La lettre est adressée au graveur Tilliard qui a écrit en marge: «Remis
au sieur Feroussat pour M. Marillier la réponse à la présente. J'ai
joint un billet de cent quatre-vingt-dix livres, payable au 20 messidor
prochain, et 40 francs que j'ai remboursés au sieur Degent, font les 8
louis portés en la présente.»
MARIN. Du continuateur et de l'émule de Clodion, un petit recueil de
mémoires et de lettres nous permet de donner quelques détails inédits
sur sa vie. C'est d'abord un mémoire daté du 19e vendémiaire, an IV de
la République, où il se plaint d'avoir eu brisé, au Salon, un modèle
en terre représentant la Maternité, exécuté pour le citoyen Pillot,
et brisé de manière à ne pouvoir être réparé, les têtes ayant été
emportées, sans doute, dit-il, «_afin d'en copier les expressions et
les intentions_». Il estime sa perte à la somme de 5,000 livres et
sollicite une indemnité de la commission d'Instruction.
Dans un autre mémoire, il réclame pour une statue en plâtre, mesurant
2m80, et représentant une Paix offrant l'olivier, exécutée pour la fête
du 18 brumaire an X, _et pour en avoir fait faire le moule à creux
perdu, remonté et réparé le plâtre, présidé au transport et à la mise
en place dans le Temple: le tout avec célérité, tant de jour que de
nuit, et l'emploi dispendieux d'hommes nécessaires_, il réclame 3,000
livres, prix convenu.
Puis, dans une lettre, datée de février 1814, et adressée à M. Vern, le
sculpteur annonce son installation définitive à Lyon:
_Le lendemain du jour_ (écrit-il) _où je suis arrivé, je me suis
présenté à mes collègues et au directeur de cet établissement, M.
Artaux. Ils ont pensé que, vu la circonstance, je devais loger au
Palais des Arts, ci-devant palais de Notre-Dame de Saint-Pierre;
vous pensés bien, mon ami, combien j'ai été sensible à ces douces
paroles, et que de suite, sans délibérer un instant, j'ai été
chercher mon petit bagage à l'hôtel du Parc, où j'avais passé
la nuit avec grande inquiétude... Me voilà donc, depuis trois
semaines, occupé par ce nouvel emploi, donnant des leçons de
sculpture, et dans les intervalles, occupé à faire quelques
petites choses pour moi, en attendant les beaux jours pour
exécuter quelque chose pour le Salon_, si le temps le permet.
_Je me suis mis en pension chez une bonne dame veuve, fort
âgée et très dévote, dont la cuisine est douce et bonne... Je
n'éprouve pas cet ennui mortel que fait éprouver un déplacement,
je m'occupe beaucoup; sans cela, je tomberais dans des réflexions
accablantes, au lieu que par le travail je m'oublie, et crois
souvent être à Paris, et voir toutes mes affections. Une chose
à laquelle j'ai peine à m'habituer, c'est ce tambour presque
perpétuel..._
Dans une autre lettre datée du 4 juillet, Marin dit:
_Ma place est assez douce, mais les appointements ne sont pas
payés en totalité; depuis un an, l'on ne touche que les deux
tiers de ce qui est accordé: cela se rétablira peut-être un
jour....._
Mais, en dépit de cette perspective, Marin s'ennuie à Lyon; il se
rappelle au souvenir du maréchal Gouvion Saint-Cyr, et dit à son
correspondant, qui s'est mis à sa disposition, que la seule chose à
faire pour lui, est de travailler à le rapprocher de Paris et de ses
amis, et que le jour où il lui en écrira la certitude, _ce sera mon bon
réveil du matin_.
Une dernière lettre du 10 août 1815, toujours datée de Lyon, est une
longue lamentation:
_Combien le séjour de Lyon me devient insupportable et je
cherchais journellement à invoquer la raison pour me donner la
force de supporter une privation aussi grande que celle de ne
pas être auprès de mes amis... Quel pays pour un sculpteur que
la ville de Lyon! quel pays où l'on ne peut pas compter un ami,
et dans les instants où l'on en pourroit avoir plus de besoin!
