Saint-Pétersbourg, ce 26 juillet 1819.
_Mon cher Louis_,
_Je viens d'expédier pour France deux caisses que je t'adresse._
_Je prépare tout pour mon retour, malgré que je ne puisse pas
encore indiquer l'époque juste, n'étant pas dans un pays où l'on
puisse faire toujours ce que l'on veut, et dont il me tarde fort
de sortir._
* * * * *
_Je m'ennuie beaucoup, mais je me porte un peu mieux et je crois
que je pourrai reconduire ma pauvre carcasse en France, et que
nous pourrons rire encore quelquefois aux dépens des ultra des
deux côtés, étant tout naturel qu'à mon âge on soit tout ventre.
En rentrant, je pourrai dire avoir vu de près toute espèce de
forme de gouvernement, et pourrai t'en donner des nouvelles._
* * * * *
_Chose assez drôle, c'est que dans ce pays, dans le moment,
nous sommes entourés de trois forêts qui brûlent, dont la plus
éloignée est à deux heures. Ces forêts se sont enflammées par
la force et continuité de la chaleur excessive, que nous avons
éprouvée ici, depuis plus de six semaines. Elle a été de 35° à
l'ombre. Voilà un avantage de ce pays. Les hivers sont longs
à la vérité, mais ordinairement secs et vraiment superbes, et
l'été court, mais aussi beau qu'en Italie. Ce qui rend le climat
pernicieux est la transition subite de la chaleur au froid, ce
que j'ai vu arriver quelquefois plusieurs fois dans un jour. La
végétation est superbe et d'une rapidité étonnante, et c'est dans
ce pays qu'existent les plus beaux jardins à l'anglaise du monde,
les nôtres ne sont que des miniatures à côté, en raison de la
cherté du terrain, qui ici ne coûte rien....._
Saint-Pétersbourg, 20 janvier 1820.
_Mon cher Louis_,
_Du reste, mes affaires vont assez bien. Outre les 1,200 fr. de
rente que tu as entre les mains, il y en a encore 1,400 entre
celles de M. Baguenault, banquier, plus 11,008 francs en caisse
chez lui, et 12 à 15 à recevoir ici. Mon engagement est fini,
on m'a fait des propositions extravagantes pour me retenir, que
j'ai refusées. On s'est rebattu sur mon fils; j'ai refusé de
même, Édouard ayant besoin de Paris pour son talent. Je suis en
attendant les papiers qui me sont nécessaires, pour partir à
Moscou. J'ai vendu tous mes effets, voitures, chevaux et autres,
et je bous d'impatience, attendu qu'il m'est promis par le
ministre l'ordre de Sainte-Anne pour récompense de mes services,
et que de jour en jour je l'attends....._
Ce 2 mars 1820, Moscou.
_Mon cher Louis_,
_J'ai fait de bonnes affaires ici. Je rapporte une énorme
quantité de curiosités, telles que pierres gravées et bijoux.
J'ai reçu beaucoup de cadeaux. Enfin je suis fêté d'une manière
extraordinaire, et s'il ne m'arrive pas d'être malade en route,
tu me verras à Paris fort content. En cas de malheur, tu sauras
qu'il me reste encore 16 à 17,000 francs sur M. Baguenault,
banquier. J'en rapporte encore 10,000 et un peu plus de 25,000
livres de boîtes dorées, de bagues en brillants et autres pièces
précieuses, turquoises superbes, talismans turcs et arabes,
antiques, pierres gravées de toute espèce. Tu vois que mon
voyage a mieux fini qu'il n'avait commencé. Mes tableaux ici
font fureur. J'ai constamment cinq à six seigneurs qui se les
disputent, à mesure que je les fais, et j'en profite pour leur
vendre plus cher..._
Moscou, ce 15 mars 1820.
_Mon cher Louis_,
_Je me porte bien et j'ai vendu ici pour près de 8,000 fr. de
tableaux, et comme il m'en restait encore pour près de 30,000
francs, et que je n'ai pas le temps de les vendre comme je le
désirerais, j'ai pris le parti de les troquer contre de belles
pierres gravées et beaux camées antiques et autres bijoux et
curiosités de facile transport, ayant l'intention, à mon passage
en Allemagne, de tâcher de m'en défaire avec avantage. Nous
sommes ici continuellement en bombance, les seigneurs nous
envoient leurs voitures, et nous allons de fêtes en fêtes.....
Voilà enfin notre voyage qui tire à sa fin, assez heureusement;
nous passons par Vienne et Munich après avoir traversé la Pologne
et la Russie dans sa plus grande longueur, et le résultat sûr
dudit voyage est 60,000 fr., 25,000 à 30,000 fr. d'objets
précieux, et la croix de Sainte-Anne: toutes ces choses ne sont
pas trop bêtes, et il me semble que cela valait la peine de les
venir chercher. J'ai bien souffert à la vérité, mais je crois
cependant que je rapporterai mes os dans ma patrie._
* * * * *
_Si tu vois Maillard, préviens-le de mon arrivée; je rapporte en
France du lapis, du superbe outremer venant des Indes et de la
Chine par les Boukares, de plus la collection complète des jades,
agates, marbres, porphyres de Sibérie et d'Asie, en outre plus
de cinquante bagues antiques, camées, pierres gravées et autres;
en plus, j'ai reçu des cadeaux de plusieurs seigneurs et j'en ai
d'un prince Baratinski et de Yousof et d'un comte Golowine[71].
J'ai aussi une collection de belles améthystes, topazes,
aigues-marines, rubis, émeraudes, opales et cornalines... J'ai
brocanté dans cette ville comme un diable. L'outremer se vend
ici à la livre. Je n'exporte pas de fourrures, elles sont ici
plus chères qu'à Paris..._
[71] Dans une dernière lettre, datée de Kiew, 23 mai 1820, où
il est en route pour revenir en France, Swebach annonce qu'il
emporte la commande de quinze tableaux.
VANLOO. «Vie de Jean-Baptiste Vanloo, professeur de l'Académie royale
de peinture et de sculpture, par M. Dandré-Bardon, recteur. Paris,
Louis Cellot, 1779.»
VANLOO. «Description d'un tableau représentant le sacrifice d'Iphigénie
par Carle Vanloo (par Caylus). Paris, Duchesne, 1757.»
WAILLY. «Notice historique sur Charles de Wailly, architecte... Lue à
la séance publique de la Société philotechnique, le 20 brumaire an VII,
par Joseph Lavallée. De l'imprimerie de la Société des amis des arts,
an VII.»
WILLE fils. Une supplique à la duchesse d'Angoulême, en date du 9
janvier 1825, du malheureux peintre, âgé de 73 ans, ayant perdu, aux
mauvais jours de la Révolution, la fortune amassée par son père, et
incapable de payer la pension à Charenton de sa femme, devenue folle.
Nous terminerons cette étude des livres d'art, par une énumération des
livres concernant la curiosité et une revue des catalogues de vente du
XVIIIe siècle.
Et d'abord un petit livre rarissime, qui mérite d'ouvrir le chapitre de
la curiosité: RELATION EN FORME DE LETTRE, _sur les dépenses suggérées
par un goût outré pour des curiosités passagères, ou par une passion
désordonnée pour différents genres de compilations. Terminée par un
expédient de bienfaisance_[72]. C'est une facétie passant en revue
les goûts et les manies du temps. On y rencontre le collectionneur de
médailles, le collectionneur de coquilles dont les cabinets étaient si
nombreux à cette époque; le collectionneur d'estampes «qui a enfoui
40,000 écus dans l'obscurité de 60 portefeuilles»; le collectionneur
de partitions de musique, qui possède tous les divertissements,
cantates, cantatilles, recueils de chansons, sonates, concertos,
duos, solos, enfin tout ce qui a été imprimé ou gravé en fait de
musique, depuis quarante ans; le collectionneur de biscuits et de
terres cuites représentant tous les amours et les savoyards, les
nymphes et les vielleuses, et qui échangerait l'Andromède du Puget,
pour les statuettes de Manelli, de la Tonnelli, ou de quelque virtuose
du boulevard; le collectionneur d'argenterie et de boîtes baroques,
demandant, tous les jours, un renouvellement de la forme, et dont
l'opulence _inquiète_ ne veut pas se contenter de l'orfèvrerie de Balin
et du vieux Germain, de la bijouterie de Georges; le collectionneur de
tentures de la Chine, qui se défait de ses tapisseries de Flandres, de
Beauvais, des Gobelins, pour se procurer «les extravagantes beautés
des peintres chinois». Mais de tous ces amateurs le type le plus
passionné est une collectionneuse de porcelaines, qui, après avoir
donné dans la Chine et le Japon, dégoûtée par l'avilissement apporté
à ces porcelaines par les envois de la Compagnie des Indes, s'est
jetée dans le Saxe, et après avoir dit que l'argenterie n'est bonne que
pour des commis, des vieux militaires, s'écrie: «J'avoue que le Saxe
coûte un peu cher... Mais aussi j'ai huit services de tables complets,
indépendamment de ce que j'ai déboursé pour faire remonter en Saxe mes
glaces, mes lustres, mes pendules, ma toilette et ma garde-robe. En
vérité, j'ai une passion pour le Saxe qui va jusqu'à l'adoration. Enfin
je suis Saxe des pieds jusqu'à la tête..... Il n'y a pas jusqu'à mon
almanach et mes livres de piété qui ne soient reliés en Saxe.»
[72] Cette brochure a été publiée anonymement. Elle est d'un
avocat nommé Yon, et a paru en 1757.
A cette brochure il faut joindre: «RÉFLEXIONS SUR LA PEINTURE ET LA
GRAVURE, accompagnées d'une courte dissertation sur le commerce de
la curiosité et les ventes en général, par Joullain fils aîné, 1786»;
«le RÉPERTOIRE DES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAMPES, ouvrage utile aux
amateurs, 1788»; et parmi les livres modernes, le LIVRE-JOURNAL de
Lazare Duvaux, marchand bijoutier ordinaire du Roi, qui contient, de
1748 à 1758, les achats des _jolités_ et bibelots de tous les curieux
et les curieuses du temps: livres parmi lesquels doit prendre sa place:
«LA CONFESSION PUBLIQUE DU BROCANTEUR, Amsterdam, 1776», brochurette
où le sieur _Ferre-la-Mule_, au moment de mourir dans une tempête,
confesse tous les _trucs_ des marchands de tableaux du temps, trucs
bien innocents, quand on les compare à ceux des marchands de tableaux
contemporains.
