C'est à ces chants primitifs, nouveaux par les rythmes, nouveaux par

les formes de la mélodie, que les musiciens modernes ont demandé,

depuis une trentaine d'années, des couleurs encore inconnues pour

enrichir leurs palettes. Jusqu'à Félicien David, l'Espagne seule avait

été mise à contribution.

Depuis quelques années, ces rythmes piquants, ces mélodies originales,

qui apparaissent dans notre musique, comme seraient des mots étrangers

à notre langue, sont devenus fort à la mode; on a usé et presque abusé

de l'Orient, de l'Espagne et des tchèques, des Hongrois, bohèmes et

tziganes.

Après cette courte excursion dans l'ethnographie musicale, revenons

à nos musiciens français, et citons, pour finir cette période, deux

artistes de talent différent, mais à la plume délicate et fine,

au style châtié et élégant, Onslow (1784 † 1852) et Reber (1807

† 1880). Onslow fut, au théâtre, un compositeur froid et de peu

d'imagination; mais ses œuvres instrumentales de concert et de

chambre sont intéressantes. Musicien instruit et châtié, esprit fin

et distingué, Reber ne se lança pas dans la symphonie dramatique et

pittoresque; il prit, au contraire, pour modèles les maîtres du passé;

au concert, Haydn et Mozart; au théâtre, Grétry et nos vieux musiciens

français. Ses opéras-comiques: _la Nuit de Noël_, _le Père Gaillard_,

ses symphonies, sa musique de chambre, sont des œuvres de second

ordre, mais finement et élégamment écrites, qui resteront longtemps

encore chères aux musiciens amoureux de l'art du bien écrire, sensibles

à toutes les délicatesses du style le plus pur.

Adam (Ad.). _Souvenirs d'un musicien_, in-8º, 1857.—_Derniers

souvenirs d'un musicien_, in-8º, 1859.

Azevedo. _Félicien David_, grand in-8º, 1865.

Berlioz. _Mémoires_, grand in-8º, 1870.—_Correspondance

inédite_, avec Notice, par M. D. Bernard, 2e édit.,

1879.—_Lettres intimes_, in-8º, 1882.

Caussin de Perceval. _Notices anecdotiques sur les principaux

musiciens arabes des trois premiers siècles de l'islamisme_

(_Journal asiatique_, 1873).

Chouquet. _Histoire de la musique dramatique en France_, in-8º,

1873.—_Catalogue des instruments du musée du Conservatoire_,

in-8º, 1875.

Fétis. _Histoire de la musique_, t. Ier.

Fouque (Octave). _Les révolutionnaires de la musique_, in-8º,

1883.

Halévy (L.). _F. Halévy, sa vie et ses œuvres_, in-8º, 1862.

Halévy. _Souvenirs et portraits_, in-8º, 1860.—_Derniers

souvenirs et portraits_, in-8º, 1863.

Hippeau. _Berlioz._—1 vol. in-4º, 1873.

Kraus. _La musique au Japon_, in-8º, 1878.

Lavoix. _Histoire de l'instrumentation._

Mahillon. _Catalogue des instruments du Conservatoire de

Bruxelles._ (_Annuaire du Conservatoire royal de Bruxelles_,

1re et 2e années, 1877-1878).

Pougin. _Albert Grisar_, in-12, 1870.—_Adolphe Adam_, in-8º,

1877.

Villoteau. _Mémoire sur la musique des Arabes._—(Description

de l'Égypte, t. 8 et 14).

CONCLUSION

LA MUSIQUE CONTEMPORAINE

_La symphonie et le drame_: la mélodie, l'harmonie, les

instruments et l'instrumentation.—_Les maîtres contemporains_:

Allemagne (R. Wagner); Italie, France, Espagne, Belgique,

Angleterre.—L'opérette et la romance, le public, les concerts

populaires, l'orphéon.—_Le dernier mot._

Nous avons bien des fois, dans le cours de ce résumé, parlé d'art

moderne, de nouvelle école, de période de transition; mais, en somme,

nous n'avons pas dit ce qu'était cette évolution musicale, qui se fait

sentir dans toutes les parties de la musique. Chaque chapitre de ce

livre, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, a montré les diverses

péripéties par lesquelles avait passé notre art avant d'arriver au

point où il en est aujourd'hui; il serait temps de décrire, pour ainsi

dire, cette évolution à laquelle nous avons tant de fois fait allusion.

