XXXV.

La nécessité de la lutte contre les Romains devait prédisposer aussi

la Gaule et la Germanie à l'unité monarchique, qui concentre les

forces nationales défensives; les chefs victorieux devaient

logiquement devenir des rois. La monarchie, d'abord soldatesque, puis

féodale, puis religieuse, puis nationale, puis populaire, devait

naturellement s'y transformer et s'y adapter aux époques et aux

instincts des nations.

L'Italie du moyen âge, démembrée par les invasions successives des

peuples septentrionaux, et cependant respectée par eux comme siége de

la religion nouvelle, devait se tronçonner en petites républiques

presque municipales. Ces républiques, encore féroces de moeurs quoique

avilies par leur petitesse, devaient lutter entre elles d'héroïsme,

d'industrie, de commerce et d'arts. Le gouvernement démocratique,

entrecoupé de fréquentes tyrannies, sortait logiquement d'une pareille

situation.

L'Allemagne, vaste entrepôt des débordements de peuples de l'Orient ou

du Nord délayés dans les peuples incohérents de la Germanie, devait se

constituer en empire fédéral pour la guerre, en individualités

nationales indépendantes pour la paix: république de monarchies où

l'unité était impossible dans la forme, parce que l'unité manquait

dans l'esprit.

L'Espagne, sorte d'Afrique européenne et d'avant-garde du catholicisme

contre l'islamisme, devait être absolue comme son caractère oriental,

inexorable comme sa théocratie militante. Charles-Quint, Philippe II,

le duc d'Albe, l'Inquisition, l'ostracisme des races arabes de son

territoire, la condamnaient à un gouvernement despotique et sacerdotal

exprimé par une cour dans un couvent, l'Escurial.

Ce n'est qu'après le règne du sacerdoce que son gouvernement

despotique devait se détendre, et que la monarchie représentative

devait y introduire le goût et les institutions de la liberté.

L'Angleterre, emprisonnée dans une île sans proportion avec la

grandeur de son intelligence, de son caractère et de son activité,

devait, pour favoriser son expansion extérieure et pour conserver sa

fierté au-dedans, se façonner un gouvernement nouveau dans le monde.

Républicain dans ses chambres, dictatorial sur ses vaisseaux et dans

ses colonies, monarchique dans sa cour, ce gouvernement seul

correspondait à ses trois nécessités de situation: la liberté, la

puissance, la stabilité; il sortait de sa nature.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 151 / 228 题