à saint Denys l'Aréopagite, ont cherché, dans ces
chants passionnés de l'Epoux et de l'Épouse, soit un sens mystique et
divin, qui rendît prophétiquement l'intime union de Jésus-Christ et
de son Église, soit un élan céleste de l'ame humaine épurée vers la
source éternelle de tout bien, des esprits simples, ou grossiers, ou
téméraires, s'attachant au texte, en dépit des explications, prenant
la chose au pied du mot, appelant Amour ce qui est Amour, Baiser ce
qui est Baiser, Cou d'ivoire ce qui est Cou d'ivoire, et ainsi du
reste, se sont obstinés à voir dans le _Cantique des Cantiques_ une des
plus ravissantes et des plus chaleureuses peintures érotiques dont la
poésie ait pu se parer; _e sempre bene_: car, si l'on suit l'esprit,
l'allusion est frappante, l'allégorie lumineuse et féconde; si la
lettre, c'est le sentiment qui s'exhale, c'est la passion qui respire.
M. de Voltaire s'est placé à la tête des partisans du second système
par son harmonieuse imitation, plus élégante que fidèle, tant connue et
tant réprouvée.
Que les baisers ravissans
De ta bouche, demi-close,
Ont enivré tous mes sens, etc., etc., etc.
..................................
J'ai peu d'éclat, peu de beauté, mais j'aime;
Mais je suis belle aux yeux de mon amant, etc., etc., etc.
..................................
Je l'ai perdu, le seul bien qui m'enchante;
Ah! je l'entends; j'entends sa voix touchante;
Il vient, il vole, il entre; ah! je te voi!
Mon cœur s'échappe et s'envole après toi, etc., etc., etc.
..................................
Paix du cœur, volupté pure,
Doux et tendre emportement,
Vous guérissez ma blessure!
Ne souffrez pas que j'endure
Un nouvel éloignement! etc., etc., etc.
C'est précisément cette interprétation profane que l'Apôtre flétrit
avec exécration, en disant que c'est arracher les membres du Christ,
pour y substituer les membres d'une courtisane, et, par elle, ceux du
Diable; _ut tollantur membra Christi, et membra efficiantur meretricis,
ac per meretricem Diaboli_.
Le poète anonyme du XIIIe siècle, dont M. Richelet vient de nous
donner, par fragmens, l'explication versifiée, qu'il attribue au
trouvère normand Landry; ce trouvère, donc, a pris le sage parti de
rester fidèle au sens canonique; seulement il le commente à sa manière,
et dans un langage qui, par sa faute, autant que par celle du temps où
il est écrit, n'est guère séduisant. Son poème explicatif a, dit-on,
trois mille vers octosyllabes. C'est beaucoup trop; et voici, en
abrégé, de quelle façon il procède dans les sept passages publiés:
1°. Osculetur me osculo oris sui:
Que l'espeux viengne e me baist
Por deu seu maltalent abaist
Port moi le baiser de sa boche
C'est co ki plus al cuer m'atoche, etc., etc., etc.
2°. Quia meliora sunt ubera tua vino, fragrantia unguentis optimis:
Kar toz i ez dolz tes mameles
Sunt tant dulces bones e beles
Ke vin passent par leur dulceur
E longement tienent l'odeur.
...............................
Les deux mameles que tant prise
Lespouse qui bien est aprise
Co est espoir doble doctrine, etc., etc., etc.
3°. Pulchræ sunt genæ tuæ sicut turturis:
Tu as joes de torterele
.......................
Ke as joes e al reguart
Apert femme de bonne part, etc., etc., etc.
4°. Collum tuum sicut monilia:
Bel ten col toz li mons prise
............................
Par le col passe la sustance
Ki norrist lame e avance.
............................
Cho est la sainte norreture
Ke homme treuve en lescriture, etc., etc., etc.
5°. Ecce tu pulchra es amica mea, ecce tu pulchra es:
Bele i ez dedenz, bele i es dehors
Bele i es en asme, bele i es en cors
Dedenz de vertuz aornée
Dehors de bien faire atornée, etc., etc., etc.