Pour parler la langue des philosophes, la musique, de subjective

qu'elle était, tend chaque jour à devenir objective, c'est-à-dire

qu'elle ne cherche plus, comme autrefois, à produire une sensation

vague, un simple plaisir de l'oreille, mais bien à préciser cette

sensation, à donner l'impression d'un spectacle défini, à exprimer une

passion ou un sentiment.

C'est surtout dans la symphonie que cette évolution est facile à

suivre, car, au théâtre, la musique, aidée des paroles, a toujours

rendu ou voulu rendre un sentiment quelconque. Il en est tout autrement

de la symphonie. Elle n'est d'abord, au commencement du XVIIIe siècle,

qu'un assemblage de sons plus ou moins habilement combinés; puis,

avec Haydn, elle agrandit son cadre, sans autre ambition cependant

que d'être une page de musique pure et parfaite. Déjà Mozart est

plus précis, puis vient Beethoven; il joint à quelques-unes de ses

symphonies un programme, ou tout au moins un titre, qui en explique

d'abord le sujet; cela ne suffit plus au maître, il ajoute des paroles

et compose la _symphonie avec chœurs_. Un grand pas est franchi.

Les successeurs d'Haydn, de Mozart, de Beethoven, de Berlioz, de

Mendelssohn, de Schumann, vont marier définitivement le théâtre à la

symphonie. Cette invasion du drame dans la symphonie est-elle un bien

ou un mal? Nous n'avons pas à porter de jugement, c'est un fait et

voilà tout.

Mais une conséquence naturelle de ce même fait est l'invasion de la

symphonie dans le drame. Le théâtre attire à lui toutes les forces,

il double sa puissance par l'adjonction des instruments traités

symphoniquement. Ceux-ci, grâce à la variété de leurs teintes sonores,

grâce aux diverses expressions de leurs timbres, prennent part à

l'action, comme des personnages, au lieu de rester, ainsi qu'autrefois,

simples accompagnateurs de la voix humaine. Ce n'est pas l'inspiration

d'un compositeur de génie ni le hasard de la mode qui a causé cette

fusion de la symphonie dans le drame et du drame dans la symphonie,

c'est la force même des choses; cette évolution est la conséquence

nécessaire de tous les faits que nous avons exposés, depuis les

commencements de l'histoire de le musique.

Chaque partie de notre art a subi pareille transformation. La mélodie

tend à chercher des intonations nouvelles, à rajeunir ses rythmes; on

altère l'ancienne symétrie classique et on la remplace par une symétrie

_asymétrique_, pour ainsi dire.

On a beaucoup parlé et on parlera encore beaucoup du _Leit motiv_,

fort employé dans la musique moderne, surtout par les maîtres de

l'école allemande. Le _Leit motiv_ (motif conducteur), appelé aussi

_mélodie mère_, consiste dans une phrase mélodique qui représente,

pour ainsi dire, un personnage du drame. Modulée, transformée de

mille manières, dans son rythme, dans son instrumentation, dans son

harmonie, cette mélodie change d'expression, de sens, de couleur,

suivant les péripéties de l'action, suivant les diverses passions et

les différents sentiments du héros dont elle est, en quelque sorte, la

personnification musicale, et cependant elle reste la même, toujours

reconnaissable pour qui sait écouter. Le _Leit motiv_ n'est pas

d'invention nouvelle, on en retrouve des traces évidentes dans Méhul,

dans Beethoven, dans Meyerbeer et surtout dans Berlioz.

Comme elle s'était transformée vers le milieu du moyen âge, l'harmonie

se transforme aujourd'hui. Naguère le musicien qui écrivait des sons

simultanés, c'est-à-dire qui faisait de l'harmonie, avait pour but de

faire éprouver le plus souvent possible à l'auditoire la sensation du

repos; tantôt ce repos était fugitif, on l'appelait _demi-cadence_:

tantôt il était complet, on l'appelait _cadence_; la dissonance avait

pour principale utilité de rendre le repos de la consonance plus doux,

après l'avoir fait désirer. Aujourd'hui l'harmonie, plus nerveuse

(quelques-uns disent plus énervante), retarde, au contraire, le plus

possible le repos consonant; elle laisse notre oreille dans une sorte

d'inquiétude haletante qui a quelque chose de doux et d'émouvant.

