La nécessité de la lutte contre les Romains devait prédisposer aussi
la Gaule et la Germanie à l'unité monarchique, qui concentre les
forces nationales défensives; les chefs victorieux devaient
logiquement devenir des rois. La monarchie, d'abord soldatesque, puis
féodale, puis religieuse, puis nationale, puis populaire, devait
naturellement s'y transformer et s'y adapter aux époques et aux
instincts des nations.
L'Italie du moyen âge, démembrée par les invasions successives des
peuples septentrionaux, et cependant respectée par eux comme siége de
la religion nouvelle, devait se tronçonner en petites républiques
presque municipales. Ces républiques, encore féroces de moeurs quoique
avilies par leur petitesse, devaient lutter entre elles d'héroïsme,
d'industrie, de commerce et d'arts. Le gouvernement démocratique,
entrecoupé de fréquentes tyrannies, sortait logiquement d'une pareille
situation.
L'Allemagne, vaste entrepôt des débordements de peuples de l'Orient ou
du Nord délayés dans les peuples incohérents de la Germanie, devait se
constituer en empire fédéral pour la guerre, en individualités
nationales indépendantes pour la paix: république de monarchies où
l'unité était impossible dans la forme, parce que l'unité manquait
dans l'esprit.
L'Espagne, sorte d'Afrique européenne et d'avant-garde du catholicisme
contre l'islamisme, devait être absolue comme son caractère oriental,
inexorable comme sa théocratie militante. Charles-Quint, Philippe II,
le duc d'Albe, l'Inquisition, l'ostracisme des races arabes de son
territoire, la condamnaient à un gouvernement despotique et sacerdotal
exprimé par une cour dans un couvent, l'Escurial.
Ce n'est qu'après le règne du sacerdoce que son gouvernement
despotique devait se détendre, et que la monarchie représentative
devait y introduire le goût et les institutions de la liberté.
L'Angleterre, emprisonnée dans une île sans proportion avec la
grandeur de son intelligence, de son caractère et de son activité,
devait, pour favoriser son expansion extérieure et pour conserver sa
fierté au-dedans, se façonner un gouvernement nouveau dans le monde.
Républicain dans ses chambres, dictatorial sur ses vaisseaux et dans
ses colonies, monarchique dans sa cour, ce gouvernement seul
correspondait à ses trois nécessités de situation: la liberté, la
puissance, la stabilité; il sortait de sa nature.