Maintenant, faisons le dénombrement des catalogues originaux.
Sur deux planches, rangés par ordre de dates, se succèdent tous ces
petits et gros catalogues de vente, montrant, en une sorte d'obituaire
des amateurs et des artistes du XVIIIe siècle, le passage aux enchères,
depuis le règne de Louis XV jusqu'à la Révolution, de tout le joli et
exquis mobilier d'art du temps: pauvres petites brochurettes autrefois
si méprisées, et dont, en face l'Institut, j'ai vu remplie toute une
boîte de bouquiniste à 20 centimes, et dans laquelle j'ai acheté le
catalogue de Boucher, et dans laquelle se trouvait, au même prix, celui
du peintre de Troy, ce catalogue qui vient de se vendre 1,000 francs à
la vente de M. Reiset.
Le catalogue sommaire des dessins de grands maîtres d'Italie, des
Pays-Bas, de France... du cabinet de feu M. CROZAT (1741), la plus
extraordinaire collection de dessins qui fut jamais, et composée des
dessins de Jabach qui n'avaient pas été cédés au Roi, des dessins de
M. de la Noue, l'un des plus grands curieux de France, des dessins que
mademoiselle Stella avait trouvés dans la succession de son oncle,
des dessins provenant des débris de la collection Vasari, des dessins
des Carrache achetés aux héritiers de Pierre Mignard, d'une partie
considérable de dessins de Raphaël, découverts par le collectionneur
à Urbin, des dessins de Rubens sortant du cabinet d'Antoine Triest,
évêque de Gand, des dessins provenant des ventes de milord Sommers à
Londres et de Van der Schilling à Amsterdam.
Le catalogue raisonné de diverses curiosités du cabinet de feu M.
QUENTIN DE LORANGÈRE (1744); le catalogue de l'énorme collection de
tableaux, dessins, estampes, dans lequel est insérée l'intéressante
notice de Gersaint sur Watteau.
Le catalogue raisonné d'une collection considérable de diverses
curiosités, en tous genres, contenues dans les cabinets de feu M.
BONNIER DE LA MOSSON, Bailly et Capitaine des chasses de la Varenne
des Thuileries (1744). Et c'étaient chez Bonnier de la Mosson: 1°
un cabinet d'anatomie, 2° un cabinet de chimie, 3° un cabinet de
pharmacie, 4° un cabinet de drogues, 5° un cabinet du tour, 6° un
premier cabinet d'histoire naturelle, contenant les animaux en
fiole, 7° un second cabinet d'histoire naturelle contenant les
animaux desséchés, 8° un cabinet de physique, 9° un troisième cabinet
d'histoire naturelle contenant l'herbier, les coquilles parmi
lesquelles se trouvait la fameuse coquille nommée la _Scalata_, la
seule existante à Paris, et que M. Bonnier avait achetée 1,500 livres
en Hollande: ces neuf cabinets ornés «de tout ce que l'art a pu
imaginer de mieux et de plus agréable» comme sculpture recherchée et
délicate, glaces, dessus de portes, etc.
Le catalogue.... de feu M. le chevalier de LA ROQUE (1745). M. de la
Roque était l'ancien gendarme de la garde du Roi, à la jambe emportée
par la canonnade de Malplaquet, le privilégié du Mercure, l'ami de
Watteau, dont il passait à sa vente les deux tableaux des «Fatigues»
et des «Délassements de la guerre.»
Le catalogue des tableaux du cabinet de M. CROZAT, baron de Thiers
(1745), l'inestimable collection passée en Russie.
Le catalogue raisonné des bijoux, porcelaines, bronzes, laques, lustres
de cristal de roche, pendules de goût.... provenant de la succession
de M. ANGRAN, vicomte de FONSPERTUIS (1747). C'est la collection des
plus rares porcelaines de la Chine et du Japon, le cabinet où les
amateurs allaient apprendre à connaître le _vrai_ et le _beau_, et
qui renfermait les plus parfaits morceaux d'ancien bleu, avant la
substitution de l'émail à l'azur naturel, et les morceaux les plus gras
et les plus crémeux d'ancien blanc.
Le catalogue de tableaux et des objets d'ébénisterie... du sieur
CRESSENT, ébéniste du palais et de feu S. A. I. Monseigneur le duc
d'Orléans (1747), dont les travaux rivalisaient avec ceux de Boule,
et dont l'expert vante le contour simple et noble de ses commodes, et
l'incrustation épaisse et pleine de ses boîtes à pendules.
Et des catalogues, j'en passe, comme j'en ai déjà beaucoup passé, et
comme j'en passerai encore plus, faisant une course à vol d'oiseau, à
travers cet immense inventaire de la curiosité.
Le catalogue d'une collection de tableaux, dessins estampes... de
M. LE LORRAIN (1758), lorsqu'il avait l'honneur d'être choisi par
l'Impératrice de Russie pour être son peintre.
Le catalogue des tableaux... du comte de VENCE (1760), vente où
s'adjugeaient pour 550 livres «l'Écureuse» et le «Garçon cabaretier» de
Chardin, ces deux merveilles de la peinture laiteuse, dont nous avons
vu revendre l'un 23,200 fr., à la vente de Camille Marcille.
Le catalogue de tableaux... de feu messire Germain-Louis CHAUVELIN,
ministre d'État (1762) parmi lesquels figuraient les tableaux de
Watteau, connus sous les titres de la «Lorgneuse» et de «l'Accord
parfait».
Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... de feu J.-B. de TROY,
directeur de l'Académie de Rome (1764), où se trouvait une collection
d'esquisses de choix de l'école française.
Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... de DESHAYS, peintre du
Roy (1765), vente dans laquelle étaient livrés aux enchères une grande
quantité d'études et de dessins du gendre de Boucher.
Le catalogue de tableaux, sculptures, dessins, estampes, porcelaines,
bijoux, meubles précieux... du duc de TALLARD (1766). Un cabinet en
général formé de tableaux de l'école italienne, et où le duc n'avait
consenti à admettre des maîtres de l'école flamande «qu'autant qu'ils
avaient travaillé dans le genre noble et sublime». Dans les sculptures,
bronzes, meubles précieux, était vendue une série de magnifiques
lustres en bronze, à propos desquels l'expert déclarait que, «quoique
les lustres de cristal aient absolument prévalu pour la décoration des
appartements, un lustre de bronze doré a plus de noblesse et convient
bien mieux pour un cabinet de peinture, où un lustre de cristal
devient trop brillant et rompt le bel accord, que tout amateur de
peinture doit rechercher dans l'assemblage des chefs-d'œuvre de l'art».
Le catalogue... du peintre AVED (1766), auquel il faut joindre le
catalogue de sa seconde vente faite en 1770. Ce peintre, qui passait
pour un des plus parfaits connaisseurs d'Europe, et qui avait mis dans
sa collection tout son patrimoine et le bien de sa femme, avait réuni
un choix de tableaux et de dessins de ses contemporains, et toute une
suite de natures mortes de son ami, et collaborateur dans la peinture
de portraits, Chardin.
Le catalogue des effets curieux... du cabinet de feu M. de SELLE,
trésorier de la Marine (1766), qui contenait, parmi des tableaux et
des porcelaines, une suite de marbres, de bronzes, de terres cuites
de François Girardon, Auguier, le Lorrain, Gaspard de Marsy, Antoine
Coysevoix.
Le catalogue de tableaux originaux de différents maîtres, miniatures,
dessins, estampes sous verre, de feu Mme la marquise de POMPADOUR
(1766); petite plaquette de 32 pages, ne contenant que 99 numéros, et
où n'apparaît rien de son somptueux mobilier, que nous retrouverons
plus tard à la vente de son frère, le marquis de Ménars. Cette vente
ne renferme de remarquable et de digne de la favorite, que les deux
grandes compositions de Boucher «le Lever et le Coucher du soleil», qui
font aujourd'hui partie de la collection de M. Richard Wallace.
Le catalogue des statues en pierre, en plâtre, en terre et bronzes,
modèles et ustensiles d'atelier qui seront vendus chez le sieur
AYCARD, sculpteur, à la Petite Pologne, près la barrière du faubourg
Saint-Honoré.
Le catalogue raisonné des tableaux, dessins, estampes et autres
effets curieux, après le décès de M. de JULIENNE (1767), l'amateur
par excellence du siècle, et dont la vente des tableaux de toutes les
écoles, des laques les plus recherchés, des meubles de l'ébéniste
Boule, était annoncée dans une vignette, par une Renommée apprenant à
l'Europe que le cabinet de M. de Julienne était à vendre.
Le catalogue de tableaux, groupes, figures de bronze, porcelaines
rares... de feu M. GAIGNAT, ancien secrétaire du cabinet du Roy (1768);
une des collections, dit l'expert Remy, les plus recommandables entre
toutes par l'excellence des choix. Les porcelaines de la Chine et du
Japon sortaient des cabinets de S. A. R. Madame la duchesse d'Orléans,
de la comtesse de Verrue, du prince de Carignan, du comte de Fontenai,
le plus grand connaisseur en porcelaines.
Le catalogue du sieur AMAND, peintre du Roy en son Académie royale de
peinture, devant avoir lieu le 30 juin 1769 et jours suivants, rue
du Cul-de-sac de la Bouteille, et consistant en tableaux, dessins,
estampes et autres ustensiles à l'usage de la peinture. Ce catalogue,
avec sa courte notice biographique, qui est, ainsi que pour un certain
nombre de petits peintres obscurs du XVIIIe siècle, tout ce qu'on
possède à peu près de documents sur leur vie ignorée, nous montre la
misère d'une vente d'artiste de ce temps, d'un artiste qui n'est pas à
la mode. On y voit son grand tableau de «Mercure et Argus» se vendre 49
livres, son autre tableau de «Psyché abandonnée par l'Amour» 52 livres,
enfin son tableau de «Soliman II devant lequel on déshabille des femmes
esclaves», ne pas dépasser 80 livres.
Le catalogue... de feu M. CAYEUX, sculpteur (1769); une importante
réunion de dessins, parmi lesquels il y en avait de Bouchardon, de
Boucher, de Vanloo, de Pierre, de Natoire, de Jeaurat, de Cochin fils,
de Greuze.