Une note retardée, quittant comme à regret l'accord qui précède, est

pour nous une irritation qui a son charme; empruntée au contraire à

une harmonie non encore entendue, elle la fait pressentir, et cette

attente est une émotion. Depuis les plus grands opéras jusqu'à la

simple romance, partout on retrouve ces tendances que nous avons déjà

signalées au siècle dernier et qui s'accentuent chaque jour davantage.

C'est à elles que l'on peut attribuer aussi les modulations fréquentes,

c'est-à-dire les changements de tons qui font aujourd'hui partie de la

langue musicale courante, dont ils n'étaient autrefois que l'exception.

En résumé, de consonante qu'elle était, l'harmonie tend surtout à

devenir dissonante.

Ajoutez à cela qu'il était autrefois possible de séparer la mélodie

de son accompagnement. Aujourd'hui les musiciens ne conçoivent plus

guère l'une sans l'autre; ils unissent la mélodie et l'harmonie d'un

lien tellement indissoluble que, le plus souvent, l'idée n'est complète

que lorsque les deux parties sont, pour ainsi parler, soudées l'une

à l'autre. Dans ces conditions, pour être entendue et comprise, la

musique demande une plus grande éducation d'oreille, une plus grande

attention; mais le goût du public se forme aussi chaque jour, malgré

ses propres résistances et comme à son insu, ce qui explique facilement

comment quelques musiciens, qui paraissaient presque barbares il y a un

quart de siècle à peine, sont devenus aujourd'hui classiques.

Tel est, dessiné d'un trait rapide, le caractère de la musique moderne;

mais il est temps de parler un peu des instruments, que nous avons

abandonnés à la fin du XVIe siècle. Les progrès de leur construction

matérielle n'ont pas été sans influence sur les variations de leur

emploi, au théâtre comme au concert.

Pendant que nous suivions les péripéties de l'histoire, l'orchestre se

formait, chaque instrument se perfectionnait; non seulement il devenait

plus étendu, plus maniable, d'une sonorité plus riche et plus souple,

mais aussi, ce qui est plus important, il contribuait à enrichir et à

augmenter cette masse imposante de l'orchestre que l'on ne peut mieux

comparer qu'à un instrument aux registres multiples et aux timbres

variés; le mélange, la fusion, l'opposition habile de ces timbres

constituent l'art tout moderne de l'instrumentation, dont nous avons

parlé plus haut.

On distingue deux sortes d'orchestres: l'orchestre de théâtre et de

symphonie, et l'orchestre militaire. L'orchestre de la symphonie

ressemble fort à celui du théâtre; c'est par la manière dont les

instruments sont groupés et traités qu'ils diffèrent. En revanche, on

distingue dans l'orchestre militaire l'_harmonie_ et la _fanfare_. Dans

l'harmonie on emploie, outre les cuivres, les clarinettes, les flûtes,

les hautbois, les bassons, en un mot, tous les instruments de bois,

plus les saxophones. La fanfare n'admet que les trompettes, les cors,

les cornets, les trombones, les bugles, les saxhorns, les tubas, etc.

On appelle _partition_ la façon dont le compositeur dispose ses

instruments sur son manuscrit. Il est bien entendu qu'il ne fait pas

constamment emploi de tous les agents sonores qu'il désigne, mais les

combinaisons peuvent être variées à l'infini. Une page toute moderne

de partition (fig. 120), empruntée à une des œuvres de nos jeunes

maîtres et reproduite d'après son manuscrit, en dira plus long au

lecteur que tous nos commentaires. Quelquefois toutes les forces de

l'orchestre, distribuées en divers groupes, sont employées ensemble,

comme dans la marche du _Prophète_ de Meyerbeer, le finale du second

acte de _l'Étoile du Nord_, et surtout le _Tuba mirum_ du _Requiem_ de

Berlioz.

[Illustration: FIG. 120.—LA PARTITION MODERNE.]

Mais voyez-les dans l'orchestre, ces instruments, rangés suivant leurs

familles, leurs timbres et leur genre. Que le chef lève son bâton et la

matière va vivre. Ces cordes vont pleurer, ces bois gémir et soupirer,

ces cuivres mugir et menacer. Depuis le moyen âge, le nombre des

groupes sonores s'est à peine augmenté et les divisions générales sont

restées à peu près identiques; mais presque tous les instruments ont

subi de profondes transformations.

