Audley. _Franz Schubert, sa vie et ses œuvres_, in-12, 1871.

Barbedette. _Chopin_, in-8º, 1869.

Barbedette. _Schubert, sa vie, ses œuvres, son temps_,

in-8º, 1866.

Berlioz. _Voyage musical en Allemagne_, in-8º, 1850.

Berlioz. _A travers chants_, in-8º, 1862.

Jahns (Fried. Well.). _Carl Maria von Weber in seinen Werken,

chronologish-thematisches Verzeichniss seiner sämmtlichen

Compositionen_, in-8º, 1871.

Karasasky (Moritz). _Friederich Chopin, sein Leben_, 2 vol.

in-8º.

Liszt. _Chopin_, in-8º, 1879.

Mendelssohn. _Lettres_, traduites par Rolland, in-12, 1864.

Notteböhm (G.). _Thematisches verzeichniss der im Druck

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Reissmann. _Franz Schubert_, in-8º, 1873.

Reissmann. _Robert Schumann, sein Leben und seine Werke_, 1865.

Schumann. _Gesammelte Schriften über Musik und Musiker_, 1854.

_Thematisches verzeichniss im Druck erschienener compositionen,

von Felix Mendelssohn Bartholdy._ Leipzig, in-4º.

Wasielewski (J. van). _Robert Schumann, eine Biographie_,

in-8º, 1858.

Weber (Max Maria von). _Carl Maria von Weber_, 2 vol. in-8º,

1864.

Wilder (Victor). _Beethoven, sa vie, son œuvre_, in-12, 1883.

Niecks (Frederick). _Fred. Chopin as man and musician._ 2e

édition; Londres, 1890; 2 vol. in-8º.

CHAPITRE II

L'ÉCOLE ITALIENNE DE ROSSINI A VERDI

(1813-1850)

Les prédécesseurs de Rossini.—Rossini et ses

imitateurs.—Bellini, Donizetti, Verdi.—Les chanteurs.

Notre admiration et, faut-il le dire franchement, notre préférence pour

l'école poétique de Beethoven, de Weber, de Mendelssohn, de Schubert

et de Schumann ne doit pas nous faire oublier les maîtres italiens

du commencement de ce siècle, à la tête desquels Rossini brille d'un

éblouissant éclat.

On aime en général à montrer les hommes de génie sortant tout armés,

comme Minerve, du front de Jupiter. Il n'en a jamais été ainsi:

toujours un homme de génie a eu ses précurseurs; inconsciemment il a

profité de leurs travaux et de leurs découvertes. Le public ingrat

oublie ces premiers pionniers de l'art, pour ne se souvenir que du

maître qui l'éblouit; mais l'historien ne doit pas se faire complice

de ces indifférences et de ces injustices. Entre Mozart, Cimarosa et

Rossini, on trouve plusieurs musiciens de second ordre, mais d'un réel

talent, qui ont eu grand succès à leur époque et dont les noms doivent

prendre place ici.

Quelques-uns, comme Francesco Basily (1766 † 1850), Bonifazio Asioli

(1779 † 1832), professeur habile et écrivain élégant; comme Giuseppe

Farinelli (1769 † 1836), l'imitateur le plus heureux de Cimarosa,

continuèrent les traditions de l'illustre école de Naples. Un des

compositeurs les plus célèbres de cette période de transition fut

Valentino Fioravanti (1770 † 1837). Cimarosa disait de lui: «Je ne

le crains pas pour l'inspiration musicale; mais pour la sveltesse,

l'élégance et la légèreté, il est toujours sûr de sa victoire.» On

ne peut faire un plus bel éloge du spirituel auteur des _Cantatrice

villane_ (1803), des _Virtuosi ambulanti_ (1807). Au même rang que

Fioravanti, nous devons compter Ferdinand Paër (1771 † 1839), le plus

brillant élève italien de l'école de Mozart, qui fut le compositeur

préféré du premier empire. Paër savait surtout trouver la note

touchante et émue, comme on peut le voir dans la _Camilla_ (1801) et

dans l'_Agnese_ (1810). _Le Maître de chapelle_ (1821) nous le montre

homme de goût et musicien mélodique, dans le style tempéré.