Le catalogue des tableaux, figures, bustes de marbre, bas-reliefs
de terre cuite, morceaux d'ivoire... de M. LALIVE DE JULLY (1769);
collection contenant les plus beaux échantillons de l'art français
depuis Simon Vouet jusqu'à Vien, et où se trouvait «le Père de famille
lisant la Bible» de Greuze, et le curieux portrait de Watteau par la
Rosalba.
Le catalogue de tableaux, groupes de bronze, porcelaines... de M.
BERINGHEN, premier écuyer du Roi (1770), qui avait toute une collection
d'animaux, de vaches, de singes, en _bleu céleste et violet_.
Le catalogue raisonné des tableaux, estampes, bronzes, terres cuites,
laques, porcelaines de différentes sortes... de feu M. BOUCHER,
premier peintre du Roi (1771). A propos de ce catalogue, répétons que
les catalogues qui n'avaient pas été employés avant nous, dans la
biographie des gens, sont les naturels et les seuls introducteurs, en
ce temps, dans les milieux de leur vie, et que pour l'explication du
talent des artistes, ces inventaires dédaignés apportent de curieux
renseignements. C'est ainsi que nous avons pu donner de la pastorale
enrubannée du Maître, et la charrue et la herse et le petit bateau de
pêcheur: des modèles-joujoux; c'est ainsi que nous avons pu montrer le
coloriste _vermillonné_ des dernières années, peignant dans un tendre
embrasement de tons de coquillages et d'éclairs de matières précieuses.
Le catalogue de tableaux à l'huile, à gouache et au pastel, peintures
de la Chine, enluminures, dessins précieux, estampes... de feu HUQUIER,
graveur (1771). Une nombreuse réunion de dessins et d'estampes
renfermant un grand nombre d'académies, de tous les maîtres. On y
remarquait une suite de recueils de dessins reliés en volumes, parmi
lesquels il y avait 45 dessins de monuments de Rome par Poussin, les
150 dessins originaux à la sanguine de Gillot pour les fables de
Lamotte, 39 dessins faits d'après les plombs de Meissonnier, une suite
de 150 charges à la plume et au bistre pour l'illustration des Songes
pantagruéliques de Pantagruel, par Huquier. Les dessins et les estampes
laissés par Huquier étaient en si grande quantité, qu'une seconde vente
avait lieu la même année.
Le catalogue ou plutôt les deux catalogues de Mlle CLAIRON (1773), dont
la vente se faisait rue du Bacq, près le Pont-Royal. La collection
préférée de la tragédienne était une collection d'histoire naturelle
avec les divisions en minéraux, cristallisations, stalactites, pierres
calcaires, agates, cailloux, jaspes, pétrifications, pierres fines,
coraux, madrépores-antroites, méandrites, tubipores, fougipores,
millepores, rétépores, lithophites, éponges, alcyons, vermiculaires,
lépas, oreilles de mer, nautiles, limaires nérites, buccins, tonnes,
casques, rochers, pourpres, volutes, olives, porcelaines, huîtres,
peignes, cœurs, tellines, moules, oursins, opercules, coquilles
terrestres, fluviatiles, étoiles de mer. La seconde vente qui avait
lieu un mois après, montrait aux regards des curieux, au milieu
d'habillements de sauvages, de costumes turcs, de choses exotiques
et d'estampes, les objets de ville usuels et familiers de la grande
actrice: une navette de laque rouge à cartouche de laque noir et or,
doublée de nacre et garnie en or; une écritoire de trois pièces, en
cristal de roche, garnie en or, sur un plateau en éventail de laque
fond noir avec arbres et fabriques en or et bordure aventurinée;
un souvenir d'or de couleur avec des cartouches à portraits et
cure-oreille d'or d'Allemagne; une montre ovale, à huit pans, dans
une boîte de cristal de roche d'un travail ancien et délicat; un
porte-crayon et un dé d'or; un étui à aiguilles d'or; un berloquier
d'acier garni de cinq flacons, d'une paire de ciseaux damasquinés d'or,
d'une lorgnette à deux verres, d'un tire-bouchon d'argent en olive à
secret, d'un couteau de nacre de perle, garni de deux lames dont une
d'or.
Le catalogue de dessins... de M. LEMPEREUR (1773) où se trouvait une
suite de plus de quarante dessins de Bouchardon.
Le catalogue de tableaux... de feu _M. Jacqmin_, joaillier du Roi et
de la Couronne (1773), à la vente duquel la «Naissance de Vénus» de
Boucher, gravée par Levasseur, se vendait 480 livres, et bon nombre de
boîtes en émail de Mailly et de Rouquet.
Le catalogue de tableaux originaux... de M. le C. de D. (1774). C'est
la vente de Du Barry le Roué, après sa fuite de France, à la mort de
Louis XV. Cette vente contenait des Watteau, des Boucher, des Greuze.
Le catalogue raisonné des différents objets de curiosités dans les
sciences et dans les arts qui composaient le cabinet de feu M.
MARIETTE, rédigé par Basan (1775); précieuse collection presque
uniquement composée de dessins et d'estampes, et qui montait à 288,500
livres.
Le catalogue des tableaux, figures, bustes... du duc de SAINT-AIGNAN
(1776) qui possédait les deux jolis tableaux de Subleyras, connus sous
les titres du «Faucon» et des «Oyes du frère Philippe».
Le catalogue de dessins... de M. NEYMAN, orné d'un frontispice de
Choffart (1776), et contenant 1,266 numéros de dessins de maîtres.
Le catalogue de tableaux précieux, miniatures, gouaches... de M.
BLONDEL DE GAGNY (1776), vente où repassaient le Murillo, le Rembrandt,
le Teniers, le Wouwermans de la comtesse de Verrue.
Le catalogue de tableaux, dessins précieux, vases de marbre et de
bronze, porcelaines de premier choix, ouvrages du célèbre Boule...
qui composent le cabinet de M. RANDON DE BOISSET (1777). C'est le
catalogue d'un financier de goût, aux achats conseillés par Boucher,
Greuze, Hubert-Robert, et où les plus beaux tableaux flamands et
français voisinaient avec des marbres les plus rares de l'Italie, et où
posaient, sur les plus parfaits meubles de Boule, des porcelaines _de
la première qualité coloriée_, comme les collectionneurs n'en avaient
pas vu passer en vente depuis trente-cinq ans.
Le catalogue de tableaux italiens, français, hollandais... dont la
vente se fera le lundi 17 février 1777 et jours suivants, à trois
heures de relevée, rue Saint-Honoré, hôtel d'Aligre. Cette vente
anonyme est la vente faite par Mme Du Barry, dans les premiers embarras
d'argent de sa disgrâce, et dont nous avons raconté les détails dans
son histoire[73]. Parmi les tableaux importants livrés aux enchères,
signalons un tout petit tableau (H. 6 p., L. 10 p.) de Gabriel de
Saint-Aubin, représentant un peintre dessinant un modèle de femme nue,
couchée sur un canapé, sujet que le petit maître a gravé lui-même à
l'eau-forte de sa pointe la plus spirituelle. Il serait intéressant
de retrouver ce tableautin, qui fixerait sur le faire à l'huile de ce
gribouilleur de génie à l'aquarelle, et dont on ne possède pas une
peinture de genre authentique.
[73] LA DU BARRY, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier,
1878, p. 205.
Le catalogue de tableaux, dessins, terres cuites... de monseigneur
le prince de CONTI (1777), immense et splendide collection dont les
tableaux montaient à 897,985;--les peintures à gouache et miniatures, à
14,446;--les dessins à 39,472;--les terres cuites et vases de bronze,
à 29,509;--les pierres fines et bagues, à 39,365;--les médailles
antiques, à 6,681;--les bijoux, a 26,466: total, 1,053,944.
Le catalogue de tableaux et dessins originaux... de feu M. NATOIRE
(1778) qui consistait en quelques spirituelles peintures de Watteau,
Boucher, Subleyras, Fragonard, Hubert-Robert, et une suite de
compositions et d'études de l'ancien directeur de l'Académie de Rome.
Le catalogue de tableaux originaux... de Mme *** (Mme de Cossé), 1778,
vente où passait le petit modèle des chevaux Pégases des Tuileries.
Le catalogue de tableaux, sculptures en marbre, bronze, plomb doré...
provenant de la succession de feu M. l'abbé TERRAY, ministre d'État
(1778), dont la préface dit: «L'amateur qui avoit formé ce cabinet,
vouloit encourager les artistes ses contemporains, et, sans refuser
son admiration aux ouvrages des anciens, contribuer, autant qu'il le
pouvoit, à la splendeur des arts en France.»
Le catalogue d'une collection de dessins choisis de maîtres célèbres
des écoles italienne, flamande et française... de feu M. d'ARGENVILLE
(1779), collection de dessins qui passait pour la plus capitale après
celle de M. Mariette.
Le catalogue d'une belle collection de tableaux originaux... composant
le cabinet de M. *** (M. Trouart), contrôleur des bâtiments du Roi
(1779), où se trouvait cataloguée l'esquisse terminée du sacrifice
de «Callirhoë» de Fragonard et des terres cuites de Clodion, la Rue,
Houdon.
Le catalogue de quelques tableaux et dessins et d'une nombreuse
collection d'estampes... du sieur JOULLAIN (1779), un des marchands et
experts célèbres du temps.
Le catalogue raisonné de tableaux... de M. POULLAIN, receveur général
des domaines du Roi (1780), nombreuse collection formée de tableaux
provenant des cabinets Montmartel, prince de Conti, Randon de Boisset,
Blondel de Gagny.
Le catalogue des tableaux et dessins précieux qui composent le
cabinet de M. DE SIREUL (1781), cabinet presque exclusivement composé
de dessins de Boucher, et qui valait à cette collection le nom de
_Portefeuille de M. Boucher_.
Le catalogue des différents objets de curiosité dans les sciences et
arts qui composaient le cabinet de feu M. le marquis DE MENARS (1781).
Cette vente du frère et de l'héritier de Mme de Pompadour est la vraie
vente de la favorite, et où passe, mêlé à quelques beaux tableaux
acquis par son frère, tout le mobilier d'art de la virtuose et de la
_curieuse_[74].
[74] Voir, pour les détails de cette vente: MADAME DE
POMPADOUR, par Edmond et Jules de Goncourt. Charpentier, 1878,
p. 329.