6°. Oculi tui columbarum:
Li tien veil sunt veil de colons
Li veil de denz del esperit
Cil sunt molt cler, simple e eslit, etc., etc., etc.
7°. Ecce pulcher es, dilecte mi, et decorus:
Mais tu ies beals oltre mesure
N'est pas merveille, ains est droiture
..............................
Bele est la devine nature
Bele est humaine, e nete e pure, etc., etc., etc.
Tout cela est peu poétique, il faut l'avouer; mais, du moins, le
trouvère Landry se tient dans la règle: il n'a en vue, dans le
_Portrait de l'Épouse_, que la beauté morale, dans les transports
de l'Époux que l'amour divin, la bonté divine, la divine grâce, et
jetterait plutôt ses trois mille vers au feu, que de reconnaître, dans
le _Sir hazirim_, du Sage, un épithalame charnel en l'honneur de son
épouse préférée, la fille de Pharaon. C'est un mérite, après tout; car,
osons le dire, il est facile de se tromper dans cette circonstance.
Les plus saints auteurs l'avaient bien senti, lorsqu'ils confessaient
que ceci n'était pas le lait des petits enfans, _non lac parvulorum_,
mais le pain des forts, _sed esca solida et cibus perfectorum_.
Origène et saint Jérôme rapportent que les maîtres de la loi hébraïque
ne permettaient la lecture et la transcription du _Cantique des
Cantiques_, à aucun de leurs disciples, avant l'âge de trente ans.
Saint Denis exigeait une entière pureté pour le lire; car tout est
chaste aux chastes, comme dit saint Paul, et tout est impur aux impurs;
_mundis esse omnia munda, immundis autem nihil esse mundum_.
C'est ce que rappelle Titelman dans la Préface de son Commentaire sur
ce beau poème sacré; et il ajoute, en la finissant:
«Loin d'ici, loin d'ici, profanes! ce lieu est un lieu saint;
passez!... Ce n'est pas pour vous que chante Salomon... Vous ne
trouvez là ni les champs de Vénus, ni les jardins d'Adonis, que
vous cherchez... Allez rejoindre vos sirènes, afin qu'elles vous
entraînent dans les syrthes et dans Charybde!... Enivrez-vous des
breuvages de Circé, qui vous transformeront en bêtes! Pour nous,
l'Époux, c'est Dieu même qui veut nous embraser des feux de son
amour, et à qui nous offrons nos vœux et nos cœurs!... _Amen._»
François Titelman, dont Ladvocat fait mention, et dont d'autres
biographes ne disent mot (tant il est vrai que les meilleurs
dictionnaires historiques modernes ne dispensent pas toujours des
anciens); Titelman, disons-nous, né au pays de Liége, vers 1500, savant
moine capucin à Rome, célèbre par ses écrits contre Érasme, ne le fut
pas moins par son Commentaire sur le _Cantique des Cantiques_. On ne
sait pourquoi Palissot prétendit que ce travail avait servi de type
au railleur Saint-Hyacinthe, pour son _chef-d'œuvre d'un Inconnu_.