Carlo Coccia (1782 † 1875), Pietro Generali (1783 † 1832),

Pietro Raimondi (1786 † 1853), Nicolas Vaccaj (1790 † 1848), que

nous connaissons encore par la scène finale de son chef-d'œuvre,

_Giulietta e Romeo_ (1825), furent en même temps des prédécesseurs

et des imitateurs de Rossini. Prédécesseur malgré lui fut aussi ce

Michel Carafa, prince de Colobrano (1787 † 1872), qui renia ses

dieux, Cimarosa et Mozart, et se perdit volontairement dans les rayons

du soleil éblouissant de Rossini. Carafa avait écrit en Italie de

nombreux opéras, comme la _Gelosia corretta_ (1820), _Gabriella di

Vergy_ (1816), _I due Figaro_ (1820), qui avaient eu le plus grand

succès. Il vint en France, où il composa _le Solitaire_, aimable

opéra-comique (1822), _le Valet de chambre_, enfin _Masaniello_ (1827),

son chef-d'œuvre, que la _Muette_ d'Auber a fait oublier, mais qui

contient des pages de premier ordre.

Avant de parler de Rossini, nommons encore deux musiciens, François

Morlacchi (1784 † 1841) et Simon Mayer ou Mayr (1763 † 1845). Avec

_I Saraceni in Italia_ (1728), avec _Il Barbiere di Siviglia_, qui

fut représenté à Dresde, l'année même où celui de Rossini était joué

à Rome, l'œuvre la plus importante de Morlacchi est la _Messe de

Requiem_ écrite pour les funérailles du roi Frédéric-Auguste II de

Saxe (1827). Simon Mayer, par la puissance de son orchestre, par la

beauté et l'expression des idées mélodiques, est le plus remarquable

prédécesseur de Rossini; ses opéras de _Saffo_ (1794) et de _Lodoïska_

(1800) méritent encore d'être lus.

Tous ces compositeurs de talent, mais non de génie, doivent s'effacer

devant Rossini (1792 † 1868), le plus applaudi, sinon le plus grand

des musiciens des premières années de ce siècle. Rossini fut, dans

toute la force du terme, ce que l'on appelle enfant de la balle. Son

père jouait du cor dans les troupes ambulantes de théâtre, et sa mère

était chanteuse. Il eut, pour ainsi dire, en naissant, l'instinct de

la scène, c'est-à-dire qu'il sut, presque sans l'apprendre, l'art de

faire marcher et vivre des personnages entre les deux portants d'un

décor. Il y parut bien, dès ses débuts, lorsqu'après avoir fait des

études assez hâtives au lycée musical de Bologne, sous le savant père

Mattei, il donna sa première partition d'opéra en 1810, la _Cambiale di

matrimonio_, et surtout l'_Inganno felice_ en 1812; mais la première

œuvre digne de lui fut _Tancrède_, en 1813. Là il montra qu'il

serait un maître; il acheva la révolution que ses prédécesseurs avaient

commencée depuis Cimarosa; il voulut faire de l'opéra un drame musical,

au lieu d'un concert pour virtuoses (fig. 101).

[Illustration: FIG. 101.—ROSSINI (GIOACCHINO).

(Pesaro, 1792 † Paris, 1868.)]

Bientôt il revint au genre bouffe avec l'_Italienne à Alger_ (1813). Il

avait moins de tendresse et de charme que Cimarosa, mais plus d'éclat.