Le catalogue de tableaux... après le décès de Mme LANCRET (1781), rare
petit catalogue qui contenait 21 numéros de tableaux du Maître, et
dont le plus cher, «la Réception d'un cordon bleu», auquel on joignait
encore un «Louis XV tenant un lit de justice», se vendait 299 livres.
Avec ces tableaux s'adjugeait un millier de dessins, par lots de 40, de
60, qui allaient de 3 à 6 livres.
Le catalogue de vases, colonnes, tables de marbres rares, figures
de bronze, meubles précieux... du duc d'AUMONT, catalogue orné de
trente planches (1782). Là est décrit le mobilier du XVIIIe siècle, où
peut-être s'unit le plus fastueusement à la richesse et à la rareté
des matières le précieux du travail, où le bronze doré s'associe aux
plus beaux marbres tirés des anciens monuments de Rome, un mobilier,
qui n'a de rival dans le passé que celui de la duchesse de Mazarin, et
qui contient à la fois d'incomparables tables de marbre et de porphyre,
un choix de porcelaines d'ancien bleu et blanc de la Chine provenant
du cabinet de Mgr le Dauphin, fils de Louis XIV, une réunion unique de
lustres, de lanternes, de bras ciselés par le célèbre Gouthière.
Le catalogue d'une belle collection de tableaux de M. *** (Nogaret),
1782, contenant «Jupiter et Antiope» et «l'Amour se dérobant à la
correction de Vénus» de Watteau, «le Bal» de Pater, «le Moulin de
Charenton» de Lancret.
Ces catalogues, ils se trouvent en général dans leur brochure de
papier peigne, avec le nom du destinataire écrit sur la couverture.
Mais quelquefois, par hasard, on a la bonne fortune de les rencontrer
reliés en maroquin, plus souvent en veau, d'un joli veau clair
semblable à une planchette de citronnier, décorée de filets sur les
plats, d'un dos orné, d'une tranche ornée, et tels que j'ai rencontré
le Quentin de Lorangère, le Blondel de Gagny, le Randon de Boisset. Ces
catalogues sont en général des exemplaires de l'expert qui a dirigé
la vente, et ils contiennent les prix et les noms des adjudicataires.
Quelquefois même ils sont plus précieux et peuvent passer pour de vrais
documents d'art. C'est ainsi que j'ai acquis, à la vente de M. Duchesne
du cabinet des Estampes, le catalogue de tableaux, sculptures de
dessins... du graveur LE BAS (1783) ayant en double les eaux-fortes du
portrait et du fleuron, et contenant, à la fin, un historique manuscrit
de la vente de 56 pages, et où j'ai trouvé sur Chardin et Moreau des
anecdotes qui ne se trouvent que là.
Le catalogue des tableaux, dessins, marbres, bronzes, terres cuites,...
du cabinet de M. *** (Blondel d'Azincourt), 1783, cabinet où se
trouvaient réunis «l'Enfant prodigue» de Teniers, «le Marché aux
Herbes» de Gabriel Metzu, «le Charlatan» de Karel Dujardin, «les
Champs-Elysées» de Watteau, une suite de dessins du meilleur temps de
François Boucher, un amour en marbre, grandeur naturelle, de Saly.
Le catalogue d'une collection précieuse de marbres d'Alsace tels que
porphyre, granit, serpentin, composée de vases de différentes formes
comme coupes, cuvettes et fûts de colonnes... montés en bronze doré
d'or mat, exécutés sur de beaux profils et modèles de M. Feuillet
(1784), collection d'échantillons de morceaux taillés de porphyre, dont
la taille était alors toute nouvelle en France, et qu'on offrait aux
curieux jaloux de comparer la matière antique avec la matière moderne.
Le catalogue de tableaux... du comte DE MERLE (1784), parmi lesquels
figurait le tableau de Berghem, connu par l'estampe d'Alliamet sous le
titre de l'Ancien Port de Gênes.
Le catalogue raisonné d'une très belle collection de tableaux des
écoles d'Italie, de Flandres et de Hollande qui composaient le cabinet
du comte DE VAUDREUIL, grand fauconnier de France (1784), catalogue
dans lequel on annonçait la vente de huit tableaux de Vernet, propres
à la décoration d'une galerie ou à l'embellissement de deux salons: 1°
un clair de lune; 2° un site montagneux; 3° une tempête; 4° un soleil
couchant; 5° une vue de mer par un temps de brouillard; 6° un coup de
vent; 7° un second soleil couchant; 8° un feu d'artifice.
Le catalogue de tableaux, dessins, estampes, terres cuites, marbres,
bronzes antiques et modernes... de M. le bailli DE BRETEUIL (1785),
catalogue dont la pièce capitale était un surtout de table composé de
petites architectures représentant le temple de Flore pris sur celui
de la Sibylle Tiburtine, le temple de Minerve, le temple de Mercure,
un cirque, deux arcs de triomphe, des obélisques, des trophées, des
colonnes triomphales, des sceaux à rafraîchir, des figures d'Isis: le
tout exécuté en lapis, en prime d'émeraude, en jaspe verdâtre, en rouge
antique, et monté en bronze doré; un surtout, dont faisaient partie 75
couteaux aux manches composés des matières les plus précieuses, aux
lames d'or. Dans ce catalogue du bailli de Breteuil, est encartée,
dans mon exemplaire, une feuille des vins à vendre, et parmi lesquels
figurent les vins à la mode du temps, «les vins de Vosne, de Beaune,
de Châteauneuf du Pape, de Champagne rouge, de Carcassonne, d'Ay de
plusieurs âges, d'Ay œil de perdrix, de Sautterne, de M. le maréchal
de Biron, de Tokaï de plusieurs âges, du Cap blanc et rouge, de Madère
doux et sec, de Malvoisie, de Madère, de Pontac, de Piccolets de
Venise, de Pietro de Ximenès, de Malaga rouge, de Septuval doux et sec,
de Ranciaux, de Procopia, de Mantillia, de Peralte.»
Le catalogue des tableaux... de M. le marquis DE VERI (1788), catalogue
qui renferme la plus nombreuse collection de tableaux de Greuze,
livrée aux enchères, et parmi lesquels se trouvaient «la Malédiction
paternelle, la Mort du père de famille, l'Hermite visitée par une
troupe de jeunes filles, l'Ivrogne, la Cruche cassée, la Fille au
chien, le Tendre Désir, le Petit Bonnet rond».
Le catalogue d'une belle collection de tableaux, esquisses à l'huile...
de M. NOURRI, conseiller au grand conseil (1785), où l'on vendait 36
livres 2 sols, le portrait de Molière par Antoine Coypel.
Le catalogue des dessins, estampes, ustensiles de peintre... de
LEPAON, le peintre de batailles de S. A. R. Monseigneur le prince de
Condé (1786), pauvre et rare petit catalogue de huit pages.
Le catalogue des tableaux, gouaches, miniatures... de M. BERGERET
(1786). C'est le Bergeret qui emmena Fragonard et sa femme en Italie,
et voulut se payer de ses frais en s'appropriant les dessins du
peintre faits pendant le voyage. Dans la vente du Turcaret passent des
tableaux, et le mobilier de marbre et de bronze doré des financiers du
temps. Parmi les sculptures, figure toute une suite de figures et de
bas-reliefs de Clodion, où au milieu des Bacchanales, des Lupercales,
des sacrifices au dieu Pan, la _sentimentalité_ de l'époque avait
introduit un petit monument en terre cuite, dédié aux mânes d'un serin.
Le catalogue des tableaux... du cabinet de M. WATELET (1786), contenant
une collection de tableaux choisis de l'école française, où l'on
admirait des Tremolière, des Vanloo, des Chardin, des Boucher, des
Doyen, des Greuze, des Vernet, des Hubert-Robert, et le fameux portrait
du cardinal Richelieu peint en émail par Petitot.
La notice des objets curieux dépendants de la succession de M. le duc
DE CHOISEUL (1786), renfermant les deux figures, grandeur nature, de
«l'Automne» et de «l'Hiver» peintes par Watteau pour la salle à manger
de Crozat.
Le catalogue de tableaux... de M. DE BOULLONGNE, conseiller d'État
(1789), où se vendait la «Toilette de Vénus», de Boucher.
Le catalogue de tableaux, de dessins précieux... formant le cabinet de
M. COLLET, secrétaire du cabinet de Madame Sophie de France (1787);
jolie collection d'aimables choses, d'où viennent «le Mercure de
France» et «le Concert agréable», les deux gouaches de Lawreince, qui
font partie de ma collection de dessins.
Le catalogue de tableaux, portraits peints depuis le XIVe siècle
jusqu'à nos jours, miniatures... de feu M. le duc de RICHELIEU, pair et
premier maréchal de France, chevalier des ordres du Roi, connétable,
premier gentilhomme de la chambre de Sa Majesté, lieutenant général de
haute et basse Guyenne, noble Génois, l'un des quarante de l'Académie
française (1788). Une immense collection que cette collection du duc
de Richelieu, avec ses subdivisions en tableaux, miniatures, estampes
encadrées, livres d'estampes, figures et bustes de marbre blanc,
figures et bustes de bronze, vases de marbre, porcelaines truité fin,
porcelaines d'ancien Japon, porcelaines bleu céleste, porcelaines
céladon, porcelaines de la Chine coloriées, porcelaines d'ancien
blanc, porcelaines bleu et blanc, pagodes et terres des Indes, vases
de terre d'Angleterre, anciens laques, porcelaines de Saxe montées et
de service, porcelaines de Sèvres et autres manufactures, porcelaines
de Chantilly, pendules de bon genre, lustres et lanternes, feux, bras
et flambeaux, tables de marbre, meubles de différents genres, boîtes
précieuses en cailloux montées en or, et bijoux médailles.
Le catalogue des bustes et vases de marbre... du maréchal duc DE DURAS
(1789), vente dont les objets les plus précieux étaient une commode, un
secrétaire, des encoignures, un bureau _bibliopographique_, en laque du
Japon et du Coromandel, d'une qualité tout exceptionnelle.
Nous analyserons encore rapidement quelques catalogues de ventes faites
pendant la Révolution.
Le catalogue d'objets rares et curieux du plus beau choix... provenant
du cabinet de M. LE BRUN (1791). C'est l'énorme liquidation du fameux
marchand de tableaux, où l'on voit repasser et se vendre, à des
prix inférieurs, toutes les acquisitions, que, depuis une trentaine
d'années, il avait faites dans les ventes célèbres, et dont il n'avait
pu encore se défaire.