Cette assertion ne prouverait-elle point que Palissot ne l'avait
pas lu? En tout cas, elle contredit l'opinion commune, qui désigne
les scholies oiseuses et pédantesques des savans hollandais sur les
classiques anciens, comme les véritables types de la piquante satire
précitée. Elle ne contredit pas moins la raison; car, si le Commentaire
de Titelman est surchargé de longueurs et de subtilités, il s'en faut
qu'il soit vide et ridicule; il est même souvent très ingénieux et très
solide, plus rempli de philosophie morale qu'on n'en devait attendre
d'un théologien scolastique du XVIe siècle, beaucoup moins cru dans
ses nudités que les livres de Sanchez; si bien que la lecture en est
raisonnable aujourd'hui même. Il eut les honneurs de deux éditions
dans Paris, l'une in-folio, de 1546, l'autre in-12, de 1550, et reçut
l'approbation solennelle des docteurs de Louvain. Une table analytique
excellente le précède, qui en facilite singulièrement l'usage, et
montre tout d'abord le sens caché des expressions capitales. Ensuite,
l'auteur entreprend les huit chapitres, un à un, et fait voir, dans
le premier, la voix de l'Église appelant l'avènement du Christ; dans
le second, la voix du Sauveur; dans le troisième, celle de l'Église
élue, touchant les Gentils; dans le quatrième, encore celle du Christ;
dans le cinquième, encore celle de l'Église, touchant le Christ;
dans le sixième, celle de la Synagogue, adressée à l'Église; dans le
septième, celle du Christ sur la Synagogue; et enfin, dans le huitième,
celle des patriarches sur Jésus-Christ. Les orateurs sacrés ont dû
puiser plus d'une fois dans Titelman; s'ils ne l'ont pas fait, il est,
pour eux, une mine fraîche à exploiter, soit pour les images, soit
pour les sentimens; car ce commentateur est aussi vif qu'animé. Eh!
comment rester froid, en étudiant le poème de Salomon? Vainement ses
traducteurs les plus austères, tels que saint Jérôme, le Gros, Sacy,
ont-ils essayé d'en tempérer les flammes par une chaste gravité, l'ame
ardente s'y trahit toujours; c'est toujours de la passion en mouvement;
ce sont deux jeunes cœurs qui se cherchent, s'abordent, s'éloignent,
ou sont éloignés par des hasards importuns, qui s'appellent dans
l'absence, se retrouvent, s'aiment, et se séparent pour se retrouver
encore; et cela dans un style enchanté, brûlant, vivant de charme
et de tendresse. La simple, mais fidèle prose de l'abbé le Gros,
suffit pour le témoigner; elle laisse bien loin derrière elle toute
la poésie de Voltaire..... «Que vous êtes belle, mon amie, que vous
êtes belle!.... Sans parler de ce qui doit être tenu secret, vos
yeux sont comme des colombes....; chacune de vos joues est comme une
moitié de pomme de grenade..... Vous m'avez enlevé le cœur, ma sœur,
mon épouse, vous m'avez enlevé le cœur par l'un des regards de vos
yeux..... _Adjuro vos, filiæ Jerusalem, per capreas cervosque camporum,
ne suscitetis, neque evigilare faciatis dilectam quoad usque ipsa
velit_..... Je vous adjure, filles de Jérusalem! par les chèvres et
les cerfs de nos champs, ne l'éveillez pas! ne troublez pas le sommeil
de mon amie jusqu'à ce qu'elle le veuille (et ces douces paroles sont
répétées comme en refrain)..... Retirez-vous, Aquilon! venez, ô vent
du midi! soufflez de toute part dans mon jardin, et que les parfums
en découlent! etc.» On ne finirait pas les citations, s'il ne fallait
finir. En tout, que ces Hébreux sont poètes! et que le temps ajoute de
puissance à leurs écrits! Le docteur Lowth a raison: profanes, nous
n'avons personne à leur comparer, personne, car Homère est des leurs,
par sa nature et par son âge.
SALUSTII PHILOSOPHI
DE DIIS ET MUNDO;
LEO ALLATIUS
Nunc primus è tenebris eruit et latinè vertit, juxtà exemplar
Romæ impressum. (Anno 1638.) Lugd.-Batav. ex officinâ Johannis
Maire. ↀ.Ⅾ.CXXXIX.
SIMUL
DEMOPHILI, DEMOCRATIS ET SECUNDI,
VETERUM PHILOSOPHORUM
SENTENTIÆ MORALES.
Nunc primum editæ a Luca Holstenio, juxtà exemplar Romæ
impressum (1638). Lugd.-Batav., ex officinâ Johannis
Maire. 2 tom. en 1 vol., pet. in-12, gr. lat., seu commun.
ↀ.Ⅾ.CXXXIX.
(340 avant J.-C., et de notre ère, 320, 369, 1638-39-88.)