A partir d'_Aureliano in Palmira_ (1813), il prit le parti de ne plus

laisser le chanteur improviser à son gré sur sa musique, innovation

que Cimarosa avait tentée sans réussir, et qui porta un terrible

coup au _virtuosisme_ pur. Enfin, le 5 février 1816, on entendait au

théâtre Argentina à Rome _Il Barbiere di Siviglia_. Quelques accidents

ridicules rendirent tumultueuse la première représentation; mais,

dès la seconde, le succès était assuré et devait être formidable.

_Il Barbiere_ est l'œuvre dominante du génie de Rossini, dans le

style comique; un incomparable éclat, un esprit pétillant de verve

et de saillies, un merveilleux sentiment de la scène, une recherche

de l'effet à tout prix, une certaine sécheresse dans les idées,

dissimulée sous les ornements les plus touffus, un caquetage persistant

d'orchestre, brillant, il est vrai, mais souvent inutile, tels sont

les qualités et les défauts de cette œuvre charmante. Après _Il

Barbiere_ venaient la _Cenerentola_, en 1817, et, dans la même année,

la _Gazza ladra_, plutôt de demi-genre que bouffe.

A partir de 1816, le jeune maître sembla se tourner vers l'opéra

_seria_ avec _Otello_ (1816), avec _Mosé_ (1818), avec la _Semiramide_

(1823), opéra brillant, éclatant, orné entre tous, je dirais presque

flamboyant.

Le génie de Rossini, progressant chaque jour, était dans toute sa

force, lorsque le maître fut appelé à Paris. En arrivant sur le théâtre

qui avait vu Glück, Spontini, etc., Rossini devait, non point changer

sa manière, mais entrer plus avant dans le genre élevé et expressif

qu'il avait inauguré avec _Otello_, _Mosé_, _Semiramide_. Sa première

œuvre en France fut _Il Viaggio à Reims_, opéra de circonstance,

pour le couronnement de Charles X; puis, ne voulant pas aborder de

front l'Opéra par une partition nouvelle, il refit quelques-uns de ses

anciens opéras: _Maometto II_ devint ainsi le _Siège de Corinthe_ en

1826, _Mosé in Egitto_, _Moïse_, en 1827. En même temps il reprenait

la musique du _Viaggio à Reims_ et en faisait une sorte d'opéra ou

d'opéra-comique, sur un vaudeville de Scribe, le _Comte Ory_ (1828). Ce

fut l'année suivante que parut le chef-d'œuvre de Rossini, l'opéra

qui permet de le placer à côté des plus grands maîtres, _Guillaume

Tell_ (3 août 1829). Il faut connaître Bach, Hændel, Glück, Mozart,

_Alceste_, _Don Juan_, les symphonies de Beethoven; mais il faut aussi

connaître les deux premiers actes de _Guillaume Tell_, si l'on veut

comprendre jusqu'à quel point de puissance et d'expression peut arriver

le noble art de la musique.

A la fois pittoresque et dramatique, l'ouverture de _Guillaume Tell_

est la seule de Rossini qui réponde véritablement au sujet de l'opéra.

Les autres ouvertures du maître ont été longtemps célèbres; ce sont

en effet des pages de musique éclatante et sonore; mais à mesure que

l'on se familiarise avec les ouvertures de Mozart, de Beethoven, de

Weber et des maîtres modernes, les ouvertures rossiniennes, à peu près

toutes tracées sur le même plan, avec le _crescendo_ qui les termine,

avec leurs longues répétitions de phrases, avec leur orchestration

papillotante et vide, paraissent aujourd'hui plus brillantes que

réellement belles, plus ornées que véritablement riches. Citons parmi

les principales, outre celle du _Barbier_, qui fut écrite d'abord

pour un opéra _seria_, _Élisabeth_, celles d'_Othello_, de la _Gazza

ladra_, de l'_Italienne à Alger_, pétillante et vive, de _Semiramide_,

tout hérissée de traits, de trilles et de broderies, et celle de la

_Cenerentola_, gracieuse et spirituelle.