Le catalogue de tableaux, gouaches, estampes... de DE LAUNAY, graveur
du Roi (1792), chez lequel, selon l'habitude qu'avaient les graveurs
du temps, d'acheter les tableaux et les dessins qu'ils burinaient,
se trouvaient les tableaux de Fragonard qu'il avait gravés, sous les
titres du «Petit Prédicateur» et de «L'éducation fait tout,» et les
deux gouaches de Lawreince qu'il avait également gravés, sous les
titres de «Qu'en dit l'abbé» et «l'Heureux Moment».
Le catalogue des objets précieux... trouvés après le décès du citoyen
DONJEUX (1793), une autre vente d'un «négociant de tableaux et de
curiosités», dont on trouve le nom parmi les adjudicataires de toutes
les grandes ventes de la fin du siècle.
Le catalogue des tableaux précieux, figures, bustes en marbre,
groupes et figures de bronze... de feu M. CHOISEUL-PRASLIN (1793), une
collection commencée par le père du duc, dès 1750, et où se trouvaient
réunis: «le Fauconnier» de Rubens, «l'Embarquement de vivres» de
Berghem, «la Petite Sainte-Famille» de Rembrandt, «la Boutique
d'épicerie» de Gérard Dow, «le Colombier» de Wouwermans, «la Prairie»
de Potter, un superbe Claude Lorrain.
Le catalogue de tableaux, dessins, estampes... du citoyen Buldet,
ancien marchand d'estampes (an V de la République), où est catalogué
«Notre-Seigneur guérissant les malades», la pièce de Rembrandt, dite
aux cent florins.
Le catalogue de dessins et d'estampes... de BASAN, le fameux marchand
d'estampes, contenant la gouache de Baudouin, gravée par Simonet, sous
le titre: «Rose et Colas.»
Le catalogue de tableaux, pastels, gouaches, dessins, figures et bustes
de marbre... de feu GRIMOD DE LA REYNIÈRE (1797), une collection de
montres anciennes, et une réunion de tabatières précieuses, telle qu'il
n'en avait jamais été offerte en vente.
Poursuivons cette étude dans le XIXe siècle, où nous rencontrons de
précieux objets d'art du temps sur des catalogues, après décès, de
vieux survivants du siècle ou de leurs héritiers.
Le catalogue du cabinet de feu M. AUGUSTIN DE SAINT-AUBIN (1808),
catalogue où se rencontrent des dessins des deux frères, et où treize
peintures de Gabriel Saint-Aubin (sujets de scènes familières, pauvres
tableautins qui n'ont pas même de cadres), se vendaient 15 francs 60
centimes.
La notice succincte de tableaux, dessins et estampes, après le décès du
graveur CHOFFARD (1809), dont un seul numéro contient 440 dessins de
Baudouin, Boucher, Cochin, Fragonard, Moreau.
Le catalogue raisonné d'objets d'art... de feu M. SYLVESTRE (1810),
ancien maître à dessiner des Enfants de France, collection renfermant
un choix de dessins excellents, et d'où sont sortis, au prix de 22
francs, les deux portraits au pastel de Chardin et de sa femme, qu'on
voit aujourd'hui dans le salon des pastels du Louvre.
La collection de dessins et d'estampes... de M. PAIGNON-DIJONVAL
(1810), la plus innombrable collection de dessins et d'estampes qui ait
été jamais réunie par un particulier.
Le catalogue raisonné de gouaches et dessins du cabinet de M. BRUNN
NEERGARD (1814), une réunion de dessins du xviiie siècle, au milieu
desquels les dessins de Prud'hon font, pour la première fois, leur
entrée dans les ventes.
Le catalogue d'une collection nombreuse de tableaux, pastels, émaux,
miniatures... de feu M. RICHARD DE LEDAN (1816); catalogue dans lequel
l'expert annonce huit mille portraits du XVIe, XVIIe, XVIIIe siècle,
peints à l'huile au pastel, en émail, et dont huit cent quarante-cinq
garnissent des tabatières.
Le catalogue de tableaux, gouaches, miniatures, tabatières
précieuses... de feu M. QUENTIN CRAUFURD (1820), catalogue dans lequel
cet Anglais, amoureux de la France et de son histoire, avait réuni une
immense et curieuse collection de portraits des personnages illustres
du temps de Louis XIV.
Les trois catalogues de tableaux, d'estampes, de curiosités, du baron
DENON (1828), ce choix d'art de tous les temps et de tous les pays.
Le catalogue de tableaux... d'HIPPOLYTE LEMOYNE, le fils de Lemoyne
le sculpteur (1828). A cette vente passait le tableau de Boucher,
représentant un peintre à son chevalet, qui est Boucher, ayant près de
lui sa femme et son élève Deshays, qui deviendra son gendre. Et passait
encore un tableau de Pierre, daté de 1748, représentant un sculpteur
dans son atelier, qui est Lemoyne, aux côtés duquel se tient son élève
Pajou.
Et de ventes d'héritiers de peintres et de sculpteurs, contenant
quelques glorieux morceaux de l'artiste qui leur a donné son nom, nous
allons comme cela jusqu'à la vente de Caroline Greuze, la fille du
peintre, faite par Thoré en 1843.
C'est le tour des arts industriels, des arts gymnastiques, des arts
mécaniques.
L'art de la céramique est représenté par un certain nombre de
documents, parmi lesquels je ne veux citer qu'un document manuscrit
inédit, donnant la composition d'un service de porcelaine de Sèvres et
les prix des différentes pièces:
ÉTAT DU PRÉSENT FAIT PAR LE ROY A SA MAJESTÉ LE ROY DE DANEMARCK ET AUX
SEIGNEURS DE SA SUITE, LIVRÉ PAR LA MANUFACTURE ROYALE DE PORCELAINES,
LE 9 NOVEMBRE 1768.
1 tableau. Sujet de soldats 960 fr.
1 ---- d'après M. Pierre 840
1 ---- d'après M. Vanloo 720
1 vase fond vert avec le portrait du Roy 600
2 vases peints à bas-reliefs, 480 960
2 ---- ---- ---- 432 864
1 buste du Roy en sculpture 144
_Service en bleu caillouté d'or._
48 assiettes à 36 fr. 1728 fr.
8 compotiers 48 384
4 ---- 51 204
2 sucriers 132 264
2 plateaux à deux pots à confitures 120 240
2 soucoupes à pied 51 102
14 tasses à glaces 24 336
2 seaux à glaces 252 504
2 ---- à 1/2 bouteilles 156 312
2 ---- à topettes 120 240
2 ---- ovales 156 312
2 ---- crénelés 204 408
2 gobelets et soucoupes bleu et or 30 60
14 ---- ---- ---- ---- 48 672
6 gobelets et soucoupes bleu céleste 54 324
1 pot à sucre 48
1 ---- 54
2 théières 60 120
2 pots à lait 60 120
1 jatte à rincer 54
_Sculpture._
1 groupe de la _Fée Urgèle_ 144 fr.
2 ---- du _Sabot cassé_ 60 fr. 120
2 groupes de la _Loterie_ à 96 192
2 ---- des _Gourmands_ 42 84
16 enfants de Falconet, 1re 30 480
1 groupe de l'_Amitié_ 300
1 ---- des _Grâces_ 240
1 Amour de Pigale 48
1 ---- de Falconet 96
12 enfants dudit, 2me 21 252
12 ---- de Boucher 36 432
4 Flore et Hébé 36 144
4 piédestaux 15 60
A ce service était annexé un supplément presque aussi considérable que
le service, un supplément montant à 14,534 dans lequel nous trouvons
des beurriers à 120 livres, des salières doubles à 33 livres, des
moutardiers à 78 livres, des saladiers à 144 livres, des saucières à 78
livres, des plateaux Bouret à 45 livres, des pots à oyles et terrines
à 600 livres, une jatte à punch et mortier au même prix, et dans la
sculpture, les groupes de Pygmalion et de l'Amour, coûtant 480 livres,
et celui de la Fête du château, 144 livres.
Les seigneurs de la suite du roi de Danemarck recevaient également
des cadeaux de porcelaines: M. de Bulo était gratifié d'un grand
déjeuner Dauphin, du prix de 600 livres; M. le comte de Holk, d'un
déjeuner losangé à jour, de 384 livres, et d'une tabagie accompagnée
de son plateau, de 168 livres; M. le baron Deschunerman, d'un déjeuner
Courteille, de 408 livres; M. Schumaker, d'un déjeuner Tiroir, de 240
livres; M. de During, d'un déjeuner Hébert à anses, de 192 livres.
L'art de la tapisserie compte très peu de livres et de brochures. Pour
les tapisseries des manufactures de l'État, je ne connais guère que
la NOTICE SUR LA MANUFACTURE NATIONALE DES GOBELINS, par Guillaumot,
an VIII, qui est comme l'embryon des travaux publiés depuis par M.
Lacordaire. Sur la broderie, la broderie occupant les loisirs des
femmes, il est une brochure intéressante: le «TRAITÉ DES DIFFÉRENTES
ESPÈCES DE TAPISSERIES, et principalement de la tapisserie au petit
point et au point long. Yverdon, 1776.» L'auteur qui dédie son livre
à la présidente Chambrier, une _artiste en laine_, après nous avoir
appris que la broderie est, en ce temps, le grand amusement de la
campagne, et que tout château a un métier dans son salon de compagnie,
à l'usage des amies faisant séjour, passe en revue le petit point,
le point long abandonné, mais de mode aux siècles passés, et où les
brodeuses introduisaient des perles, des grenats, et même des cheveux
naturels sur la tête des personnages, puis la chenille, les ouvrages
sur paille, et conseille les laines d'Angleterre pour le point long,
les laines de France pour le petit point.
De l'art de la fabrication des étoffes et des tissus, le livre le mieux
et le plus pittoresquement fait, est un volume dont je possède un
exemplaire en maroquin rouge: c'est «LE DESSINATEUR POUR LES FABRIQUES
D'ÉTOFFES, D'OR, D'ARGENT ET DE SOIE, par Joubert de Hiberderie, 1765».
