Le volontaire dit que non, qu'il s'en était rendu indigne. «Tu sais,
malheureux, ajouta-t-il, que je suis parti volontairement. Qu'il te
souvienne de la promesse faite! Tu me promis d'avoir soin de notre mère,
mais tu as faussé ton serment, tu l'as laissée sans subsistance et dans
le chagrin; tu es indigne de vivre, tu n'es pas un humain, mais un vrai
barbare».
(Il faut remarquer que ce soldat généreux faisait part à sa mère de la
moitié de sa paye.)
Les Hollandais, qui entendaient un peu le français, ne manquèrent pas de
le blâmer, et le lâche se retira. Son frère arme son fusil, tire et
l'attrape à la cuisse. Il se relève et s'enfonce dans le bois.
Un dragon autrichien, du régiment de Cobourg, chargeait un des nôtres,
du 12e dragons. Après avoir tiré chacun leur coup de pistolet, ils
s'approchent pour se sabrer. Quelle surprise! Ils se reconnaissent pour
frères; depuis quinze ans ils ne s'étaient vus. À l'instant, leurs
sabres tombent, ils sautent de cheval et se jettent au cou l'un de
l'autre, sans pouvoir dire un seul mot. Un instant après, ils juraient
de ne plus se séparer et de vivre sous le même étendard. Notre dragon
fut trouver le général Jourdan pour le prier de ne point regarder son
frère comme déserteur ni comme prisonnier, et le général consentit à
incorporer cet homme dans le régiment.
Heureuse époque du 18 octobre! C'est à une colonne de quatre-vingt mille
hommes[9], commandée en chef par le général Jourdan, que nous devons
notre liberté. Ils se sont battus, pendant deux jours, avec intrépidité.
Ce combat s'engageait par une quantité de tirailleurs avec l'artillerie;
la cavalerie et le reste de l'infanterie soutenaient ensuite. Le
troisième jour, le brouillard était moins obscur; la lumière a donné de
la force à nos armes, et, malgré leurs fortes redoutes, notre armée les
a mis en déroute.
Ces quatre-vingt mille hommes venaient de la Vendée, étaient commandés
par un républicain; mais aussi la troupe l'a secondé. Ils ont fait
repasser la Sambre à l'armée autrichienne qui a profité de la nuit pour
disparaître, en laissant une quantité d'outils servant au travail de
leurs redoutes.
Je rapporterai ici ce que nous disaient les soldats autrichiens: «Eh!
petits _carmagnoles_[10], vous ne sortirez pas d'ici que vous ne soyez
en notre pouvoir. Notre général a dit que si votre bonnet rouge était de
force à faire partir l'aigle impérial, et à faire lever le siège, il
adopterait votre constitution et serait du parti des républicains[11].