On a beaucoup parlé de l'influence de Rossini; elle a été immense en

effet, et l'auteur du _Barbier_ et de _Guillaume Tell_ a laissé dans la

première moitié de ce siècle une trace lumineuse et éblouissante. Mais,

faut-il le dire, cette influence a été plus néfaste qu'utile. Rossini

a eu des imitateurs et des copistes, il n'a pas eu d'école, et c'est

justement l'imitation du maître de Pesaro qui a nui aux œuvres de

ses contemporains, surtout en France. Ce qui chez lui était éclat et

brio est devenu faux clinquant chez ses successeurs; la recherche de

l'effet à tout prix a fait tomber bien des musiciens dans l'exagération

du son et du chant. Ne pouvant lui prendre son génie, plus d'un lui a

pris ses défauts.

Après _Guillaume Tell_ (1829), Rossini cessa d'écrire, du moins pour le

théâtre; car il faut encore compter au premier rang de ses œuvres

son _Stabat Mater_, composition plus dramatique que religieuse, mais

qui renferme de belles pages, et sa _Messe_ (1869).

Par une sorte de réaction singulière, le cygne de Pesaro put compter

parmi ses successeurs un musicien faible, il est vrai, mais qui eut en

partage, et à un haut degré, ce qui manquait au «puissant monarque de

la musique», comme disait Boïeldieu: la sensibilité. Vincenzo Bellini

naquit en 1801 à Catane et mourut à Puteaux en 1835. Son œuvre

est peu nombreux, sa musique est pauvre et plus pauvrement encore

accompagnée par l'orchestre, comme par l'harmonie; mais il faut garder

le souvenir de ce musicien touchant, qui eut le culte de la vérité

et de l'expression. Il débuta en 1826 par _Bianca et Fernando_; mais

_Il Pirata_ le rendit célèbre, en 1827. Cette célébrité n'eut plus de

bornes après la _Straniera_ (1829). La _Sonnambula_ (1831), _Norma_

(1831), montrèrent tout ce qu'il y avait de tendresse, de larmes,

d'émotion vraie et d'intelligence artistique dans ce doux poète. Sa

dernière œuvre, _I Puritani_, fut exécutée à Paris (janvier 1835),

l'année même de sa mort. On a comparé Bellini à Pergolèse, comme lui

mort jeune, un siècle juste avant lui, comme lui âme tendre et émue;

mais on ne peut nommer l'auteur de la _Sonnambula_ et de la _Norma_

sans penser aussi à un autre musicien, non moins poète, non moins

tendre, non moins exquis, mais plus instruit, Frédéric Chopin, mort

comme lui avant quarante ans (fig. 102).

[Illustration: FIG. 102.—BELLINI (VINCENZO).

(Catane, 1801 † Puteaux, 1835.)

(Autographe musical et signature.)]

Moins délicat, moins expressif, moins poète, en un mot, que Bellini,

Gaetano Donizetti (1798 † 1848) était plus habile que lui dans le

sens spécial du mot. Doué d'une prodigieuse richesse mélodique, ayant

acquis une grande adresse et une grande sûreté de main dans la science

du style vocal et instrumental, Donizetti sembla prodiguer comme

à plaisir tous les trésors de son exubérante imagination. Musique

sérieuse et légère, il aborda tout, tantôt avec bonheur, tantôt avec

une désolante faiblesse. On a de lui plus de trente partitions; il n'en

est pas une qui ne contienne au moins une page de valeur; il n'en est

pas une, même parmi les meilleures, qui soit complète. Sa réputation

commença en 1819, avec _Pietro il Grande_; mais _Anna Bolena_ (1830)

fut la première œuvre digne de lui. Bientôt parurent l'_Elisire

d'amore_ (1832), opéra bouffe tout de grâce et d'élégance; puis la

_Parisina_, qui eut plus de succès que de mérite (1833). _Lucrezia

Borgia_ (1833) fit enthousiasme; mais le maître ne connut plus de

rivaux après _Lucia di Lammermoor_ (1835). _Lucia_ compte, avec

raison, parmi les meilleurs opéras de Donizetti, et le sextuor est un

chef-d'œuvre de style vocal dramatique, à la manière italienne.