Le livre, outre sa partie technique, a cela d'amusant qu'il parle un
peu de tout, et qu'il fait faire à son dessinateur un voyage des
plus instructifs dans Paris, ne l'arrêtant pas seulement aux magasins
d'étoffes de soie de MM. Barbier, Bourjol, Laurozat, Nau, Despeignes,
de Courcy, David le Roux, Doré, Mercier, Buffault, Martin, Doucet, le
Boucher, Grégelu, Le Sourd, mais le menant au Louvre, au Luxembourg,
au Palais-Royal, dans les collections particulières, au cabinet des
estampes, dans les manufactures royales, et lui faisant voir les
boutiques des brodeurs et faiseuses d'agréments, des éventaillistes,
des peintres d'équipages. A propos des étoffes de coton, citons une
petite brochure qui s'élève contre la prohibition de l'impression et
la gravure des moules propres à l'impression des toiles de coton en
France: ce sont les «RÉFLEXIONS SUR DIFFÉRENTS OBJETS DE COMMERCE, et
en particulier sur la libre fabrication des toiles peintes en France.
Genève, 1749.»
Sur l'art du tapissier, un homme du métier a publié, en 1774, un petit
volume technique du plus haut intérêt, devenu aujourd'hui très rare. Ce
sont les «PRINCIPES DE L'ART DU TAPISSIER, ouvrage utile aux gens de la
profession, par M. Bimont, maître et marchand tapissier». Bimont nous
donne la nomenclature exacte du mobilier du temps; son livre renferme
l'énumération des lits à la duchesse, à la romaine, appelés baldaquins,
à la turque, à la polonaise, des lits à tombeau, à double tombeau,
des lits à colonne, du lit à pavillon en serge, puis des sophas, des
ottomanes, des duchesses, des fauteuils à poches, à cartouches, des
fauteuils en cabriolet, des fauteuils de canne, des grandes bergères
de paille, des chaises à la reine, des paravents, des écrans, etc. Il
indique le prix des étoffes, depuis le damas de Gênes, de Lyon, de
Tours, jusqu'à la siamoise de Rouen et de la barrière du Temple, et la
façon de chaque meuble est évaluée par article détaillé, en sorte que
nous apprenons que la garniture d'un lit de trois pieds et demi à la
duchesse, en damas, coûtait à Paris, en 1774, la somme de 857 livres 15
sols.
Dans l'art de la joaillerie, à noter un beau livre: le «TRAITÉ DES
PIERRES PRÉCIEUSES ET DE LA MANIÈRE DE LES EMPLOYER EN PARURES, par
Pouget fils, à Paris, chez l'auteur marchand joaillier, quay des
Orfèvres, au _Bouquet de diamants_; Paris, 1762», in-quarto. Il est
orné d'un frontispice et de 79 planches gravées par Mlle Rambeau,
représentant une très intéressante suite de montures du temps. On y
voit des bouquets exécutés chez Lempereur, des aigrettes, pompons,
papillons à mettre dans les cheveux, des boucles à fleurs, des
bracelets ou boîtes à portraits, des agrafes de corps, des colliers
d'applique, des nœuds de col, des bagues de fantaisie, des becs de
tabatière, des nœuds d'épaule, des ganses de chapeaux, des navettes,
des bâtons d'éventail, des queues de cachet, des chaînes de montre,
dont l'une représente les attributs de l'Amour, symbolisant «la
Jeunesse et la Beauté par un panier de fleurs, les Sens par un trophée
de musique, deux flambeaux et quelques fruits, la Discrétion par deux
trompettes enchaînées, la Jouissance par deux tourterelles bec à bec,
couronnées de fleurs[75]».
[75] Un complément de ce livre pour l'histoire de l'art de la
joaillerie et bijouterie est le catalogue détaillé des plus
belles pierreries de France qui se trouve dans l'INVENTAIRE
DES DIAMANTS DE LA COURONNE. Paris, de l'Imprimerie nationale,
1791.
L'art de la danse, le premier des arts gymnastiques, a sa petite
bibliothèque. Elle débute par: «LE MAITRE A DANSER, par Rameau,
_maître à danser_ des pages de Sa Majesté Catholique, la reine
d'Espagne», un volume où d'épouvantables tailles-douces vous
démontrent, sur des personnages en bois, les grâces du menuet,
vous donnent les deux attitudes pour ôter son chapeau, et toute
l'interminable série des révérences en avant, de côté, en arrière.
A propos de la courante, l'auteur nous apprend que «Louis XIV,
d'heureuse mémoire, la dansait mieux que personne de sa cour». Un
autre volume de Rameau intitulé: ABRÉGÉ DE LA NOUVELLE MÉTHODE
DANS L'ART D'ÉCRIRE TOUTES SORTES DE DANSES DE VILLE, et dédié
à son Altesse Sérénissime Mlle de Beaujolais, est suivi «des douze
plus belles danses de Pécour, compositeur de l'Académie royale de
musique», parmi lesquelles nous relevons la Bourrée d'Achille, la
Mariée de Roland, le Menuet d'Alcide, la Royale. Un autre recueil
publié précédemment par «M. Feuillet, maître et compositeur de
danse», sous le titre: RECUEIL DE CONTREDANSES MISES EN CHORÉGRAPHIE,
contenait le Carillon d'Oxford, le Tourbillon d'amour, le Menuet de
la Reine, l'Épiphanie. LE RÉPERTOIRE DES BALS, _ou théorie pratique
des contre-danses, par le Sr de la Cuisse, maître de danse_, quatre
volumes portant la date de 1762, et contenant les plans des figures des
contre-danses, renferme quelques titres singuliers comme l'Hôtel de
l'Ortie, la Fleury ou les Amusements de Nancy, les Fontaines du Loiret,
les Jolis Garçons, l'Épicurienne, la Strasbourgeoise, la Clairon, les
Échos de Passy, la Ruggieri, la Fée Urgèle. Cet ouvrage est illustré
dans son premier volume de deux planches, l'une pour la Bionni, l'autre
pour la Griel, du nom du portier du parc de Saint-Cloud, deux planches
chargées d'une multitude de danseuses et de danseurs microscopiques,
gravés à l'eau-forte, répétant dans de petits carrés les figures, et
que j'ai reconnus pour des Gabriel de Saint-Aubin. Ces deux eaux-fortes
jusqu'ici inconnues, et dont la Griel est signée _g d s_, manquent au
catalogue du petit maître rédigé par M. de Baudicour. Vient, après le
Répertoire des bals, la LETTRE SUR LA DANSE ET LES BALLETS, par M.
Noverre, _pensionnaire du roi et maître des ballets de l'Empereur_,
Londres et Paris 1783, un exemplaire d'envoi avec l'_ex dono autoris_,
et relié en maroquin rouge, et précédé d'un magnifique portrait gravé
en Angleterre, où le professeur de danse porte en sautoir sur la
poitrine un ordre étranger.
Parmi les danses à la mode en France, au XVIIIe siècle, il en est une
qui fit fureur: la danse qui eut l'honneur d'être représentée par A.
de Saint-Aubin, dans son Bal paré, l'Allemande. Je possède sur cette
danse deux rares petites plaquettes. L'une porte pour titre: «ALMANACH
DANSANT OU POSITIONS ET ATTITUDES DE L'ALLEMANDE, dédié au beau sexe
par Guillaume, maître de danse pour l'année 1770.» Elle est ornée d'un
charmant frontispice dessiné par Bertault, et de douze jolies figures,
donnant les passes de cette danse, figures qui ont une certaine parenté
avec le dessin d'Augustin de Saint-Aubin. Un autre petit volume
avec des figures gravées par Mme Annereau, mais très inférieures,
s'intitule: «PRINCIPES D'ALLEMANDES, par M. Dubois, de l'Opéra. A
Paris, chez l'auteur.»
Dans l'art de l'équitation, nous citerons l'ÉCOLE DE CAVALERIE de
la Guérinière, les deux volumes publiés en 1769 et illustrés des
spirituelles et pittoresques eaux-fortes de Charles Parrocel, montrant
la Pésade, la Courbette, la Ballottade, la Croupade, la Capriole, le
Piaffer dans les piliers, la Course de bague. Nous citerons encore la
PRATIQUE D'ÉQUITATION par M. Dupaty de Clam, 1769, petit livre qui
a pour frontispice la rare gravure de Moreau jeune, représentant:
«_Posture à cheval dessinée d'après nature_, où le cavalier est vu aux
trois quarts et à quatre pieds au-dessous de la ligne horizontale.»
Il y a à joindre à ces deux ouvrages la brochure intitulée: MÉMOIRE
INUTILE SUR UN SUJET IMPORTANT, 1788, qui est, en ce temps de fureur
des courses, une défense du cheval anglais, contre Linguet qui s'était
indigné de la curiosité de Paris «pour ces _squelettes_ de chevaux
montés par des singes anglais».
L'art de l'escrime compte quelques volumes. Le plus ancien en date
est: «LE MAISTRE D'ARMES, ou l'abrégé de l'exercice de l'épée,
démontré par le sieur Martin, maistre en fait d'armes de l'Académie de
Strasbourg, 1737.» Ce livre, publié à Strasbourg avec des imageries
provinciales, en est encore à la flanconade. Le véritable traité en
faveur, au XVIIIe siècle, s'appelle «L'ART DES ARMES par M. Danet,
Syndic-Garde des ordres de la compagnie des Maistres en fait d'Armes
des Académies du Roi en la ville et faubourg de Paris, aujourd'hui
Directeur de l'École royale d'Armes». C'est l'école de l'escrime
moderne avec un chapitre rétrospectif curieux sur les voltes,
pirouettes, estocades des anciens, et les deux volumes sont remplis de
figures gravées par Taraval. Il y a encore le «NOUVEAU TRAITÉ DE L'ART
DES ARMES par M. Nicolas Demeuse, garde du corps de S. A. le prince
évêque de Liège», un volume orné de figures, publié à Liège en 1786.
Les arts, concourant à la toilette de l'homme et de la femme, abondent
en brochurettes et petits livres curieux.
Commençons par la toilette de l'homme[76].
[76] Je ne cite pas le Tailleur, tiré de l'ENCYCLOPÉDIE.
