_Surtout motus sur les messieurs Joubert._
Paris, ce 13 décembre 1787.
SURUGUE. Une lettre du graveur Louis Surugue, datée du 30 octobre et
adressée à M. Lemoine, receveur général des salines du Roi, à Moyenvic
en Lorraine, nous donne de son vivant le prix de ses gravures. Le
portrait de la Sylvia coûte 2 livres, celui de la Desmares 2 livres 2
sols, le portrait de la marquise *** (Mme de Mouchy) en habit de bal,
2 livres. La Camargo et la Sallé, grandes estampes dans des paysages,
sont au prix de 3 livres, chacune.
SWEBACH. De ce peintre, devenu directeur de la manufacture impériale de
Russie, une volumineuse correspondance pendant les années 1819-1820,
adressée à Louis Larcher de Saint-Vincent, nous le montre pendant ces
années, brocantant là-bas, selon son expression, «_comme un diable_».
Saint-Pétersbourg, le 13 mars 1809.
_Mon cher Louis_,
* * * * *
_Pour les terres et la maison de Château-Thierry[70], fais
pour le mieux et comme pour toy, voulant me débarrasser de ces
deux drogues, et ayant l'intention de réunir le plus possible
en argent comptant, en ce moment ayant en plus de ce que tu as
en main, une trentaine de mille francs, dont partie est déjà à
Paris, et espérant encore, d'ici à mon départ, augmenter mon
lopin, quitte à voir ce que j'en ferai quand je serai à Paris._
[70] Je rétablis l'orthographe.
_Tu seras vraiment étonné quant tu reverras Édouard, qui est
devenu un grand et beau garçon, ayant très bonne tournure et un
talent auquel tu ne t'attends pas. Je te promets que le premier
tableau qu'il fera à Paris, sera pour toy._
_Quant à mes espérances ici, elles sont bien faibles. On promet
ici beaucoup et on ne tient rien. J'ai affaire aux plus vilaines
gens qu'on puisse connaître. Les Russes ne sont pas beaux à voir
chez eux, et, je le répète, il faut mériter d'être pendu chez
nous pour venir ici._
_Le climat et tout ce que l'on m'a fait souffrir ici, ont détruit
ma santé, et de plus je désespère d'être récompensé, et ce n'est
qu'à force de privations que j'ai amassé quelque chose, pour
qu'il ne soit pas dit, que j'avais fait huit cents lieues, en
pure perte._
* * * * *
_Écris-moi quand tu pourras, je n'ai plus que toi, les autres
m'abandonnent. Ma sœur ne me donne plus de nouvelles, parce que
j'ai refusé de lui prêter 45,000 francs; Maillard parce que je ne
veux pas qu'il vende mes tableaux et en employe l'argent, enfin
qu'en bon ami, je ne veux pas faire bourse commune._
* * * * *
_J'espère après le jour heureux, où je pourrai vous embrasser
tous, et boire, à votre bonheur, ce bon vin de France, dont je ne
bois pas tout mon saoul dans ce maudit pays._
_J'espère à mon retour vivre tranquille au milieu de mes enfants
et du peu d'amis que j'ai. Je serai peu riche, mais je suis sans
ambition, je travaillerai jusqu'à la fin de mes jours, mais pour
m'amuser, et je n'espère qu'après le repos. Ma tâche en ce monde
approche de sa fin......._