Quelle consolation n'éprouve-t-on pas après avoir causé avec un
ami! Combien vous m'avez fait éprouver de fois ce bon temps! Ces
instants se retracent sans cesse à ma mémoire... que de tableaux
doux et aimables!... Avec quelle complaisance la mémoire les
retrace au cœur! Aimables rêveries et tendres ressouvenirs,
quand pourrai-je en retrouver les souvenirs enchanteurs... J'ai
péniblement travaillé de mon art sans travaux commandés. Rien
ne fatigue le génie comme de se voir dans un pays... où les
habitants ne daignent pas regarder: c'est l'argent seul, c'est
ce qui en rapporte qui a prise dans cette ville. Oui certes, il
y a de grandes fortunes... mais ce n'est pas le pays des arts,
ni des artistes, grand Dieu! Quel maudit espoir m'a porté à si
bon marché dans cette ville... J'éprouve encore, mon ami, une
contrariété qui n'est pas petite, c'est de ne pas être payé de la
totalité de mes appointements, au lieu de cent louis par an, je
ne touche que 1400 francs....._
MASQUELIER. «Notice nécrologique sur N.-F. Masquelier, dit le Jeune,
graveur lillois. Lue à la Société d'Amateurs des sciences et arts de
Lille, dans sa séance du 11 août 1809, par Bottin, membre résident.»
MOREAU. Notice sur M. Moreau (extrait du _Moniteur_, n° 355, an 1814).
Notice qui, jointe aux notes biographiques par Lemonnier, écrites à la
sollicitation de la Société philotechnique, dont Moreau faisait partie,
et à la nécrologie, perdue dans le volume de Ponce sur les Beaux-arts,
résume ce que les contemporains ont imprimé sur le merveilleux
dessinateur.
MIQUE. «Dénonciation de Richard Mique, architecte de la Reine, ses
cruautés, ses barbaries envers son frère qu'il a renié et fait mourir
à Bicêtre, et présentée à l'Assemblée nationale par Catherine Mique,
fille de l'infortuné Mique.»
Catherine Mique dénonce son oncle, comme ayant accusé son père de
désertion, de supposition de personne, de bigamie, de profanation des
sacrements. Cette dénonciation devait, à quelques années de là, faire
périr l'architecte de la Reine, dans la fournée des 58 personnes du 19
messidor an II.
NATOIRE. «Mémoire pour le sieur Natoire, peintre du Roi, chevalier
de l'Ordre de Saint-Michel, Directeur de l'Académie royale de France
à Rome, défendeur, contre le sieur Adrien Mouton, ci-devant l'un des
élèves de ladite académie. C'est le mémoire à propos du billet de
confession de Mouton qui fit tant de bruit.»
NINI. «Jean-Baptiste Nini, ses terres cuites par A. Villers, Blois
1862.» Petite brochure devenue rare, contenant un essai de catalogue
des médaillons de l'original ciseleur en terre.
PARIS. «Notice sur M. Paris (Pierre-Adrien), architecte du Roi et
dessinateur de son cabinet (sans lieu ni date).
PORTAIL. «Notice sur le peintre Pierre Portail par Dugast-Matifeux»
(sans lieu ni date).
QUENEDEY. De l'inventeur du physionotrace, une lettre autographe,
adressée au maire du IIe arrondissement, le 1er février 1816:
_Edme Quenedey, né dans la paroisse de Riceys-le-Haut (Aube)
le 17 décembre 1756; un peu moins d'un an de l'âge requis pour
l'exemption naturelle; mais ayant des douleurs rhumatismales
alternativement qui souvent me privent de l'usage du bras gauche,
et ayant tous les hivers un rhume cathareux qui me fait cracher
le sang. En voilà beaucoup plus, monsieur, pour me faire préférer
de coucher en prison, pourvu qu'elle soit à l'abri des injures
du temps, à faire faction, au milieu de la rue, de nuit, soit en
hiver, soit en été..._
ROSALBA. «Diario degli anni MDCCXX et MDCCXXI, scritto di propria
mano in Parigi da Rosalba Carriera, dipintrice famosa, publicato D.
Giovanni Vianelli. Venezia, nella Stamperia Coletti, 1793.»
C'est le journal du séjour en France de la _Pintresse_ au pastel, et
qu'a traduit M. Sensier.
SAINT-AUBIN. Une série de placets et lettres d'Augustin de Saint-Aubin,
dont j'ai donné la plus grande partie en le fascicule des Saint-Aubin,
dans «l'Art du XVIIIe siècle».