«ORAISON FUNÈBRE _de très habile, très élégant, très merveilleux_
CHRISTOPHE SCHELING, _maître tailleur de Paris, prononcée, le 18
février 1761, dans la salle du célèbre Alexandre, limonadier au
Boulevart. A Paris, 1761._»--Un petit pamphlet, une charmante
ironie, pleurant le tailleur qui, le premier, mit au jour la nuance
_mordorée_, qui eut le génie d'ambrer les habits, qui fut l'inventeur
de ces charmants déshabillés, appelés par le peuple _chenilles_[77];
l'artiste dont la vogue fut un moment telle, que son hôtel était
assiégé comme un ministère, et que tout Français bien né «se croyait
dans la nudité la plus affreuse, quand il n'était pas habillé par le
divin Scheling». Scheling, l'homme unique pour les habits de velours
moiré, cannelé, ciselé, de velours plein, de velours à bordure,
de velours à queue de paon, et encore pour les habits de taffetas
ondoyant, de taffetas pommelé, de lustrine mouchetée, de lustrine
serpentée avec dorures à glacis, dorures à flocons, galons à tresse,
galons à clinquant, galons sur rubans, broderie relevée, broderie
renversée, demi-Versailles, demi-Fontainebleau; le tailleur, enfin, qui
habillait Berlin, en dépit de la guerre entre la France et la Prusse,
et qui convertit la Pologne à nos modes, le jour où ses habits furent
introduits à Varsovie.
[77] Voir un chapitre sur les chenilles, dans les LETTRES
CRITIQUES ET MORALES SUR LES MODES DU TEMPS, Avignon 1760.
«ÉLOGE FUNÈBRE ET HISTORIQUE de très court, très épais et tout adroit
citadin, monsieur maître NICODÈME-PANTALÉON TIRE-POINT, bourgeois
de Paris, maître et marchand tailleur d'habits, ancien juré de sa
communauté, ancien marguillier de sa paroisse... 1776.»--Satire dont
la forme est volée au précédent, et qui mentionne la polonaise à
brandebourgs, et parle de basques d'habit d'une broderie si délicate,
qu'ils ne pouvaient «être aperçus que par des yeux de taupe»[78].
[78] A ces pamphlets sur les tailleurs, il faut joindre:
_Billet d'enterrement d'un maître tailleur avec son testament à
Filoutrimanie_, 1760.
«L'ALMANACH SVELTE, pour l'année 1779. A Ratapolis et se trouve à
Meaux.»--Un petit almanach gros comme rien, et parfaitement inconnu,
contenant des digressions sur les chaussures, sur les chemises, sur les
vestes, sur les culottes, et nous donnant dans un récit plein de grâce,
l'origine de la vogue de la couleur _puce_, inspirée, par la vue d'un
tout chaud cadavre de puce sur une ongle rose de femme, et qui fit dire
au cercle qui l'entourait: «C'est un noir qui n'est pas noir, c'est un
brun trop brun... voilà une couleur délicieuse[79].»
[79] On connaît la phrase de Besenval à un absent de Versailles
depuis six mois, qui redoutait d'avoir perdu le ton de la cour:
«Je vais vous mettre au courant. Ayez un habit puce, une veste
puce, une culotte puce, et présentez-vous avec confiance. Voilà
tout ce qu'il faut aujourd'hui pour réussir!»
Les culottes, à bien des années de là, amenaient la publication des
«RECHERCHES ET CONSIDÉRATIONS MÉDICALES sur les vêtements des hommes et
particulièrement sur les culottes par L.-J. Clairian, médecin (an XI)»,
une dissertation savante avec figures, prenant à partie les culottes
_incroyablement_ étroites. Pour la coiffure des hommes, il existe
«l'ENCYCLOPÉDIE PERRUQUIÈRE, ouvrage curieux par Beaumont, coiffeur
dans les Quinze-Vingts... 1757.»--Le texte est une plaisanterie de
l'avocat Marchand, mais on y trouve 45 figures représentant les
accommodements à la mode du temps, et parmi lesquelles je relève les
coiffures à la Port-Mahon, à la Rhinocéros, à l'Oiseau royal, à l'Aile
de Pigeon, à l'Aventure, à la Dragonnade, à la Comète, à la Gendarme,
à la Gentilly, à la Parisienne, au Petit-Maître, à la Tronchin, à la
Conquérant, à la Plus tôt fait, à Ravir. Et le livre avait un tel
succès, qu'il reparaissait en 1762, avec une copie en réduction des
figures de la première édition. A propos de la coiffure des hommes, il
paraissait, en 1778, une espèce d'élucubration fantasque intitulée:
«l'AMI DE L'HUMANITÉ, conseils d'un bon citoyen à sa nation, suivis
du _Chapeau_»,--brochure qui recommande aux Français de porter leurs
chapeaux sur leurs têtes dans la rue. Et quelques années après que le
bonnet rouge eut remplacé sur les têtes françaises le chapeau, c'est
un dialogue satirique qui a pour titre: LE BONNET ROUGE DÉTRÔNÉ PAR LE
BONNET VERT.
Passons à la toilette de la femme.
«SATIRE SUR LES CERCEAUX, PANIERS, CRIARDES[80] ET MANTEAUX VOLANS
DES FEMMES, et sur leurs autres ajustements. A Paris, chez Thiboust,
1727.»--De méchants vers ridiculisant les troussures équivoques et ces
cercles montés en gradins, qui faisaient, des cotillons, des ruches à
miel, se plaignant, au nom des galants, de l'incivile disposition du
_traquenard_, le premier cerceau d'en haut, et donnant à voir la femme
du temps avec de tous côtés «un arpent de derrière».
[80] Jupon de toile gommée, ainsi nommé du bruit qu'il faisait.
«LA PETITE BIBLIOTHÈQUE AMUSANTE; London, Printed for Crowder
1781», contient, à la page 123 de la seconde partie, un chapitre
renseignant sur les paniers et qu'on ne trouve que là. Il y est
question des paniers à gondoles, qui faisaient ressembler la femme à
une porteuse d'eau, des paniers nommés _cadets_ qui ne descendaient que
de deux doigts au-dessous du genou, des paniers à bourrelets munis d'un
gros bourrelet qui faisait évaser la jupe, des paniers fourrés, dont
les hanches étaient garnies, des paniers à guéridon, et des paniers à
coudes préférés aux paniers à guéridon, et ainsi appelés, parce qu'ils
étaient plus larges en haut qu'en bas et que les coudes reposaient
dessus. Un moment, on vit des paniers qui avaient trois aunes de tour.
Les paniers étaient ordinairement cerclés de cinq cercles, ceux à
l'anglaise en comptaient huit. En dernier lieu, la cage à volaille
était remplacée par une jupe de forte toile, sur laquelle étaient
cousus des cercles de baleine. Et avec les paniers les corps baleinés.
Ces corps baleinés amenaient, en 1770, la publication de «l'AVIS
IMPORTANT AU SEXE _ou Essai sur les corps baleinés_, pour former et
conserver la taille aux jeunes personnes, par M. Reisser l'aîné,
Allemand, tailleur pour femme à Lyon. Lyon, Béguillat, libraire,» avis
dans lequel l'Allemand Reisser s'élevait à la fois contre les _corps à
la grecque_ qui n'habillaient point les flancs, creusaient au défaut
de la gorge, arrondissaient le dos, et contre les _corsets à plastron_
adoptés par les femmes à embonpoint et qui leur donnaient l'apparence
d'une grossesse.
Le danger autrement sérieux des corps baleinés faisait paraître la
même année: «DÉGRADATION DE L'ESPÈCE HUMAINE PAR L'USAGE DES CORPS À
BALEINE, ouvrage dans lequel on démontre que c'est aller contre les
lois de la nature, augmenter la dépopulation, et abâtardir, pour ainsi
dire, l'homme, que de le mettre à la torture dès les premiers moments
de son existence, sous prétexte de le former[81], par M. Bonnaud. A
Paris, chez Hérissant.»
[81] Ces conclusions étaient celles du travail de l'anatomiste
Winslow dans les _Mémoires de l'Académie des Sciences_, de 1741.
Maintenant, ce sont des brochures et des feuilles volantes, concernant
les choses les plus diverses de la toilette des femmes.
«LES ÉTRENNES FOURRÉES, dédiées aux jeunes frileuses, ou pelisses
sympathiques; Genève, 1770,» nous indiquent les fourrures portées
par les femmes à l'Opéra, et les manchons de tourterelles remplacés
par les manchons de plumes de coq, dans lesquels seuls, à l'heure
présente, les femmes voulaient mettre les mains. Des DÉCLARATIONS DU
ROI, du commencement du siècle, défendent aux femmes et aux filles, non
mariées, de commissaires, marchands, procureurs, notaires, huissiers
et artisans, de porter aucune pierrerie de quelque nature que ce
puisse être, à la réserve de quelques bagues; déclarations auxquelles
il est dérogé par de nouveaux arrêtés qui permettent, à certaines
de ces femmes, de porter des boucles d'oreille et pendeloques, une
croix, un coulant et une boucle de ceinture de diamants ou d'autres
pierreries, pourvu que le tout n'excède pas deux mille livres. Une
ORDONNANCE DE POLICE de 1782 défend la fabrication ou vente et usage
de rubans, chapeaux, éventails, gazes et étoffes et autres objets de
parure brillantés avec du verre, se basant sur les accidents qui sont
survenus par suite de l'emploi du verre blanc pilé, introduit dans
ces objets. Enfin une brochure rarissime: «LA VÉRITABLE RESSOURCE
QU'ON PEUT TIRER DU ROUGE, en faveur des pauvres femmes et veuves
d'officiers», par le chevalier d'Elbée, nous renseigne sur l'énorme
emploi du fard, nous donne ce détail curieux que Montelat, marchand de
rouge, rue Saint-Honoré, en vendait six douzaines de pots par an à Mmes
Dugazon et Billioni, et qu'à la Roquette, chez la faïencière Petit,
il se fabriquait, chaque jour, trois mille de ces pots. Le chevalier
d'Elbée estime enfin qu'il se consomme deux millions de pots de rouge,
à six francs dans le royaume.
Mais il s'agit à présent de la coiffure, et voici toute l'armée des
écrivains capillaires: coiffeurs ou hommes de lettres.
«LIVRE D'ESTAMPES _de l'art de la coiffure des dames françaises_, gravé
sur les dessins originaux d'après mes accommodages avec le traité
en abrégé d'entretenir et conserver les cheveux naturels, par le
sieur Legros, coiffeur de femmes. A Paris, aux Quinze-Vingts, 1765.»