Jetons un coup d'œil sur l'orchestre moderne de symphonie et de

drame, sur cette armée qui, depuis la fin du dernier siècle, est entrée

victorieusement dans l'art musical.

Voici, occupant la plus grande place, le centre stratégique pour ainsi

dire de l'orchestre, la masse des instruments à cordes, c'est-à-dire

le quatuor, composé des violons, altos, violoncelles et contrebasses.

Nous disons quatuor, suivant l'expression consacrée; mais, en réalité,

les violons étant généralement divisés en deux parties, l'ensemble

forme un quintette; c'est cette masse dite des cordes qui soutient tout

l'édifice instrumental, et dont la voix pleine, chaude et vibrante,

vivifie littéralement l'orchestre (fig. 121).

[Illustration: FIG. 121.

CONTREBASSE.—VIOLONCELLE.—VIOLON.]

Tel il était aux XVIe et XVIIe siècles, tel le violon est resté encore

aujourd'hui, si bien que les amateurs préfèrent et de beaucoup les

Stradivarius aux instruments modernes. En revanche, le violoncelle,

inventé vers le commencement du XVIIIe siècle par le père Tardieu de

Tarascon, a remplacé les anciennes violes, et à partir de 1706 la

contrebasse à la mâle sonorité a pris la place des basses de violes

dont la voix était trop faible pour les besoins de la musique moderne

qui se formait déjà.

Mais à côté de cette masse imposante des instruments à archet, la

harpe, aux sonorités poétiques et aériennes, vient donner, pour

ainsi dire, des ailes à l'instrumentation. Longtemps maintenue dans

d'étroites limites, la harpe a pris, au siècle dernier, un prodigieux

essor. Grâce aux ingénieuses inventions de Cousineau, de Nadermann

et surtout de cet ouvrier de génie qui a nom Sébastien Érard, cet

instrument peut aujourd'hui atteindre tous les tons, rendre toutes

les notes. En effet, le système dit à _double mouvement_, inventé en

1801 par Érard, a fait de la harpe un des plus beaux instruments de

l'orchestre (fig. 122.)

[Illustration: FIG. 122.—HARPE DE MARIE-ANTOINETTE.

(Système Nadermann.—Musée du Conservatoire.)]

En revanche, nous avons abandonné les autres instruments à cordes

pincées et de petite taille, tels que les luths, les mandolines et les

guitares. Depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle, ils ne servent

plus qu'à l'accompagnement de la voix pour les amateurs. Cependant on

trouve la mandoline dans la fameuse sérénade de _Don Juan_ de Mozart,

la guitare dans _le Barbier de Séville_ de Rossini, etc. Dernièrement

M. Delibes a employé la mandoline dans la musique écrite pour le drame

de Victor Hugo, _le Roi s'amuse_, et R. Wagner une sorte de luth dans

_les Maîtres chanteurs de Nuremberg_.

[Illustration: FIG. 123.—CLAVECIN DE RUCKERS.

(Musée du conservatoire.)]

Sans faire précisément partie de l'orchestre, le piano est de beaucoup

le plus répandu des instruments à cordes. Tour à tour clavicorde au

XVe siècle, épinette ou virginal au XVIe, il est perfectionné par les

Ruckers à Anvers, aux XVIIe et XVIIIe siècles, par Pascal Taskin, en

France (1730-1793), etc., et devient le clavecin (fig. 123) dont les

cordes sont grattées par une sorte de plectre; mais, dans la première

moitié du XVIIIe siècle, Cristofori à Florence, Marius à Paris, Gottlob

Schroeter en Saxe, avaient eu l'idée de faire frapper les cordes du

clavecin par des marteaux; cette invention fit naître les premiers

_pianos forte_, qui furent fabriqués par Silbermann de Freyberg, vers

1730. A la fin du dernier siècle, Sébastien et Pierre Érard inventaient

le mécanisme de l'échappement, donnant plus de souplesse, d'aisance et

de solidité au marteau. A partir de ce moment, chaque jour vit naître

un nouveau perfectionnement du piano (fig. 124 et 125).

[Illustration: FIG. 124.—PIANO A QUEUE MODERNE.]

[Illustration: FIG. 125.

MÉCANISME MODERNE DU PIANO.

(Système Chickering.)]