SAINT-NON. «Notice de Jean-Claude Richard de Saint-Non, abbé
commendataire de l'abbaye de Poultières, diocèse de Langres,
amateur honoraire de l'Académie de peinture par Gabriel Brizard. De
l'imprimerie de Clousier, 1792.» Notice rare de l'abbé aquafortiste.
SAUVAGE. D'une correspondance de ce peintre, imitateur en grisaille de
la sculpture, avec M. de Fontanel, garde des dessins de l'Académie de
Montpellier, j'extrais une lettre:
_Monsieur et ami_,
_Si je n'ai pas répondu tout de suite à celle que vous m'avez
adressée, c'est que je suis presque toujours absent de chez
moi, aiant une besogne considérable à Saint-Cloud où je fais
le plafond de la chapelle de la Reine. Je suis là pour tout
l'hiver: quant à ce que vous me demandéz, j'ai fait toutes les
informations possibles sans savoir. Messieurs les entrepreneurs
de papier ont bien soin de cacher leurs peintres: ce n'est pas
la première fois que je fais ces recherches. L'été dernier, pour
obliger une dame de la campagne, j'ai fait différents dessins,
comptant sur ces mêmes peintres pour les faire exécuter en
papier: je n'ai jamais pu les trouver. Je donnois mes dessins
à Robert, marchand de papier sur le boulevard Montmartre, qui
me les fit faire et en même tems les fit doubles pour lui. Je
suis fâché de n'être pas plus heureux dans mes recherches. Je
compte toujours emploier le premier moment que j'aurai pour vous
remercier de l'excellent vin de Frontignan, que vous avez eu la
bonté d'envoier à madame Sauvage. J'espère que vous trouverez
ce genre de boëte assez drôle; l'on m'en demande beaucoup, mais
je n'en fais guère, je suis cette année dans le plafond. Je
suis à finir celui du cabinet de M. le duc de Praslin; toutes
ces grandes choses m'empêchent de m'appliquer au petit, et je
n'en suis pas fâché. Je m'en trouve bien de toute façon... Je ne
sais si M. de Joubert reviendra bientôt, je n'ai plus de ses
nouvelles, et, à son dernier voyage à Paris, je n'ai pas été
chez lui. Je ne le vois plus qu'aux assemblées de l'Académie,
sans cependant être brouillé, mais je n'ai pas à me louer de
son fils, quoiqu'il ait fait tout au monde, pendant le dernier
Salon, pour me dissuader de ce que l'on m'avoit dit. Il m'avoit
accusé d'avoir engagé son père à se présenter à l'Académie comme
amateur, pour le mieux engager à acheter des tableaux. Comme
je ne me suis jamais mêlé à faire acheter des tableaux à M. de
Joubert qu'il ne m'est arrivé qu'une fois de lui conseiller
d'en faire faire un, par Taunay, étant à Rome, ce qu'il a fait.
Le tableau a été payé 600 livres, prix que j'ai fait moi-même;
j'ai dit après ce propos tenu que je reprendrai le tableau pour
40 louis, car il les vaut. Mais tout cela vient d'un nommé
Gaudefrois, raccommodeur de tableaux qui les a empaumés, et cet
homme n'aime pas les artistes dans les maisons où il va. Voilà
le mot. Je vous dis tout cela entre nous; je vous prie que cela
ne passe pas. M. de Joubert m'a toujours comblé d'amitiés, je
lui ai dit tout bonnement pourquoi je n'allais plus chez lui;
apparemment qu'il en a parlé à son fils, qui m'a accosté et à qui
j'ai dit vertement ce que je pensois. Voilà les hommes, Monsieur:
il faut les prendre comme ils sont._
_Je suis bien mortifié de ne pas faire votre affaire; si je
puis découvrir quelque chose à cet égard, vous le saurez tout
de suite. Pour vos papiers ordinaires, et même du joli, il y a
une manufacture nouvelle, rue de Seine, à côté du Jardin du Roi.
C'est un Hollandais de ma connaissance, et ami de M. Spandonck,
nommé Wemex, si vous vouliez en essayer, vous me le manderez,
pour la promptitude je l'ai toujours fait employer avec plaisir._
_Je suis pour la vie, Monsieur, votre ami_