XXXIV.

La philosophie est absolue, la politique est relative: république,

fédération, aristocratie, théocratie, démocratie, oligarchie,

monarchie, dictature, tyrannie même, tout cela est bien ou mal selon

les circonstances, les convenances, les nécessités du peuple, qui

adopte ou qui répudie tour à tour ces formes bien ou mal appropriées à

l'usage que le peuple veut en faire.

La Grèce, déchiquetée par la nature en détroits, en golfes, en îles et

en presqu'îles, sans autre unité que la langue, ne pouvait être qu'une

mosaïque de gouvernements, les uns monarchiques, les autres

aristocratiques, ceux-ci démocratiques, ceux-là démagogiques, mal

reliés par le lien d'une confédération confuse.

La Perse, où l'immensité de l'espace et les provinces séparées entre

elles par des déserts et des chaînes de montagnes laissaient un grand

arbitraire aux gouverneurs des satrapies, ne pouvait être qu'une

monarchie militaire absolue. Il fallait que la force centrale réprimât

sans cesse les rébellions de la circonférence.

Les Indes, où des révélations prétendues divines, expliquées dans

l'origine et commentées sans cesse par les _brahmines_, avaient

institué des castes serviles mais innombrables, ne pouvaient être

soumises qu'à une théocratie inspirée d'en haut par des castes

sacerdotales et gouvernée plus bas par des dynasties sacrées.

La Chine, patriarcale et sédentaire après avoir été nomade et

pastorale, ne pouvait être qu'un despotisme paternel formé à l'exemple

de la tribu, où le père est roi sans cesser d'être père.

Rome, association de brigands à son origine, pour ravager des voisins

et se conquérir des territoires, ne pouvait être qu'une république

militaire, soumise tour à tour à l'anarchie sanguinaire ou à la

servitude féroce de cette nature d'institution armée.

Carthage, société de commerce et de navigation, comme aujourd'hui la

Grande-Bretagne, ne pouvait être qu'un gouvernement mixte de marins,

de soldats, de sénateurs enrichis, de pauvres acharnés à s'enrichir;

un gouvernement à trois ou quatre pouvoirs contre-balancés par des

intérêts; l'or devait être au fond de toutes ses expéditions comme au

fond de toutes ses pensées. L'oligarchie royale ou républicaine était

la forme obligée de ce gouvernement.

Plus tard, Rome, décomposée par sa grandeur et par ses vices, devait

se sentir prête à laisser sa proie, à moins de resserrer sa serre par

le despotisme et de se réfugier contre ses anarchies dans la

servitude.

L'empire romain devait naître et mourir en peu de temps.

Cours familier de Littérature - Volume 14 · 第 150 / 228 题