Petit in-4° qui a deux suppléments de bizarres figures, rehaussées
d'aquarelle. Ce Legros est un ancien cuisinier, dont le succès dans
son nouvel art fut fort traversé, et qui périt écrasé sur la place
Louis XV, lors des fêtes du mariage de Marie-Antoinette;--TRAITÉ DE
LA NATURE DES CHEVEUX _de_ L'ART DE COIFFER, par Tissot, coiffeur.
Paris, 1776;--TRAITÉ DES PRINCIPES DE L'ART DE LA COIFFURE DES FEMMES,
par M. Lefèvre, maître coiffeur. Paris, 1778;--«ÉLOGE DE LA COIFFURE
À LA TITUS, pour les dames, contenant quelques observations sur les
coiffures modernes dites à la grecque, romaine, par J.-N. Palette,
coiffeur. Paris, chez Palette, 1810.»
Puis les badinages de lettres et les recherches agréables sur la
matière: «l'ENCYCLOPÉDIE CARCASSIÈRE, ou tableaux des coiffures à
la mode, gravés sur les dessins des petites-maîtresses de Paris.
Hochereau, 1763,»--livre fait pour les coiffures de femmes, à
l'imitation de l'Encyclopédie perruquière, contenant 44 figures, et
où l'introduction à la connaissance intime des allonges, pompons,
papillotes blondes, marlis, est suivie de: _la Fille dégoûtée_;--«L'ART
DES COIFFEURS DE DAMES, contre le mécanisme des perruquiers, poëme.
A la toilette de Cythère, 1769,»--méchants vers égratignant les
coiffeuses qu'ils peignent comme des entremetteuses[82]; LES MODES
(sans nom d'auteur ni d'imprimeur), court poème, émaillé de notes
instructives sur les fanfioles de la toilette, et dédié à Beaulard,
le créateur des jolis bonnets de 100 à 1,000 francs et l'inventeur
des bouquets de côté;--«LE PARFAIT OUVRAGE, ou Essai sur la coiffure,
traduit du persan par le sieur L'Allemand, coiffeur, neveu du sieur
André, perruquier... A Césarée, 1776»; plate brochure ornée d'un joli
frontispice;--«LES PANACHES, _ou les Coiffures à la mode_, comédie
en un acte, représentée sur le théâtre du grand monde et surtout à
Paris. Paris, 1778,»--pièce facétieuse dont le héros est M. Duppefort,
coiffeur;--ÉLOGE DES COIFFURES, adressé aux dames par un chevalier
de l'ordre de saint Michel, brochure dont l'auteur, d'après les
calculs qu'il fait des cahiers de coiffures publiés par Rapilly et
les autres, évalue, depuis quelques années, les modes de la tête à
3,744;--ÉLOGE DES PERRUQUES..., par le docteur Akerlio, un pot pourri
sur les perruques anciennes et modernes, les perruques d'hommes et de
femmes;--«LES TÊTES TONDUES, sifflées, critiquées et traitées comme
elles le méritent»,--pamphlet du Directoire contre les cheveux courts,
légués par les temps révolutionnaires;--«OBSERVATIONS POLITIQUES,
_morales et surtout financières_, sur l'origine de la perruque des
dames de Paris (par Feydel). Paris, an VII,»--brochure qui n'a de
curieux que son titre;--«ANTI-TITUS, ou Remarques critiques sur la
coiffure des femmes au dix-huitième siècle. Paris, 1813»,--petit volume
comparant les têtes coiffées de cheveux d'un pouce de hauteur «à
l'image d'un porc-épic».--Et mentionnons, pour compléter cette série,
le petit recueil de 48 coiffures, qui va depuis la coiffure en cheveux
frisés du règne de Henri IV jusqu'au chapeau tigré de la fin du XVIIIe
siècle, et encore le MANUEL DES TOILETTES, qui, en regard d'un texte
explicatif, déroule ses galants accommodages de têtes à la Mappemonde,
à la Hérisson, à la Zodiacale, à l'Aigrette-Parasol, à la Parnassienne,
à la Persane, à la Guirlande, à la Dauphine, à la Calypso, à la
Dorlote, à la Triomphale.
[82] Les coiffeuses venaient d'être tout nouvellement
instituées, et parmi plusieurs arrêts du Conseil d'État du
Roi, concernant les perruquiers, coiffeurs, coiffeuses, j'en
trouve un, qui ordonne que toutes coiffeuses de femmes seront
tenues de se faire inscrire tant au bureau de la communauté des
maîtres perruquiers qu'en celui de la police.
Terminons cette longue nomenclature de la mode par quelques ouvrages
généraux: L'APERÇU SUR LES MODES FRANÇAISES, par le citoyen Ponce, un
pauvre aperçu; les «Essais historiques, sur les modes et la toilette
française, par le chevalier de... Paris, 1824,» deux minces volumes
où sont éparpillés çà et là quelques renseignements; le MANUEL DES
ÉLÉGANTS ET DES ÉLÉGANTES, par Joachim du Bel-Air, au XIXe siècle,--un
tableau de la mode et des fournisseurs de la mode au sortir de la
Révolution. Quant aux journaux de modes, hélas! ceux du temps de Louis
XVI me font défaut, et je n'ai que deux journaux du Directoire; «le
MESSAGER DES DAMES ou le Portefeuille des amours»; et le «TABLEAU
GÉNÉRAL du goût des modes et costumes de Paris, an V». Un journal, qui
contient une série de costumes gravés au bistre, de ces ébouriffants
costumes de femmes à la Carle Vernet, mais sans l'exagération de la
caricature, et dont quelques-uns, le dirai-je, ont une grâce allongée,
toute charmante.
Rattachons aux arts de la toilette l'art de la parfumerie, et citons la
«TOILETTE DE FLORE», suivie du «LABORATOIRE DE FLORE, essai contenant
les différentes manières de préparer les Essences, Pommades, Rouges,
Fards et Eau de senteur. Ouvrage utile aux Parfumeurs, Baigneurs et aux
personnes chargées de la direction des toilettes de Paris, 1773».--Les
deux volumes sont un recueil de recettes pour l'Eau céleste, la
véritable Eau de la Reine de Hongrie, l'Eau de Mélisse magistrale,
l'Eau Impériale qui détruit les rides, l'Eau très utile après la petite
vérole, l'Eau de Charme pour conserver le teint, l'Eau de Venise pour
blanchir les visages basanés, l'Eau pour se préserver du hâle, l'Eau
pour faire disparaître les lentilles et les tannes, l'Eau d'Adonis,
l'Eau de Mme la Vrillière, la femme du ministre, pour les dents, la
pommade de fleurs de lavande pour les cheveux, etc., et le moyen pour
parfumer au jasmin les gants blancs, à la manière de Rome. On y trouve
encore la recette du _Parfum pour le plaisir_ et la recette du _Bain de
beauté_ que voici: «Prenez deux livres d'orge mondé, une livre de riz,
trois livres de lupin pulvérisé, huit livres de son, dix poignées de
bourrache et de violier; faites bouillir le tout dans une suffisante
quantité d'eau de fontaine. Il n'y a rien qui nettoie et adoucit la
peau comme ce bain.»
Nous sommes arrivés à l'art de la cuisine, à cet art placé tout en
bas des arts mécaniques, à cet art si exclusivement français, et
qui, pendant plus de cent ans, a fourni aux estomacs, _délicatement
voluptueux_, des plats d'une chimie sublimée, où, selon l'expression
d'un spirituel pamphlet du temps, «il n'entrait plus que des
quintessences raisonnées, dégagées de toute _terrestréité_».
Nous ne sommes plus au temps de Louis XIV, où des viandes choisies,
quelques ragoûts simples, des vins excellents, faisaient tout le
mérite d'un souper. Aujourd'hui, dit LA LETTRE DU PATISSIER ANGLOIS,
les choses sont sur un autre pied. On n'oserait plus prier des gens de
bonne compagnie, si l'on ne débutait par deux services de hors-d'œuvre
alambiqués, relevés de six entrées quintessenciées, suivies du rôti et
de deux services d'entremets, le tout terminé par un fruit monté et
historié.
Et le traité complet des potages, des hors-d'œuvre, des entrées, des
rôts, des entremets nous est donné dans le «DICTIONNAIRE PORTATIF DE
CUISINE, D'OFFICE ET DE DISTILLATION publié en 1772, chez Lottin le
jeune», et dont j'ai sous la main un exemplaire en maroquin rouge, aux
armes d'un homme d'église, qui porte dans son manteau ducal une croix
d'archevêque.
Un autre livre de la composition du sieur Gilliers, chef d'office et
distillateur du roi Stanislas[83], publié en ce pays lorrain, la patrie
de la fine et exquise gourmandise, complète le DICTIONNAIRE PORTATIF
DE CUISINE. C'est un gros volume, qui traite de l'art de confire
les fruits secs et liquides et de faire tous les ouvrages de sucre,
pastillages, neiges, mousses et liqueurs rafraîchissantes; un volume
où, au milieu de planches représentant des desserts, comme brodés en
chenille, et peuplés de petits chinois, modelés en sucre, on rencontre
des recettes de compotes de grenades, de sirops de jasmin, de «candy»
de violettes, de roses, de jonquilles: des entremets d'odeur et de
parfum qui semblent les sucreries d'une fin de repas des Mille et une
Nuits.
[83] LE CANNAMÉLISTE FRANÇAIS, ou Nouvelle Instruction pour
apprendre l'office. A Nancy, de l'imprimerie d'Abel-Denis
Cusson, 1761.
Parmi ces manuels du manger délicat, il ne faut pas oublier un petit
livre paru en 1778, l'ALMANACH DU COMESTIBLE, volume difficile à
rencontrer avec sa jolie vignette à la Eisen, groupant une galante et
aimable réunion de convives autour d'une table servie.
Mais, entre tous ces livres imprimés, il est un curieux manuscrit, qui
porte en tête: VOYAGES DU ROY AU CHATEAU DE CHOISY AVEC LES LOGEMENTS
DE LA COUR, ET LES MENUS DE LA TABLE DE SA MAJESTÉ MDCCLVII[84].
Ce titre se détache d'un fond frotté de sanguine, entourant un
médaillon, au bas duquel on lit: _Brain de Ste-Marie delin. et scrips._
[84] Voici les logements d'un de ces voyages, le voyage du 3
mai 1757: