III.

A Naples, Lafcadio descendit dans un hôtel voisin de la gare; il eut

soin de prendre sa malle avec lui, parce que sont suspects les voyageurs

sans bagages et qu'il prenait garde de n'attirer point sur lui

l'attention; puis courut se procurer les quelques objets de toilette qui

lui manquaient et un chapeau pour remplacer l'odieux canotier (et du

reste étroit à son front) que lui avait laissé Fleurissoire. Il désirait

également acheter un revolver, mais dut remettre au lendemain cette

emplette; déjà les magasins fermaient.

Le train qu'il voulait prendre le lendemain partait de bonne heure; on

arrivait à Rome pour déjeuner...

Son intention était de n'aborder Julius qu'après que les journaux

auraient parlé du "crime". Le _crime!_ Ce mot lui semblait plutôt

bizarre; et tout à fait impropre, s'adressant à lui, celui de

_criminel_. Il préférait celui _d'aventurier_, mot aussi souple que son

castor, et dont il pouvait relever les bords à son gré.

Les journaux du matin ne parlaient pas encore de _l'aventure_. Il

attendait impatiemment ceux du soir, pressé de revoir Julius et de

sentir s'engager la partie; comme l'enfant à cligne-musette, qui certes

ne veut pas qu'on le trouve, mais qui veut du moins qu'on le cherche, en

attendant il s'ennuyait. C'était un vague état qu'il ne connaissait pas

encore; et les gens qu'il coudoyait dans la rue lui paraissaient

particulièrement médiocres, désagréables et hideux.

Quand vint le soir, il acheta le _Corriere_ à un crieur sur le Corso;

puis entra dans un restaurant, mais par une sorte de défi et comme pour

aviver son désir, il se força d'abord de dîner, laissant le journal tout

plié, posé là, à côté de lui, sur la table; puis ressortit, et dans le

Corso de nouveau, s'arrêtant à la clarté d'une devanture, il déploya le

journal et, en seconde page, vit ces mots, en titre d'un des faits

divers:

Les Caves du Vatican · 第 43 / 51 题