Il écrivit encore en Italie _Poliuto_, qui fut joué à Paris, sous le

titre: _les Martyrs_, et dont le sextuor égale presque celui de _Lucie_.

Donizetti vint en France en 1840, et, comme tous les maîtres italiens,

il sentit grandir son talent en arrivant dans notre pays. En effet,

ce fut à l'Opéra-Comique, à l'Opéra et au Théâtre-Italien qu'il

donna les œuvres qui sont ses plus belles et ses plus gracieuses,

après l'_Elisire d'amore_ et _Lucie_. La _Fille du régiment_, à

l'Opéra-Comique, et la _Favorite_, à l'Opéra, datent de 1840. En 1843,

il faisait jouer sur notre première scène lyrique _Don Sébastien de

Portugal_, et au Théâtre-Italien, sa dernière œuvre, _Don Pasquale_,

partition fine, spirituelle et charmante de tous points.

Autour de Rossini, de Bellini et de Donizetti évoluaient de nombreux

musiciens, imitateurs plus ou moins heureux de ces maîtres; nous n'en

citerons que trois dont les noms peuvent être retenus: Antonio Coppola

(1793 † 1877), Giovanni Pacini (1796 † 1867) et Saverio Mercadante

(1795 † 1870). Ce dernier surtout, qui écrivit plus de cent opéras,

dont le premier fut joué en 1819 et le dernier en 1866, était un

musicien doué d'une certaine puissance.

Un maître qui est encore notre contemporain devait glorieusement

représenter l'école italienne. Je veux parler de Giuseppe Verdi

(Busseto, 1813). Il n'a pas la puissance de Rossini, la sensibilité

de Bellini, la fécondité prodigieuse de Donizetti, dont il procède

cependant; mais il possède une grande variété d'idées, un profond

sentiment dramatique, une véhémence et une ardeur qui donnent à

tout ce qu'il écrit cette force immense en art, la vie. En pensant à

Verdi, on entend les fureurs du _Trovatore_ (1854) et les désespoirs

de _Rigoletto_ (1851). Cependant le maître a d'autres ressources dans

son talent. L'élégie touchante de la _Traviata_ (1853), le chant

noble du _Ballo in Maschera_ (1859), nous disent que Verdi a le don

de la variété; la scène le guide, la passion le mène. Il n'est pas de

préférence d'école qui puisse aveugler le vrai musicien sur le mérite

de ces œuvres. Les opéras que nous avons cités appartiennent à ce

que l'on pourrait appeler sa première manière, qui finit au _Ballo in

Maschera_. Nous retrouverons Verdi parmi les maîtres contemporains avec

les _Vêpres siciliennes_, _Don Carlos_, _Aïda_, la _Messe de Requiem_;

il est resté le même, ardent et dramatique avant tout; mais son style a

pris quelque chose de plus serré, je dirais presque de plus musical.

Les interprètes de Rossini, de Bellini et de Donizetti furent les

derniers élèves des maîtres du _bel canto_, ou de l'art de chanter

du XVIIIe siècle. C'est le nom de la Malibran (1808 † 1834) qui

semble dominer toute cette période (fig. 103). Si l'on consulte les

souvenirs des amateurs, la Malibran, fille de Garcia, fut avant tout

une incomparable enchanteresse. Mais si Musset lui sacrifia cruellement

la Pasta dans une ode célèbre, les musiciens ont cassé l'injuste arrêt

du poète, car ils nous ont tous dit, en effet, que la Pasta était

surtout dramatique. A la suite de ces deux grandes artistes, il faut

citer la Sontag, chanteuse habile, qui sut également interpréter le

_Barbier de Séville_ et _Eurianthe_; Mme Mainvielle-Fodor; la Persiani,

la vocalise faite femme; la Grisi, si belle dans _Norma_, et qui

créa les _Puritains_; la Pisaroni et l'Alboni, ces deux superbes voix

de contralto, conduites avec un art si parfait; Jenny Lind, et la

Frezzolini, si passionnée et si émouvante.

