Nous ne blâmons pas dans le terroriste, dans l'évêque, le déisme qui
croit, qui adore et qui pratique; c'est une religion autre, la
religion de Cicéron, de Marc-Aurèle, des philosophes avant, pendant et
après les religions révélées. Mais, si l'évêque n'est qu'un vertueux
déiste, pourquoi ne le dit-il pas, et ne dépouille-t-il pas le vieux
prêtre? La réticence est la moitié de la tromperie. Cela n'est pas
seulement peu chrétien, cela n'est pas très-probe pour celui qui est
chargé d'enseigner à Digne le catéchisme de Montpellier.
Voilà pour la religion de l'évêque. Elle laisse dans l'esprit un
certain scrupule qui nuit beaucoup à l'édification.
Enfin, il y a l'économie politique, qui n'est pas son fort. La charité
populaire a ses excès, qui sont des erreurs, et qui feraient
simplement mourir de faim, dans un grand empire, d'abord dix ou douze
millions d'ouvriers prolétaires de l'industrie, dont le travail est le
seul patrimoine, et le salaire la seule Providence; ensuite vingt ou
trente millions de propriétaires, dont la consommation est la seule
richesse, et qui laisseraient toute la terre inculte, si l'aisance, le
luxe, le commerce, ne consommaient pas et ne payaient pas leurs
produits.
Ces déclamations contre le luxe, c'est-à-dire contre l'usage de
l'aisance, sont donc tout simplement des décrets contre la vie du
peuple, ouvriers ou propriétaires, c'est le _maximum terroriste_
contre ceux qui commandent le travail et contre ceux qui vivent du
salaire. Cela ne soulèverait pas une minute de discussion entre hommes
sérieux.
Il faut être juste, Victor Hugo le sent, le dit, et restreint aux
prêtres sa condamnation radicale du luxe. Mais, si le prêtre n'a pas
aussi un peu de superflu par son traitement, avec quoi fera-t-il la
charité que tout le monde lui demande comme magistrat de la vertu? La
première vertu, aux yeux du pauvre peuple, n'est-elle pas la charité?
S'il est trop pauvre pour donner, le prêtre ne paraîtra pas assez
vertueux, et, s'il est trop peu vertueux, il ne sera pas assez
populaire.