Regardez au milieu de l'orchestre ces petits instruments entourés et

comme défendus par la masse des cordes. A part quelques-uns qui sont

nouveaux, vous pouvez les reconnaître pour les avoir rencontrés maintes

fois dans le cours de cette histoire. Leurs formes ont peu changé;

cependant bien des améliorations se sont faites dans leur justesse

et leur timbre; ce sont les flûtes, les hautbois, les bassons, les

clarinettes. Ce groupe, auquel on donne le nom de petit orchestre,

représente sur la palette instrumentale les couleurs tendres, fines,

délicates; leur rôle dans l'expression dramatique consiste à traduire

les sentiments les plus complexes. Mais cette souplesse et cette

justesse de son que nous admirons en eux aujourd'hui n'existent

vraiment que depuis une cinquantaine d'années à peu près, grâce aux

efforts de nombreux inventeurs comme Gordon, Coche, Dorus, Buffet, Ad.

Sax, Triébert et surtout Théobald Boehm qui a trouvé, vers 1831, la

loi de la perce rationnelle des tuyaux; sa flûte cylindrique, inventée

en 1846, passe pour un chef-d'œuvre en ce genre (fig. 126).

[Illustration: FIG. 126.

1. Flûte à cinq clefs ou flûte Tulou. | 2. Flûte Dorus (système

Boehm). | 3. Flûte Boehm (cylindrique).]

Les flûtes n'ont pas seules profité des inventions de Boehm; voici les

hautbois, auxquels viennent s'ajouter le cor anglais, au son triste et

doux, inventé au XVIIIe siècle par Jean Ferlandis et perfectionné par

Triébert, et le basson que nous connaissons déjà depuis 1539 (fig. 127).

[Illustration: FIG. 127.

1. Basson. | 2. Hautbois de Triébert (système Boehm). | 3. Hautbois

ancien.]

Mais à côté des flûtes, des hautbois, etc., voici une des plus belles

voix de l'orchestre, celle de la clarinette, profonde et touchante. La

clarinette, instrument moderne, fut inventée en 1691 par Ch. Denner et

fit son apparition en France en 1755. En 1777, un facteur nommé Horn

trouvait une clarinette grave, que l'on appela cor de basset, et qui

fut employée par Mozart. Le cor de basset fut bientôt remplacé par la

clarinette alto d'Iwan Muller. En 1830, le facteur Buffet construisait

la clarinette basse dont Meyerbeer s'est servi dans le cinquième acte

des _Huguenots_, et qui, perfectionnée par Sax, sonne aujourd'hui dans

nos orchestres. En 1844, Buffet avait remplacé l'ancienne clarinette

à treize clefs par la clarinette moderne, basée sur les principes de

Boehm (fig. 128).

[Illustration: FIG. 128.

1. Clarinette alto. | 2. Clarinette à 13 clefs. | 3. Clarinette

Boehm.]

Moins employés que les clarinettes, les saxophones, inventés par Ad.

Sax en 1840, ont cependant droit de cité dans l'orchestre, ayant été

utilisés par des maîtres tels que Meyerbeer, dans _l'Africaine_, et M.

Ambr. Thomas, dans _Hamlet_. Le timbre plein et doux du saxophone,

avec une couleur particulière de tristesse et de résignation, le rend

éminemment propre à l'expression dramatique; cependant c'est dans

les orchestres militaires que les saxophones, établis de la basse au

soprano, c'est-à-dire du grave à l'aigu, rendent le plus de services.

Ils jouent dans ce cas, avec les clarinettes, le rôle des instruments

à cordes, tranchant, par leur sonorité moelleuse, sur les tons

monochromes de la masse des cuivres (fig. 129).

[Illustration: FIG. 129.—SAXOPHONES.

1. Contrebasse. | 2. Basse. | 3. Ténor. | 4. Soprano.]

Mais voyez groupés côte à côte les instruments de cuivre, éclatants

et resplendissants; non seulement ils représentent dans l'orchestre

l'élément vigoureux et pour ainsi dire martial, non seulement ils ont

la voix puissante, non seulement leur strideur tache de couleurs vives

la palette orchestrale, mais ils savent aussi produire des sonorités

douces et pleines tout à la fois, d'un noble et magnifique effet.