[Illustration: FIG. 103.—MALIBRAN (MARIE-FÉLICITÉ, DE BÉRIOT).

(Paris, 1808 † Manchester, 1836.—Autographe

musical.—Bibliothèque nationale.)]

Parmi les hommes, Rubini et Lablache, que les dilettantes regrettent

toujours, l'un ténor à la voix remarquablement étendue, qui fut le

chanteur de Bellini et de Donizetti; l'autre basse puissante aussi

et montant jusque dans le registre du baryton, acteur intelligent,

chanteur consommé. Après avoir nommé Tamburini, baryton, Ronconi

(Dominique), et son fils Georges, le baryton qui inaugura la période

italienne moderne en interprétant l'œuvre de Verdi, nous arrêterons

là cette liste des chanteurs italiens et étrangers, qui brillèrent

pendant la première moitié de ce siècle.

Ces noms éveillent bien des souvenirs chez les dilettantes, et, en

y pensant, ceux-ci pleurent sur la décadence de l'art. Qu'ils se

consolent: l'école des chanteurs virtuoses a disparu peut-être, mais le

chant ne peut disparaître: la musique se transforme, et avec elle l'art

de chanter. Le _bel canto_ a perdu de son éclat, mais, au bénéfice de

la musique riche, expressive et harmonieuse; celle-ci veut de grands

chanteurs et de sublimes artistes, elle se soucie peu des virtuoses.

Basevi. _Verdi_, in-8º, 1854.

Chilesotti (Oscar). _I nostri maestri del Passato_, 1 vol.,

1883.

Cicognetti. _Gaetano Donizetti._

Edwards (H. Sutherland). _The life of Rossini_, in-8º, 1869.

Florimo. _Bellini_, in-8º, 1883.

Lavoix et Lemaire. _Histoire du chant._

Pougin. _Bellini et son œuvre_, 1868.

Pougin. _Verdi_, 1882.

CHAPITRE III

LA MUSIQUE FRANÇAISE

PENDANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XIXe SIÈCLE

_Tendances nouvelles_: l'opéra-comique et l'opéra, Hérold,

Halévy, Auber, Adam et leur école; Meyerbeer.—_Les

symphonistes français_: Berlioz et le romantisme musical;

Félicien David et l'orientalisme.—Musique et instruments des

Orientaux.—Onslow, Reber.

Nous avons quitté l'école française, avec Boïeldieu, dans un des

chapitres précédents, au moment où, s'éloignant des modèles de Grétry,

de Cherubini, de Méhul, elle se préparait à entrer dans une voie

nouvelle. La période qui précède l'époque contemporaine est des plus

curieuses: d'un côté, les musiciens s'inspirent beaucoup de Rossini et

de l'Italie, un peu des grands maîtres de l'Allemagne, mais, au fond,

restent fidèles aux habitudes de la scène française; de l'autre, des

artistes indépendants, en guerre ouverte avec les anciennes traditions,

restent Français par le génie, mais empruntent à l'Allemagne ses

aspirations poétiques. Si profonde que fût la scission entre les deux

écoles, on comptait de grands musiciens dans les deux camps, et il

devait, de toute nécessité, arriver un moment où les deux partis se

confondraient en un seul: c'est à cette fusion que nous assistons

aujourd'hui.

Depuis la fin du XVIIIe siècle, le mouvement romantique s'était

accentué chaque jour davantage dans la poésie, dans le drame, dans la

peinture. La musique, cet art d'impression par excellence, cet art

complexe, et, par conséquent, accessible par tant de côtés à toutes

les transformations, entra délibérément dans la voie nouvelle; chaque

musicien, chaque école en prit ce qui lui convenait; mais tous subirent

l'influence de l'esprit moderne.

Dans la musique même on avait vu bien des changements, depuis 1820.

Habeneck, le chef d'orchestre du Conservatoire, avait fait exécuter

les symphonies de Beethoven en 1824; un arrangeur sans scrupule, mais

intelligent, Castil-Blaze (1784 † 1857), faisait jouer en 1824 le

_Freyschütz_, sous le titre de _Robin des bois_. Un autre musicien,

Crémont, avait arrangé _Preciosa_ en 1825. Une troupe allemande avait

joué _Fidelio_ en 1829, _Obéron_ et _Euryanthe_ vers 1831; le chanteur

Ad. Nourrit avait rendu populaires les mélodies de Schubert. Rossini et

les Italiens régnaient toujours en apparence, mais leur puissance était

singulièrement sapée par la base: encore quelques années, et elle était

condamnée à disparaître.

Chose curieuse, c'est l'inspiration de Weber qui semble avoir combattu

celle de Rossini dans l'œuvre du plus grand de nos musiciens

d'opéra-comique pendant cette période, Ferdinand Hérold (1791 †

1833). Cependant il ne faudrait pas pousser trop loin le parallèle

entre Hérold et Weber. Il peut seulement s'appliquer à une certaine

similitude de sensations, que quelques passages des deux maîtres nous

font éprouver. Malgré l'influence de Rossini et de Weber, l'œuvre

d'Hérold, même italianisée, procède surtout du génie français; elle est

scénique autant que dramatique, pleine de justesse dans l'expression,

de tact dans les proportions; on y sent passer l'âme d'un poète: aussi

bien a-t-on pu, avec justesse, appeler Hérold l'André Chénier de la

musique (fig. 104).

[Illustration: FIG. 104.

HÉROLD (LOUIS-JOSEPH-FERDINAND).

(Paris, 1791 † 1833.)

(Autographe musical et signature.)]

Dès sa première œuvre, _les Rosières_ (1817), il donnait la

mesure de son talent fin et distingué, ainsi que dans _la Clochette_

(1817). _Les Troqueurs_ (1819), spirituel opéra-comique, refait sur

le poème de Vadé, que Dauvergne avait déjà musiqué, _le Muletier_,

partition aux vives couleurs (1823), continuèrent sa réputation, qui

fut définitivement établie avec _Marie_ (1826), musique touchante et

simple. Mais l'auteur de _Marie_ devait grandir encore et prendre

sa place au premier rang de notre école, avec les deux derniers

opéras-comiques qu'il écrivit, _Zampa_ (1831) et _le Pré aux clercs_

(1832). En composant _Zampa_, Hérold avait voulu faire un _Don Juan_

français. Il sut trouver dans cette œuvre des élans d'un souffle

lyrique admirable, comme le beau trio et le fougueux finale du premier

acte, des soupirs exquis, comme l'adorable duo: «Pourquoi trembler?»

D'une inspiration moins élevée, _le Pré aux clercs_ est plus complet;

la pièce, fort intéressante par elle-même, porte le musicien. Le

caractère des personnages et la couleur scénique se soutiennent du

premier au troisième acte, avec une étonnante logique; mille détails

d'orchestre et de mélodie charment et surprennent à la fois. C'est

Isabelle, amante douce et tendre; c'est Mergy, amoureux ardent et fier;

plus loin, c'est Comminges, le terrible fanfaron; puis, dans un coin du

tableau, Cantarelli, astucieux et craintif, Nicette et Giraud, l'une

coquette, l'autre important et comique. Toutes ces figures, tracées par

le musicien, sont encore vivantes aujourd'hui, et lorsqu'à la fin de la

pièce l'action touche à son dénouement, lorsqu'il y a mort d'homme, la

musique atteint les plus poignantes émotions du drame.

Histoire de la musique · 第 15 / 18 段