On ferait un livre avec l'histoire des transformations successives des

instruments à vent, à bocal, dits instruments de cuivre. En effet,

les tuyaux fournissent naturellement un certain nombre de sons ou

harmoniques; mais ces sons ne suffisant pas aux compositeurs, on en

trouva d'_artificiels_, soit en les allongeant au moyen de coulisses,

soit en changeant les harmoniques par des clefs, des cylindres et

des pistons. Les pistons furent inventés par Stoelzel en 1813. Un

dernier perfectionnement dit des _tubes indépendants_ est dû à Adolphe

Sax. Malgré ces inventions, les compositeurs, tout en employant les

instruments nouveaux, à clefs ou à pistons, tiennent cependant à

conserver les instruments dits naturels, à cause de la beauté de leurs

timbres.

Voici le groupe des cors. Quatre et même huit de ces splendides

instruments sonnent dans l'orchestre. En effet, leur apparition en

France date de 1760. Ce fut Bluhmel qui appliqua le premier les pistons

au cor en 1836 (fig. 130).

[Illustration: FIG. 130.

1. Cor naturel.—2. Cor à piston.]

A côté des cors, le groupe bruyant des trompettes se fait entendre;

les unes sont à pistons, les autres à clefs; d'autres enfin sont

naturelles, comme la grande trompette de guerre, dite en _ré_. Ce

fut en 1770 qu'un facteur, nommé Koelbel, appliqua les clefs à la

trompette, et la trompette à clefs, inventée par Weindinger, parut en

1822 à Vienne (fig. 131).

[Illustration: FIG. 131.

1. Trompette à piston.—2. Trompette naturelle.]

Malheureusement, ce splendide instrument est souvent remplacé, surtout

chez les Italiens, par le cornet à piston, désagréable petit engin

d'une sonorité vulgaire, qui fut inventé vers 1829 par Périnet. Il eut

à cette époque un si grand succès que Bellini l'employa souvent et,

après lui, un grand nombre de maîtres (fig. 132).

[Illustration: FIG. 132.

Cornet à piston.]

En revanche, le magnifique trombone, dont la voix est tour à tour

stridente ou majestueuse, tient la première place parmi les instruments

de cuivre, soit que les compositeurs emploient le vieux trombone à

coulisse si connu au moyen âge et que Glück réintroduisit à l'Opéra

dans _Alceste_, soit qu'ils fassent usage du trombone à piston, inventé

par Labbaye en 1836 (fig. 133).

[Illustration: FIG. 133.

1. Trombone à coulisse.—2. Trombone à piston.]

Enfin dans le registre grave de l'orchestre gronde l'ophicléide,

introduit en France par Spontini, en 1817, dans _Olympie_. Il a

remplacé l'odieux serpent au son grotesque, faux et désagréable; mais

l'ophicléide lui-même, à la voix sourde et molle, paraît en ce moment

devoir céder le pas aux instruments de la famille dite des bass-tubas

(fig. 135).

[Illustration: FIG. 134.

OPHICLÉIDE.—SERPENT.]

En effet, les bugles, les bass-tubas, les saxhorns aigus et graves

prennent, depuis quelques années, une grande importance. Le bugle fut

inventé, de 1817 à 1821, par Asté dit Halary; les tubas et bass-tubas,

par Moritz et Wieprecht, en 1835; enfin Ad. Sax établit les saxhorns en

1843. Malgré la différence de leurs timbres, ces instruments rendent

des services analogues, surtout s'il s'agit de donner de la puissance

et de la rondeur aux basses de cuivre. R. Wagner, dans la tétralogie

des _Niebelungen_, M. A. Thomas dans _Hamlet_, M. Gounod dans _Gallia_

et _Cinq-Mars_, M. Massenet dans _le Roi de Lahore_, ont fait usage des

bass-tubas (fig. 135).

[Illustration: FIG. 135.—SAXHORNS ET BUGLES.

1. Contrebasse.—2. Baryton ou basse.—3. Bugle.]

Enfin la percussion, ce piment de l'orchestre, est restée à peu

près la même qu'au moyen âge, avec les bruyants tambours, avec la

retentissante grosse caisse, avec le titinnabulant triangle, avec les

timbales venues d'Orient, avec les cymbales, avec le jeu de clochettes

ou glockenspiel, employé par Mozart (fig. 136).

[Illustration: FIG. 136.

Tambour de basque.—Timbale.—Cymbales.]

Histoire de la musique · 第 17 / 18 段